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Le Principe ne peut être ni connu ni énoncé

dimanche 16 novembre 2008

H. — La Pureté demanda à l’infini : connaissez-vous le Principe ? —¦ Je ne le connais pas, dit l’Infini. — Alors la Pureté demanda à l’Inaction : connaissez-vous le Principe ? — Je le connais, dit l’Inaction. — Par réflexion ou par intuition ? demanda la Pureté — Par réflexion, dit l’Inaction. — Expliquez-vous, fit la Pureté. — Voici, dit l’Inaction : Je pense du Principe qu’il est le confluent des contrastes, noblesse et vulgarité, collection et dispersion ; je le connais donc par réflexion. — Pureté s’en fut consulter l’Etat primordial. Lequel, demanda-t-elle, a bien répondu ? Qui a raison, et qui a tort ? — L’Etat primordial dit : L’Infini a dit, je ne connais pas le Principe ; cette réponse est profonde. L’Inaction a dit, je connais le Principe ; cette réponse est superficielle. L’Infini a eu raison de dire qu’il ne savait rien de l’essence du Principe. L’Inaction a pu dire qu’elle le connaissait, quant à ses manifestations extérieures. — Frappée de cette réponse, Pureté dit : Ah ! alors, ne pas le connaître, c’est le connaître (son essence), le connaître (ses manifestations), c’est ne pas le connaître (tel qu’il est en réalité). Mais comment comprendre cela, que c’est en ne le connaissant pas qu’on le connaît ? — Voici comment, dit l’Etat primordial. Le Principe ne peut pas être vu ; ce qui se voit, ce n’est pas lui. Le Principe ne peut pas être énoncé ; ce qui s’énonce, ce n’est pas lui. Peut-on concevoir autrement que par la raison (pas par l’imaginaton), l’être non sensible qui a produit tous les êtres sensibles ? Non sans doute ! Par conséquent, le Principe, qui est cet être non sensible, ne pouvant être imaginé, ne peut pas non plus être décrit. Retenez bien ceci : celui qui pose des questions sur le Principe, et celui qui y répond, montrent tous deux qu’ils ignorent ce qu’est le Principe. On ne peut, du Principe, demander ni répondre ce qu’il est. Questions vaines, réponses ineptes, qui supposent, chez ceux qui les font, l’ignorance de ce qu’est l’univers et de ce que fut la grande origine. Ceux-là ne s’élèveront pas au-dessus des hauteurs terrestres (le mont K’ounn-lunn). Ils n’atteindront pas le vide absolu de l’abstraction parfaite.

Tchoang-tzeu, 22.


Voir en ligne : Les pères du système taoïste

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