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La notion du « rien »

vendredi 14 novembre 2008

La notion du « rien » est essentiellement une référence — négative évidemment — à quelque chose de possible ou d’existant, sans quoi elle n’aurait aucun sens et ne serait même pas concevable. Le « rien », en effet, indique par définition l’absence de quelque chose : il exclut soit un ou plusieurs objets, soit tous les objets, suivant le contexte ; parler d’un « rien » intrinsèque, c’est-à-dire qui ne serait que lui-même sans référence aux choses qu’il exclut, serait une contradiction dans le terme. Quand un récipient est rempli et qu’ensuite on le vide, cela fait une différence ; or cette différence est une réalité, sans quoi jamais personne ne pourrait se plaindre d’avoir été volé. Si le « rien » était un « néant » par lui-même — s’il n’avait aucun caractère de « référentiel » — il n’y aurait aucune différence entre la présence et l’absence, la plénitude et la vacuité, l’existence et l’inexistence ; et tout voleur pourrait faire valoir que le « rien » qu’il a produit dans le sac d’un autre n’existe pas ; le mot « rien » serait vide de sens comme le néant est vide de contenu. Le « rien » envisagé dans un contexte concret peut entrer pratiquement en compétition avec un « quelque chose » ; un néant intrinsèque ne saurait s’opposer concrètement à quoi que ce soit et il ne saurait être affecté d’une façon quelconque. De même, si l’espace était du vide absolu — s’il ne coïncidait pas pratiquement avec l’éther — il ne pourrait comporter de l’éloignement et de la séparation, car un néant ajouté à un autre néant — si c’était concevable sans absurdité — ne saurait produire une distance. (Frithjof Schuon, Avoir un centre)

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