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Borella : La Croix est la croix de l’Amour et de la Gnose

mardi 17 février 2015

Aux yeux de la sensibilité moderne, la mort du Christ en croix apparaît comme la preuve de la folie de l’Amour. Saint Paul n’a-t-il pas parlé de la « folie de la croix » ? Aussi y voit-on comme la justification de tous les excès auxquels la charité triomphaliste doit conduire les chrétiens. Pourquoi Dieu, qui peut tout, aurait-Il été jusqu’à sacrifier son Fils pour nous sauver, alors qu’il Lui suffisait d’une parole, sinon par une sorte d’excès d’amour ? Il est vrai qu’avec cette théorie on ne comprend pas non plus que cet Amour se réalise dans un sacrifice. Comment un Dieu si bon peut-Il en vouloir à l’homme de son péché ? Ne doit-Il pas tout pardonner ? Et comment peut-Il laisser Son Fils être une occasion de haine et de meurtre ? Car, après tout, Jésus était innocent, cette crucifixion est un assassinat, ce sacrifice, preuve de son amour, est produit par la haine. Qu’avait besoin la justice divine, de cette expiation sur la croix pour sa satisfaction ? A considérer ainsi la crucifixion du côté de la justice, dans sa rigueur implacable, on comprend assurément que réparation soit faite, mais on ne comprend plus comment cette réparation est l’œuvre de l’Amour divin. Et pourtant, elle l’est bien, puisque c’est Dieu Lui-même qui Se donne en sacrifice. D’autre part, à considérer la crucifixion du côté de la miséricorde, si son motif devient évident et se justifie par lui-même, étant l’Amour gratuit, on ne comprend plus pourquoi cette miséricorde réalise son dessein sous la forme de la crucifixion sanglante, dont la cruauté paraît précisément incompatible avec la Toute Miséricorde divine.

Là comme ailleurs la charité triomphaliste traduit son incompréhension hérétique de la pure Charité, qui la conduit inévitablement au refus de la crucifixion et de sa réalité sacrificielle, puis, en conséquence, à la négation du péché originel, de la Rédemption et finalement de l’Incarnation elle-même, car Dieu s’incarne en vue de la mort sur la croix, et non pour faire plaisir aux hommes. Tous les pas de sa terrestre vie le conduisent au gibet. C’est ici, sur cette croix, qu’est le cœur et le centre de Son Incarnation. C’est le glaive de cette croix qui déchire le voile de la création, ouvrant la porte de la vie éternelle, qui est gnose de la divine Essence.

Le sacrifice du Médiateur crucifié, sacrifice prototypique, réalise l’union de l’Amour et de la Gnose, ou encore de la Charité et de la Vérité sous la forme de l’union de la miséricorde et de la justice. Et non seulement il réalise cette union, mais encore il la rend possible, parce qu’il est cette union même. Dire que l’amour est la porte de la gnose, c’est dire que le verbe, Gnose éternelle du Père, est mort sur la croix de son Amour, afin que l’homme, par l’amour de la croix, accède à la gnose éternelle. La Charité du Christ n’est pas élan d’amour indéfini et informe, mais cette Charité épouse mortellement la rigueur de la Croix. Parce que l’Amour du Christ est l’Amour véritable, il est l’Amour de la Vérité. La Croix est la croix de l’Amour et de la Gnose. La Gnose divine est crucifiée par l’Amour, et l’Amour humain est crucifié par la Gnose en la personne de l’Homme-Dieu, Lui qui est fait d’Amour et de Gnose, « plénum gratiae et veritatis ». Disons encore pour retrouver ici les formulations que nous avons utilisées précédemment, que de même que la puissance caritative ne produit pas la relation de proximité, mais nous permet d’y accéder, de même la Volonté divine d’Amour pour l’homme ne produit pas la croix, mais y conduit, comme à cela seul qui peut lui donner le sceau de la vérité, parce que la croix est le symbole même de la relation ontologique.

Il faut donc rappeler la dimension « gnostique » de la crucifixion, c’est-à-dire montrer comment la notion de justice se réfère à celle de vérité et l’exprime dans l’ordre de la création.

Extrait de « La charité profanée »


Voir en ligne : Jean Borella

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