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Bilan héraclitéen

samedi 16 mai 2009

« Héraclite opère la gigantesque synthèse dont rêvaient ses devanciers. Aucune opposition qui ne soit aussi bien respectée que surmontée. L’Unité suprême est chez lui aussi transcendante que l’Apeiron d’Anaximandre, sans être pour autant étrangère à l’intelligence comme le dieu de Xénophane, et elle n’en est pas moins immanente aux êtres de l’expérience que l’eau de Thales ou l’air d’Anaximène. Le mouvement qu’Anaximène utilisait au plan phénoménal pour une explication à la fois mythique et mécanique du monde, devient ici une réalité métaphysique, il est principe au même titre que le feu... Prométhée n’était que le prophète de ce feu qu’Héraclite ramène du ciel. C’est le destin que l’homme ravit définitivement à Zeus. La métaphysique est née.

Elle est née, mais elle reste liée à un réalisme outrancier. La pensée d’Héraclite est tendue vers la chose, tout entière abandonnée à un monde intelligible, diluée, comme le feu lui-même, dans les choses. Il ne faut ni, diminuer Héraclite, ni héraclitiser sur les fragments. Héraclite ne connaît vraiment ni la liberté, ni la personne, ni l’homme, ni le dieu, ni la conscience de soi, ni même le logos dans lequel il enferme l’esprit comme en des langes. Mais sa synthèse comporte deux découvertes de valeur extraordinaire pour l’avenir de la philosophie. Il place le mouvement en dehors du monde sensible et parvient ainsi au véritable sens de l’Un ; il connaît la valeur de la négation dans la connaissance, sans encore la distinguer du non-être relatif de la chose. (Abel Jeannière, La pensée d’Héraclite d’Éphèse, Aubier, 1959, p.92-93.)

A. Jeannière s’en explique : « Il n’y a pas d’autre pensée que la communion au logos commun, dit Héraclite ; il faut que la connaissance soit calquée sur l’être, or cet être est mouvement, cet être est dialectique, le non-être existe aussi d’une certaine façon, ou plutôt n’existe que cet équilibre furtif d’être et de non-être : le mouvement. Et parce que la pensée imite l’être, qu’elle doit être identique à l’être, tout jugement inclut une négation ; il faut nier pour connaître » (ib. 94-5).

Sans doute a-t-on pris la précaution d’écrire (mais était-ce une précaution suffisante ?) : « S’il est permis de projeter sur Héraclite et sur Parménide la lumière qui nous vient des pensées ultérieures de Platon et d’Aristote, c’est uniquement dans la mesure où cette lumière nous aide à les déchiffrer en eux-mêmes et manifeste l’extension et la portée de leur philosophe ; mais il faut se garder de toute déformation, il faut se garder surtout de résoudre... avec des principes qu’ils ignorent les problèmes qu’ils se posent eux-mêmes ou qu’ils posent à leurs lecteurs modernes » (p. 94).


Voir en ligne : Martin Heidegger et ses références

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