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Le conflit Blondel-Phénoménologie sur Dieu

samedi 16 mai 2009

Pour Blondel, l’esprit doit reconnaître une inévitable Transcendance, il doit faire l’aveu d’un Absolu divin. Or, ni Sartre ni Polin ni Merleau-Ponty ne vont jusque-là. Quelles peuvent être les raisons de leur refus ? Il importe d’y être attentif.

Cela tient d’abord à leur méthode phénoménologique : elle entend rester descriptive et se borner à l’immanence. Sortir de la compréhension et passer à l’explication serait trahir la pensée, en lui cherchant des justifications ou des fondements extrinsèques. Philosophie en premières-personne, non en troisième, telle est la consigne. Or, le problème de Dieu semble relever d’une recherche en troisième personne : il est donc discrédité d’emblée. On n’en préjuge point. Simplement, on ne le pose pas, par défaut de garanties.

Mais l’argument de la « première personne » est nettement spécieux. Lorsque Gabriel Marcel ou Nédoncelle parlent de Dieu, ils commencent, eux aussi, par éliminer le savoir en troisième personne. L’affirmation théiste leur semble aux antipodes de la science des objets. Mais ils repèrent aussitôt le dialogue de la première personne avec un Toi prévenant, qui suscite l’invocation elle-même. Et ils suggèrent que ce Toi, qui n’a rien d’extérieur, est à la source du Je. Car le Moi serait incapable de dire Je s’il n’était habité par une présence mystérieuse qui le pénètre de part en part. Ce n’est donc pas forcément tourner le dos à l’intériorité que de dégager ses conditions. C’est seulement comprendre que la mesure de l’intériorité n’est pas contenue en entier dans la part de subjectivité qui nous est échue.

Au reste, il est possible d’établir ce point dans un autre langage que l’existentialisme de Marcel ou le personnalisme de Nédoncelle. C’est ce que fait Blondel, toujours défiant des métaphores psychologiques. Il trouve Dieu par les deux voies gnoséologique et ontologique qui traversent l’action humaine, distinctes et solidaires. En cela d’ailleurs, rien de très original par rapport aux procédés classiques, si ce n’est le sens aigu de la totalité spirituelle qui commande le jeu complexe de la double dialectique. Mais ce qui est plus remarquable, c’est la conviction que le travail ne prend pas fin avec l’argumentation. Jamais Blondel n’entend aboutir à un Dieu-Objet. Et c’est par là qu’il prévient le mieux l’objection liminaire de la phénoménologie athée.

...Or Blondel s’est toujours élevé contre ce double abus. Il reproche à Descartes de donner un coup de chapeau à la Divinité, puis de se tourner, sans plus penser à Dieu, vers l’organisation de la terre. Et il flétrit l’attitude de ceux qui font de Dieu une idole à leur discrétion ou qui y voient le terme de leur effort, au lieu d’y voir le principe de tout effort, de toute recherche. Surtout, il s’efforce de montrer que Dieu n’est ni un solitaire, ni un redoublement stérile, mais un foyer d’être, de lumière et d’amour, à trois sommets. Par là, il rend définitivement vaine l’objection sartrienne de l’impossible coïncidence de l’être et de la réflexion. H. Duméry, ha tentation de faire du bien, Seuil, 1957, p. 256-259.


Voir en ligne : Martin Heidegger et ses références

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