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Gusdorf : Les soi-disant preuves de l’existence de Dieu

samedi 16 mai 2009

Les systèmes métaphysiques, de Descartes et Spinoza jusqu’à Hegel et Hamelin, peuvent être considérés comme de gigantesques preuves de l’existence de Dieu, chaque vérité dans le développement du système ne ne prenant tout son sens que selon la perspective de la totalité, où elle se replace sous le parrainage de la Raison absolue. Mais les philosophes ont présenté des arguments en forme, le plus souvent repris de la théologie, qui permettent, à leurs yeux, d’établir de toute nécessité l’existence d’un être divin garant de toute réalité. Depuis Aristote, la théodicée a formulé un certain nombre de « preuves », reprises d’âge en âge, et perfectionnées contre des critiques éventuelles ; les plus célèbres de ces doctrines sont la preuve par la nécessité d’un premier moteur, par l’impossibilité d’une régression à l’infini de la chaîne des causes, par les causes finales, par l’idée de perfection ou d’infini. La preuve a priori, ou argument ontologique, permettant de déduire l’existence de Dieu de la seule considération de son essence, dont l’idée première revient à saint Anselme, a paru spécialement décisive à Descartes ; elle a été revue et corrigée, après lui, par de grands esprits comme Leibnitz et Hegel.

Un premier doute s’élève, quant à la validité de ces preuves, de leur multiplicité même. Si l’une d’entre elles était valable en raison, elle se serait imposée une fois pour toutes, en sorte qu’il aurait été inutile d’en chercher d’autres, ou de remanier telle ou telle de celles qui avaient été formulées auparavant. Une fois démontré un théorème de géométrie, le doute ne se justifie plus : la démonstration est bonne ou elle n’est pas. Si elle est bonne, elle impose une figure définitive à un certain domaine d’intelligibilité. Mais pour qu’elle soit possible, certaines conditions épistémologiques doivent être préalablement satisfaites ; c’est ici que le métaphysicien pèche d’ordinaire par insuffisance de critique. Lorsque Brunschvicg ou Newman réclament pour la théodicée les voies et moyens de la certitude scientifique, ils admettent que Dieu est devant l’homme comme une réalité du même ordre que cette nature matérielle au sein de laquelle nous définissons les grandes lignes de la géologie ou de l’astronomie, pour reprendre les exemples de Newman...

Vouloir prouver Dieu, c’est prétendre le ramener à d’autres vérités que lui, et qui feraient autorité par rapport à lui ; mais un dieu ainsi ramené au droit commun ne serait plus le vrai Dieu. Quand la raison parle de Dieu, ce n’est plus de Dieu qu’il s’agit. « Déduire Dieu équivaut à le nier » (E. Le Roy, Le problème de Dieu, Artisan du Livre, 1929, p. 83), affirmait fortement Edouard le Roy, auquel fait écho Gabriel Marcel, autre penseur catholique, selon lequel « la théodicée, c’est l’athéisme » (G. Marcel, Journal métaphysique, N.R.F., 1935, p. 65). Le dieu des philosophes, c’est seulement le philosophe qui se croit devenu dieu.

Le discours philosophique sur Dieu est voué à l’échec. Tout d’abord parce que la méthode réflexive procède par détermination et combinaison de concepts : or Dieu n’est pas un concept. Aucun concept n’est à la mesure Nil de Dieu ; l’essence divine ne saurait sans contradiction se laisser circonscrire dans les limites de définitions humaines. Toute idée de Dieu ne peut être qu’une idée incomplète, bien inférieure en ce sens aux idées claires et distinctes djs véritables êtres de raison, le cercle ou le triangle, par exemple. On ne peut caractériser Dieu qu’en l’affirmant incaractérisable. (G. Gusdorf, Traité de Métaphysique, 1956, p. 386-387-388.)


Voir en ligne : Martin Heidegger et ses références

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