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Gusdorf : Sur la Théologie

samedi 16 mai 2009

La philosophie est l’effort de l’homme pour prendre conscience de la réalité de la manière la plus complète. L’inventaire des possibilités de la réflexion, dans la perspective classique, se répartit entre trois chapitres principaux : l’homme, le monde et Dieu. La doctrine de Dieu forme la première partie, et la plus décisive, de la métaphysique dans son ensemble. Dieu constitue l’horizon le plus large pour l’usage de la pensée, et c’est en fonction de Dieu que les autres réalités se mettent en place.

Ce schéma triparti a fait l’objet de diverses critiques, mais on ne peut pas dire qu’il y ait été définitivement abandonné...

... L’élimination de Dieu impliquerait une suppression de la métaphysique elle-même, à quoi la plupart des penseurs d’aujourd’hui ne se résignent pas. Ceux-là même qui affirment la mort de Dieu ne suppriment pas pour autant, comme nous le verrons, la fonction philosophique de l’idée de Dieu. Dieu demeure donc une division de la philosophie ; mais s’il est toujours un objet pour la réflexion, il n’est pas un objet comme les autres. Il est bien établi, au moins depuis Kant, que s’il est possible de réaliser un discours cohérent concernant l’homme ou le monde, il n’en est pas de même en ce qui concerne Dieu...

... Il est clair que, si l’on se détache des représentations grossières du sens commun religieux, Dieu ne s’aurait s’offrir à nous d’une manière analogue. Il ne se trouve nulle part et, par définition, toute représentation qui prétendrait nous le rendre admirable, trahirait du même coup l’authenticité de son essence. Le simple fait de le nommer devrait faire éclater le langage humain, incapable de supporter une pareille charge, ainsi d’ailleurs que l’affirme inlassablement à travers l’histoire de la spiritualité la tradition de la théologie négative. Un même discours ne saurait valoir pour l’homme et pour Dieu, — ou alors une même parole devrait revêtir des acceptions radicalement différentes. Si elle est vraie de l’homme, elle ne concerne pas Dieu ; si elle est vraie de Dieu, elle ne saurait concerner l’ordre humain.

On voit ici à plein la difficulté préjudicielle à laquelle se heurte l’affirmation de la philosophie classique : le système prétend réaliser un dispositif d’équilibre triangulaire par une négociation habile des rapports entre l’homme, le monde et Dieu, considérés au bout de compte, comme trois perspectives convergentes sur une même réalité. En fait, théologie, psychologie et cosmologie rationnelles rassemblent le réel sous l’invocation d’une obéissance totalitaire, le dénominateur commun entre les trois subdivisions étant fourni par la prétention de rationalité. G. Gusdorf, Traité de Métaphysique, A. Colin, 1956, p. 370-371.


Voir en ligne : Martin Heidegger et ses références

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