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ESSAI SUR LE MYSTICISME SPÉCULATIF DE MAÎTRE ECKHART- Auguste Jundt

samedi 8 novembre 2008

Tout sentiment est la perception immédiate d’un rapport entre le sujet qui perçoit et l’objet qui est perçu. Prenons l’âme humaine comme sujet et la personne de Dieu comme objet. Ces deux termes entreront l’un avec l’autre dans un certain rapport dont la perception immédiate sera le sentiment religieux. Que ce rapport passe de la sphère de la sensibilité dans celle de l’entendement, que la réflexion se mette à en analyser les éléments confusément entrevus jusqu’à présent, la forme sous laquelle il s’exprimera dans l’âme humaine sera celle de la notion, ou plutôt celle d’un ensemble homogène de notions, se rapportant à ces divers éléments renfermés en germe dans le sentiment religieux. Ce sera là le système religieux, la religion, second et dernier degré de la perception de ce rapport, perception médiate, car elle est le produit du travail de la pensée sur les données premières contenues dans le sentiment religieux.

Pour qu’il y ait sentiment religieux ou pour qu’il y ait religion, il faut donc deux termes distincts et un lieu entre ces deux termes, il faut l’existence réelle de l’homme et de Dieu et une action réciproque de l’un sur l’autre. Il faut que Dieu fasse sentir à l’homme sa dépendance et son imperfection, et que l’homme cherche à se concilier cet être dont il se sent absolument dominé, par ses prières et par ses sacrifices, ou plutôt par des efforts soutenus en vue d’arriver à lui ressembler de plus en plus. Cette action réciproque de l’homme et de Dieu, l’un "sur l’autre est la vie religieuse, dont le but final est la conciliation de la grande antithèse de Dieu et de l’homme par l’élévation de l’homme jusqu’à sa ressemblance entière avec Dieu.

Cela établi, il nous sera facile de dire en peu de mots ce qu’est le mysticisme.

Aucun terme n’a jamais donné lieu à des interprétations plus inexactes. Mysticisme est une doctrine occulte, mystérieuse comme son nom l’indique, ont dit les uns. C’est une religiosité vague, mal définie, un sentimentalisme nuageux, ennemi absolu de tout raisonnement et de toute logique, ont dit les autres. Il y a un élément de vérité dans ces deux manières de voir ; mais aucune d’elles ne met le doigt sur ce qui constitue l’essence même du mysticisme. Sans doute un certain degré de culture intellectuelle et religieuse est nécessaire pour suivre le mysticisme dans les profondeurs divines où il s’efforce de descendre, et sous ce rapport il est juste de dire que les âmes d’élite seules ont été capables de le comprendre dans toute sa pureté et dans toute sa richesse ; mais il n’en est pas moins vrai qu’il a été de tout temps l’adversaire décidé de tout ésotérisme. C’est aux classes pauvres et déshéritées qu’il a toujours adressé de préférence ses consolations, et c’est dans le peuple qu’il a toujours trouvé ses adeptes les plus nombreux et les plus enthousiastes, sinon les plus éclairés. Quant à la seconde opinion que nous avons mentionnée, elle se trouve fondée en ce sens que la nature même de l’idéal auquel le mystique aspire, fait échouer fatalement toute tentative d’extérioriser par la parole ce que son âme ressent. Décrire c’est objectiver.


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