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Anouchirvân le Juste et le vieil agriculteur.

vendredi 12 décembre 2008

Chevauchant un coursier aussi prompt qu’une flèche, Nouchirvân, en chemin, vit, courbé comme un arc, un vieillard occupé à planter quelques arbres. Il lui dit : « Tes cheveux sont aussi blancs que lait ; il ne te reste plus que quelques jours à vivre ; pourquoi donc en ces lieux plantes-tu tous ces arbres ? » Le vieillard répondit : « C’est assez d’arguments ! Nos devanciers ont fait des semailles pour nous ; jusqu’à ce jour nous en avons pris notre part : donc nous devons semer, nous aussi, pour les autres ; il nous faut cheminer selon notre pouvoir ; il faut mettre de l’ordre en chacun de nos pas. » Ce discours du vieillard plut au roi Nouchirvân ; il emplit d’or sa main, lui disant : « Prends ceci ! » Et le vieillard reprit : « O roi victorieux ! mes arbres ont porté leurs fruits aujourd’hui môme : si ma vie a passé soixante-dix années, mes semailles ne m’ont point nui, reconnais-le ! ce plant ne m’a point fait attendre dix années, puisque dès aujourd’hui il fructifie en or. » Le roi, trouvant meilleure encore sa réponse, lui donna le village, et sa terre et ses eaux. Toi aussi, tu dois faire aujourd’hui ton travail, parce que sans travail aucun fruit ne naîtra. Tu dois mettre le pied dans la voie de la foi, et il te faut jeter à terre ta mollesse. Si tu es vraiment homme, imitant les mystiques, va jusqu’à transformer ta barbe et tes moustaches en balai pour l’endroit où l’on se purifie. N’es-tu donc pas honteux de prouver ton orgueil, de ton bras fort posant le poids sur la balance ? Entends ce que je dis : tu seras moins qu’un chien, si tu crois que tu vaux davantage qu’un chien. (Attar, Ilâhi-nâmè, éd. Ritter, p. 55.)


Voir en ligne : Littérature persane

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