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Histoire de deux amants.

vendredi 12 décembre 2008

Au début du printemps, le calife, à Bagdad, donna joyeux festin sur la rive du Tigre. Il gardait sous le voile une jeune beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
qui versait en chantant de sa bouche le sucre ; quand pareille à Vénus, elle prenait sa lyre, la lyre de Vénus devait faire silence silence . Elle avait à l’égard d’un page du calife, brillant comme un soleil dans le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
de l’amour amour
eros
éros
amor
love
, un tel attachement qu’elle en perdait l’esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
. Ces amoureux étaient enchantés l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
de l’autre — ou plutôt, ils étaient possédés l’un de l’autre. Mais les cent gardiens qui épiaient leurs gestes ne leur permettaient point d’être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
l’un avec l’autre. Cette beauté voilée fut à bout de patience, dans le feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
du désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
, brûlant de solitude, et faisant sous le voile ouïr sa belle voix tout en l’accompagnant des accords de sa lyre. Décrivant son amour en une poésie qu’elle mit en musique musique La musique est l’art consistant à arranger et ordonner les sons et les silences au cours du temps : le rythme est le support de cette combinaison dans le temps, la hauteur celle de la combinaison dans les fréquences, etc. Dans certains cas, l’intrusion de l’aléatoire a cependant dénié tout caractère volontaire à la composition. , elle chanta ceci : « O ciel ! jusquas à quand seras-tu donc perfide, réduiras-tu mon âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
, useras-tu ma vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie.  ? Jamais je ne sentis l’ardeur de ton amour. D’être si peu aimée de toi, je suis honteuse. Mieux vaut donc qu’un instant je m’occupe de moi, que je trouve un remède à ma condition. » Au harem se trouvait une fille charmante qui, comme elle, savait déclamer et chanter. « Partout des espions te surveillent », dit-elle, « comment trouveras-tu le remède à tes maux ? — Voici comment », dit-elle en retirant son voile. Telle la lune qui se plonge dans le fleuve, comme un poisson, dans l’onde, elle s’abandonna. Le page se trouvait posté tout près de là : par la séparation vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
singularidade
individuation
séparation
son âme était amère. Quand la jeune beauté se jeta dans le Tigre, il la suivit, liant à son cou ses deux bras ; elle en fit tout autant et tous deux disparurent, fuyant ce qui distingue et le toi et le moi, quittant cet univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] fait de dualité dualité
dyade
duality
dualidad
dualidade
. O Djâmi ! telle est la coutume de l’amour ; tel est l’amour réel ; le reste n’est que haine haine
mîsos
kótos
Les Pères distinguent la haine, en tant que passion, de la colère.
. Si tu veux te tourner vers l’océan d’amour, comme ces deux amants, à toi-même, renonce. (Djâmi, Hekmat, p. 263.)


Voir en ligne : Littérature persane

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