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Alexandre et les pierres précieuses.

vendredi 12 décembre 2008

Quand Iskandar, cherchant l’eau d’immortalité, prit la résolution de franchir les ténèbres, il vint sur une terre étendue et spacieuse, y lança bravement suite et cavalerie ; en tout lieu qu’il allait, ou à gauche ou à droite, le sol était couvert de tout petits cailloux. Alors, s’étant tourné vers son ost, il parla : « O vous tous, égarés dans cette obscurité ! laissez la voie et la coutume de la guerre et prenez votre part de ces petits cailloux, car sans nul doute, tous sont des pierres précieuses ; emplissez votre poche et les pans de vos robes. Quiconque en aura pris aura semé le grain du regret ; il dira : « Pourquoi, si négligent, ai-je donc ramassé trop peu de ces cailloux ? » Celui qui les aura laissés allumera le brasier dans lequel il brûlera toujours. » Quiconque doutait d’Iskandar ne crut pas ce qu’il avait dit et s’écria : « Holà ! que sont ces vains propos ? C’est aussi vain que s’il voulait peser le vent. Qui a vu des rubis sous le pied des chevaux ? Qui ouït parler de perle et gemme sur la route ? » L’homme otage et captif de la négation dépassa cet endroit et partit les mains vides. Mais celui qui était le miroir d’Iskandar, miroir qui reflétait le secret de son âme, crut ce qu’il entendit, se mit à ramasser les cailloux qu’il était capable d’emporter. De ces précieux cailloux, il emplit promptement et sa manche, et sa bourse et le pan de sa robe. Quand on eut parcouru la route des ténèbres, le soleil se remit à briller de tout près. Alors on distingua les diverses couleurs, la pierre du joyau, le joyau de la pierre ; ce qui n’avait paru que cailloux au toucher, fut rubis et corail lorsque l’on put le voir. Alors, on entendit soupirs, lamentations ; les larmes de regret inondèrent les cils. L’un se mordait les doigts, disait : « De ces cailloux, pourquoi n’ai-je donc pas ramassé davantage ? » Versant des pleurs de sang, l’autre criait : « Pour moi, mon caprice et le diable avaient barré la route ; dans l’œil de mon esprit j’entassai la poussière ; et je n’écoutai pas les propos véridiques ; si seulement, au moins pour les examiner, j’avais fait provision d’un peu de ces cailloux ! ils formeraient le fond solide de ma vie ; et mon temps n’aurait point passé en pure perte. » (Djâmi, Hekmat, p. 255.)


Voir en ligne : Littérature persane

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