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Par ma collaboration je deviens bon ou mauvais

lundi 1er décembre 2008

Extrait de « Fermenta Cognitionis », par Franz von Baader (trad. Eugène Susini). Albin Michel, 1985

« C’est en faisant le bien que l’on devient bon », dit un écrivain français, et l’on pourrait par suite retourner la formule et dire : « C’est en faisant le mal qu’on devient mauvais. » Mais si c’est uniquement par l’intermédiaire de ma collaboration et de mon action personnelle que je deviens bon ou mauvais [1], que je pose mon caractère comme bon ou mauvais, cela implique qu’avant cet acte je ne suis ni l’un ni l’autre, c’est-à-dire que je suis innocent ou en état d’innocence, en sorte que le fait de devenir bon ou mauvais par l’action ne vaudrait à proprement parler que pour ce premier passage d’un état encore indéterminé à un état de bonté ou de méchanceté déterminé, à une forme positive ou négative de conscience caractérisée, fixée ou exprimée. Le principe qui dit : l’organe se pose par sa fonction (la force se nourrit par l’action) ne dit à proprement parler rien de plus que ceci : seul le mot que j’ai exprimé, seule la pensée que j’ai formulée m’appartiennent. La créature, dans son état d’innocence première, ou dans l’état d’innocence restaurée par la grâce, renferme en puissance seulement (image, forme, etc.) une multiplicité de caractères ; et seule la puissance que la créature exprime à nouveau en elle et par elle, après avoir auparavant pénétré dans cette même puissance et avoir pris forme en elle, lui devient véritablement intérieure. Cette réaction de l’acte et de la manifestation fait également comprendre comment en faisant ou en exprimant une autre chose, la caractéristique première intérieure — déjà formée — puisse être à nouveau détruite. Mais par cette première détermination en faveur d’une caractéristique ou d’une autre, la créature — à supposer que cela se produise dans l’état primitif — a supprimé en elle la possibilité de s’approprier une autre caractéristique ; et si la caractéristique effacée était la bonne, on conçoit qu’il soit nécessaire de la rendre intérieurement accessible par le moyen d’une puissance éthique libératrice. Ainsi donc ce que l’on réalise extérieurement est précisément ce qui devient intérieur. La causa morbi (comme la causa sanitatis) est l’acte primitif qui nous élève nous-mêmes hors de l’équilibre ou qui nous y fait pénétrer ; la natura morbi (comme la natura sanitatis) est l’effet durable de cet état primitif en tant qu’il est une objectivation.


Voir en ligne : Théosophie


[1Cette expression ne doit pas du tout être prise ici au sens absolu comme le faisait Fichte par exemple ; car bien que cet acte décide du lieu (ou du principe) vers lequel je m’oriente et qui se développe en moi, en me dominant et en me formant, il n’est point l’action qui forme et crée ce principe même : c’est pourquoi je n’ai d’une manière directe aucune idée de cette action. Nescimus quia non facimus. Il nous faut être engendrés de Dieu — recevoir notre substance en lui — si nous voulons le contempler, accepter et faire sa volonté. Comment voulez-vous ou pouvez -vous, vous qui êtes mauvais, méchants, dire la vérité, vouloir le bien, etc., dit le Christ. Un arbre qui est bon ne peut porter de mauvais fruits (Matth., 7, 18). C’est dans les êtres (existence, substance) que pénètre l’esprit de la vie, c’est dans ces êtres qu’il reprend son point de départ. La fonction plastique, somatique (reproductrice, comme disent les physiologistes) pose l’individu avec sa connaissance, son vouloir, son action, d’après son type défini, et ne peut donc tomber à l’intérieur d’une de ces trois sphères d’action de ce type ; autrement dit, cet individu ne peut voir comment il est créé et comment il est maintenu dans l’être. Les physiologistes ont par suite tort de ne pas distinguer nettement le ternaire « sensatio, appetitio et motus » de la fonction somatique ou productrice et reproductrice, laquelle n’est pas l’œuvre de l’individu naturel particulier, mais de l’individu naturel général (Matth., 6, 27. Marc, 4,26-28). C’est également là-dessus que repose la distinction faite par Adam Müller entre organes personnels, qui ne sont pas subordonnés à l’individu, et organes réels, dépourvus de moi, soumis à l’individu ; et à ce propos je remarque ici en passant le caractère convertible de ces deux états l’un à l’autre, dans des cas de maladies d’inflammation, p. ex., le passage de la réalité à la personnalité — répondant au passage possible et que l’on peut remarquer chez les somnambules du sentiment à la représentation.

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