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William Law : l’amour de Dieu

lundi 1er décembre 2008

Que j’ai de joie, cher Silvestre, du compte que vous venez de me rendre de ce qui se passe au-dedans de vous ; c’était là précisément cette faim et cette soif que je désirais exciter en votre âme ; c’est en effet un feu de Dieu qui s’y est allumé, c’est le jour de l’éternité qui a commencé à y poindre ; c’est le gage de votre rédemption ; c’est la résurrection de la vie divine au-dedans de vous, et la racine de la foi toute puissante, qui ont commencé à s’y manifester ; c’est enfin ce qui vous fera retrouver tout ce que vous avez perdu. Ah ! livrez-vous de plus en plus dans le fond de votre être à cette opération céleste de l’esprit de Dieu, et détournez-vous avec soin de tout ce qui pourrait la contrarier ! Souvenez-vous que c’est au-dedans de vous qu’est cet ange de Dieu qui mourut dans le paradis, ou plutôt qui fut caché pour un temps pour vous, comme si réellement il n’était pas. Oui, quelque corrompue que soit la nature humaine, il est pourtant certain qu’il se trouve dans l’âme de chaque homme le principe du feu de la lumière et de l’amour de Dieu ; à la vérité il n’y est qu’en germe, comme une semence imperceptible, sans action et sans mouvement, jusqu’au moment où l’esprit divin, par les moyens divers qu’il choisit dans sa sagesse, vient le réactionner et le rappeler à la vie. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE THÉOPHILE

Mais grâce à vous, Théophile, je suis débarrassé de tout ce dédale de vaines disputes, et les nuages qui obscurcissaient l’horizon de mon esprit se sont entièrement dissipés. Vous m’avez rendu à moi-même, et je vois maintenant que c’est au-dedans de moi que luttent et combattent le ciel et l’enfer, la vie et la mort, le salut et la condamnation. Vous m’avez montré d’un côté l’excellence infinie du christianisme, de l’autre la profonde misère et le crime de l’infidélité, et cela, non en fournissant à ma raison de nouveaux moyens de systématiser, mais en me démontrant, d’une manière évidente, cette vérité décisive, savoir, que le christianisme n’est et ne peut être autre chose que la puissance de la vie et de l’amour de Dieu opérant et vivant dans mon âme, tandis que nous ne sommes retenus dans l’illusion de l’incrédulité que parce que notre coeur est gouverné par l’esprit de la nature corrompue et terrestre, vivant et opérant dans nous. Voilà l’infidélité à laquelle vous m’avez complètement décidé à renoncer, et c’est là ce christianisme auquel vous m’avez converti et que j’embrasse de tout mon coeur, de toutes mes forces et de toutes les facultés de mon être. Loin de moi désormais toutes les fictions et tous les systèmes qu’invente la raison humaine pour attaquer ou pour défendre le christianisme ! Ils ne sont faits que pour servir de vain passe-temps à ces esprits ensevelis dans les ténèbres, qui ignorent ce qu’est Dieu, et qui n’ont pas plus le sentiment de la nature de leur être véritable qu’ils n’ont celui de la déplorable condition dans laquelle ils se trouvent. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE SILVESTRE

Oh ! que je suis content de ne pas être un savant ! Je vois en effet que mon ignorance m’épargne bien de la peine, et je comprends que la marche de mon voisin Jean le berger est bien à préférer. Dans les soirées d’hiver, lorsqu’il revient des champs, comme il a de mauvais yeux, il demande à sa femme de lui lire ; la bonne vieille met alors ses lunettes, et prenant tantôt l’Écriture, tantôt Jacob Boehme, dont il a deux ou trois ouvrages depuis quelques années, elle lui fait la lecture pendant une heure. Un soir que j’étais avec eux et que la bonne femme lisait Jacob Boehme, non pas sans hésiter un peu, Jean, lui dis-je, comprenez-vous tout cela ? " Ah ! me répondit-il, que Dieu bénisse le cher homme ! Il m’arrive bien quelquefois de ne pas y entendre grand-chose ; mais peut-être Betty ne lit-elle pas toujours bien ; au reste le peu que je comprends me fait tant de bien que je l’aime, même lorsque je ne le comprends pas. " Jean, lui répliquai-je, voulez-vous que je vous amène un homme qui connaît le vrai sens de toutes les expressions difficiles de Jacob Boehme, et qui vous expliquera de la manière la plus simple et la plus claire tout ce dont il est question ? " Non, non, dit Jean, je n’ai pas besoin de quelqu’un qui me fasse de grands discours sur les mots de Jacob Boehme ; j’aime mieux un peu de ce qui vient directement de lui que beaucoup de la seconde main. Madame, la femme du seigneur de notre ville, avait appris que Betty aimait beaucoup l’Écriture sainte ; en conséquence elle eut la bonté de nous apporter un gros livre d’explications du Nouveau Testament, en nous disant que sa lecture nous aiderait beaucoup à le bien comprendre. Le dimanche suivant, deux ou trois voisins s’étant rassemblés chez nous comme à l’ordinaire, pour passer la soirée : Betty, dis-je, apporte le gros livre de Madame et lis-nous le cinquième chapitre de saint Matthieu ; je la priai ensuite de lire le quinzième de la première épître aux Corinthiens... Mais le lendemain matin, je dis à Betty : ma chère, reporte ce gros livre d’explications à Madame, et dis-lui que les paroles de Jésus-Christ et de ses Apôtres valent bien mieux toutes seules telles qu’ils nous les ont laissées. Comme j’étais en chemin pour aller rejoindre mon troupeau, je pensais en moi-même et je me disais : l’on a fait autant de bien au petit livre du Nouveau Testament en le mélangeant avec ce gros livre d’explications qu’on en ferait à un petit verre de bon vin pur en le mêlant avec une pinte d’eau ; le vin à la vérité se trouverait bien dans ce mélange, mais son goût et sa liqueur seraient perdus et noyés dans le froid insipide de l’eau. Lorsque ma chère Betty venait à lire certaines paroles de Jésus-Christ comme : " bienheureux sont les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux leur appartient ", elle ne manquait pas de s’arrêter un peu, pour donner à mon coeur le temps d’en être pénétré, d’aimer la vérité qu’elles expriment, et de s’élever vers Dieu par son désir ; mais avec ce gros livre, tout cet avantage était perdu pour lui, car cet in-folio ne présentait à mon esprit que les différentes attributions du texte, les diverses manières dont il peut être interprété, bien ou mal, et dans quel sens les docteurs des diverses sectes l’ont pris. Aussi, mon ami, j’ai renvoyé le gros livre à Madame, et c’est par la même raison que je ne veux rien avoir à faire avec votre commentateur de Jacob Boehme ; s’il y a plus de vérités dans ses livres que dans ceux des autres, personne n’est plus capable que lui de me les enseigner, et s’il s’y trouve des choses trop élevées pour moi, je ne saurais désirer le secours de quelqu’un qui lui soit inférieur pour les abaisser à mon niveau. Lorsqu’emporté comme un autre Élie dans son char de feu, il s’élève dans ces régions sublimes et qu’il nous fait part des grandes choses qu’il voit, mais qui sont trop élevées pour que nous puissions encore les comprendre, alors je me sens rempli d’amour et de respect pour lui, considérant qu’il est arrivé dans une région où je n’ai jamais été, et qu’il est le témoin de merveilles qu’il n’est pas en son pouvoir de me découvrir ; et tels sont par exemple les sentiments dont je suis pénétré envers saint Paul, lorsqu’il me raconte qu’il fut ravi dans le troisième ciel, et qu’il y entendit et vit des choses qu’on ne saurait rendre avec le langage des hommes. Je n’ai qu’un seul but en écoutant la lecture des saintes Écritures, c’est de remplir mon coeur de l’amour de Dieu et de tout ce qui est bon ; aussi chaque partie de ce Livre Saint, soit que le sens en soit manifesté plus clairement ou plus mystérieusement, remplit également mon but en allumant dans mon âme la flamme d’un feu céleste et divin. C’est ainsi que lorsque je lis ces paroles simples : Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos de vos âmes ; sans avoir besoin d’autre explication, je me sens rempli de dégoût pour tout ce qui est orgueil et vanité, et je me trouve au contraire si pénétré des douceurs et des avantages d’une vie humble et basse que je voudrais alors être le serviteur de tous. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE ANDRÉ


Voir en ligne : La Voie de la Science divine

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