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Une forte et profonde douleur spirituelle

lundi 1er décembre 2008

Mais tu me demandes maintenant comment tu peux détruire cette connaissance et ce sentiment tout nus de ton être propre. Car peut-être crois-tu que s’il était détruit, tous les autres obstacles seraient détruits ; et si tu crois cela, tu crois assurément comme il convient. Mais à cela je réponds et je dis que, sans une pleine grâce spéciale toute librement donnée par Dieu, et aussi une pleine aptitude correspondante de ta part à recevoir cette grâce, cette connaissance et ce sentiment tout nus de ton être ne pourront nullement être détruits. Et cette aptitude n’est autre chose qu’une forte et profonde douleur spirituelle... Tous les hommes ont matière à douleur ; mais celui-là tout particulièrement éprouve matière à douleur, qui sait et sent qu’il est. Toutes autres douleurs, en comparaison de celle-là, ne sont, en quelque sorte, qu’un jeu par rapport à chose sérieuse. Car celui-là peut prendre douleur au sérieux, qui sait et sent non seulement ce qu’il est, mais qu’il est. Et celui qui n’a jamais ressenti cette douleur, qu’il s’afflige ; car il n’a encore jamais ressenti douleur parfaite. Cette douleur, quand on l’a eue, purifie l’âme, non seulement du péché, mais encore de la souffrance qu’elle a méritée par ses péchés ; et elle rend aussi l’âme capable de recevoir cette joie, qui arrache à un homme toute connaissance et sentiment de son être. Cette douleur, si elle est sincèrement conçue, est pleine de désir sacré ; sinon, un homme ne pourrait jamais, dans cette vie, s’y soumettre ou la supporter. Car, n’était qu’une âme qui fût en quelque sorte nourrie d’une espèce de réconfort par ce qu’il œuvre bien, il ne serait pas capable de supporter cette douleur qu’il a par la connaissance et le sentiment de son être. Car aussi souvent qu’il aurait une connaissance et un sentiment sincère de son Dieu dans la pureté de l’esprit (comme il se peut ici) et sentirait alors qu’il ne le peut point — car il trouve à jamais sa connaissance et son sentiment en quelque sorte occupés et remplis par une masse infecte et puante de son moi, lequel doit toujours être haï, méprisé et abandonné, s’il doit être le disciple parfait de Dieu, instruit par Lui-Même dans la montée de la perfection, — aussi souvent il faillirait en devenir fou de douleur...

Cette douleur et ce désir, il faut que toute âme les ait et les ressente en elle (soit de cette façon, soit d’une autre), selon que Dieu daigne instruire ses disciples spirituels suivant son bon vouloir et leur aptitude correspondante de corps et d’âme, en degré et disposition, avant que puisse advenir le temps où ils pourront être unis parfaitement à Dieu dans la charité parfaite — comme il est possible de l’avoir ici, si Dieu daigne.

(Le Nuage d’inconnaissance)


Voir en ligne : Christologie

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