Philosophia Perennis

Accueil > Philosophia > Les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles

Les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles

samedi 29 novembre 2008

A cet égard, typique est l’équivoque de ceux qui prennent pour immobilité ce qui eut, dans les civilisations traditionnelles, un sens très différent : un sens d’immutabilité. Ces civilisations furent des civilisations de l’être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
. Leur force se manifesta justement dans leur identité, dans la victoire qu’elles obtinrent sur le devenir, sur l’“ histoire ”, sur le changement, sur l’informe fluidité. Ce sont des civilisations qui descendirent dans les profondeurs et qui y établirent de solides racines, au-delà des eaux périlleuses en mouvement mouvement Selon Aristote, il existe deux types de mouvements, le mouvement naturel ramenant les objets vers leurs lieux d’origine, et le mouvement violent, impulsé par un objet à un autre. .

L’opposition entre les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles peut s’exprimer comme suit : les civilisations modernes sont dévoratrices de l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices du temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. .

Les premières donnent le vertige par leur fièvre de mouvement et de conquête de l’espace, génératrice d’un arsenal inépuisable de moyens mécaniques capables de réduire toutes les distances, de raccourcir tout intervalle, de contenir dans une sensation expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
d’ubiquité tout ce qui est épars dans la multitude des lieux. Orgasme d’un désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
de possession ; angoisse Angst 
angoisse
angústia
anxiety
angustia
angstbereit
prêt à l’angoisse
ängsten
s’angoisser
angustiar-se
obscure devant tout ce qui est détaché, isolé vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
singularidade
individuation
séparation
, profond ou lointain ; impulsion à l’expansion, à la circulation, à l’association, désir de se retrouver en tous lieux - mais jamais en soi-même Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
. La science episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
et la technique techne
tékhnê
Une technique (du grec τέχνη, art, métier savoir-faire) est une ou un ensemble de méthodes, dans les métiers manuels elle est souvent associée à un tour de main professionnel.
, favorisées par cette impulsion existentielle irrationnelle, la renforcent à leur tour, la nourrissent, l’exaspèrent : échanges, communications, vitesses par delà le mur du son, radio, télévision, standardisation, cosmopolitisme, internationalisme, production illimitée, esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
américain, esprit “ moderne ”. Rapidement le réseau s’étend, se renforce, se perfectionne. L’espace terrestre n’offre pratiquement plus de mystères mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
. Les voies du sol, de l’eau l’eau
água
water
, de l’éther sont ouvertes. Le regard humain a sondé les cieux ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
les plus éloignés, l’infiniment grand et l’infiniment petit. On ne parle déjà plus d’autres terres, mais d’autres planètes. Sur notre ordre, l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
se produit, foudroyante, où nous voulons. Tumulte confus de mille voix qui se fondent peu à peu dans un rythme uniforme, atonal, impersonnel. Ce sont les derniers effets de ce qu’on a appelé la vocation “ faustienne ” de l’Occident, laquelle n’échappe pas au mythe mythe Un mythe est un récit, porté à l’origine par une tradition orale, qui propose une explication pour certains aspects fondamentaux du monde : sa création (cosmogonie), les phénomènes naturels, le statut de l’être humain, ses rapports avec le divin, la nature ou encore avec les autres humains (d’un autre sexe, d’un autre groupe), etc. révolutionnaire sous ses différents aspects, y compris l’aspect forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
technocratique formulé dans le cadre d’un messianisme dégradé.

A l’inverse, les civilisations traditionnelles donnent le vertige par leur stabilité, leur identité, leur fermeté intangible et immuable au milieu du courant du temps et de l’histoire : si bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
qu’elles furent capables d’exprimer jusqu’en des formes sensibles et tangibles comme un symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
e de l’éternité aion
aiôn
éon
éternité
eternidade
eternity
eternidad
. Elles furent des files, des éclairs dans le temps ; en elles agirent des forces qui consumaient le temps et l’histoire. De par ce caractère qui leur est propre, il est inexact de dire qu’elles “ furent ” - on devrait dire, plus justement et plus simplement, qu’elles sont. Si elles semblent reculer et s’évanouir dans les lointains d’un passé qui a même parfois des traits mythiques, cela n’est que l’effet du mirage auquel succombe nécessairement celui qui est transporté par un courant irrésistible l’éloigne toujours plus des lieux de la stabilité spirituelle. Du reste, cette image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
correspond exactement à l’image de la “ double perspective ” donnée par un vieil enseignement traditionnel : les “ terres immobiles ” fuient et se meuvent pour celui qui est entraîné par les eaux, les eaux remuent et fuient pour celui qui est fermement ancré dans les “ terres immobiles ”. (EVOLA - L’Arc et la Massue)


Voir en ligne : EVOLA - L’Arc et la Massue

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.