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Le mythe de la caverne

samedi 29 novembre 2008

Transposons. Les ombres de la caverne, ce sont ces apparences sur le mur de nos sens. Les objets eux-mêmes, ce sont ces formes vraies, comme du cube que nul œil n’a vues ; se sont les idées. Cette délivrance se fait par le discours. Ces reflets moins difficiles à saisir, pour un regard moins accoutumé, ce sont ces figures dessinées selon l’idée, et qui soutiennent le discours du géomètre. Les objets du monde réel, ce sont les rapports intelligibles qui donnent un sens aux apparences, mais dont l’apparence, au rebours, ne peut donner le secret. Ce voyage du captif délivré, c’est le détour mathématique, non pas seulement à travers les reflets ou figures, qui sont encore des sortes d’ombres, mais jusqu’à ces relations sans corps que le discours seul peut saisir, jusqu’à ces simples, nues et vides fonctions, qui sont le secret de tant d’apparences et qui sont grosses de tant de créations ; jusqu’à cette pure logique, déserte aux sens, riche d’entendement ; admirable au cœur, puisque l’homme ne s’y soutient que par le seul souci du bien penser, sans autre gain. Mais le soleil ? C’est ce Bien lui-même qui n’est point idée, qui est tellement au-dessus de l’idée, tellement plus précieux que l’idée ! Et de même que le soleil sensible, non seulement fait que les choses sont vues, mais encore nourrit et fait croître toutes les choses et les fait être, de même le Bien, soleil de cet autre monde, n’est pas seulement ce qui fait que les idées sont connues, mais aussi ce qui les fait être, Et certes celui qui aura contemplé un peu les idées, s’il revient dans la caverne, saura déjà prédire à miracle, on le nommera roi ; ce ne sera pourtant point un roi suffisant, parce qu’il n’aura pas contemplé le Bien. (Alain, Idées)


Voir en ligne : Alain (Émile Chartier)

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