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La science, c’est la sensation

samedi 29 novembre 2008

La science, c’est la sensation. Voilà la thèse, ou plutôt l’antithèse, puisqu’elle se développe en intrépides négations. Connaître c’est éprouver ; c’est se trouver à la rencontre de la chose qui nous aborde et de nous qui l’abordons. Mélange. Mais ici paraît Héraclite, le poète de l’insaisissable. Mélange de deux tourbillons, car tout change, tout vieillit, tout s’écoule, et tu ne te laves pas deux fois dans le même fleuve. Ainsi, toi qui connais, tu es fleuve ; tu ne reviens jamais, tu fuis ; tu n’es jamais ceci ; tu passes à cela ; et l’objet de même, autre fleuve ; ce qu’il allait être, déjà il ne l’est plus ; et le soleil lui-même s’éteint. Il est bien plaisant de vouloir que le mélange de ces deux flux soit un seul moment ceci ou cela ; que couleur soit ceci ou cela, que chaleur soit ceci ou cela. Toutes nos propositions sont fausses, parce qu’elles ne peuvent courir avec leur objet. Ce vrai, que tu fixes et arrêtes, est faux par cela seul que tu le fixes et l’arrêtes. Le temps d’ouvrir la bouche, déjà ce que tu vas dire, si scrupuleusement que tu le dises, ne correspond plus à rien. Reste donc bouche ouverte ; ou bien dis par précaution : « Pas plus ceci que cela ; d’aucune manière ; nul moyen. » Voilà la pensée droite ; et la pensée droite, c’est qu’il n’y a pas de pensée droite. (Alain, Idées)


Voir en ligne : Alain (Émile Chartier)

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