Philosophia Perennis

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Il y a en nous deux âmes

lundi 24 novembre 2008

Platon encore nous rappelle sans cesse qu’il y a en nous deux âmes ou deux soi, et que de ces deux l’immortel est notre « Soi réel ». Cette distinction d’un Esprit immortel et d’une âme mortelle, que nous avons déjà trouvée dans le Brahmanisme, est en fait la doctrine fondamentale de la Philosophia Perennis, où que nous la rencontrions. L’esprit retourne à Dieu qui le donna quand la poussière retourne à la poussière. Gnoti seauton ; Si ignoras te, egredere. « Là où je vais, vous ne pouvez encore me suivre... Si quelqu’un me suit, qu’il se nie lui-même [1] ». Nous ne devons pas nous faire illusion à nous-mêmes en supposant que les mots denegat seipsum doivent être pris dans une acception éthique, ce qui serait prendre le moyen pour la fin. Ils signifient ce qu’entendent saint Bernard quand il dit que l’on doit deficere a se tota, a semetipsa liquescere, et Maître Eckhart quand il dit que « le Royaume de Dieu n’est pour personne si ce n’est pour celui qui est entièrement mort ». « La parole de Dieu va jusqu’à séparer l’âme et l’esprit [2] » ; et l’Éveillé aurait pu dire aussi que « personne ne peut être mon disciple s’il ne hait sa propre âme » (Kai ou misei... ten eautou psychen) [3]. « L’âme doit se mettre elle-même à mort » - « De peur que le Jugement Dernier ne vienne et ne me trouve non annihilé, et que je sois saisi et mis entre les mains de ma propre individualité [4] ». (Ananda Coomaraswamy, Hindouisme et Bouddhisme)


Voir en ligne : Hyper-Coomaraswamy


[1Jean, XIII, 36 ; Marc, VIII, 34. Ceux qui le suivent ont « tout abandonné », et ce tout les comprend naturellement « eux-mêmes ».

[2Héb., IV, 12.

[3Luc, XIV, 26, « qui ne hait son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses soeurs », cf. Maitri Upanishad, VI, 28. « S’il est attaché à sa femme et à sa famille, pour un tel homme, non jamais », et Sutta Nipâta, 60. « Seul je m’en vais, abandonnant femme et enfant, mère et père », cf. 38. Cf. note 68, p. 40.

[4Maître Eckhart et William Blake. Cf. Boehme, Sex Puncta Theosophica, VII, 10. « Ainsi voit-on comment périt une vie..., à savoir quand elle veut être son propre maître... Si elle ne s’offre elle-même à la mort, elle ne pourra gagner un autre monde », Matth., XV, 25 ; Phédon, 67, 68. « Nulle créature ne peut atteindre un plus haut degré de nature sans cesser d’exister », (Saint Thomas d’Aquin, Sum. Theol., I, 63, 3). Cf. Schiller : « Dans l’erreur seulement il y a vie, et la connaissance est nécessairement une mort » ; cf. également ce qui a été dit plus haut du Nirvâna comme d’un achèvement de l’être. Ce qui se trouve au-delà de telles morts ne peut être défini dans les termes propres à notre modalité d’existence.

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