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Erôs et Agapè - Anders Nygren

Choix d’un point de départ permettant de définir l’idée d’agapé.

L’ « AGAPÈ » ET LA COMMUNION AVEC DIEU.

mercredi 26 septembre 2007

Erôs et Agapè. La notion chrétienne de l’amour et ses transformations. Anders Nygren. Aubier, 1944

CHAPITRE PREMIER - L’Agapè.

I - L’ « AGAPÈ » ET LA COMMUNION AVEC DIEU.

1. — Choix d’un point de départ permettant de définir l’idée d’agapé.

On a compris, depuis longtemps, que l’idée d’agapè exprime ce qu’il y a de spécifiquement nouveau dans le christianisme. Pour préciser ce qui constitue cet élément original, on a cité la loi d’amour : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur » ; « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » On a cru trouver dans ces deux commandements un point de départ naturel pour expliquer l’amour chrétien.

Il faut dire, au contraire, que partir de la loi d’amour, c’est-à-dire de l’agapè en tant que chose commandée, c’est s’interdire de comprendre l’idée chrétienne de l’amour. On aurait dû voir ce qu’il y a là d’erroné, en observant que la loi d’amour, dans ses deux parties, se trouve textuellement dans l’Ancien Testament, qu’elle ne constitue pas, dans les Evangiles, un élément nouveau et qu’elle n’y figure que comme une citation tirée de l’ancien Testament. Il est également erroné de considérer comme l’œuvre propre du christianisme le rapprochement de ces commandements qui sont séparés dans l’Ancien Testament. Les premiers chrétiens n’avaient pas conscience de opposer, en quoi que ce soit, au judaïsme sur ce point. Dans l’Evangile de Luc, c’est précisément un docteur de la Loi, c’est-à-dire un représentant de la religion de l’Ancien Testament, qui opère ce rapprochement (Luc, 10, 25 et ss.). Et si, d’après le récit de Marc, c’est Jésus qui l’opère lui-même, cela ne change en rien les choses. Il le fait, en citant l’Ancien Testament et à la vive approbation d’un docteur de la Loi (Marc, 12, 28 et ss.). On peut montrer, avec une certaine raison, que, dans l’Ancien Testament, le commandement d’aimer se trouve placé à côté d’une série d’autres prescriptions et qu’il doit au christianisme sa place dominante en tant que synthèse des exigences de la Loi. Le légalisme et le formalisme ont, sans doute, fortement marqué la période postérieure du judaïsme, mais celui-ci a toujours eu tendance à placer l’amour au centre de la morale et de la religion. Le commandement d’aimer n’est pas, simplement, l’une des nombreuses prescriptions légales. Chez Osée déjà, l’amour est au centre des exigences de la Loi. Dieu prend « plaisir à l’amour et non au sacrifice (Osée, 6, 6). L’amour éprouvé pour Dieu est, parfois, si fortement accentué, qu’à côté de la « crainte du Seigneur » il peut contribuer à déterminer la véritable attitude de l’homme en face de Dieu. Le judaïsme tend donc, d’une façon précise, à faire du commandement d’aimer, dans cette acception, le « commandement principal de la Loi ». Aussi bien ne peut-on accéder, par cette voie, à ce qu’il y a de spécifiquement nouveau et d’original dans le christianisme.


Voir en ligne : EROS ET AGAPE