Philosophia Perennis

Accueil > Soufisme > Ansari (Abdallah Ançâri) - Prières et admonitions.

Anthologie Persane (XI-XIX siècles).

Ansari (Abdallah Ançâri) - Prières et admonitions.

Dir. Henri Massé. Payot, 1950.

vendredi 12 octobre 2007

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Prières et admonitions.

O mon cher ! ce bas monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
est un lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de passage et non pas un séjour de joie ; c’est un caravansérail sans stabilité, un enfantillage sans fixité ; la blessure de son dard est inguérissable ;... c’est la demeure de l’épreuve et du déshonneur ;... les orgueil orgueil
hyperephanía
arrogance
infatuation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), les Pères envisagent l’orgueil comme très proche de l’amour-propre. Comme celui-là il a deux composantes : l’une se manifeste dans les rapports de l’homme avec ses semblables et l’autre concerne la relation de l’homme à Dieu.
leux aux viles aspirations s’y rassemblent ;... c’est le breuvage amer dont la gorgée brûle ; il est adopté par les misérables, rejeté par les hommes homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
pieux ; quiconque s’y attache est méprisable et sa langue s’embarrasse dans les excuses. Ce verset coranique avertit ceux qui savent comprendre : « Les biens d’ici-bas sont peu de chose. » O derviche ! considère le champ du repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
et ne sois pas négligent comme les ivrognes : tu verras tant de tombeaux et de sépultures où par centaines de mille reposent de charmantes beautés. Tous ces morts s’évertuèrent et firent effort, brûlèrent du feu feu Dans la philosophie chinoise, il fait partie des cinq éléments avec le métal, l’eau, le bois et la terre.

Chez les alchimistes en occident, il fait partie des quatre éléments inertes de base composant chaque matière avec l’eau, l’air et la terre.
de l’avidité et du caprice, couvrirent de perles leur bonnet, chargèrent de mets délicieux leur table, emplirent d’or et d’argent les jarres, réalisèrent des profits, machinèrent des ruses pour soutirer de l’argent ; mais finalement ils moururent, n’emportant que leurs regrets. Ils entassèrent dans leurs greniers, semèrent dans le terreau de leur cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
la graine de l’amour amour
eros
éros
amor
love
de ce bas-monde ; mais finalement ils s’en allèrent et passèrent. Soudain tous furent entraînés vers la porte du trépas et burent le breuvage de mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. que leur présentait l’échanson du destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
. O mon cher ! aie souci souci Le grec merimna, terme usité chex Pindare (Olymp., 2,60 ; Istmi., 7,13), les tragiques (Eschyle, Eum, 131 ; Sophocle, OR, 1460...), signifiait l’embarras, l’inquiétude profonde, voir l’anxiété en s’appliquant en mauvaise part à la pensée philosophique. D’où le néologisme ironique d’Aristophane dans Les Nuées (101) de merimnophrontizai, les « médito-penseurs » (P. Chatraine). La notion retrouvera dans le Nouvau Testament traduit par sollicitudo dans la Vulgate. Inquiétude mais aussi accès de la vérité. Hésichios d’Alexandrie, lexicographe de Ve siècle glosera, par son redoublment intensif : mermeros (lat. memor, mémoire), merimma par phrontidos axia : ce qui est digne de réflexion. La notion de souci se voit cernée par l’articulationet le désaccord entre rationalité du réel et son pendant, sa dynamique affective. Récemment capté par la phénoménologie heidéggérienne. (selon J.-M. Bai) de ta fin fin
finalité
telos
télos
Le finalisme est une option théorique qui affirme l’existence d’une cause finale de l’univers, de la nature ou de l’humanité. Elle présuppose un dessein, un but ultime, une signification, immanents ou transcendants, présents dès leur origine. Cette perspective est aussi dite téléologique.
, fais de bonnes actions auparavant ; sinon, malheur à toi ! L’enfer enfer
inferno
hell
sera ta demeure. Sache que ceux qui sont sous terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] désirent ta prière et disent en leur langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication.  : « O jeunes gens insouciants, ô vieillards stériles ! vous êtes donc insensés puisque vous ne comprenez pas que nous sommes endormis dans la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
et dans notre sang, le visage caché par le linceul ; chacun de nous vécut le temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. d’une lunaison ; nous avons disparu de votre souvenir en une semaine. Nous aussi, avant vous, nous étions sur le tapis d’ici-bas et de ses plaisirs ; nous avons connu la gaîté et l’allégresse de ce monde périssable ; nous nous sommes assoupis sur la couche du repos et de la tranquillité ; portés par le désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
, nous avons avancé sur la natte du perfectionnement ; mais finalement nous avons goûté l’indigeste breuvage du trépas ; nous avons connu la perfidie de ce monde et de la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. d’ici-bas. Et nous avons compris ! Nous avons vu que nous étions livrés au vent de l’anéantissement, jetés sur la terre de l’épreuve et de la peine. De notre famille, nous n’avons reçu nulle pitié ; des biens obtenus, nous n’avons tiré nul profit. Nous nous contesterions de notre repentir si nous n’avions pas devant nous le jugement dernier. Maintenant, nous n’avons plus ni garde, ni valet, ni espèces sonnantes, ni riches étoffes ; nous n’avons plus la force de parler ni d’appeler ; nous ne sommes plus capables d’élever la voix. A nous tous nous ne formons qu’une poignée de mendiants. Notre part de ce monde est le désappointement. Notre chair chair
sarx
carne
carnal
carnalidade
carnalidad
carnality
charnel
et notre peau sont la proie des vers. Quand nous en avions le pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
, quand nous avions en magasin la perle désirée, nous n’avons pas eu de discernement et nous n’avons rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. cherché ; finalement, nous sommes tombés dans l’affliction et nous avons rendu l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
sur la place. Si vous n’êtes pas insensés, regardez-nous donc à présent, car chacun de nous se plaint, verse des larmes de regret et conduit son propre deuil. Oh ! quel état d’aveuglement ! et quel repentir de nos actes ! Chers amis ! jetez un regard sur votre route et considérez notre état : on ne parle plus de nous ; nulle trace de nos corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
 ; tous se sont défaits et nos personnes ont disparu ; nos biens sont anéantis ; notre demeure et notre magasin sont à l’eau l’eau
água
water
 ; un autre nous remplace sur notre couche et nos orphelins sont écartés ; la terre mange nos joues ; la rose de notre visage est flétrie ; la poussière couvre nos lèvres ; nos dents semblables à des perles sont tombées dans le sépulcre ; notre langue est enchaînée ; notre bouche, déchirée ; tous nos membres gisent pêle-mêle ; le feu de notre convoitise s’est refroidi ; notre âme s’est envolée comme un oiseau ; l’herbe du regret est sortie de notre boue ; nous sommes dans la sombre terre, et vous dormez dans l’insouciance ! Il y a là vraiment un avertissement pour les hommes de cœur ! (Monâdjât, éd. Kàviâni, Berlin, 1342-1924, p. 19 et suiv.)


Voir en ligne : Littérature persane