Philosophia Perennis

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Anthologie Persane (XI-XIX siècles).

KHAYYAM (HrAYYÂM) : Rubâ’iyât (extraits)

Dir. Henri Massé. Payot, 1950.

vendredi 12 octobre 2007

Extrait de « Anthologie persane (XIe-XIXe siècles) », par Henri Massé. Payot, 1950

Rabâ’ïs.

On nous annonce un Paradis Paradis
Paraíso
Paradiso
Paradise
et des Houris, et qu’on trouvera là du vin, du lait, du miel. Donc on ne peut rester sans amante ni vin puisque fatalement nous finirons par là.

De tous ces voyageurs sur cette longue route, qui donc est revenu pour dire son secret ? Au bout de ce chemin de désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
et de peine, holà ! ne laisse rien : tu n’y reviendras plus !

Songe que tu seras séparé de ton âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
, voilé par les secrets d’anéantissement. Bois donc ! car tu ne sais quelle est ton origine. Vis en paix paix
paz
peace
 ! tu ne sais où tu dois t’en aller.

Le zéphir du printemps sur le front de la rose, un visage charmant au travers d’un buisson, qu’ils me sont doux, tous deux ! Ne parle pas d’hier, le passé nous attriste, oublie-le ; vis en paix et goûte ce beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
jour.

Ma naissance, jamais, ne dépendit de moi. Ma mort Tod
mort
morte
muerte
death
irrévocable est fixée malgré moi. Debout donc ! à l’ouvrage, ô léger échanson ! Je noierai dans le vin les chagrins de ce monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
.

Comme l’eau eau
água
water
hydro
dans le fleuve et le vent dans la plaine, un jour encore s’enfuit de mon temps d’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
. De deux jours, le souci Sorge 
souci
cura
preocupação
care
cuidado
merimna
sollicitudo
inquiétude
inquietude
inquietud
unquiet
unquietness
jamais ne me hanta : le jour qui doit venir, le jour déjà passé.

Quand je serai déchu, aux pieds de l’espérance, plumé comme un oiseau par la main du destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
, ne faites qu’un flacon de ma cendre. Peut-être que, rempli de bon vin, je ressusciterai.

C’est l’aurore. Debout ! ô toi, trésor de grâce. Bois à tout petits coups et caresse ton luth. Les choses d’ici-bas ont très peu de durée ; et de tout ce qui fut, rien ne doit revenir.

J’ai, d’un ardent désir, mis ma lèvre à l’amphore, l’appelant au secours pour prolonger ma vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. . A ma lèvre elle mit sa lèvre, et dit tout bas : « Durant toute une vie, je fus pareille à toi. »

Le cercle cercle
círculo
circle
dans lequel nous allons et venons, on n’en voit ni la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
ni le commencement. Personne, sur ce point, ne dit un mot de vrai. D’où sommes-nous venus ? où devons-nous aller ?

Lorsque je bois, ce n’est ni pour devenir gai ni pour abandonner politesse et croyance croyance
croire
crença
crer
belief
believe
. Je désire échapper un instant à moi-même. Voilà pourquoi je bois et pourquoi je m’enivre.

Bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
avant nous, le jour et la nuit existèrent ; bien avant nous, le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
était en mouvement Bewegung
mouvement
movimento
movimiento
motion
kinesis
. Ah ! pose doucement le pied sur cette terre Terre
Terra
Earth
Tierra
Gea
 : cette terre fut l’œil d’une jeune beauté.

Puisque la fin de l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
en ce désert de sel n’est que se chagriner et déchirer son âme, oh ! bienheureux celui qui tôt laisse ce monde ! quel repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
pour celui qui n’a point vu le jour !


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