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La langue hébraïque restitué (séléction de André Tanner)

Fabre d’Olivet - La cosmogonie de Moïse

vendredi 12 octobre 2007

Chapitre premier. — LA PRINCIPATION.

1. Dans le Principe, Ælohim, LUI-les-Dieux, l’Etre des êtres, avait créé en principe ce qui constitue l’existence des Cieux et de la Terre.

2. Mais la Terre n’était qu’une puissance contingente d’être dans une puissance d’être ; l’Obscurité, force astringente et compressive, enveloppait l’Abîme, source infinie de l’existence potentielle ; et l’Esprit divin, souffle expansif et vivifiant, exerçait encore son action génératrice au-dessus des Eaux, image de l’universelle passivité des choses.

3. Or, il avait dit, Lui-les-Dieux : la Lumière sera, et la Lumière avait été.

4. Et considérant cette essence lumineuse comme bonne, il avait déterminé un moyen de séparation entre la Lumière
et l’Obscurité.

5. Désignant, Lui-les-Dieux, cette lumière, élémentisation intelligible, sous le nom de Jour, manifestation phénoménique universelle, et cette Obscurité, existence sensible et matérielle, sous le nom de Nuit, manifestation négative et nutation des choses : et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la première manifestation phénoménique.

6. Déclarant ensuite sa volonté, il avait dit, Lui-les-Dieux : il y aura une expansion éthérée au centre des eaux, il y aura une force raréfiante opérant le partage de leurs facultés opposées.

7. Et Lui, l’Etre des êtres, avait fait cette Expansion éthérée ; il avait excité ce mouvement de séparation entre les facultés inférieures des eaux, et leurs facultés supérieures ; et cela s’était fait ainsi.

8. Désignant, Lui-les-Dieux, cette expansion éthérée du nom de deux, les eaux exaltées : et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la seconde manifestation phénoménique.

9. Il avait dit encore, Lui-les-Dieux : les ondes inférieures et gravitantes des cieux tendront irrésistiblement ensemble vers un lieu déterminé, unique ; et l’Aridité paraîtra : et cela s’était fait ainsi.

10. Et il avait désigné l’aridité sous le nom de Terre, élément terminant et final, et le lieu vers lequel devaient tendre les eaux, il l’avait appelé Mers, immensité aqueuse. Et considérant ces choses, Lui l’Etre des êtres, il avait vu qu’elles seraient bonnes.

11. Continuant à déclarer sa volonté, il avait dit, Lui-les-Dieux : la Terre fera végéter une herbe végétante, et germant d’un germe inné, une substance fructueuse portant son fruit propre, selon son espèce, et possédant en soi sa puissance sémentielle : et cela s’était fait ainsi.

12. La Terre avait fait pousser de son sein une herbe végétante et germant d’un germe inné, selon son espèce, une substance fructueuse possédant en soi sa puissance sémentielle selon la sienne : et Lui, l’Etre des êtres, considérant ces choses, avait vu qu’elles seraient bonnes.

13. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la troisième manifestation phénoménique.

14. Déclarant encore sa volonté, il avait dit, Lui-les-Dieux : il y aura, dans l’Expansion éthérée des cieux, des Centres de lumière, destinés à opérer le mouvement de séparation entre le jour et la nuit, et à savoir de signes à venir, et pour les divisions temporelles, et pour les manifestations phénoméniques universelles, et pour les mutations ontologiques des êtres.

15. Et ils seront, ces Centres de lumière, comme des foyers sensibles chargés de faire éclater la Lumière intelligible sur la terre : et cela s’était fait ainsi.

16. Et il avait déterminé, Lui, l’Etre des êtres, l’existence potentielle de cette Dyade de grands foyers lumineux ; destinant le plus grand à la représentation du jour, et le plus petit à celle de la nuit ; et il avait déterminé aussi l’existence des facultés virtuelles de l’Univers, les étoiles.

17. Les préposant dans l’expansion éthérée des cieux, ces foyers sensibles, pour faire éclater la lumière intelligible sur la terre.

18. Pour représenter dans le jour et dans la nuit, et pour opérer le mouvement de séparation entre la lumière et l’obscurité : et considérant ces choses, Lui, l’Etre des êtres, il avait vu qu’elles seraient bonnes.

19. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la quatrième manifestation phénoménique.

20. Ensuite il avait dit, Lui-les-Dieux : les Eaux émettront à foison les principes vermiformes et volatiles d’une âme de Vie, mouvante sur la terre, et voltigeante dans l’expansion éthérée des cieux.

21. Et Lui, l’Etre des êtres, avait créé l’existence potentielle de ces immensités corporelles, légions de monstres marins, et celle de toute âme de Vie, animée d’un mouvement reptiforme, dont les eaux émettaient à foison les principes, selon leur espèce, et celle de tout oiseau à l’aile forte et rapide, selon son espèce : et considérant ces choses, Lui-les-Dieux, il avait vu qu’elles seraient bonnes.

22. Il avait béni ces êtres, et leur avait déclaré sa volonté, disant : propagez-vous et multipliez-vous, et remplissez les eaux des mers ; afin que l’espèce volatile se multiplie sur la terre.

23. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la cinquième manifestation phénoménique.

24. Et Lui-les-Dieux avait dit encore : la Terre émettra de son sein un souffle de vie selon son espèce, animé d’un mouvement progressif, quadrupède et reptile. Animalité terrestre, selon son espèce ; et cela s’était fait ainsi.

25. Il avait donc déterminé, Lui, l’Etre des êtres, l’existence potentielle de cette Animalité terrestre, selon son espèce, et celle du Genre quadrupède, selon son espèce ; et considérant ces choses, il avait jugé qu’elles seraient bonnes.

26. Continuant ensuite à déclarer sa volonté, il avait dit, Lui-les-Dieux : nous ferons Adam, l’Homme universel, en notre ombre réfléchie, suivant les lois de notre action assimilante ; afin que, puissance collective, il tienne universellement l’empire, et domine à la fois, et dans le poisson des mers, et dans l’oiseau des cieux, et dans le quadrupède, et dans toute l’animalité, et dans toute vie reprit forme se mouvant sur la terre.

27. Et Lui, l’Etre des êtres, avait créé l’existence potentielle à’Adam, l’Homme universel, en son ombre réfléchie ; en son ombre divine il l’avait créé ; et, puissance collective, l’avait identifié ensemble mâle et femelle.

28. Il avait béni son existence collective, et lui avait déclaré collectivement sa volonté, disant : propagez-vous et multipliez-vous ; remplissez la Terre et subjuguez-la ; tenez universellement l’empire et dominez dans le poisson des mers, et dans l’oiseau des cieux, et dans toute chose jouissant du mouvement vital sur la Terre.

29. Et il avait également déclaré, Lui-les Dieux ; voici : je vous ai donné sans exception, toute herbe germant d’un germe inné, sur la face de la Terre entière, ainsi que toute substance portant son fruit propre, et possédant en soi sa puissance sémentielle, pour vous servir d’aliment.

30. Et à toute animalité terrestre, et à toute espèce de volatile, d’être reptiforme se mouvant sur la terre, et possédant en soi le principe inné d’un souffle animé de vie, j’ai donné en totalité l’herbe verdoyante pour aliment. Et cela s’était fait ainsi.

31. Alors, considérant toutes ces choses qu’il avait faites en puissance, comme présentes devant lui, il avait vu, Lui-les-Dieux, qu’elles seraient bonnes selon leur mesure. Et tel avait été l’occident, et tel avait été l’orient, le but et le moyen, le terme et le départ, de la sixième manifestation phénoménique.

Chapitre II. — LA DISTINCTION

18. Ensuite il dit, IHÔAH, l’Etre des êtres : il n’est pas bon qu’Adam soit dans la solitude de lui-même, je lui ferai une compagne, une aide élémentaire, émanée de lui-même et formée dans la réflexion de sa lumière.

19. Or, il avait formé, hors de l’Elément adamique, toute l’animalité de la nature terrestre, et toute l’espèce volatile des cieux ; il les fit venir vers Adam pour voir quel nom relatif à lui-même cet Homme universel assignerait à chaque espèce ; et tous les noms qu’il assigna à ces espèces, dans leurs rapports avec lui, furent l’expression de leurs rapports avec l’Ame universelle.

20. Ainsi donc, Adam assigna des noms à l’espèce entière des quadrupèdes, à celle des oiseaux, et généralement à toute l’animalité de la nature ; mais il fut loin d’y trouver cette compagne, cette aide élémentaire, qui, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière, devait lui présenter son image réfléchie.

21. Alors IHÔAH, l’Etre des êtres, laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain ; et rompant l’unité de ses enveloppes extérieures, il prit l’une d’elles, et revêtit de forme et de beauté corporelle sa faiblesse originelle.

22. Ensuite il rétablit cette enveloppe qu’il avait extraite de la substance même d’Adam, pour la faire servir de base à celle d’Aïsha, sa compagne intellectuelle ; et il l’amena vers lui.

23. Et Adam, déclarant sa pensée, dit : celle-ci est véritablement substance de ma substance, et forme de ma forme ; et il l’appela Aïsha, faculté volitive efficiente, à cause du principe volitif intellectuel Aïsh, dont elle avait été tirée en substance.

Chapitre III. — L’EXTRACTION.

1. Cependant, Nahash, l’Attract originel, la Cupidité, cette ardeur interne, appétante, était la passion entraînante de la vie élémentaire, le principe intérieur de la Nature, ouvrage de IHOAH. Or, cette Passion insidieuse dit à Aïsha, la faculté volitive d’Adam : pourquoi vous a-t-il recommandé, Lui-les-Dieux, de ne pas vous alimenter de toute la substance de la sphère organique ?

6. Aïsha, la faculté volitive, ayant considéré qu’en effet cette substance, mutuellement désirée par le sens du goût et par celui de la vue, paraissait bonne, et la flattait agréablement de l’espoir d’universaliser son intelligence, détacha de son fruit et s’en nourrit ; et en donna aussi avec intention à Aïsh, son principe intellectuel, auquel elle était étroitement unie ; et il s’en nourrit.

7. Et soudain leurs yeux s’ouvrirent également ; et ils connurent qu’ils étaient dénués de vertu, de lumière propre, stériles, révélés dans leur obscur principe. Ils firent alors naître au-dessus d’eux une élévation ombreuse, voile de tristesse mutuelle et de deuil ; et ils se firent des vêtements passagers.

17. Et à l’Homme universel, Adam, il dit ensuite : puisque tu as prêté l’oreille à la voix de ta faculté volitive, et que tu t’es nourri de cette substance, de laquelle je t’avais expressément recommandé de ne t’alimenter nullement, maudit soit l’élément adamique, homogène, et similaire à toi, relativement à toi : avec angoisse tu seras forcé d’en alimenter tous les moments de ton existence.

18. Et les productions tranchantes, et les productions incultes et désordonnées, germeront abondamment pour toi : tu te nourriras des fruits acres et désordonnés de la Nature élémentaire.

19. Tu t’en nourriras dans l’agitation continuelle de ton esprit, et jusqu’au moment de ta réintégration à l’Elément adamique, homogène et similaire à toi : car, comme tu as été tiré de cet élément, et que tu en es une émanation spiritueuse, ainsi, c’est à cette émanation spiritueuse que tu dois être réintégré.

23. IHOAH, l’Être des êtres, l’isola de la sphère organique de la sensibilité temporelle, afin qu’il élaborât et servît avec soin cet Elément adamique, hors duquel il avait été tiré.

24. Ainsi, il éloigna de son poste cet Homme universel, et fit résider, du principe de l’antériorité des temps à la sphère sensible et temporelle, un être collectif appelé Cherubim, semblable à la puissance multiplificatrice universelle, armé de la flamme incadescente de l’extermination, tourbillonnant sans cesse sur elle-même, pour garder la route de la substance élémentaire des Vies.