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Fabre d’Olivet - le problème du langage - la théorie

Gnostiques de la Révolution

vendredi 12 octobre 2007

Gnostiques de la Révolution, Fabre d’Olivet. Choix de textes par André Tenner. Engloff, Paris, 1946

L’ORIGINE DE LA PAROLE EST DIVINE
Selon Court-de-Gébelin, l’origine de la parole est divine. Un Dieu seul put donner à l’homme les organes qui lui étaient nécessaires pour parler ; il put seul lui inspirer le désir de mettre en oeuvre ses organes ; il put seul établir entre la parole et cette multitude mer­veilleuse d’objets qu’elle devait peindre, ce rapport admirable qui anime le discours, qui le rend intel­ligible à tous, qui en fait une peinture d’une énergie et d’une vérité à laquelle on ne peut se méprendre. « Comment, s’écrie cet estimable écrivain, comment a-t-on pu méconnaître ici le doigt du Tout-Puissant ? comment a-t-on pu se persuader que les paroles n’avaient aucune énergie par elles-mêmes ? qu’elles n’avaient aucune valeur qui ne fût de convention, et qui pût être toujours différente ? que le nom de l’agneau pouvait être celui du loup, et le nom du vice celui de la vertu ? »

Il faut, en effet, être possédé de l’esprit de système pour admettre de pareilles idées ; et surtout, croupir dans une singulière ignorance des premiers éléments du langage, pour prétendre, avec Hobbes, car c’est d’après lui que tous nos savants modernes l’ont prétendu, qu’il n’y a rien qui ne soit arbitraire dans l’institution de la parole.

L’HOMME EST UN GERME DIVIN ...

(Histoire philosophique du genre humain)
L’homme, doué en principe de toutes les forces, de toutes les facultés, de tous les moyens dont il peut être revêtu par la suite, ne possède en acte aucune de ces choses quand il paraît à la lumière. Il est faible et débile, et dénué de tout. [...]

Je ne saurais trop le répéter : heureux si je parviens à me faire comprendre ! l’homme est un germe divin qui se développe par la réaction de ses sens. Tout est inné en lui, tout : ce qu’il reçoit de l’extérieur n’est que l’occasion de ses idées, et non pas ses idées elles­mêmes. C’est une plante, comme je l’ai dit, qui porte des pensées, comme un rosier porte des roses, et un pommier des pommes. L’un et l’autre ont besoin de réaction. Mais est-ce que l’eau ou l’air, desquels le rosier ou le pommier tirent leur nutriment, ont quelque rapport avec l’essence intime de la rose ou de la pomme ? Aucun. Ils y sont indifférents, et font aussi bien croître des orties ou des baies empoisonnées de morelle, si le germe en est offert à leur action dans une situation convenable. Ainsi donc, quoique l’homme ait reçu à son origine une étincelle du Verbe divin, il n’apporte pas avec lui sur la terre une langue toute formée. Il recèle bien en lui le principe de la parole en puissance, mais non pas en acte. Pour qu’il parle, il faut qu’il ait senti la nécessité de parler, qu’il l’ait voulu fortement ; car c’est une des opérations les plus difficiles de son entendement. Tant qu’il vit isolé et purement instinctif, il ne parle pas [...].

Mais, dès le moment qu’il est entré dans l’état social, ... mille circonstances qui s’accumulent autour de lui lui rendent nécessaire un langage quelconque : il a besoin d’un moyen de communication entre ses idées et celles de sa compagne. Il veut lui faire con­naître ses désirs et surtout ses espérances ; car, depuis qu’il a de l’orgueil, il a aussi des espérances ; et sa compagne est aussi d’autant plus empressée à lui communiquer les siennes que sa vanité, plus active et plus circonscrite, les lui suggère plus souvent et en plus grand nombre.

LE PREMIER LANGAGE : LE SIGNE.

(Histoire philosophique du genre humain)
A peine cette volonté est déterminée en eux que les moyens de la satisfaire se présentent : ces moyens sont tels, qu’ils les emploient sans les chercher, et comme s’ils les avaient toujours eus. Ils ne se doutent pas, en les employant, qu’ils posent les fondements du plus admirable édifice. Ces moyens sont des signes qu’ils effectuent par un mouvement d’intention instinctive, et qu’ils comprennent de même. Ceci est extrê- mement remarquable, que les signes n’aient pas besoin d’une convention antérieure pour être compris ; du moins ceux qui sont radicaux, comme par exemple les signes qui expriment l’adhésion ou le refus, l’affirmation ou la négation, l’invitation de s’approcher ou l’ordre de s’éloigner, la menace ou l’accord, etc.

ORIGINE COMMUNE DE TOUTES LES LANGUES.
Ne craignons point d’annoncer cette importante vérité : toutes les langues que les hommes parlent et qu’ils ont parlées sur la face de la terre, et la masse incalculable de mots qui entrent ou sont entrés dans la composition de ces langues, ont pris naissance dans un très petit nombre de signes radicaux. (Histoire philosophique du genre humain)

Les langues particulières ne sont que les dialectes d’une Langue universelle, fondée sur la nature, et dont une étincelle de la Parole divine anime les élé­ments. On peut appeler cette Langue, que jamais nul peuple n’a possédée en entier, la Langue primitive. Cette Langue, dont toutes les autres sortent comme d’un tronc unique, n’est composée que de racines monosyllabiques, s’attachant toutes à un petit nom­bre de signes. (Langue hébraïque.)

LE SIGNE DONNE NAISSANCE A L’ENTENDEMENT. ...
Au moment où ce langage muet s’établit entre les deux époux, au moment où un signe émis comme l’expression d’une pensée, porta cette pensée de l’âme de l’un dans celle de l’autre, et qu’elle y fut comprise, elle excita dans la sphère animique un mouvement qui donna naissance à l’entendement. Cette faculté centrale ne tarda pas à produire ses facultés circonférencielles, analogues ; et dès lors l’homme put, jusqu’à un certain point, comparer et juger, discerner et comprendre. (Histoire philosophique.)

NAISSANCE DE LA PAROLE.
Bientôt il s’aperçut, en faisant usage de ces facultés nouvelles, que la plupart des signes qu’il émettait pour exprimer sa pensée étaient accompagnés de certaines exclamations de voix, de certains cris, plus ou moins faibles ou forts, plus ou moins âpres ou doux, qui ne manquaient guère de se représenter ensemble. Il remarqua cette coïncidence que sa compagne avait remarquée avant lui, et tous les deux jugèrent que ce pouvait être commode, soit dans l’obscurité, soit lorsque l’éloignement ou un obstacle leur dérobait la vue l’un de l’autre, de substituer ces diverses inflexions de voix aux divers signes qu’elles accompagnaient. Ils le, firent peut-être dans quelque circonstance urgente, émus par quelque crainte ou par quelque désir véhément, et ils virent avec une bien vive joie qu’ils s’étaient entendus et compris. Dire combien cette substitution fut importante pour l’humanité est sans doute inutile. Le lecteur sent bien que rien de plus grand ne pouvait avoir lieu dans la nature, et que si le moment où un pareil événement se présenta pour la première fois, eût pu être fixé, il eût mérité les honneurs d’une commémoration éternelle. (Histoire philosophique)

RAPPORT NÉCESSAIRE DU NOM A L’OBJET
Oui : si je ne suis point trompé par la faiblesse de mon talent, je ferai voir que les mots qui composent les langues, en général, et ceux de la langue hébraïque, en particulier, loin d’être jetés au hasard, et formés par l’explosion d’un caprice arbitraire, comme on l’a prétendu, sont, au contraire, produits par une raison profonde ; je prouverai qu’il n’en est pas un seul qu’on ne puisse, au moyen d’une analyse grammaticale bien faite, ramener à des éléments fixes, d’une nature immuable pour le fond, quoique variable à l’infini pour les formes. (Histoire philosophique)

LE CARACTÈRE CONSIDÉRÉ COMME SIGNE.
Ces éléments, tels que nous pouvons les examiner ici, constituent cette partie du discours à laquelle j’ai donné le nom de Signe. Ils comprennent, comme je l’ai dit, la voix, le geste, et les caractères tracés. C’est aux caractères tracés que nous allons nous attacher ; puisque la voix est éteinte et le geste disparu. Ils nous fourniront seuls un sujet assez vaste de réflexions.

Selon le judicieux écrivain que j’ai déjà cité, leur figure n’est point arbitraire. Court-de-Gébelin prouve, par des exemples nombreux, que les premiers inventeurs de l’Alphabet littéral, source unique de tous les alphabets littéraux actuellement en usage sur la terre, et dont les caractères n’étaient d’abord qu’au nombre de seize, puisèrent dans la nature même la forme de ces caractères, relativement au sens qu’ils voulaient y attacher.

Le son et le mouvement, mis à la disposition de la Volonté, sont modifiés par elle ; c’est-à-dire qu’à la faveur de certains organes appropriés à cet effet, le son est articulé et changé en voix ; le mouvement est déterminé et changé en geste. Mais la voix et le geste n’ont qu’une durée instantanée, fugitive. S’il importe à la volonté de l’homme de faire que le souvenir des affections qu’elle manifeste au-dehors, survive aux affections elles-mêmes, et cela lui importe presque toujours ; alors, ne trouvant aucune ressource pour fixer ni peindre le son, elle s’empare du mouvement, et à l’aide de la main, son organe le plus expressif, trouve, à force d’efforts, le secret de dessiner sur l’écorce des arbres, ou de graver sur la pierre, le geste qu’elle a d’abord déterminé. Voilà l’origine des caractères tracés, qui, comme image du geste, et symbole de l’inflexion vocale, deviennent l’un des éléments féconds du langage, étendent rapidement son empire, et présentent à l’homme un moyen inépuisable de combinaison. Il n’y a rien de conventionnel dans leur principe ; car non est toujours non, et oui toujours oui : un homme est un homme. Mais, comme leur forme dépend beaucoup du dessinateur, qui éprouve le premier la volonté de peindre ses affections, il peut s’y glisser assez d’arbitraire, et elle peut varier assez pour qu’il soit besoin d’une convention pour assurer leur authenticité et autoriser leur usage. Aussi n’est-ce jamais qu’au sein d’une peuplade avancée dans la civilisation, et soumise aux lois d’un gouvernement régulier, qu’on rencontre l’usage d’une écriture quelconque. On peut être sûr que là où sont les caractères tracés, là aussi sont les formes civiles. Tous les hommes parlent et se communiquent leurs idées, tels sauvages qu’ils puissent être, pourvu qu’ils soient des hommes ; mais tous n’écrivent pas, parce qu’il n’est nul besoin de convention pour l’établissement d’un langage, tandis qu’il en est toujours besoin pour celui d’une écriture.
(Histoire philosophique)

DÉVELOPPEMENT DES SIGNES.
Essayons de découvrir comment le signe, se manifestant au-dehors, produisit un nom ; et comment le nom. caractérisé par un type figuré, produisit un signe. Prenons par exemple le signe M, qui, s’énonçant au moyen de ses éléments primordiaux, le son et les organes de la voix, devient la syllabe äM ou Mä et s’applique à celle des facultés de la femme qui la distingue éminemment, c’est-à-dire à celle de Mère. Si quelque esprit attaqué de scepticisme me demande pourquoi je renferme l’idée de Mère dans cette syllabe äM ou Mä, et comment je puis être sûr qu’elle s’y applique effectivement, je lui répondrai que la seule preuve que j’aie à lui donner, dans la sphère matérielle où il s’enveloppe, c’est que, dans toutes les langues du monde, depuis celle des Chinois jusqu’à celle des Caraïbes, la syllabe äM ou Mä s’attache à l’idée de Mère, äB, Bä ou äP, Pä, à celle du père. S’il doute de mon assertion, qu’il prouve qu’elle est fausse ; s’il n’en doute point, qu’il me dise comment il se peut faire que tant de peuples divers, jetés à des’ distances si grandes, inconnus les uns aux autres, se sont accordés dans la signification de cette syllabe, si cette syllabe n’est pas l’expression innée du signe de la maternité.

Mais elle l’est : c’est une vérité grammaticale que tous les sophismes de Hobbes et de ses disciples ne sauraient ébranler.

Appuyons-nous sur le point fondamental et poursuivons. Quelles sont les idées relatives ou abstractives qui s’attachent à, ou qui découlent de l’idée primordiale représentée par la syllabe äM ou Mä ? N’est-ce point l’idée de la fécondité, de la multiplicité, de l’abondance ? N’est-ce point l’idée de la fécondation, de la multiplication, de la formation ? Ne voit-on pas naître de cette source toute idée d’action excitée et passive, de mouvement extérieur, de force plastique, de lien propre, de foyer, de moyen, etc., etc. ?

Il est inutile de poursuivre cette exploration : quel est le lecteur, arrivé jusqu’à ce point de ma Grammaire, qui ne puisse aller aussi loin et plus loin que moi ? Eh bien, cette foule d’idées, toutes renfermées dans l’idée primordiale de Mère, ou s’attache au signe figuré, au caractère typique qui la représente, ou elle en découle et le suit.

Chaque signe part des mêmes principes et acquiert le même développement. La parole est comme un arbre robuste, qui, s’élançant d’un tronc unique, commence par des embranchements rares ; mais qui bientôt s’étend, se déploie, se divise en une infinité de rameaux dont les rejetons entrelacés finissent par se mêler et se confondre.

Et que ce nombre immense d’idées, découlant d’un si petit nombre de signes, n’étonne point. C’est au moyen de huit clefs appelées koua, que la langue chinoise, d’abord réduite à deux cent quarante caractères primordiaux, s’est élevée jusqu’à quatre-vingts, et même quatre-vingt-quatre mille caractères dérivés.

Or, plus une langue est neuve et voisine de la nature, et plus le signe y conserve de force. Cette force s’éteint jneensiblement à mesure que les langues dérivées se forment, se fondent les unes dans les autres, s’identifient, et s’enrichissent mutuellement d’une foule de mots, qui, appartenant à plusieurs peuplades d’abord isolées, ensuite réunies, perdent leur synonymie, et finissent par se colorer de toutes les nuances de l’imagination, en se prêtant à toutes les délicatesses du sentiment et de l’expression. La force du signe est la pierre de touche grammaticale, au moyen de laquelle on peut juger, sans erreur, de l’antiquité d’une langue quelconque.

Dans nos langues modernes, par exemple, le signe, pressé, fondu dans le signe, souvent brisé, souvent égaré, toujours revêtu du ciment idiomatique et de la rouille des âges, est très difficile à reconnaître ; il ne cède qu’à une analyse opiniâtre. Ce n’est point ainsi en hébreu. Cette langue, comme un rejeton vigoureux, sorti du tronc desséché de la langue primitive, en a conservé, en petit, toutes les formes et toute l’action. Les signes y sont presque tous évidents, et plusieurs mêmes s’emploient isolés. [...]

FORMATION DE LA RACINE ET DE LA RELATION.
Une racine est, et ne peut jamais être que mono-syllabique : elle résulte de la réunion de deux signes au moins, et de trois au plus. Je dis de deux signes au moins, car un seul signe ne saurait constituer une Racine, parce que l’idée fondamentale qu’il renferme, n’étant pour ainsi dire qu’en germe, attend, pour se développer, l’influence d’un autre signe. Ce n’est pas que le signe, avant d’être constitué tel, n’ait représenté un nom, mais ce nom s’est effacé, comme je l’ai dit, pour constituer le signe.

Lorsque le signe se présente seul dans le discours, il devient en hébreu ce que j’appelle un article, c’est-à-dire une sorte de relation dont l’expression entièrement abstraite détermine les rapports divers des noms et des verbes entre eux.

DE LA SIGNIFICATION.
La Signification des noms résulte tout entière des principes que j’ai posés. Si ces principes ont été développés avec assez de clarté et de simplicité pour qu’un lecteur attentif en ait pu saisir l’ensemble, la Signification des noms ne doit plus être pour lui un mystère inexplicable, dont il ne puisse, comme Hobbes ou ses adhérents, rapporter l’origine qu’au hasard. Il doit avoir senti que cette Signification, ainsi appelée des signes primordiaux où elle réside en germe, commence à paraître sous une forme vague, et se développe sous des idées générales, dans les racines composées de ces signes ; qu’elle se restreint ou se fixe à l’aide des signes secondaires et successifs qui s’adaptent à ces racines ; et qu’enfin elle acquiert toute sa force par la transformation de ces mêmes racines en Noms, et par l’espèce de mouvement que leur impriment encore les signes paraissant pour la troisième fois sous la dénomination d’Articles.

LA PAROLE EST UN GRAND ARBRE...
Ah ! si la parole était un art mécanique, une institution arbitraire, comme l’ont avancé Hobbes et avant lui Gorgias et les sophistes de son école, aurait-elle, je le demande, ces racines profondes, qui, sortant d’une petite quantité de signes et se confondant d’un côté avec les éléments mêmes de la nature, jettent de l’autre ces immenses ramifications qui, colorées de tous les feux du génie, envahissent le domaine de la pensée, et semblent atteindre jusqu’aux limites de l’infini ? Voit-on rien de semblable dans les jeux de hasard ? Les institutions humaines, si parfaites qu’elles soient, ont-elles jamais cette marche progressive d’agrandissement et de force ? Quel est l’ouvrage mécanique qui, sorti de la main des hommes, puisse se comparer à cet orme altier dont le tronc, surchargé maintenant de rameaux, dormait naguère enseveli dans un germe imperceptible ? Ne sent-on point que cet arbre puissant, qui d’abord faible brin d’herbe, perçait à peine le sol qui en recelait les principes, ne peut, en aucune manière, être considéré comme la production d’une force aveugle et capricieuse ; mais, au contraire, comme celle d’une sagesse éclairée et constante en ses desseins. Or la parole est cet arbre majestueux. Ainsi que lui, elle a son germe ; ainsi que lui elle jette ses racines, en petit nombre, dans une nature féconde dont les éléments sont inconnus ; ainsi que lui, elle rompt ses liens, elle s’élève ; elle échappe aux ténèbres terrestres ; elle s’élance dans des régions nouvelles, où, comme lui, aspirant un élément plus pur, abreuvée d’une lumière divine, elle étend ses rameaux et les couvre de fleurs et de fruits.

UNE OBJECTION.
Mais, peut-être, m’objectera-t-on que ce rapprochement, qui ne saurait m’être contesté pour l’hébreu, dont je démontre irrésistiblement les développements successifs, se borne à cette langue, et que ce serait en vain que je tenterais le même travail pour une autre. Je réponds à cela que cette objection, pour avoir quelque force, devrait être affirmative, comme ma preuve l’est, au lieu d’être négative ; c’est-à-dire qu’au lieu de me dire que je ne ferais pas, il faudrait faire ; il faudrait me démontrer, par exemple, que le français, le latin ou le grec, sont constitués de manière à ne pouvoir pas être ramenés à leurs principes, ou, ce qui est la même chose, aux signes primordiaux sur lesquels repose la masse des mots qui les composent ; chose que je nie absolument. L’analyse de ces idiomes, je le sais bien, est d’autant plus difficile qu’ils sont plus composés et plus éloignés de leur origine ; mais, pour être difficile, cette analyse n’est point impossible.