Philosophia Perennis

Accueil > Ésotérisme occidental > Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) > Saint-Martin - L’INTELLIGENCE SE NOURRIRA DES FRUITS QU’ELLE AURA (...)

André Tanner - sélection et organisation thématique

Saint-Martin - L’INTELLIGENCE SE NOURRIRA DES FRUITS QU’ELLE AURA SEMÉS

vendredi 12 octobre 2007

Quand ces temps seront écoulés ; quand, selon l’expression des prophètes, les siècles seront rentrés dans leur antique silence et que les astres, ayant rassemblé leurs sept actions en une seule, leur lumière sera devenue sept fois plus éclatante ; alors, à la faveur de leur clarté, l’intelligence de l’homme découvrira les productions qu’elle aura laissé germer en elle-même ; alors elle se nourrira des propres fruits qu’elle aura semés.

Malheur à elle si ces fruits sont sauvages, corrompus ou malfaisants : car n’ayant point alors d’autre nourriture, elle sera forcée de s’en alimenter encore, et d’en éprouver la continuelle amertume : car les substances fausses et impures, engendrées en elle par ses désordres, ne pouvant entrer dans la réintégration, il n’y aura que la violente opération d’un feu actif qui ait assez de force pour les dissoudre.

Malheur à l’intelligence, si elle a versé le sang des prophètes ; non pas seulement qu’elle ait contribué à la destruction corporelle de ceux qui ont porté ce nom sur la terre, mais bien plus encore, si elle a repoussé ces notions intimes, ces Actions vivantes que la Sagesse lui communiquait à chaque instant ; lesquelles n’ayant pour but que de présenter la vérité à l’homme, afin qu’il puisse la voir comme elles la voient elles-mêmes, deviennent pour lui de véritables prophètes dont le sang lui sera redemandé avec une rigueur inflexible, s’il a été assez coupable pour l’avoir répandu lui-même, assez négligent pour le laisser couler sans profit, assez dépravé pour en arrêter l’influence sur ses semblables.

Malheur à l’intelligence si, ne devant agir que de concert avec son principe, elle a cependant voulu agir sans lui ; parce qu’après la dissolution de ses liens corporels, elle sera réduite encore à agir sans ce principe, ainsi qu’elle aura fait dans le cours de sa vie terrestre !

Car telle sera la différence extrême entre notre état actuel de vie corporelle, et celui qui le doit suivre, lequel n’est encore sensible qu’à notre pensée. Nous ne connaissons pour ainsi dire ici-bas que par nos désirs l’action vivante et intellectuelle qui nous est propre ; parce que, pendant notre séjour dans la matière, les moyens les plus efficaces de cette action nous sont refusés : mais au sortir de cette matière, lorsque pendant notre vie corporelle nous avons conservé la pureté de nos affections, ces moyens efficaces nous environnent et nous sont prodigués sans mesure ; et des jouissances inconnues à l’homme terrestre le dédommagent amplement des privations qu’il a supportées.

Or l’homme perd à la mort tous les objets, tous les moyens, tous les organes qui servaient d’aliment et de canal au crime : et si, pendant sa vie corporelle il a nourri en lui des penchants faux et des habitudes d’erreur, il ne lui reste, lorsqu’il est séparé de son enveloppe, que le désordre de ses goûts et de ses désirs corrompus, avec l’horreur de ne pouvoir plus les accomplir. [...]

Si, au contraire, l’homme n’a reçu et n’a cultivé en lui que des germes salutaires et analogues à sa vraie nature ; s’il a été assez heureux pour arroser quelquefois de ses larmes cette plante fertile que nous renfermons tous en nous-mêmes ; s’il a compris qu’il devait porter, comme tous les êtres, les signes caractéristiques de son principe, et que nul autre que le premier de tous les principes ne pouvait lui avoir donné l’existence ; s’il a désiré de ressembler à ce principe, en se conformant à ses images envoyées dans le temps ; s’il a essayé de le faire connaître à ses semblables, en les aimant comme il les aime, en tolérant leurs égarements comme il les tolère, en se transportant par la pensée jusque dans ces temps de calme et d’unité où les désordres ne l’affecteront plus ; enfin, s’il a tâché de traverser cette ténébreuse demeure, sans faire alliance avec les illusions qui la composent ; n’ayant pris, dans ce passage laborieux que ce qui pouvait étendre sa propre nature et non la défigurer ; alors il cueillera des fruits dont le goût, la couleur et le parfum flatteront les sens intellectuels de son être, en même temps qu’ils en vivifieront continuellement toutes les facultés. Rien ne le séparera de ces sphères supérieures dont les sphères visibles ne sont que d’imparfaites images, et dont le mouvement, dirigé selon des rapports inaltérables, enfante la plus sublime harmonie, et transmet les accords divins à l’universalité des êtres.

(Tableau naturel.)