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LA SAINTE LITURGIE DE L’AVENT A LA SEPTUAGÉSIME

Deuxième Dimanche de l’Avent. Station à Sainte-Croix en Jérusalem.

Cardinal I. Schuster

mardi 17 février 2015

Extrait de « Liber Sacramentorum »

Après Betlehem et la crèche, vient le Golgotha avec la Croix qui brille déjà de loin sur la paisible campagne d’Ephrata, où le Verbe incarné fait sa première apparition. C’est pourquoi la station est dans la basilique Sessorienne, — reproduction romaine du Martyrium de Jérusalem ; on y gardait la sainte Croix, que l’impératrice Hélène avait donnée à l’Église de Rome. Il est nécessaire en effet, pour couper court aux illusions sentimentales, de relever nettement et de bonne heure le caractère de cette première apparition messianique, dans l’humiliation et la pauvreté, à savoir que le Christ vient s’offrir en victime d’expiation pour les péchés du monde ; nous éviterons ainsi de tomber dans le péché des Juifs, qui, dans leur sensualisme orgueilleux, refusèrent d’accepter Jésus pour Messie, uniquement parce qu’il ne répondait pas au concept mégalomane qu’ils s’en étaient fait. Combien d’âmes, aujourd’hui encore, trouvent leur pierre d’achoppement dans la Croix ! Combien disent qu’ils cherchent Jésus et qui, le rencontrant couronné d’épines et la croix sur l’épaule dans le chemin du Calvaire, ne s’aperçoivent pas que c’est Lui, et passent outre !

L’introït est tiré d’Isaïe (ch. xxx) et du psaume 79, où l’on prie le Seigneur de se révéler enfin devant les fidèles tribus d’Israël. C’est le psaume des « Apparitions » que l’Église répète très souvent durant le cycle de Noël, parce qu’il exprime le désir suprême des patriarches et des justes, implorant la « Puissance du Très-Haut » pour qu’elle vienne racheter l’humanité et dissipe l’empire de Satan, le fort armé qui garde jalousement sa proie.

La collecte s’inspire du cri fameux du grand saint Jean-Baptiste : préparez les voies au Seigneur, et nous prions Dieu qu’il répande cette grâce dans nos cours. Cette préparation consiste dans l’esprit de contrition qui purifie l’âme et dans le propos sincère d’obéir aux préceptes divins.

Dans la lecture, saint Paul (Rom., xv, 4-19) trace à grands traits la mission du Rédempteur, qui est de renverser le mur de division entre la race d’Abraham selon la chair et le reste de l’humanité, pour en former une seule famille, l’Église. Jésus est bien en vérité la fleur qui s’épanouit sur la tige de Jessé, selon la promesse faite par Dieu aux patriarches ; mais en même temps Il est le monarque universel, au nom de qui les nations doivent être bénies, selon le pacte jadis conclu avec Abraham, qui, par sa foi, est devenu le père de tous les croyants.

Le répons-graduel est pris au psaume 49, qui, en des couleurs vives et saisissantes, décrit la parousie du divin Juge, venant dans le monde entouré de la multitude de ses saints, pour rendre à chacun selon ses actes. Entre la première apparition de Jésus Enfant et la venue finale du Juge suprême des vivants et des morts, il y a une connexion intime, que l’Église ne manque pas de nous faire remarquer. C’est le commencement et la fin de l’ère messianique.

Le verset alléluiatique est emprunté au psaume 121, et, faisant une délicate allusion à la Sancta Hiemsalem où se célèbre aujourd’hui la station, il exprime la joie de l’âme à l’aurore de son prochain retour en la Jérusalem céleste.

Jean est l’ange qui précède la venue de l’Homme-Dieu ; c’est pourquoi l’Évangile de ce jour (Matth., xi, 2-19), tenant plus compte de l’ordre logique que de la suite chronologique des événements, nous décrit le saint Précurseur envoyant ses disciples à Jésus, pour apprendre de sa bouche même l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jésus, mieux que par des paroles, démontre sa mission messianique par ses ouvres et, en appelant aux miracles, Il enseigne que le plus grand de tous les prodiges qui attestent sa divinité est celui de la conversion du monde nonobstant le scandale de la Croix. Ce fut là, en effet, que les Israélites trouvèrent leur pierre d’achoppement, tandis que les gentils, au contraire, arrivèrent à la béatitude en adorant précisément la divinité de Celui qui était suspendu sur un gibet.

L’offertoire est tiré du psaume 84, qui est nettement messianique. Après de longs siècles d’indignation, Dieu inaugure enfin l’ère de la grâce et regarde son peuple avec douceur. Celui-ci espère et prie, afin que Yahweh révèle bientôt au monde sa Miséricorde qui est justement Jésus « Sauveur ».

La Rédemption, la « charis », qui est l’esprit du Nouveau Testament, n’est pas due aux mérites, mais elle est un pur don de la bonté de Dieu. C’est pourquoi, dans la collecte sur les oblations, nous reconnaissons notre insuffisance, et nous invoquons notre pauvreté et notre misère comme un motif pour implorer la grâce.

L’antienne pour la Communion est tirée de Baruch (iv et v) qui, sous le symbole de la Hierusalem stationnale, invite aujourd’hui l’âme à se préparer aux joies futures que le Seigneur lui réserve pour Noël.

La grâce eucharistique que nous implorons dans la collecte est que le Pain divin, mémorial de la mort du Seigneur, détruise en nous les germes vicieux et nous nourrisse pour la vie céleste.

Au moyen âge, la vénérable basilique Sessorienne était simplement appelée : Sancta Hierusalem ; cela explique les gracieuses allusions à ce titre, qui se trouvent dans la liturgie de ce jour.


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