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La Charité profanée

Borella : Animus

La tripartition anthropologique

lundi 1er décembre 2014

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Si nous représentons le psychisme par l’eau l’eau
água
water
, on pourra figurer la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
pensante comme une lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. reflétée dans l’eau et la pénétrant, au moins jusqu’à un certain degré de profondeur. Cette image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
a le mérite de montrer que la pensée est immanent immanence La perspective d’immanence part elle aussi de l’axiome que Dieu seul possède et les qualités et la réalité ; mais sa conclusion est positive et participative, c’est-à-dire qu’on dira que la beauté d’une créature - étant de la beauté et non son contraire - est nécessairement celle de Dieu, puisqu’il n’y en a pas d’autre ; et de même pour toutes les autres qualités, sans oublier, à leur base, le miracle de l’existence. La perspective d’immanence n’anéantit pas - comme celle de transcendance - les qualités créaturielles, au contraire elle les divinise, si l’on peut s’exprimer ainsi. [Frithjof Schuon] e au psychisme, et cependant qu’elle s’en distingue puisqu’elle n’est pas de l’eau. Cette lumière psychique nous semble correspondre au terme latin : animus, et nous l’appellerons : âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
mentale. R. Guénon a souligné que le mot mental (du latin mens) comprend la racine indo-européenne men ou man, qui désigne l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
. En effet, la conscience mentale caractérise l’homme comme tel, et le distingue de tous les autres êtres.

Il n’est pas aisé de définir l’âme mentale. Il s’agit de la modalité cognitive du psychisme. Nous utiliserons, pour la décrire, l’image du miroir, car la nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
spécifique de cette connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
nous paraît être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
son caractère indirect. Le mental « réfléchit » ce qu’il connaît, ou encore, connaître, pour lui, c’est réfléchir son objet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
de connaissance. Le mental (ou la pensée) ne pénètre pas l’objet dans son essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
propre, mais c’est bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
plutôt l’objet qui « pénètre » en lui, non en tant que tel, mais comme une abstraction. L’objet « informe » l’âme cognitive, mais, en recevant en elle cette informat information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] ion, l’âme la revêt de sa propre nature subtile. Entendons-nous bien : ce qui est connu, ce n’est pas l’abstraction, c’est l’objet ; mais cet objet est connu par mode d’abstraction. Si l’on veut, le mental est le « milieu de réfraction » que traverse l’objet pour être connu.

La connaissance s’effectue donc par « impression expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
mentale » ; le mental est le miroir réfléchissant du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
. Ainsi que nous l’avions déjà observé à propos de la culture, ce caractère indirect ou réfléchissant de la connaissance humaine introduit entre l’homme et le monde ce que Ruyer appelle une « distance psychique » [1] qui fonde la possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
du symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
e. L’intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 , ou plutôt, à ce niveau, faudrait-il dire le conceptible, n’existe pas seulement dans les choses, mais aussi en quelque sorte, « en lui-même », grâce à la connaissance humaine, dont on peut dire, d’une certaine manière, qu’elle actualise, à l’état séparé, la modalité intelligible des choses. Il ne s’agit pas seulement de « penser quelque chose », mais de penser à quelque chose, ou sur quelque chose. Cette possibilité du symbole symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
se réalise essentiellement dans le langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. , qui ne consiste pas principalement à exprimer quelque chose, ce que fait l’animal Tier
animal
zoon
Tierheit
animalidade
, mais à parler de quelque chose, ce dont aucun animal n’est capable [2]. Et, puisque parler de quelque chose, c’est parler de quelque chose qui est « absent » et que, pour cette raison, on représente, on voit que la connaissance mentale implique non seulement la pensée conceptuelle, mais encore la mémoire et l’imagination, fonction de l’absence dans le temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. et dans l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
. Tout cela, c’est animus.


Voir en ligne : Jean Borella


[1Cf. R. Ruyer, L’Animal, l’Homme et la Fonction symbolique, Gallimard, 1964.

[2Op. cit., p. 95. Toutes les discussions sur le langage animal repose soit sur un malentendu, soit sur le désir d’étonner les ignorants.