Philosophia Perennis

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Histoire de la Philosophie - La Philosophie Byzantine

Jean Climaque

Basile Tatakis

mercredi 26 septembre 2007

Extrait de « Histoire de la Philosophie », Fascicule supplémentaire - La Philosophie Byzantine, de Basile Tatakis

Avec saint Jean Climaque, l’abbé de Sinaï, dit Scolastique, à cause de son excellente culture (ca 525-605), nous arrivons au point culminant de cet ascétisme pratique, à son moment le plus fécond. Les idées mystiques, l’élan vers la perfection, le profond amour pour la cité angélique qu’est la communauté monastique, en un mot la vertu monastique trouvèrent en lui leur meilleur interprète. A l’invitation de Jean de Raithu, son admirateur zélé, Jean Climaque composa l’Echelle spirituelle (Scala Paradisi), une œuvre qui devint célèbre et qui est considérée comme le chef-d’œuvre de l’ascétisme oriental du VIIe siècle. Le titre fait allusion à l’échelle céleste que vit en rêve Jacob (Bible, Gen., 28, 12) ; de même la composition en 30 chapitres ou échelons fait allusion aux trente ans de vie cachée de Jésus. La Lettre au pasteur (Liber ad pastorem), qui dans les éditions courantes est regardé comme un traité à part, faisait à l’origine partie intégrante de l’ouvrage, sa partie finale. On reconnaît aisément que Climaque est fortement influencé par saint Grégoire de Nazianze et le pseudo-Denys et l’on trouve en lui comme un écho de la pensée stoïcienne et cynique. Néanmoins sa source principale reste sa propre expérience d’ascète et les conférences qu’il a eues avec d’autres ascètes renommés. C’est ce qui confère un air tout personnel à sa parole, comme à sa pensée et lui permet de passer sous silence ses sources. Le monastère étant considéré comme une école préparatoire à la vie future, le moine y passe toute sa vie en qualité d’élève. Le moine a un combat à livrer pour gagner sa perfection et voir réalisées dès ce monde les paroles évangéliques. Combat rude et âpre envers soi-même, envers les autres. Saint Paul fut le premier à comparer cet effort pour la perfection à un combat athlétique. Le moine en effet est un athlète, un ascète qui consume sa vie dans l’ascèse de l’âme et du corps. Le traité de Climaque est justement un guide, une méthode de cette ascèse. Le ton est de beaucoup semblable à celui de la diatribe cynico-stoïcienne, mais le but final est radicalement différent. L’indépendance de la raison et son hégémonie sont pour le sage stoïcien une fin en soi ; pour le chrétien elles ne sont, au contraire, qu’un moyen pour se détacher complètement de ce monde et s’attacher à Dieu ; un moyen pour le salut de son âme. Comme elle a sa méthode, l’ascèse, a aussi sa pédagogie. L’ascète ne peut pas espérer gagner seul la perfection ; le croire c’est de l’arrogance. Il doit faire preuve d’une humilité excessive et s’attacher de toute son âme à son guide, le pasteur. Le rôle de celui-ci, son art et ses qualités, plus généralement l’art de gouverner, est esquissé dans la partie finale de l’œuvre de Climaque, la Lettre au pasteur. Est vrai pasteur, y est-il dit, celui qui peut par sa bonté, par sa propre activité et sa prière rechercher et retrouver ceux qui sont perdus. Cette force d’âme ne peut lui venir que de Dieu et de ses propres exploits. Par elle seule il peut sauver le navire, non seulement de la tempête, mais le tirer hors de l’abîme même. Le vrai pasteur prend connaissance de Dieu par une illumination intérieure qui rend inutiles tous les écrits. Il ne convient pas aux maîtres d’éduquer par des copies, c’est-à-dire par des connaissances qui leur viennent du dehors. Ils offrent à leurs brebis leur propre âme. Cette sagesse, qui lui est conférée par Dieu, le pasteur la reconnaîtra, quand il pourra mener à la perfection non pas les diligents, mais ceux qui sont incultes et imprudents. Le pasteur ne cessera pas de jouer à la flûte de la raison, même quand ses brebis paissent ; ni même quand elles vont se coucher ; il n’y a rien que le loup craigne autant que la résonance de la flûte pastorale. On voit, par ce qui précède, que Jésus lui-même sert ici de modèle à Climaque pour dessiner le type du vrai pasteur.


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