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Une république de moines

L’ORGANISATION DE LA VIE MONASTIQUE AU MONT ATHOS

Jean Décarreaux

lundi 4 août 2014

Extrait de « Une république de moines »

Les origines monastiques de l’Athos remontent peut-être au IVe siècle, époque à laquelle se seraient fixés les premiers ermites. Sur ce point rien n’est sûr. Au VIIe siècle, sous Constantin Pogonat (668-685), des solitaires, auraient été, grâce à l’empereur, reconnus comme possesseurs du territoire. Au Vme, pendant les troubles religieux suscités par la querelle des images, des moines, persécutés pour leur attachement aux saintes icônes ou simplement désireux de les honorer à leur aise, ont pu venir de Constantinople se fixer à l’Athos. Mais ces indications sont extrêmement vagues.

Des premières précisions que l’on relève sur les débuts de la vie monastique à la Sainte Montagne remontent vers le milieu du IXe siècle, en la personne de Pierre l’Athonite. Ce Pierre, d’abord soldat puis prisonnier des Arabes, avait fait vœu de se consacrer à la vie monastique dès qu’il serait libéré. Il tint parole et reçut le saint habit, on ne sait pourquoi, à Rome. De retour en Orient, il s’arrêta à l’Athos, s’y fixa et vécut cinquante ans dans une grotte. Il y mourut vers 890. Dès cette époque il y avait un couvent, Saint-Clément, l’actuel Iviron, mais c’est tout ce qu’on en sait.

Euthyme de Thessalonique était contemporain de Pierre. Né vers 823-824 aux environs de l’actuel Ankara et marié à l’âge de seize ans, il quitta, après deux ans de mariage, sa femme et sa fille pour embrasser la « vie angélique », non sans avoir recommandé à sa famille de suivre son exemple dans les voies de la perfection. Il fut sans doute très persuasif, puisque sa mère, ses deux soeurs, et sa femme se firent moniales, sa fille restant chargée — ce qu’elle fit — de perpétuer la race. Fort original dans son ascèse, grand amateur de stylisme, Euthyme vécut aussi trois ans dans une grotte à la manière des bêtes, puis groupa un certain nombre de disciples. Il quitta plusieurs fois la Sainte Montagne et mourut aux environs de Volo, vers 884.

Entre 869 et 873, son ami et compagnon Jean Kolobos fonda un couvent dans la région nord de la presqu’île sur le territoire de l’actuel Hiérisso. Ce Kolobos, doué de très fortes aptitudes au commandement, était de plus animé d’un esprit processif qui le mit aux prises avec les saintes gens de la montagne et les indigènes de Hiérisso. Ces disputes, qui semblent mesquines, ont occupé une bonne partie de la vie de cet homme de Dieu, qui, si l’on en peut juger d’après une fresque de Chilandari, dut avoir un caractère bien tourmenté et peut-être tourmentant. Après sa mort, ses disciples héritèrent de ces fâcheuses dispositions, qu’ils avilirent encore par de regrettables défaillances sur le chapitre de l’intégrité et de l’esprit d’observance.

Ces trois expériences permettent d’affirmer que, si la vie monastique existait au ixe siècle à l’Athos, elle était encore loin d’être organisée.


Voir en ligne : Mont Athos