Philosophia Perennis

Accueil > Ésotérisme occidental > Carneiro : CHAMANIM

Carneiro : CHAMANIM

Antonio Carneiro

lundi 4 août 2014

Recherches sur le sens du mot « chamanim » par mon ami Antonio Carneiro

CHAMANIM

C’est ainsi que l’on nomme, en hébreu, ce que les Grecs nommaient pyroeia, ou pyrateria, et que saint Jérôme a traduit dans le Lévitique (Le XXVI, 30) par simulacra, et dans Isaïe (Esa N XVII, 9) par delubra. Ces chamanim, ou ces pyroeia étaient, selon le rabbin Salomon, des idoles exposées au soleil sur le toit des maisons. Selon Abenezra, c’étaient des chapelles ou des temples portatifs faits en forme de chariots, en l’honneur du soleil. Ce que les Grecs appellent pyrées, ou pyroeia, étaient des temples consacrés au soleil et au feu, où l’on entretenait un feu éternel. On les bâtissait sur des hauteurs ; c’étaient de grands enclos découverts où l’on adorait le soleil.

Hérodote et Strabon en parlent, et les Guèbres ou les adorateurs, du feu dans les Indes et dans la Perse, ont encore aujourd’hui de ces pyrées. Strabon dit que de son temps on voyait en Cappadoce beaucoup de ces temples, qui étaient consacrés à la déesse Anaïte et au dieu Homanus ; Anaïte est apparemment la lune, et Homanus le soleil. Le nom de chamanim vient de chaman, qui signifie chauffer, brûler. — [Voyez sur ce mot, une dissertation de l’abbé Arri, intitulée : Essai philologique et historique sur les temples du feu mentionnés dans la Bible, et insérée dans les Annal. de philos. chrét., tom. XIV, p. 27.]

30 - LA MYTHOLOGIE : ILLUSTRÉE.

Le mot Chamaïm ou Chamanim, en syriaque, désignait même les pyrées. Or, cham en hébreu veut dire soleil, et chaman, brûler. L’identité de cette divinité et du soleil devient donc évidente. Mais le soleil, dans les mythologies anciennes, est considéré sous un certain nombre d’aspects ; idéalisé, il devient le créateur, le démiurge, le génie solaire antérieur et supérieur ; l’astre lui-même ; il est représenté jeune, adolescent, viril ou mourant. Dans ce dernier cas, il porte les noms d’Osiris, d’Adonis, d’Atys ; il est en rapport avec Isis et Astarté, et on célèbre en son honneur des fêtes lugubres. Isaie nous montre (xv, 2) le peuple de Moab montant sur ses hauts lieux pour pleurer, et nous voyons dans les Rois (III, XI — IV, xxxiii) que le culte de Chamos était uni à celui d’Astarté. On est donc autorisé à régarder Chamos comme le soleil a sa période de déclinaison, le soleil passant dans une autre hémisphère et mesurant à la notre les jours les plus courts et les plus tristes. Kircher, dans son Œdipe égyptien, prend Chamos pour le Priape moabite. On peut le comparer graphiquement à Sem, Djem, Clion, qui sont trois noms de l’Hercule égyptien, aux Sanianéens, aux Chamans ou Kania hindou, à Bouddha Sonionokodom, etc.

[http://archive.org/details/lamythologieillu00besc|LA MYTHOLOGIE ILLUSTRÉE : MYTHOLOGIE PITTORESQUE DE TOUS LES TEMPS, DE TOUS LES LIEUX ET DE TOUS LES PEUPLES]


Biographie universelle, ancienne et moderne ; partie mythologique, tome cinquante-quatrieme ; J. Fr. Michaud ; L. G. Michaud, Librairie-Editeur ; 1832.

CHAM ou CHEM, et plus communément CHAMOS ou CHEMOS, était la grande divinité des Ammonites (Jug, ch.II, v.24) et des Moabites. Aussi Jérémie (ch.48, v.13 et 46, comp. Nomb., ch.21 a 29), dans ses prédictions sinistres, designe-t-il les habitants de Moab par les périphrases de peuple de Chem, enfants de Chem. Quel était le caractère propre de ce dieu ? C’est ce que l’on ignore.

Seulement on sait qu’une de ses fêtes rappelait, par ses formes, la partie funèbre des Adonies (Isaïe, ch.15, v.2, et A. Kircher, Oedipus Aegyptiacus, t.1, p.38 i), et que son culte, uni à celui de Moloch, le fut aussi a celui d’Astarté. Généralement les étymologistes rapprochent Chem ou Cham de l’égyptien Hammon (Hamoun ou Amoun) dont le nom, aspiré fortement et réduit à une syllabe dans la langue syrienne, donna naissance à ceux de Hhamm, Hhaui, puis de Cham ; le nom même des Ammonites vient en quelque sorte à l’appui de cette conjecture, et nous montre les adorateurs décorés du nom de leur dieu. Dans ce cas, la déité ammonito-moabitique, comme tant de déités syriaques, serait un dieu soleil, mais ce dieu aurait été plus haut que le soleil. En Egypte, Hamoun a une place plus haute que Fré (sic) dans la hiérarchie théographique.

D’ordinaire cependant les mythographes ne font pas attention à cette nuance du caractère de Chamos, et l’assimilent simplement au soleil dans un de ses rôles. Ainsi Dupuis (Origine de tous les cultes, t.III, p.513, 514, édit. Auguis, 1822), en identifiant Amoun et Cham, rappelle qu’Amoun n’est autre chose que le soleil peint avec les formes du bélier et de son paranatellon. Ailleurs on nous montre, parmi les différents Baals de la Chaldée (Kirker, OEdip. , t. I, p. 262-264), un Baal-Hammon qui peut n’avoir trait qu’au Baal par excellence, c’est-a-dire au soleil. Selon les rabbins (Selden, de Diis syr., chap.8 ; Buxtorf, Lexiq. hébr., p.236), plusieurs peuplades de Syrie appelèrent Chamaïm (et Chamanim ?) les Pyrées, les chapelles portatives et les images du soleil. Cham en hébreu veut dire soleil, et chaman, brûler. On sait par la Bible (Rois, liv.III, ch.II, v.7 et 33, liv.IV, ch.33) que Salomon, lorsque les étrangères séduisirent sa vieillesse, éleva les autels de Cham auprès de ceux d’Astarté. Or, comme Astarté est représentante phénicienne d’Aphrodite grecque, de la Yémis romaine, ou bien l’amante d’Adonis, et qu’Adonis est le soleil, l’identité, du moins partielle, du soleil et de Cham n’a rien que de très-vraisemblable.

Saint Jérôme décrit le dieu comme identique au célèbre Baal-Péor (Voy. ce nom), ce qui n’empèche pas que l’on ne puisse encore voir le soleil dans Chamos, mais ce qui donne lieu à une nouvelle nuance. Chamos alors doit être pris pour le soleil dans l’hémisphère austral, c’est-à-dire, en langue hiératique phénicienne, pour Adonis dans les bras de Proserpine, Adonis mutilé, Adonis privé d’éclat, de chaleur et de force. On voit quelle différence il y a entre l’interprétation de Dupuis et celle-ci. Dans l’une, Cham soleil, à l’équinoxe du printemps, inonderait l’hémisphère boréal de ses rayons ; dans l’autre, Cham soleil, après l’équinoxe d’automne, n’envoie que des rayons obliques et rares. L’idée qui fait simplement et vaguement de Cham un Baal, et qui rapproche son culte de celui d’Astarté, peut passer pour la transition du premier de ces systèmes à l’autre. Banier (Myth. expl, t.III, p. 91 et suiv.) admet l’opinion de St Jérôme.

On pourrait penser encore, à propos de ce dieu, à Sem, Djem, Chon (trois noms de l’Hercule d’Egypte), à Semo Sancus (sans nul doute le Sem d’Egypte latinisé), aux Samanéens et aux Chamans, à Somonokhodom. Tous ces personnages divins ne sont pas le Chamos des Moabites ; mais indubitablement il y a entre eux tous des rapports , les uns d’idées , les autres de nom, les uns graves, les autres secondaires, les uns provenus de communications entre les peuples, les autres fortuits et spontanés. Comp. le KAMA hindou. Il ne faut tenir aucun compte de la conjecture de Vossins, selon laquelle le Cham des Moabites aurait été Comus.


Voir en ligne : Sophia Perennis