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PERSONNE ET ACTE

Wojtyla : Étapes de la compréhension et ligne d’interprétation

Karol Wojtyla

dimanche 3 août 2014

Extrait de « PERSONNE ET ACTE acte
puissance
energeia
dynamis
 »

 L’induction comme saisie de l’unité l'unité "Il faut élever cette fine pointe de l’âme, selon laquelle nous sommes unité. Nous participons au Premier, duquel dérive pour toutes choses l’unification, selon l’unité et pour ainsi dire la fleur de notre essence, grâce à laquelle nous nous attachons principalement au Divin. Partout, en effet, ’c’est par le semblable qu’est appréhendé le semblable’, les principes les plus élevés d’unification des êtres par ce qu’il y a d’un dans l’âme. De toutes nos activités, c’est ici la plus haute : par elle nous devenons possédés de Dieu." (Proclus) de signification

Nous avons établi que la saisie de la relation Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
« personne-acte acte
puissance
energeia
dynamis
 » — ou plus précisément l’aperception de la personne par l’acte — s’effectue sur la base de l’expérience expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
de l’homme Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
. Cette expérience de l’homme « se compose » d’une quantité innombrable de faits, parmi lesquels sont pour nous d’une importance particulière les faits du type « l’homme agit », car c’est en eux que s’effectue la découverte particulière de la personne à travers l’acte. Tous ces faits offrent — outre leur multiplicité Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
, autrement dit leur complexité quantitative — cette autre complexité dont il a déjà été question : ils sont donnés de l’extérieur chez tous les autres hommes qui ne sont pas moi, et ils sont également donnés de l’intérieur sur la base de mon propre « Je ». Passer de cette multiplicité des faits et de leur complexité à la saisie de leur identité foncière — autrement dit, ce qui a été défini précédemment comme stabilisation de l’objet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
de l’expérience — est l’ouvre de l’induction. C’est ainsi au moins qu’Aristote semble comprendre la fonction inductive de l’esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
 [1]. De lui se distinguent les positivistes modernes, tel J. S. Mill, qui voient déjà dans l’induction une forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
de démonstration, alors que, suivant Aristote, elle ne représente aucune forme encore de démonstration, aucun raisonnement. C’est la saisie par l’esprit d’une unité de signification dans la multiplicité et la complexité phénoménale. Reprenant le fil de ce qui a été dit précédemment sur le thème de l’expérience de l’homme, on pourrait dire que l’induction conduit à cette simplicité de l’expérience de l’homme que nous constatons en dépit de toute sa complexité.

A partir du moment où l’expérience de l’homme prend la forme de l’aperception de la personne à travers son acte, cette aperception concentre en soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
toute la simplicité de l’expérience et en devient l’expression. Ainsi, maintenant, sous l’angle de l’aperception de la personne, nous allons de la multiplicité des faits d’expérience à leur identité — à l’affirmation que dans chaque fait du type « l’homme agit » est comprise « la même » relation « personne-acte », que, de la même manière, la personne se fait voir à travers son acte. Cette identité, en qualité, équivaut à l’unité de signification. Parvenir à cette unité, c’est l’ouvre de l’induction, car, d’elle-même, l’expérience nous laisse en quelque sorte à la multiplicité des faits. Au niveau de l’expérience aussi subsiste toute la richesse des faits, leur diversité, constituée par les détails individuels, tandis que l’esprit ne saisit en eux tous que l’unité de signification. Saisissant cette unité, il permet en quelque sorte de dépasser l’expérience. Mais, en même temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. , il ne cesse de comprendre sa richesse et sa diversité. La saisie de l’unité de signification n’équivaut pas à la suppression de cette richesse et de cette diversité de l’expérience (comme le veut parfois une représentation fausse de la fonction d’abstraction). Comprenant par exemple la personne et l’acte sur la base de l’expérience de l’homme, sur la base de tous les faits du type « l’homme agit » — l’esprit dans cette compréhension essentielle reste toujours ouvert à toute la richesse et à la diversité des données de l’expérience.


Voir en ligne : Karol Wojtyla


[1Les phénoménologues parlent de la connaissance de ce qui est essentiel (dans notre cas, nous parlerions de la connaissance de ce qui est essentiel dans le fait « l’homme agit »). Cette connaissance, ils la nomment « aperception de l’essence » ou « idéation » et la qualifient d’à priori. L’idéation provient pourtant de ce qui dans l’exemple est particulier — et, ainsi qu’on l’a souligné (cf. entre autres M. Merleau-Ponty, Le problème des sciences de l’homme selon Husserl, Paris, 1953, Cours de Sorbonne), représente justement un effort pour approfondir le concept traditionnel d’induction, par opposition à sa compréhension positiviste : la généralisation à d’autres cas semblables de cas où interfèrent des éléments étrangers les uns aux autres.