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Lumières bouddhiques

Pallis : Les états supérieures

Marco Pallis

dimanche 3 août 2014

Extrait de « Lumières bouddhiques »

Du point de vue humain, les états supérieurs sont ceux qui échappent plus ou moins aux limites physiques et psychiques de notre propre existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
. Les deux secteurs rangés dans la catégorie supérieure peuvent cependant comprendre eux-mêmes un certain nombre Zahl
nombre
número
number
nombres
números
numbers
de degrés qui, dans notre état présent, ne nous concernent guère. Les dieux ou dëvas demeurent, dit-on, dans un état rempli de délices symbolisé par les « arbres de souhait » capables de procurer n’importe quel bienfait formulé par la seule pensée, ou d’autres agréments pittoresques du même genre ; aucune souffrance souffrance
sofrimento
suffering
sofrimiento
n’intervient dans cet état aussi longtemps qu’il dure, ce qui rend le moment du changement, lorsqu’il finit par venir, d’autant plus douloureux pour les êtres en question, lorsqu’ils s’éveillent soudain au fait que leur état de félicité félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
eudaimonia
n’est pas éternel mais reste assujetti à la naissance et à la mort Tod
mort
morte
muerte
death
, comme tout autre état existentiel. Comme un moine mongol l’a dit à l’auteur : « Les dieux doués de longévité sont des sots. » L’absence de contraste qui caractérise leur condition les amène à se bercer d’un excès de confiance, de sorte qu’ils ne sont nullement préparés à l’instant fatal, et il peut arriver qu’ils sombrent jusqu’au niveau des enfers, sort lamentable en vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
.

Cependant tous les dieux ne font pas preuve de ce manque d’intelligence intelligence
inteligência
inteligencia
. Nombre d’entre eux jouent un rôle honorable dans les histoires du Bouddha. Certains, comme Garuda, le coursier de Vishnu semblable à un faucon, sont constamment aux ordres du Bouddha et lui assurent la protection de son dais ; d’autres encore, et spécialement Brahma, roi des dêvas, après l’illumination du Bouddha, le supplièrent de prêcher la doctrine, de peur peur
frayeur
medo
miedo
fear
La peur est la résistance ou le rejet à ce qui EST.
que le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
n’allât à sa perte totale ; ce rôle joué par les dieux pour persuader le Bouddha de surmonter sa « réserve » figure dans la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. de tout Bouddha enseignant et exprime symboliquement que la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
possédée par un seul être parvenu à l’illumination est virtuellement intransmissible aux hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
human being
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
dans leur présent état d’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
. Le Bouddha, cependant, est prêt à enseigner, montrant ainsi que, malgré l’ignorance, la Lumière Licht
lumière
luz
light
phos
n’est pas impossible à atteindre. De cela nous sommes redevables à la démarche des dieux.

Les titans, ou asuras, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que supérieurs aux hommes par les divers pouvoirs qu’ils possèdent, sont toujours représentés comme des êtres querelleurs, pleins de jalousie envers les dieux et leur bonheur, et ne cessant de conspirer pour les détrôner. Typiquement, ils sont des êtres qui, grâce à des « austérités » et à une activité Yin
Yang
passivité
activité
passif
actif
intense accomplie dans différents domaines, ont pu étendre leurs facultés naturelles au point de menacer le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
lui-même. Parfois l’ambition titanique porte le masque de l’altruisme ; ce fut le cas de Prométhée qui déroba le feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
aux dieux pour le donner aux hommes, leur faisant ainsi supporter les conséquences de son propre sacrilège. Le tempérament asurique est typiquement celui qui utilise témérairement des pouvoirs exceptionnels pour toutes sortes de motifs, excepté le motif essentiel qui pourrait conduire un être à la bouddhéité. A défaut de ce motif, tout lui manque ; tel est le signe asurique dans les êtres.


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