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Le Bestiaire du Christ

Charbonneau-Lassay : Le Taureau

Charbonneau-Lassay

samedi 2 août 2014

Extrait de « Le Bestiaire du Christ »

Quand on lit la Bible depuis le premier jusqu’au dernier des Livres de l’Ancien Testament l’esprit ne peut point ne pas être impressionné par les innombrables troupeaux de victimes que les Patriarches et les Hébreux, leurs fils, immolèrent au Seigneur ; d’abord sur les Haut-Lieux où s’élevaient les autels de « pierres vierges » que le fer n’avait point touchées, plus tard, après la sortie d’Egypte, ce fut au seuil du Tabernacle de Yahveh et, finalement, sur les dalles luisantes des deux temples qui succédèrent l’un à l’autre que coula le flot rituel de sang.

L’Exode et le Lévitique codifièrent liturgiquement ces sacrifices où des centaines de victimes, parfois, expiraient ensemble.

Et voici l’une des raisons d’être de ces impressionnants holocaustes, celle que donne le texte sacré : « La vie est dans le sang, et je vous l’ai donné, dit le Seigneur, pour que vous l’offriez sur l’autel en expiation pour vos âmes : que ce sang soit donc pour vous la réconciliation de vos âmes. »

Et si, quittant des yeux la terre des Hébreux, nous regardons tout l’Ancien-monde, vers tous les temples et vers tous les hiérons, nous voyons conduire en théories interminables les animaux les plus divers.

Que ce soit en offrande sous le couteau des sacrificateurs d’Israël ou bien dans les sanctuaires mythiques de la gentilité où la victime humaine fut souvent immolée, l’effusion rituelle du sang coula en sacrifices de glorification, pour reconnaître le rang suprême de la Divinité ; en sacrifices d’impétration et de propitiation, pour lui demander son assistance et se la rendre propice ; en sacrifices d’expiation, pour implorer son pardon ; en sacrifices de gratitude, pour la remercier de ses bienfaits. Et ce sont là aussi, les caractères que la théologie catholique reconnaît au sacrifice mystérieux du Corps et du Sang de Jésus-Christ sur l’autel, substitué aux sacrifices abolis de l’ancienne Loi mosaïque.

C’est cette substitution qui fait que, dans la symbolique et dans l’emblématique chrétiennes, les bêtes d’holocauste, les anciennes « hosties », ont été acceptées comme des emblèmes opportuns du Sauveur immolé pour nous dans les transes de sa chair torturée et dans l’effusion de tout son sang, sur le Golgotha.

Et saint Paul, écrivant aux Hébreux, établit en son temps toute la théorie de ce symbolisme : « Si le sang des victimes, dit-il, et l’aspersion des cendres d’une génisse sanctifient les souillés de manière à purifier leur chair, combien plus le sang de Jésus-Christ, qui, par le Saint-Esprit, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour le culte du Dieu vivant.

Et, plus loin, l’Apôtre fait dire par Jésus à son Père :

« Vous n’avez point voulu d’hosties ni d’oblation, mais vous m’avez formé un corps ; les holocaustes pour le péché ne vous ont point été agréables ; alors j’ai dit : Me voici ; je viens, ô Dieu, selon qu’il a été écrit de moi en tête du Livre, pour faire votre volonté. Et c’est d’après cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’oblation du Corps de Jésus-Christ. Il complète cette pensée dans sa lettre aux Éphésiens quand il leur rappelle que le Christ nous a aimés e ; qu’il s’est livré lui-même à Dieu pour nous, comme une oblation, comme un sacrifice d’agréable odeur. »

Nombreux furent les animaux dont le sang coula devant l’autel d’Yahweh : la colombe, le chevreau, le bouc, l’agneau, la vache, la génisse, le veau ; mais la grande victime, ce fut le taureau.


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