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L’Étoile de la Rédemption

Rosenzweig : Le langage des psaumes

Franz Rosenzweig

samedi 2 août 2014

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Ce n’est donc pas la prophétie prophétie Annonce d’événements futurs par voyance, pressentiment ou conjecture qui est la forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
particulière où la Rédemption peut devenir contenu de la Révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées.  ; au contraire, ce doit être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
une forme tout à fait propre à la Rédemption, qui exprime par conséquent l’événement n’ayant-pas-encore-eu-lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
et pourtant encore-à-venir-un-jour. Mais c’est là la forme du chant commun de la communauté. La communauté n’est pas, n’est pas encore, tous ; son Nous est encore limité, il reste simultanément lié à un Vous ; mais elle prétend à être tous — pourtant. Ce « pourtant » est le mot des Psaumes. Il fait des Psaumes le livre de chant de la communauté, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que tous s’expriment sous la forme du Je. Car bien qu’il soit un Je singulier tout à fait réel et empêtré dans les maux d’un cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
solitaire, enchaîné à toutes les étroitesses de sa pauvre âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
, pourtant, oui, pourtant, ce Je des Psaumes est un membre, et plus qu’un membre, de la communauté : « Et pourtant, Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
est bon pour Israël » : c’est la devise du Psaume et elle vaut pour l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
le plus individuel. Le Je ne peut être totalement Je, il ne peut descendre totalement dans les profondeurs de « ses solitaires » — c’est ainsi que le Psaume appelle son âme — uniquement parce qu’il s’enhardit, en tant que Je qu’il est, à parler par la bouche de la communauté. Ses ennemis sont les ennemis de Dieu, sa misère est la nôtre, son secours notre salut salut Dans les religions qui constatent la rupture entre Dieu et les humains, le salut, salut de l’âme ou salut éternel est le rétablissement durable, éternel, des liens entre eux. . Cette généralisation de l’âme propre à l’âme de tous donne seule à l’âme propre l’audace d’exprimer sa propre misère — justement parce que c’est plus que sa misère propre. Dans la Révélation, l’âme devient silencieuse ; elle sacrifie sa particularité pour en être pardon pardon Si l’homme demande pardon à Dieu, c’est, en dernière analyse, pour se conformer à une réalité normative, à la vérité tout court. [Frithjof Schuon] née ; celui qui est élu par l’amour amour
eros
éros
amor
love
de Dieu perd sa volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é propre, ses amis, sa maison et sa patrie, en entendant l’ordre de Dieu, en chargeant sur ses épaules le joug de l’envoi et en sortant pour aller vers un pays qu’il lui montrera. Mais il sort ainsi du cercle cercle
círculo
circle
magique de la Révélation pour entrer dans le Royaume de la Rédemption, et il élargit son Je abdiqué sous le régime de la Révélation au « Nous tous » ; et c’est alors seulement qu’il recouvre sa particularité propre, mais elle ne lui est plus propre, ce n’est plus sa patrie, ce ne sont plus ses amis et sa parenté, c’est désormais le propre de la nouvelle communauté que Dieu lui indique et dont les misères sont ses misères, la volonté sa volonté, dont le Nous est son Je, dont... le « pas-encore » devient son « pourtant ».

Dans le Livre des Psaumes, c’est dans le groupe de Psaumes purement en « Nous » que le sens le plus profond du Psaume devient pleinement lumineux et manifeste, ce groupe qui va du Psaume 111 au Psaume 118, le grand cantique de louange dont le refrain est la proposition généalogique de la Rédemption, comme nous l’avons déjà vu. Dans la langue sainte, d’ailleurs, le mot « psaume » lui-même ne signifie rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. d’autre que « chant de louange », un mot de même racine que le « cantique de louange » évoqué à l’instant. Et dans le groupe de ces Psaumes, la partie centrale est constituée à son tour par le Psaume 115.


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