Philosophia Perennis

Accueil > Tradition chrétienne > Borella : ANIMA

La Charité profanée

Borella : ANIMA

Jean Borella

samedi 2 août 2014

Extrait de « La Charité profanée »

Cependant, si totale que soit l’inversion, elle ne saurait aller jusqu’à la négation complète des rapports normaux entre ces trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
sphères. La dimension spirituelle de l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
qui l’enveloppait comme un nimbe de gloire, c’est-à-dire qui irradiait la déiformité de sa nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
, cette dimension n’a pas disparu ; elle est réduite à une trace ponctuelle, donc à un germe, ou encore à l’état virtuel : l’homme n’en possède plus l’actualité (il faudra la venue du Christ pour ouvrir la porte de notre ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
intérieur). L’homme est alors, par nature, âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
vivante, et c’est cette nature actuelle qu’il transmet à ses descendants, tout ce qui dépasse cette nature psychique appartenant à la surnature. En outre, bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que le corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
enveloppe l’âme, il n’a pas cessé, et pour cause causa
cause
aitia
aitía
aition
, de n’en être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
qu’une modalité. Plutôt que de corps, il faudrait parler d’un corps psychique, ou encore d’une âme-corps.

La langue latine nous offre à cet égard une possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
intéressante. Le mot âme possède deux équivalents latins : anima et animus. Il nous semble que le mot anima recouvre assez bien l’ensemble des fonctions psychiques se rapportent par elles-mêmes, directement ou indirectement, au corps, et dont le corps, à vrai dire, n’est absolument pas séparable. Il s’agit au fond de ce que l’on appelle, dans la tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
occidentale, l’âme végétative (symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
isée dans la Bible par la ceinture en feuilles de figuier) et l’âme animale ou sensitive (symbolisée par les tuniques de peau). Nous parlerons donc à ce sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
du couple anima-corpus.

Toutefois, encore que l’anima soit lié plus ou moins directement au corps, elle comprend des fonctions qui, en elles-mêmes, sont purement psychiques ; ce sont les fonctions affectives : sentiments, passions, émotions. Elles relèvent de l’âme sensitive (ou animale) — il existe d’ailleurs une affectivité chez les mammifères supérieurs — et sont liées au corps, ou plutôt le corps participe à leur manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
en les réalisant symboliquement sur son propre plan, mais elles ne sont pas corporelles. Plus encore, elles constituent chez l’homme ce qu’il y a de plus proprement psychique ; elles présentent à la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
le psychisme dans son activité essentielle. Dans sa nature première en effet, le psychisme est tension, tendance vers, mouvement mouvement Selon Aristote, il existe deux types de mouvements, le mouvement naturel ramenant les objets vers leurs lieux d’origine, et le mouvement violent, impulsé par un objet à un autre. , pulsion, vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. . Cette nature dynamique du psychisme n’est pas cependant activité pure. Au contraire cette activité est une réactivité, cette action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
est une réaction. La substance substance
substantia
substances
substância
substancia
animique est ainsi définie par des tensions orientées selon la bipolarité action-passion ; son activité même présuppose une passivité première ; l’âme n’agit que parce qu’elle a d’abord été touchée, atteinte. Certes, elle réagit conformément à la nature des forces qui sont en elle ; mais ces forces ne sont mues ou libérées que parce que l’âme s’éprouve d’abord elle-même comme éminemment « touchable », menacée, exposée, émouvable, soumise, autrement dit comme pouvant être « affectée » [1]. L’âme étant donc essentiellement affectivité, il s’ensuit que le repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
, la paix paix
paz
peace
, la sérénité ne sauraient se trouver à son niveau [2].


Voir en ligne : Jean Borella


[1Les psychologues pensent que la peur est l’émotion fondamentale. Il y a du vrai dans cette thèse, en ce sens que l’âme, chez l’homme, prend conscience d’elle-même, comme de ce qui est « affectable ». La réponse à cette prise de conscience, c’est la colère qui est la forme primitive de la dynamique psychique. La vertu correspondante, c’est-à-dire la réponse réussie, l’âme maîtrisée dans son élan premier par un effort spécifiquement humain, c’est le courage. Il y a homme, en effet, chaque fois qu’il y a effort pour maîtriser un mouvement naturel. Nous avons donc la triade : peur, colère, courage, qui définit l’homme à son niveau le plus naturel. Il est alors remarquable de constater que ce que nous nommons affectivité, Platon l’appelle = âme irascible, et que courage se dit en grec : andreia. Or, l’andreia, c’est par excellence, la vertu de l’homme, (andros en grec) un peu comme si nous disions : l’« humanie » ; cf. le latin vir (l’homme vraiment homme) et le français : virilité.

[2Quand nous disons que l’âme est tension, cela doit s’entendre de l’âme déchue. La chute étant une inversion, à bien des égards, il s’ensuit que la substance animique de l’homme principiei est, non la tension, mais la paix, symbolisée par la surface d’une eau tranquille, c’est-à-dire la résorption des tensions dans un équilibre indifférencié.