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Franz Baader - LES ENSEIGNEMENTS SECRETS DE MARTINÈZ PASQUALIS

vendredi 12 octobre 2007

Baader, Franz Xaver von (1765-1841). Paris : Bibliothèque Chacornac, 1900

Vous me demandé, honoré ami, de vous communiquer quelque chose touchant les enseignements secrets de Martinèz Pasqualis, auxquels vous vous êtes intéressé à travers les écrits de deux de ses disciples, feu Saint-Martin et l’abbé Fournie[i] qui vit encore à Londres ; je vais donc, selon mes forces et autant qu’il m’est permis, accéder à votre désir.

Si, en tout temps, il y eut et il y aura des hommes qui, en tant que représentateurs du futur, tels les prophètes, nous ont montré que le futur est déjà là, il doit également y en avoir eu en tout temps d’autres qui, en tant que représentateurs du passé, nous montrent, par le souvenir, que le passé est encore là[ii], et un tel représentateur du passé (du Judaïsme) est assurément Pasqualis qui, à la fois juif et chrétien, — il confessait la religion catholique romaine, — a fait revivre pour nous l’ancienne Alliance, non seulement dans ses formes, mais encore avec ses pouvoirs magiques. Et si l’on peut avec raison considérer cette nouvelle époque, à laquelle vivait Pasqualis, comme le commencement d’une éclipse générale, d’un affaiblissement de la lumière du Christianisme, on ne doit pas s’étonner de voir, durant cet obscurcissement de l’unique soleil, survenu par notre faute, réapparaître certains astres qui, pour parler le langage de Saint-Martin, se montrent comme des revenants, simplement parce qu’ils sont non allant. Si donc le Christianisme, dans la force de sa prime manifestation, a rendu muette la magie du Paganisme et du Judaïsme, la réapparition de cette magie, même si elle ne s’est fait que peu remarquer, ne peut être attribuée qu’à l’affaiblissement du Christianisme, et être considérée comme le réactif nécessaire à une nouvelle et plus puissante manifestation.

En effet, le Judaïsme est au Christianisme ce que ce dernier est à un troisième terme supérieur, dans lequel chacun des deux doit être transfiguré. Si l’on interprétera parole de S. Paul : « Par, avec et en Dieu, » dans son véritable sens, alors, comme il est vrai que la parfaite habitation de l’Esprit divin dans l’homme-esprit est le but et le sabbath, il devient évident que ce troisième moment a dans les deux antécédents, — per-habitation et cohabitation, — à la fois ses prédécesseurs et ses coopérateurs, dont la présence dans le temps, ainsi que la disparition, sont purement phénoménales[iii].

Dans cette première ère, régime du Père ou premier degré d’Apprenti de l’homme-esprit, l’Absolu se tient encore comme Seigneur absolu, supérieur seulement à l’Unique, habitant seulement par celui-ci, - « il deplace les montagnes et ils ne savent pas »[iv] —, tandis que, dans la seconde ère, régime du Fils ou degré de Compagnon, le Premier, S’unifiant en lui et Se dépouillant de l’Unité de Sa Gloire dans la figure de ce Serviteur[v], descend vers le particulier, — l’Aigle qui, auprès du Prophète, volète pendant un temps sur la terre devant ses petits, — se rendant pareil à lui, c’est-à-dire demeurant auprès de lui ou avec lui, jusqu’à ce que et pour qu’enfin, à la dernière ère, régime de l’esprit ou degré de Maître, l’Universel, soulevant[vi] l’Unique en soi, habite en même temps par lui, auprès de Lui et en Lui. Mais à l’orgueil des émigrants de l’homme-esprit, ce discours semble dur, et ils se tournent alors plus volontiers vers ceux qui leur offrent ce grade de Maître à meilleur compte, c’est-à-dire sans qu’ils aient besoin de passer par le travail de l’Apprenti et l’école du Compagnon, et qui leur promettent par conséquent, non seulement de les faire parvenir à la compréhension du Christianisme sans avoir besoin de comprendre le Judaïsme, mais qui se font forts de les rendre complets (sapients, illuminés), par une voie plus facile qu’en passant par le Judaïsme et le Christianisme. Or à de tels Sages ignorants on pourrait dire avec raison :

Si tu déifies seulement l’intelligence et la science,

Pouvoirs suprêmes du moi hautain,

Tu t’es déjà donné au diable,

Et avec lui tu périras.

Un des principes de Pasqualis est que chaque homme est né prophète et, par conséquent, obligé de cultiver en lui ce don de vision, culture à laquelle devait précisément servir l’école de ce maître. Dans ce même sens et dans un sens encore plus hardi, son disciple appelait chaque homme un Christ-né, c’est-à-dire Christ et non Chrétien. A notre époque, ce « réchauffé de notions vieux-testament » doit paraître à beaucoup de gens dépourvu de saveur. L’auteur[vii] de la Phénoménologie de l’Esprit n’appelle-t-il pas même — ironiquement — « le don de prophétie » le « don d’exprimer les choses saintes et éternelles d’une manière inintelligible ». Bon mot, il est vrai, mais qui réfute aussi peu la véritable interprétation des choses sacrées de cette façon, qu’il ne donne une explication sensée de ce phénomène. Semblablement nous voyons nombre de nos magnétiseurs considérer leurs voyants comme des ventriloques stupides, quand ils racontent avec le ventre, comme ils se l’imaginent, des choses trop hautes et trop subtiles pour leur intellect de magnétiseurs[viii]. A mon avis, il est également mauvais de faire l’apothéose de ces manifestations spirites, de décider dans le trouble, de suivre tout ignis fatuus, comme une clarté éternelle, et de ne prendre aucune lumière pour la lumière qui n’est point froide, qui ne laisse pas de froid et qui ne donne pas froid, Est-il donc si difficile de discerner, à travers la lueur phosphorescente de cette trouble manifestation spirituelle, les ténèbres radicales intérieures, comme aussi, à travers cette ardeur passionnée extérieure, l’interne froid de la mort, impression hivernale de Méphistophélès dans le rayonnement d’un soleil d’été ? On ne doit pas, dit Claudius, cesser de respecter le vrai roi sous prétexte qu’il y a aussi les rois de pique et de cœur ; et tu n’es même pas capable d’ôter le pouvoir de te pénétrer à ce Dieu qui inhabite ou cohabite en toi, non parce que tu l’as fait descendre vers toi, ni parce que tu t’es haussé ou enflé jusqu’à Lui, mais parce qu’il est librement descendu vers toi[ix],

Un des principaux enseignements de Pasqualis est celui-ci ; « L’homme a à remplir, dans la région spirituelle, la même fonction corporisatrice, produisant la troisième dimension,que la terre dans la région matérielle, et en ceci on peut trouver la clé du secret de son mélange, de sa complexcité et de l’union indissoluble qui en résulte avec la Terre principe. » J’ai exposé ces données dans mes « Principes des Enseignements fondamentaux de la Vie », et, dernièrement encore, j’ai démontré aux initiés la corrélation du vieil adage chimique : Vis ejus integra, si conversus fuerit in terram — et du dogme christiano-théologique : Vis ejus integra, si conversus fuerit in hominem. Pasqualis fait précéder la fonction médiatrice terrestre de l’homme de deux autres actions élémento spirituelles, celle du Feu et celle de l’Eau, et il base là-dessus, comme nous le verrons dans la suite, sa théorie et sa pratique théurgiques[x], mais où il faut encore remarquer que, de même que son disciple Saint-Martin, il attribue à l’élément Air une fonction relativement supérieure dans toutes les régions, n’entrant jamais comme élément constitutif dans la formation ; et ainsi nous verrons dans la suite comment Pasqualis ramène ce ternaire du Feu, de l’Eau et de la Terre, le premier étant le principe et la fin de l’élément, le second le principe de la matière ou corporisation, et le troisième celui de la forme ou corporisation achevée, au ternaire du nombre ou action primordiale, de la mesure ou réaction, et du poids de l’énergie accomplissant et achevant l’action[xi].

Si d’ailleurs Pasqualis, aussi bien dans la théorie que dans la pratique, s’attache fortement à ce principe, savoir : « Aucune opération physique ne se produit sans une action spirituelle correspondante », on aurait pourtant tort de penser que sa physique se réduit aux spectres et aux esprits. Mais, par contre, il se montre tout à fait exempt de cette superstition ou croyance moderne en l’abstrait intelligible et en ce misérable « spectre » d’une nature absolument dépourvue d’esprit, de cette croyance en la matière, intelligence limitée, dont on voudrait couvrir la pauvreté de cœur avec une feuille de figuier. Il est du reste utile de remarquer combien l’étude approfondie et la culture plus soigneuse de la matière en elle-même a affaibli à notre époque la superstition ou croyance en cette même matière. Ainsi, par exemple, Kant a déjà rouvert la porte à ces anciens esprits de la nature, connus des alchimistes, en .introduisant de nouveau dans la physique l’idée de la pénétration dynamique, idée qui paraît irrationnelle, il est vrai, dans cette physique mécanique, à ce que disent les mathématiciens ; et même nos matérialistes, qui craignent les esprits, ne font-ils pas une distinction assez tranchante entre les corps spécialement pondérables, isolables et saisissables, et les substances impondérables, non isolables et insaisissables qui, par conséquent et suivant l’opinion générale, sont des agents immatériels. L’affadissement et l’affaiblissement continu des soi-disant jouissances des sens, comme aussi là spiritualisation continue de nos maladies corporelles, prouvent que le culte même de la matière la dématérialise de plus en plus. Mais si déjà nul fait physique n’est explicable par la communication réciproque des corps individuels accomplis c’est-à-dire atomiques, on peut s’attendre à ce qu’il en soit de même pour chaque fait psychique et que le contact mutuel des personnes ou des esprits individualisés ou paraissant tels, où lé contact avec des inférieurs est insuffisant. Il en résulte qu’ici aussi les « fluides », c’est-à-dire les agents qui ne se manifestent pas d’une manière individuelle[xii], sont nécessaires ; et cette idée de pénétration trouve ici aussi son emploi. En effet, on a vu récemment des psychologues faire une juste distinction entre des esprits ou personnalités non individuelles, et d’autres entièrement individualisées, par conséquent entre l’idée de personnalité et celle d’individualité ; mais ils firent cependant la faute de déclarer possible une séparation absolue, partant, une extinction, comme si l’esprit pouvait jamais se détacher de la nature ou celle-ci de l’esprit, et, comme si ce qui nous paraît une telle séparation n’était pas simplement un changement d’individualité conservant la même personnalité distincte[xiii]. Dans la mort naturelle, par exemple, et dans tous les états analogues, auxquels appartiens l’extase magnétique, ce n’est plus seulement l’individu particulier extrait de l’individualité de la nature universelle, c’est-à-dire agissant proprement et réellement, mais cette môme individualité de la nature universelle qui est le fondement de la personnalité : et la personnalité séparée, pour parler le langage de Pasqualis, entre immédiatement en rapport avec la Terre-principe. Or, cette suspension de l’individualité de la nature dans l’universel n’est pas un état stable, mais sert à la transformation dont parle Saint Paul ; et il serait aussi faux de ne pas croire au retour particulier de l’individu hors de la nature universelle, c’est-à-dire à la résurrection du corps, qu’il serait faux de croire à une simple répétition du premier état de cette sortie. Exprimons-nous avec plus de précision : on peut se figurer, dans cette seconde sortie, la personnalité distincte indépendante de la nature, mais non sans nature, indépendante du temps et de l’espace, mais non dépourvue de temps et d’espace ; et celui qui veut nous donner une théorie complète du temps et de l’espace, devra démontrer le rapport de la personnalité avec la nature, ainsi qu’avec le temps et l’espace, avant pendant et après sa réintégration dans cette nature universelle, de même que son dernier rapport dans l’état de béatitude ou de damnation. On peut raisonnablement considérer une théorie du temps et de l’espace comme le problème dont la solution est demandée à la philosophie allemande, et qu’elle doit résoudre[xiv].

Si, du reste, celui qui, reconnaissant la nature de l’esprit comme distincte de l’inconscient et supérieure à lui, ne peut trouver aucune objection contre la possibilité et la réalité de « la sensibilisation de l’esprit », ainsi que l’enseigne Pasqualis, je ne vois pas les raisons qu’y peut opposer le panthéiste le plus convaincu, qui considère l’apparaître de l’esprit, ou conscience dans l’homme, comme un mirage passager de la conscience universelle, c’est-à-dire comme une ampoule spirituelle que la substance générale fait lever — la terre a des bulles comme l’eau — et qui en conclut que des mirages analogues, ni plus ni moins réels, objectifs et durables que la conscience humaine elle-même, peuvent aussi se former d’une autre manière et se manifester même hors de l’homme, là où la substance universelle ne peut les faire apparaître sans lui, mais en lui et par lui, par exemple engendrés dans les nerfs intestinaux[xv]. Mais il serait certes bien inutile de discourir sur la possibilité de telles manifestations psychiques, si elles ne se rencontraient pas dans notre vie sous leur « forme incertaine », et ne pouvaient faire ouvrir les yeux à la multitude, par laquelle ces forces psychiques agissent comme par le moyen d’instruments aveugles, mais seulement au petit nombre de ceux qui réussiraient par l’emploi de ces forces. D’où il s’ensuit que l’observation et l’expérimentation peuvent seules décider de ces choses, contre la possibilité desquelles toute la science moderne avec ses appareils ne prouve absolument rien.

Sans parler ici du pouvoir ou du talent spécial que Pasqualis déploya dans de telles sensibilisations de l’esprit, je veux seulement observer qu’on a tort de lui faire un reproche de prescrire pour ceci un régime des sens particulièrement sévère, minutieux ou, comme on dit, imbu de l’ancien Testament, parce qu’il a simplement pour but la pureté, c’est-à-dire la force des sens, qui leur permet, en premier lieu, de supporter la conduite des puissances supérieures sans courir le danger de tomber foudroyés comme de trop faibles paratonnerres, ensuite d’opposer de solides barrières aux puissances mauvaises inévitablement mises en branle[xvi].

Si donc même tu ne peux inciter la terre au bien[xvii], ni faire ressurgir par un enchantement la bénédiction absorbée par la malédiction, sans que tu fasses d’abord partir cette malédiction elle-même, — pour l’électricien c’est la polarité produite par la décomposition --- elle s’érige aussitôt devant toi en tentatrice, elle s’avance vers toi comme un esprit manifesté pour ta perte, comme le serpent rigide du Prophète, ou se dissimule sous les voluptés de la perdition, comme un serpent ondulant. Cette remarque contient tout ce qu’on peut dire à tort ou à raison, sur le double sens et le danger d’opérations de cette sorte[xviii]. Enfin la loi physiologique connue de la faculté compréhensive des sens parle déjà en faveur de la nécessité d’un tel régime. Par exemple, celui qui me parle un ton trop haut ou un ton trop bas pour mon ouïe, ne se ferait pas entendre de moi, mais j’ouïrais dès que mon interlocuteur se mettrait au diapason de mon oreille, ou si mon sens auditif s’étendait jusqu’au ton de son langage. De même un corps céleste, passant trop près de notre terre, resterait invisible pour nous jusqu’à ce que son éloignement le fasse tomber dans l’Orbite de notre vue, à cause de sa vitesse relativement moins grande ; et, si paradoxal qu’il nous semble d’affirmer que des objets disparaissent de notre vue parce qu’ils s’approchent réellement, et paraissent absents alors qu’ils sont véritablement présents, et que ce n’est que leur éloignement apparent qui les rend de nouveau visibles, cela n’en est pas moins exact. Enfin, par cette manière de voir, on peut expliquer ce miracle de la diminution des miracles à notre époque[xix], si l’on songe qu’avec le progrès des âges, l’action de l’esprit avance dans la même proportion, devient par conséquent plus forte et plus intense, si on la considère comme une voix qui vient à nous, qui prend un ton de plus en plus haut et subtil et qui, dans la même proportion, devient de moins en moins perceptible et plus lointaine., tandis que l’oreille qui entend tout perd de sa force, et que l’action de l’esprit nous pénètre plus profondément et s’introduit en nous plus entièrement, dans le plus véritable sens. Aussi on dit que nous, qui vivons encore de la vie terrestre, pouvons nous mettre en rapport sensible avec les morts peu de temps après leur mort ; mais ce rapport se perd dès que ceux-ci se sont élevés dans des régions supérieures, ou qu’ils sont tombés plus bas ; d’où il ne s’ensuit pourtant pas que nous nous trouvions pour cela plus éloignés d’eux intérieurement. Car, de même qu’il y a une perhabitation sans inhabitation ou cohabitation, de même, dans ses premiers moments, cette inhabitation même se manifeste sans perhabitation ou cohabitation, là où seulement tombe tout rapport sensible et par conséquent aussi la vue dans chaque région, et ce n’est que par l’inhabitation parfaite que la cohabitation sort de cette résignation de la vue, c’est-à-dire de la foi.

[i] Il a publié à Londres, en 1801, la première partie d’un ouvrage intitulé : Ce que nous avons été, ce que nous sommes, et ce que nous deviendrons, dont nous pouvons nous attendre à avoir prochainement la suite, d’après ce que l’auteur m’a dit l’année dernière. Cf. l’excellente revue : Der Lichtbote, vol. I, p. 418.

[ii] C’est dans ce sens, honoré ami, que vous appelez l’historien un prophète regardant en arrière, et vous rejetez ainsi de l’étude de l’histoire tous ceux auxquels ce don de vision n’a pas été accordé. Du reste, comme ce n’est que le point central de vision, qui a été une fois obtenu ou atteint, qui permet dé contempler l’ensemble, on conçoit comment ce regard du voyant en arrière ou en avant, cette pré ou post-résonnance dans l’histoire est surtout indivisible, bien que ce même don se manifeste davantage dans un sens chez tel individu, et davantage dans un autre sens chez tel autre individu. C’est ce que j’ai pu constater moi-même chez des sujets magnétiques.

[iii] Ainsi, dans la Transfiguration, Elie et Moïse n’agissent que comme coopérateurs.

[iv] Merveilleuse est l’échelle que Pasqualis nous présente sur les différentes manières d’être d’un agent supérieur auprès d’un inférieur et de celui-ci envers celui-là dans son action et sa conduite, en nous disant : « L’esprit agit dans, avec, par, sans et contre l’homme. » Eu effet, je ne connais pas de gradation plus complète pour désigner ma manière d’être ou celle de tout chrétien envers Dieu. Par là, l’homme peut chaque fois se rendre compte s’il agit en, avec, par, sans ou contre Dieu.

[v] On peut consulter le Judas Iscariot de Daub sur ce libre renoncemement ou suspension de l’universel jusqu’à l’unité — le Fils de Marie — ; et l’opposé de cette concentration, qui a pour but l’expansion universelle en amour, est cette compression tout à fait forcée du Mauvais esprit, qui a pour but l’explosion universelle dans la haine accompagnée des tourments de Tantale. Saint-Martin, un disciple de Pasqualis, s’exprime ainsi : « Qui atteindra la sublimité de l’œuvre de la renaissance de l’homme ? Ne lui comparons pas la création de l’univers. Ne lui comparons pas même l’émanation de tous les êtres pensants — émanation que Pasqualis distingue toujours de l’émanation suivante ou création. — Pour opérer toutes ces merveilles, il a suffi que la sagesse « développât ses puissances, et ce développement est la véritable loi qui lui est propre. Pour régénérer l’homme, il a fallu qu’elle se concentrât, qu’elle s’anéantît et qu’elle se suspendît, pour ainsi dire, elle-même. » D’ailleurs les trois moments dont il est question dans le texte peuvent nous donner une théorie suffisante de ces différents états, dont nous parlent plusieurs mystiques, par exemple, Mme Guyon ; car le triple nom du Seigneur — Jésus, Christ et Fils de Marie — indique déjà une triple manifestation : dans l’homme extérieur (Être naturel) ; dans l’homme-esprit intérieur (Être spirituel) ; et dans l’homme central (Centre divin).

[vi] Ici nous voyons une nouvelle signification du mot soulever, dont Hegel, le premier, a déjà fait remarquer le grand nombre de sens. Le Médiateur, dont le soulèvement ou l’intercession a pour but le mouvement de l’esprit, peut lui-même être ce qui soulève ou ce qui est soulevé, et, ainsi, l’intercession ou le soulèvement peut se faire de trois façons. Je ne dois me laisser relever que par ce qui est plus élevé que moi, c’est-à-dire soulever, dresser, enlever, ou rendre vrai, de môme que je dois relever et redresser ce qui est au-dessous de moi. Mais si une chose inférieure cherche à me soulever, c’est-à-dire veut m’entraîner, alors on conçoit aisément que mon action médiatrice s’y oppose et prenne un autre caractère. Mais ici aussi, en conflit avec le mal et le mauvais, cette action se manifeste d’une façon quand elle doit être dirigée contre le mal, qui inhabité et cohabite déjà en moi, et d’une autre manière contre le mal qui seulement perhabite en moi, ou qui m’emplit ou qui est déjà hors de moi ; c’est-à-dire que, de même que je puis encore faire le mal, quoique mon cœur et ma tête n’y participent pas, de même je puis et je dois faire le bien, quoique mon cœur et ma tête n’y acquiescent point, Et, de même que, pour parler de l’inhabitation de la puissance soulevante, chaque action bonne occasionne et fixe la disposition, le caractère, la nature, etc., de même chaque action destructive ne produit que la négation de soi-même, détruit, soulève de nouveau, et ce soulèvement de soi-même — tuer, — la volupté est à la factio continui ce que la douleur est à la solutio continui — cette sui-nocence consiste précisément dans ce processus de soulèvement sans lequel aucune opération du malin et aucune occasion de bonne disposition ou de bonne nature ne sont possibles. Car, dans le bien comme dans le mal, l’action de l’esprit commence par un acte immédiat et s’y termine, et le pouvoir du bien comme du mal doit nécessairement me posséder avant que je puisse en être maître. Si, du reste, on considère la nature comme l’universel non-médiat, on ne peut se dispenser d’établir une distinction entre ce non-médiat (la nature) qui se trouve d’une part supérieur, et le non-médiat inférieur à l’homme-esprit, ce qui justifie le ternaire de Pasqualis relatif aux modes de l’être : le divin, le spirituel dans un sens plus restreint, et le naturel égale ment dans un sens plus restreint. Le premier mode pense seulement et n’est pas compris, veut seulement et n’est pas incité, agit seulement et ne reçoit aucune impulsion ; le deuxième mode pense et est compris, veut et est incité, agit et reçoit des impulsions ; et le troisième n’est que conçu, ne pense jamais, qu’incité et ne veut jamais,-et reçoit des impulsions sans jamais agir. Ce ternaire rappelle dans une certaine mesure la « natura creans et non creata, natura quae creatur et creat, et natura quae creatur et non creat » de Scot Erigène, natures auxquelles il ajoute une quatrième, « natura neque creans nec creata », ou plutôt à laquelle il subordonne les trois autres.

[vii] Il est notoire que ce penseur, dont la dialectique, aussi coupante qu’une lame à deux tranchants, blesse souvent à la fois l’adversaire et celui qui la manie, fut le premier qui, d’une main audacieuse, alluma le processus de l’auto-incinération de la philosophie moderne — son auto-da-fé — et que c’est à lui que nous devons l’intelligence claire de cette angoisse dialectique de l’esprit, dont Kant, à la vérité, a méconnu d’une part l’indestructibilité, mais qu’il a d’autre part reconnue comme un désir curieux de la raison, contre lequel il n’y a d’autre remède que de s’en tenir opiniâtrement à la réalité sensible et de se lancer hardiment, un peu comme ceux qui fuient devant la dialectique qui les poursuit de la mort terrestre, et qui prennent leur crainte de la vie pour la crainte de leur véritable mort. Si cependant il existe une dialectique immanente, au sens le plus strict, c’est-à-dire se dirigeant vers l’intérieur pu vers le supérieur, il y a aussi une dialectique, une action spirituelle, non moins intrinsèque, qui mène vers le bas. C’est aussi, la raison pour laquelle les anciens nous représentaient le diable comme un subtil dialecticien.

[viii] Il est fâcheux, pourrait-on crier à ces prophètes qui se sont eux-mêmes rendus muets, que les prophètes ventriloques soient obligés, comme l’ânesse de Balaam, de témoigner contre vous. Néanmoins le magnétisme animal se maintient toujours malgré tous ses adversaires, c’est-à-dire malgré les risées, la condamnation et les mépris, qui sont certes plus faciles que la compréhension.

[ix] De même que l’action mauvaise ne peut pénétrer dans l’élément actif — le feu, l’homme — qu’en passant par l’élément passif — l’eau, la femme — de même l’action bonne ne pouvait prendre que le même, chemin. C’est pourquoi la femme, en tant que médium inconscient, ne fait que propager, pour ainsi dire, la bonne et la mauvaise action. Et tous les philosophes modernes confondent l’agent et le médium, lorsqu’ils étendent l’infériorité du médium ou instrument, à l’action bonne ou mauvaise qui l’emploie. De cette manière, l’action divine elle-même semblerait en quelque sorte subordonnée à l’action humaine ; tandis que c’est, au contraire, l’instrument ou véhicule de cette action divine qui lui est soumise. Du reste, d’après ce qu’on vient de dire, on peut indiquer le véritable point de vue, d’après lequel la femme, comme le corps, doivent être aussi respectés que redoutés dans nos relations actuelles avec eux. Ne la gâte pas (la femme), car il y a en elle une bénédiction, mais crains la toutefois, car il y a sur elle une malédiction !

[x] Si la philosophie moderne ignore maintes sciences et maints pouvoirs, qui semblaient importants à la philosophie ancienne, on peut aussi considérer, avec Hegel, cette privation comme une preuve de ce qu’a perdu l’esprit humain. Sans doute, cette propagande, comme celle de ses congénères politiques de notre époque, ne se fit-elle si facilement que parce que les unes et les autres ne reposent réellement que sur l’ignorance et le manque de savoir. Ainsi, par exemple, le mépris grossier et révolutionnaire qu’un peuple ou un homme ressent à l’égard d’une institution politique quelconque qu’il ne comprend plus, est-il tout à fait facile, et, pour cet homme ou ce peuple, il advient parfois qu’il prend son interne vacuité d’idée et cette absolue impuissance de s’élever de nouveau jusqu’à elle — cette alacrity dans la chute, comme dit Falstaff - pour l’affranchissement qui l’élève au-dessus d’elle. Je dis idée, car ce qu’on nomme esprit de corporation, dans un bon sens, par exemple l’esprit de corps dans la carrière militaire, n’est pourtant que Vidée unique génératrice de substance, dont « le mutisme et l’inefficacité récents », par la fauté des hommes, d’abord en haut, puis en bas, amènent partout le désordre inhérent à la décadence asthénique de notre époque. Mais, de même que la religion nous reporte à l’idée de toutes les idées, de même l’Église, en tant que corporation de toutes les corporations, doit leur servir de base et les consolider toutes. C’est aussi pourquoi, depuis sa décadence, toutes ces corporations voient venir leur décomposition, contre laquelle ne pourraient rien toutes les artifices des momies et des régimes. La science financière elle-même a, de nos jours, fait cette expérience que, seule la richesse de la corporation assure la fortune individuelle, et que, sans celle-là, il n’y en a point de fixe ni de durable. Par conséquent le principe atomique, de la destruction et du morcellement, expression omineuse des opérations financières modernes, mène ici aussi à la mort.

[xi] Cette doctrine se retrouve également dans la doctrine des manifestations. Saint-Martin, par exemple, dit que, de même que la nature nous montre ses substances en germe, en végétation et en production et de même que les hommes correspondent par lettres quand ils sont séparés, se parlent quand ils peuvent s’entendre, gesticulent quand ils se voient, de même les manifestations des êtres supérieurs parcourent des degrés analogues : « Tout est tableau dans les œuvres de la pensée. Elle ne se présente jamais à nous que sous une forme sensible, parce que tout est complet dans la source qui la produit. Cette forme sensible est son écriture. Mais on ne s’écrit que quand on est séparé ! ce sont là les substances en germe.....Ne pouvons-nous pas entendre la voix des hommes au milieu des ténèbres et sans a les voir ? Ce sont là les substances en végétation. Mais il y a un troisième degré : nous voyons agir les hommes quand ils sont près de nous et que la lumière les éclaire ! Voilà les substances en production..... » C’est-ce qui explique en outre comment et pourquoi personne n’a jamais vu Dieu, et c’est la raison pour laquelle le Verbe seul nous le fait connaître, bien que ces paroles : Vous l’avez entendu, mais vous ne l’avez pas vu, aient eu une signification sur l’Horeb, et une autre sur lé Thabor. En d’autres termes, Dieu n’est visible et reconnaissable pour la créature qu’en tant que cohabitant en elle, et non en tant quel a perhabitant ou l’inhabitant et, si la crainte de Dieu est le Commencement de la science et de la sagesse, l’amour en est la fin. Par conséquent la science sans l’amour est fausse et imparfaite.

[xii] Tout agent supérieur se manifeste, il est vrai, en règle générale dans la région immédiatement inférieure, seulement centrale et individuelle ; mais il ne s’ensuit pas qu’en s’élevant vers son centre, il né soit pas lié à là manifestation individuelle. Si, d’ailleurs, la physique moderne reprenait l’idée de pénétration, ou. perhabitation, elle aurait à rechercher les deux moments suivants, cohabitation et inhabitation, de l’être supérieur ou universel dans l’être inférieur et particulier. Le minéral, le végétal et l’animal nous montrent la continuité de ces trois moments, et nous rappellent que l’homme-esprit, dans ses rapports avec sa nature supérieure, est successivement minéral, végétal et animal.

[xiii] Autenrieth, faisant une distinction entre la personnalité et l’individualité, et considérant celle-ci comme l’organe de celle là, remarque très justement que, comme la première n’est pourtant pas elle-même dans l’espace, sa manifestation dans l’espace, sans nuire à son unité, peut s’effectuer dans un organe séparé dans l’espace, de même cet organe peut se dédoubler dans un seul et même organisme, dans lequel se produit un dédoublement de l’individuabilité sensible dans la personnalité spirituelle permanente, comme on le constate chez nombre de malades et chez les voyants magnétiques. (Voy. les Tübinger Blätter fur Naturwissenschaft, tome II, 3e partie. Cas d’un enfant qui vit encore avec une lésion au cerveau, — Ce que dit Schubert dans les Blätter fur höhere Wahrheit, p. 2, est très remarquable : « On peut comparer l’illusion sur laquelle repose la prétendue union de l’âme et du corps actuel à celle que l’on observe très souvent dans certains états morbides et dans les rêves, où l’homme se prend pour une tout autre personne, et agit, pense, aime, hait, souffre et jouit selon les sens de cette individuabilité étrangère. »

[xiv] Qu’on compare les théories de Hegel sur le temps et l’espace, dans l’Encyclopédie des Sciences philosophiques, et celles de Daub dans Judas Iscarioth, ainsi que mon écrit sur « la Notion du Temps. » Qu’il me soit permis de faire remarquer encore ici quelques conséquences des idées présentées dans le texte. On conçoit tout d’abord qu’en règle générale, tous les morts terrestres ne sont en rapport avec ceux qui vivent sur notre globe que par l’intermédiaire de l’individu universel, élément non individualisé, et que l’apparition sensible d’une telle personnalité morte n’est qu’une exception à la règle générale, et ne peut être qu’incomplète, ce que signifie le mot même d’apparition. D’autre part, on peut considérer qu’ainsi que dans la société civile, où la propriété individuelle n’exclut pas la communauté, ainsi dans la possession organique, sans laquelle il serait impossible d’imaginer un sentiment commun, et où par conséquent l’identité de l’organe n’exclut pas la pluralité des personnalités qui s’en servent, comme, par exemple, dans le cas de ce monstre — les deux jeunes hongroises collées par le ventre — où il se manifestait une communauté de sentiments dans la partie commune du corps, et par suite aussi un mouvement commun dans l’organe commun de la locomotion, malgré les personnalités distinctes, comme, en outre, dans - notre société civile actuelle la propriété privée et la communauté se maintiennent encore distinctes, quoiqu’on exige une communia bonorum, dans laquelle les deux espèces de propriétés passent l’une dans l’autre et se prêtent un mutuel appui, de même on peut aussi, dans le monde physiologique, s’attendre à une semblable communauté de biens. Par contre, les luttes révolutionnaires de la propriété commune et de la propriété privée nous donnent un modèle de la vie commune des damnés.

[xv] On ne peut, en effet, accorder une force supérieure à cette plastique de la sensation de certains modernes, parce que cette puissance plastique se manifesterait effectivement comme créatrice, si elle devait faire tout ce que l’on lui impute. D’ailleurs le professeur Kieser pense pouvoir très facilement faire disparaître ce qu’il y a de réel dans ces manifestations, par une réduction à la subjectivité. Or, il est absolument exact que les lois de la catoptrique (réflexion) et de l’acoustique (ventriloquie) se reproduisent aussi d’une foule de manières dans le monde psychique, et qu’un grand nombre de ces prétendues visions et de ces opérations de l’art tombent entièrement sous ces lois. Cependant on se tromperait fort, si l’on voulait soumettre à cette loi tous les phénomènes de ce genre, et y ramener aussi ceux où l’homme ne joue évidemment qu’un rôle passif dans réflexion et cette ventriloquie. Si, par exemple, Kieser considère comme entièrement subjectives ces mêmes manifestations qui se produisent chez l’homme à son insu, c’est-à-dire contre sa subjectivité, s’il ne veut reconnaître qu’une infection subjective dans des cas où plusieurs ont la même vision, on ne voit pas ce qu’il considère finalement comme subjectif, et, par conséquent, partout où un fait distant dans l’espace et dans le temps est perçu par un somnambule, cela n’est pas une opération purement subjective. Cependant la réalité nous enseigne que « le sujet qui agit ici plastiquement », se tenant au-dessus du sujet proprement dit (le somnambule) et de l’objet donnant la forme à l’un et à l’autre, se les subordonne tous les deux. Par conséquent, il se manifeste ici un agent d’un ordre supérieur qui, pour cela, doit s’appeler, au sens strict, tout aussi bien non-subjectif que non-objectif. Je veux du reste encore citer en passant cette objection connue contre la réalité des manifestations des esprits (démons), qui repose sur leur disparition, parle moyen de drogues, par exemple, etc, qui prouve, ainsi qu’on le croit, l’irréfutabilité du fondement matériel des phénomènes de ce genre. Mais, en fait, il est facile de réfuter cette objection, car si, comme je l’ai indiqué dans mes thèses sur la formation de la vie, la structure du corps sert précisément à l’enchaînement de ces sombres puissances, on doit pas s’étonner de voir ces manifestations coïncider avec la perturbation du processus vital corporel, et disparaître en même temps que la cessation de ce trouble.

[xvi] Le rôle de notre corps terrestre consiste précisément à remplir cette double fonction, et c’est là-dessus que repose le devoir de sa conservation. Nos moralistes ordinaires ne voient pas bien la nécessité d’un tentateur pour le bien, opposé à un tentateur pour le mal, et, par suite, ne comprennent pas la religion. Saint-Martin dit avec beaucoup de justesse : « Si la matière avait charmé l’homme, et avait subjugué les yeux de son esprit, il fallait que le régénérateur universel charmât la matière, et qu’il en démontrât (exorcisme) le néant, en faisant régner devant elle le vrai, le pur, l’immuable. »

[xvii] Bien que le Seigneur ne réside ni dans la tempête, ni dans les tremblements de terre, mais seulement dans les douces et calmes brises, le prophète, à peu d’exception près, ne peut pourtant pénétrer dans le calme du Centre qu’en traversant cette tempête et ces tremblements de terre.

[xviii] Du reste l’éloignement est réciproque, parce que l’agent supérieur plus puissant, se sensibilisant et se faisant comprendre à l’agent inférieur, perd de son intensité dans la mesure où il se sensibilise et se fait comprendre. Par conséquent, en s’extériorisant, il s’éloigne de lui-même. Si cette descente est entièrement due à l’agent supérieur, la manifestation ou révélation se communique à l’agent inférieur sans sa collaboration ni sa coopération. Mais cette manifestation n’est qu’un moyen de parvenir à une deuxième manifestation plus haute et plus intime qui, partiellement, est aussi l’acte de l’être inférieur lui-même, acte dans lequel celui-ci, par gradation de sa communication, s’élance au-devant de la descente de l’agent supérieur. D’après le principe énoncé ci-dessus, on pourrait également considérer les agents, qui nous sont actuellement encore invisibles, comme des vases transparents, canaux et moteurs de tout ce qui est maintenant visible,

[xix] Il n’y a effectivement rien de plus bizarre que cette idée plate que nos soi-disants rationalistes, titre peu modeste dont il est facile de s’affubler, se sont faite du miracle. Ils déclarent que le miracle n’existe pas, parce qu’en tant qu’idée se contredisant elle-même, il est opposé à la loi de l’expérience, c’est-à-dire à l’expérimentation, et parce qu’il trouble leur jugeotte et aussi l’ordre et l’unité de leur expérimentation. Mais ce trouble serait absolument salutaire à l’homme, si celui-ci s’est fait une idée fausse d’une unité d’expérimentation abstraite et arbitraire.