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Franz Baader - LES ENSEIGNEMENTS SECRETS DE MARTINÈZ PASQUALIS

vendredi 12 octobre 2007

Baader, Franz Xaver von (1765-1841). Paris : Bibliothèque Chacornac, 1900

Vous me demandé, honoré ami, de vous communiquer quelque chose touchant les enseignements secrets de Martinèz Pasqualis, auxquels vous vous êtes intéressé à travers les écrits de deux de ses disciples, feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
Saint-Martin et l’abbé Fournie[i] qui vit encore à Londres ; je vais donc, selon mes forces et autant qu’il m’est permis, accéder à votre désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
.

Si, en tout temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. , il y eut et il y aura des hommes Mensch
homme
être humain
ser humano
homem
hombre
the man
anthropos
hommes
humanité
humanity
qui, en tant que représentateurs du futur, tels les prophètes, nous ont montré que le futur est déjà là, il doit également y en avoir eu en tout temps d’autres qui, en tant que représentateurs du passé, nous montrent, par le souvenir, que le passé est encore là[ii], et un tel représentateur du passé (du Judaïsme) est assurément Pasqualis qui, à la fois juif et chrétien, — il confessait la religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) catholique romaine, — a fait revivre pour nous l’ancienne Alliance, non seulement dans ses formes, mais encore avec ses pouvoirs magiques. Et si l’on peut avec raison considérer cette nouvelle époque, à laquelle vivait Pasqualis, comme le commencement d’une éclipse générale, d’un affaiblissement de la lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. du Christianisme, on ne doit pas s’étonner de voir, durant cet obscurcissement de l’unique soleil, survenu par notre faute, réapparaître certains astres qui, pour parler le langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. de Saint-Martin, se montrent comme des revenants, simplement parce qu’ils sont non allant. Si donc le Christianisme, dans la force de sa prime manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
, a rendu muette la magie Magie Pourquoi ce « Magie », ce M majuscule ? peut-être pour ne pas confondre avec la magie au sens de prestidigitation[2], peut-être pour agrandir, magnifier l’aspect aventureux d’une entreprise souvent ridiculisée ou jugée inquiétante par les pouvoirs en place.

Dans de nombreuses cultures, les moyens mis en œuvre par la magie en tant que science occulte s’opposent, en effet, aux raisonnements scientifiques, ainsi qu’aux religions établies.
du Paganisme et du Judaïsme, la réapparition de cette magie, même si elle ne s’est fait que peu remarquer, ne peut être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
attribuée qu’à l’affaiblissement du Christianisme, et être considérée comme le réactif nécessaire à une nouvelle et plus puissante manifestation.

En effet, le Judaïsme est au Christianisme ce que ce dernier est à un troisième terme supérieur, dans lequel chacun des deux doit être transfiguré. Si l’on interprétera parole de S. Paul : « Par, avec et en Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
, » dans son véritable sens, alors, comme il est vrai que la parfaite habitation de l’Esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
dans l’homme-esprit est le but et le sabbath, il devient évident que ce troisième moment a dans les deux antécédents, — per-habitation et cohabitation, — à la fois ses prédécesseurs et ses coopérateurs, dont la présence présence Le sens du sacré, c’est aussi la conscience innée de la présence de Dieu, c’est sentir cette présence sacramentellement dans les symboles et ontologiquement en toutes choses. [Frithjof Schuon] dans le temps, ainsi que la disparition, sont purement phénoménales[iii].

Dans cette première ère, régime du Père ou premier degré d’Apprenti de l’homme-esprit, l’Absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
se tient encore comme Seigneur absolu, supérieur seulement à l’Unique, habitant seulement par celui-ci, - « il deplace les montagnes et ils ne savent pas »[iv] —, tandis que, dans la seconde ère, régime du Fils ou degré de Compagnon, le Premier, S’unifiant en lui et Se dépouillant de l’Unité l'unité "Il faut élever cette fine pointe de l’âme, selon laquelle nous sommes unité. Nous participons au Premier, duquel dérive pour toutes choses l’unification, selon l’unité et pour ainsi dire la fleur de notre essence, grâce à laquelle nous nous attachons principalement au Divin. Partout, en effet, ’c’est par le semblable qu’est appréhendé le semblable’, les principes les plus élevés d’unification des êtres par ce qu’il y a d’un dans l’âme. De toutes nos activités, c’est ici la plus haute : par elle nous devenons possédés de Dieu." (Proclus) de Sa Gloire dans la figure de ce Serviteur[v], descend vers le particulier, — l’Aigle qui, auprès du Prophète, volète pendant un temps sur la terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] devant ses petits, — se rendant pareil à lui, c’est-à-dire demeurant auprès de lui ou avec lui, jusqu’à ce que et pour qu’enfin, à la dernière ère, régime de l’esprit ou degré de Maître, l’Universel, soulevant[vi] l’Unique en soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, habite en même temps par lui, auprès de Lui et en Lui. Mais à l’orgueil orgueil
hyperephanía
arrogance
infatuation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), les Pères envisagent l’orgueil comme très proche de l’amour-propre. Comme celui-là il a deux composantes : l’une se manifeste dans les rapports de l’homme avec ses semblables et l’autre concerne la relation de l’homme à Dieu.
des émigrants de l’homme-esprit, ce discours semble dur, et ils se tournent alors plus volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] iers vers ceux qui leur offrent ce grade de Maître à meilleur compte, c’est-à-dire sans qu’ils aient besoin de passer par le travail de l’Apprenti et l’école du Compagnon, et qui leur promettent par conséquent, non seulement de les faire parvenir à la compréhension du Christianisme sans avoir besoin de comprendre le Judaïsme, mais qui se font forts de les rendre complets (sapients, illuminés), par une voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
plus facile qu’en passant par le Judaïsme et le Christianisme. Or à de tels Sages ignorants on pourrait dire avec raison :

Si tu déifies seulement l’intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] et la science episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
,

Pouvoirs suprêmes du moi hautain,

Tu t’es déjà donné au diable diable
diabolos
malin
adversaire
diabo
devil
,

Et avec lui tu périras.

Un des principes de Pasqualis est que chaque homme est né prophète et, par conséquent, obligé de cultiver en lui ce don de vision, culture à laquelle devait précisément servir l’école de ce maître. Dans ce même sens et dans un sens encore plus hardi, son disciple appelait chaque homme un Christ-né, c’est-à-dire Christ et non Chrétien. A notre époque, ce « réchauffé de notions vieux-testament » doit paraître à beaucoup de gens dépourvu de saveur. L’auteur[vii] de la Phénoménologie phénoménologie
fenomenologia
phenomenology
phénomène
fenômeno
phenomenon
La phénoménologie de Edmund Husserl se définit d’abord comme une science transcendantale qui veut mettre au jour les structures universelles de l’objectivité.
de l’Esprit n’appelle-t-il pas même — ironiquement — « le don de prophétie prophétie Annonce d’événements futurs par voyance, pressentiment ou conjecture  » le « don d’exprimer les choses saintes et éternelles d’une manière inintelligible ». Bon mot, il est vrai, mais qui réfute aussi peu la véritable interprétation des choses sacrées de cette façon, qu’il ne donne une explication sensée de ce phénomène. Semblablement nous voyons nombre de nos magnétiseurs considérer leurs voyants comme des ventriloques stupides, quand ils racontent avec le ventre, comme ils se l’imaginent, des choses trop hautes et trop subtiles pour leur intellect intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
de magnétiseurs[viii]. A mon avis, il est également mauvais de faire l’apothéose de ces manifestations spirites, de décider dans le trouble, de suivre tout ignis fatuus, comme une clarté éternelle, et de ne prendre aucune lumière pour la lumière qui n’est point froide, qui ne laisse pas de froid et qui ne donne pas froid, Est-il donc si difficile de discerner, à travers la lueur phosphorescente de cette trouble manifestation spirituelle, les ténèbres ténèbres Les ténèbres sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification. radicales intérieures, comme aussi, à travers cette ardeur passionnée extérieure, l’interne froid de la mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. , impression expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
hivernale de Méphistophélès dans le rayonnement d’un soleil d’été ? On ne doit pas, dit Claudius, cesser de respecter le vrai roi sous prétexte qu’il y a aussi les rois de pique et de cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
 ; et tu n’es même pas capable d’ôter le pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de te pénétrer à ce Dieu qui inhabite ou cohabite en toi, non parce que tu l’as fait descendre vers toi, ni parce que tu t’es haussé ou enflé jusqu’à Lui, mais parce qu’il est librement descendu vers toi[ix],

Un des principaux enseignements de Pasqualis est celui-ci ; « L’homme a à remplir, dans la région spirituelle, la même fonction corporisatrice, produisant la troisième dimension,que la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
dans la région matérielle, et en ceci on peut trouver la clé du secret de son mélange, de sa complexcité et de l’union indissoluble qui en résulte avec la Terre principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
. » J’ai exposé ces données dans mes « Principes des Enseignements fondamentaux de la Vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie.  », et, dernièrement encore, j’ai démontré aux initiés la corrélation du vieil adage chimique : Vis ejus integra, si conversus fuerit in terram — et du dogme christiano-théologique : Vis ejus integra, si conversus fuerit in hominem. Pasqualis fait précéder la fonction médiatrice terrestre de l’homme de deux autres actions élémento spirituelles, celle du Feu et celle de l’Eau l’eau
água
water
, et il base là-dessus, comme nous le verrons dans la suite, sa théorie et sa pratique théurgiques[x], mais où il faut encore remarquer que, de même que son disciple Saint-Martin, il attribue à l’élément Air une fonction relativement supérieure dans toutes les régions, n’entrant jamais comme élément constitutif dans la formation ; et ainsi nous verrons dans la suite comment Pasqualis ramène ce ternaire trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
du Feu, de l’Eau et de la Terre, le premier étant le principe et la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
de l’élément, le second le principe de la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
ou corporisation, et le troisième celui de la forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
ou corporisation achevée, au ternaire du nombre ou action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
primordiale, de la mesure ou réaction, et du poids de l’énergie accomplissant et achevant l’action[xi].

Si d’ailleurs Pasqualis, aussi bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
dans la théorie que dans la pratique, s’attache fortement à ce principe, savoir : « Aucune opération physique ne se produit sans une action spirituelle correspondante », on aurait pourtant tort de penser que sa physique se réduit aux spectres et aux esprits. Mais, par contre, il se montre tout à fait exempt de cette superstition ou croyance croyance
croire
crença
crer
belief
believe
moderne en l’abstrait intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 et en ce misérable « spectre » d’une nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
absolument dépourvue d’esprit, de cette croyance en la matière, intelligence limitée, dont on voudrait couvrir la pauvreté de cœur avec une feuille de figuier. Il est du reste utile de remarquer combien l’étude approfondie et la culture plus soigneuse de la matière en elle-même a affaibli à notre époque la superstition ou croyance en cette même matière. Ainsi, par exemple, Kant a déjà rouvert la porte à ces anciens esprits de la nature, connus des alchimistes, en .introduisant de nouveau dans la physique l’idée idea
idée
ideia
idea
ιδεα
idéa
de la pénétration dynamique, idée qui paraît irrationnelle, il est vrai, dans cette physique mécanique, à ce que disent les mathématiciens ; et même nos matérialistes, qui craignent les esprits, ne font-ils pas une distinction assez tranchante entre les corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
spécialement pondérables, isolables et saisissables, et les substances substance
substantia
substances
substância
substancia
impondérables, non isolables et insaisissables qui, par conséquent et suivant l’opinion générale, sont des agents immatériels. L’affadissement et l’affaiblissement continu des soi-disant jouissances des sens, comme aussi là spiritualisation continue de nos maladies corporelles, prouvent que le culte même de la matière la dématérialise de plus en plus. Mais si déjà nul fait physique n’est explicable par la communication Mit-teilung 
Mitteilung
communication
comunicação
comunicación
réciproque des corps individuels accomplis c’est-à-dire atomiques, on peut s’attendre à ce qu’il en soit de même pour chaque fait psychique et que le contact mutuel des personnes ou des esprits individualisés ou paraissant tels, où lé contact avec des inférieurs est insuffisant. Il en résulte qu’ici aussi les « fluides », c’est-à-dire les agents qui ne se manifestent pas d’une manière individuelle[xii], sont nécessaires ; et cette idée de pénétration trouve ici aussi son emploi. En effet, on a vu récemment des psychologues faire une juste distinction entre des esprits ou personnalités non individuelles, et d’autres entièrement individualisées, par conséquent entre l’idée de personnalité et celle d’individualité ; mais ils firent cependant la faute de déclarer possible une séparation vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
singularidade
individuation
séparation
absolue, partant, une extinction, comme si l’esprit pouvait jamais se détacher de la nature ou celle-ci de l’esprit, et, comme si ce qui nous paraît une telle séparation n’était pas simplement un changement d’individualité conservant la même personnalité distincte[xiii]. Dans la mort naturelle, par exemple, et dans tous les états analogues, auxquels appartiens l’extase magnétique, ce n’est plus seulement l’individu particulier extrait de l’individualité de la nature universelle, c’est-à-dire agissant proprement et réellement, mais cette môme individualité de la nature universelle qui est le fondement Grund
Fundament 
fondement
fundamento
Fundamente
fondations
fondation
de la personnalité : et la personnalité séparée, pour parler le langage de Pasqualis, entre immédiatement en rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
avec la Terre-principe. Or, cette suspension de l’individualité de la nature dans l’universel n’est pas un état stable, mais sert à la transformation dont parle Saint Paul ; et il serait aussi faux de ne pas croire au retour particulier de l’individu hors de la nature universelle, c’est-à-dire à la résurrection du corps, qu’il serait faux de croire à une simple répétition du premier état de cette sortie. Exprimons-nous avec plus de précision : on peut se figurer, dans cette seconde sortie, la personnalité distincte indépendante de la nature, mais non sans nature, indépendante du temps et de l’espace Raum
Räumlichkeit
räumlich
espace
espacialité
espaço
espacialidade
espacial
espacio
espacialidad
space
spaciality
spatial
, mais non dépourvue de temps et d’espace ; et celui qui veut nous donner une théorie complète du temps et de l’espace, devra démontrer le rapport de la personnalité avec la nature, ainsi qu’avec le temps et l’espace, avant pendant et après sa réintégration dans cette nature universelle, de même que son dernier rapport dans l’état de béatitude ou de damnation. On peut raisonnablement considérer une théorie du temps et de l’espace comme le problème dont la solution est demandée à la philosophie allemande, et qu’elle doit résoudre[xiv].

Si, du reste, celui qui, reconnaissant la nature de l’esprit comme distincte de l’inconscient et supérieure à lui, ne peut trouver aucune objection contre la possibilité et la réalité réalité
le réel
Le mot réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif. Les questions que pose ce concept sont fondamentales pour la science et la philosophie.
de « la sensibilisation de l’esprit », ainsi que l’enseigne Pasqualis, je ne vois pas les raisons qu’y peut opposer le panthéiste le plus convaincu, qui considère l’apparaître de l’esprit, ou conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
dans l’homme, comme un mirage passager de la conscience universelle, c’est-à-dire comme une ampoule spirituelle que la substance générale fait lever — la terre a des bulles comme l’eau — et qui en conclut que des mirages analogues, ni plus ni moins réels, objectifs et durables que la conscience humaine elle-même, peuvent aussi se former d’une autre manière et se manifester même hors de l’homme, là où la substance universelle ne peut les faire apparaître sans lui, mais en lui et par lui, par exemple engendrés dans les nerfs intestinaux[xv]. Mais il serait certes bien inutile de discourir sur la possibilité de telles manifestations psychiques, si elles ne se rencontraient pas dans notre vie sous leur « forme incertaine », et ne pouvaient faire ouvrir les yeux à la multitude, par laquelle ces forces psychiques agissent comme par le moyen d’instruments aveugles, mais seulement au petit nombre de ceux qui réussiraient par l’emploi de ces forces. D’où il s’ensuit que l’observation et l’expérimentation peuvent seules décider de ces choses, contre la possibilité desquelles toute la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
moderne avec ses appareils ne prouve absolument rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. .

Sans parler ici du pouvoir ou du talent spécial que Pasqualis déploya dans de telles sensibilisations de l’esprit, je veux seulement observer qu’on a tort de lui faire un reproche de prescrire pour ceci un régime des sens particulièrement sévère, minutieux ou, comme on dit, imbu de l’ancien Testament, parce qu’il a simplement pour but la pureté, c’est-à-dire la force des sens, qui leur permet, en premier lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
, de supporter la conduite des puissances supérieures sans courir le danger de tomber foudroyés comme de trop faibles paratonnerres, ensuite d’opposer de solides barrières aux puissances mauvaises inévitablement mises en branle[xvi].

Si donc même tu ne peux inciter la terre au bien[xvii], ni faire ressurgir par un enchantement la bénédiction absorbée par la malédiction, sans que tu fasses d’abord partir cette malédiction elle-même, — pour l’électricien c’est la polarité produite par la décomposition --- elle s’érige aussitôt devant toi en tentatrice, elle s’avance vers toi comme un esprit manifesté pour ta perte, comme le serpent serpent La symbolique du serpent est l’une des plus profondes et complexes. Il n’est guère de cultures et de mythologies qui n’aient leur Grand Serpent, presque toujours marin et ambigu, sinon ambivalent. rigide du Prophète, ou se dissimule sous les voluptés de la perdition, comme un serpent ondulant. Cette remarque contient tout ce qu’on peut dire à tort ou à raison, sur le double sens et le danger d’opérations de cette sorte[xviii]. Enfin la loi physiologique connue de la faculté compréhensive des sens parle déjà en faveur de la nécessité nécessité Nécessité, en Grec Ananké, est mère des trois Moires :

* Clotho présidait au passé (de klôthousa, filer),
* Lachésis au présent (de léxis,prédestination),
* Atropos au futur (d’atrepta, irréversible).
d’un tel régime. Par exemple, celui qui me parle un ton trop haut ou un ton trop bas pour mon ouïe, ne se ferait pas entendre de moi, mais j’ouïrais dès que mon interlocuteur se mettrait au diapason de mon oreille, ou si mon sens auditif s’étendait jusqu’au ton de son langage. De même un corps céleste, passant trop près de notre terre, resterait invisible pour nous jusqu’à ce que son éloignement le fasse tomber dans l’Orbite de notre vue, à cause causa
cause
aitia
aitía
aition
de sa vitesse relativement moins grande ; et, si paradoxal qu’il nous semble d’affirmer que des objets disparaissent de notre vue parce qu’ils s’approchent réellement, et paraissent absents alors qu’ils sont véritablement présents, et que ce n’est que leur éloignement apparent qui les rend de nouveau visibles, cela n’en est pas moins exact. Enfin, par cette manière de voir, on peut expliquer ce miracle de la diminution des miracles à notre époque[xix], si l’on songe qu’avec le progrès des âges, l’action de l’esprit avance dans la même proportion, devient par conséquent plus forte et plus intense, si on la considère comme une voix qui vient à nous, qui prend un ton de plus en plus haut et subtil et qui, dans la même proportion, devient de moins en moins perceptible et plus lointaine., tandis que l’oreille qui entend tout perd de sa force, et que l’action de l’esprit nous pénètre plus profondément et s’introduit en nous plus entièrement, dans le plus véritable sens. Aussi on dit que nous, qui vivons encore de la vie terrestre, pouvons nous mettre en rapport sensible avec les morts peu de temps après leur mort ; mais ce rapport se perd dès que ceux-ci se sont élevés dans des régions supérieures, ou qu’ils sont tombés plus bas ; d’où il ne s’ensuit pourtant pas que nous nous trouvions pour cela plus éloignés d’eux intérieurement. Car, de même qu’il y a une perhabitation sans inhabitation ou cohabitation, de même, dans ses premiers moments, cette inhabitation même se manifeste sans perhabitation ou cohabitation, là où seulement tombe tout rapport sensible et par conséquent aussi la vue dans chaque région, et ce n’est que par l’inhabitation parfaite que la cohabitation sort de cette résignation de la vue, c’est-à-dire de la foi
foi
faith
pistis
.

[i] Il a publié à Londres, en 1801, la première partie d’un ouvrage intitulé : Ce que nous avons été, ce que nous sommes, et ce que nous deviendrons, dont nous pouvons nous attendre à avoir prochainement la suite, d’après ce que l’auteur m’a dit l’année dernière. Cf. l’excellente revue : Der Lichtbote, vol. I, p. 418.

[ii] C’est dans ce sens, honoré ami, que vous appelez l’historien un prophète regardant en arrière, et vous rejetez ainsi de l’étude de l’histoire tous ceux auxquels ce don de vision n’a pas été accordé. Du reste, comme ce n’est que le point Le point En géométrie, un point est le plus petit élément constitutif de l’espace géométrique, c’est-à-dire un lieu au sein duquel on ne peut distinguer aucun autre lieu que lui-même. central de vision, qui a été une fois obtenu ou atteint, qui permet dé contempler l’ensemble, on conçoit comment ce regard du voyant en arrière ou en avant, cette pré ou post-résonnance dans l’histoire est surtout indivisible, bien que ce même don se manifeste davantage dans un sens chez tel individu, et davantage dans un autre sens chez tel autre individu. C’est ce que j’ai pu constater moi-même chez des sujets magnétiques.

[iii] Ainsi, dans la Transfiguration, Elie et Moïse n’agissent que comme coopérateurs.

[iv] Merveilleuse est l’échelle que Pasqualis nous présente sur les différentes manières d’être d’un agent supérieur auprès d’un inférieur et de celui-ci envers celui-là dans son action et sa conduite, en nous disant : « L’esprit agit dans, avec, par, sans et contre l’homme. » Eu effet, je ne connais pas de gradation plus complète pour désigner ma manière d’être ou celle de tout chrétien envers Dieu. Par là, l’homme peut chaque fois se rendre compte s’il agit en, avec, par, sans ou contre Dieu.

[v] On peut consulter le Judas Iscariot de Daub sur ce libre renoncemement ou suspension de l’universel jusqu’à l’unité — le Fils de Marie — ; et l’opposé de cette concentration, qui a pour but l’expansion universelle en amour amour
eros
éros
amor
love
, est cette compression tout à fait forcée du Mauvais esprit, qui a pour but l’explosion universelle dans la haine haine
mîsos
kótos
ódio
hate
accompagnée des tourments de Tantale. Saint-Martin, un disciple de Pasqualis, s’exprime ainsi : « Qui atteindra la sublimité de l’œuvre de la renaissance de l’homme ? Ne lui comparons pas la création Création
Criação
criação
creation
creación
de l’univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] . Ne lui comparons pas même l’émanation emanação
émanation
emanación
emanation
de tous les êtres pensants — émanation que Pasqualis distingue toujours de l’émanation suivante ou création. — Pour opérer toutes ces merveilles, il a suffi que la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
« développât ses puissances, et ce développement est la véritable loi qui lui est propre. Pour régénérer l’homme, il a fallu qu’elle se concentrât, qu’elle s’anéantît et qu’elle se suspendît, pour ainsi dire, elle-même. » D’ailleurs les trois moments dont il est question dans le texte peuvent nous donner une théorie suffisante de ces différents états, dont nous parlent plusieurs mystiques, par exemple, Mme Guyon ; car le triple nom du Seigneur — Jésus, Christ et Fils de Marie — indique déjà une triple manifestation : dans l’homme extérieur homme intérieur
endo anthropos
eso anthropos
homme extérieur
Opposition venue de Paul (2 Cor IV,16), de source grecque, et fréquente chez les mystiques ou ésotéristes chrétiens (Zinzendorf, par ex.). L’homme intérieur est l’aspect divin, spirituel ; l’homme extérieur est l’aspect mortel, corporel. [Pierre Riffard]
(Être naturel) ; dans l’homme-esprit intérieur (Être spirituel) ; et dans l’homme central (Centre centre
centro
center
divin).

[vi] Ici nous voyons une nouvelle signification du mot soulever, dont Hegel, le premier, a déjà fait remarquer le grand nombre de sens. Le Médiateur, dont le soulèvement ou l’intercession a pour but le mouvement mouvement Selon Aristote, il existe deux types de mouvements, le mouvement naturel ramenant les objets vers leurs lieux d’origine, et le mouvement violent, impulsé par un objet à un autre. de l’esprit, peut lui-même être ce qui soulève ou ce qui est soulevé, et, ainsi, l’intercession ou le soulèvement peut se faire de trois façons. Je ne dois me laisser relever que par ce qui est plus élevé que moi, c’est-à-dire soulever, dresser, enlever, ou rendre vrai, de môme que je dois relever et redresser ce qui est au-dessous de moi. Mais si une chose inférieure cherche à me soulever, c’est-à-dire veut m’entraîner, alors on conçoit aisément que mon action médiatrice s’y oppose et prenne un autre caractère. Mais ici aussi, en conflit avec le mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
et le mauvais, cette action se manifeste d’une façon quand elle doit être dirigée contre le mal, qui inhabité et cohabite déjà en moi, et d’une autre manière contre le mal qui seulement perhabite en moi, ou qui m’emplit ou qui est déjà hors de moi ; c’est-à-dire que, de même que je puis encore faire le mal, quoique mon cœur et ma tête n’y participent pas, de même je puis et je dois faire le bien, quoique mon cœur et ma tête n’y acquiescent point, Et, de même que, pour parler de l’inhabitation de la puissance acte
puissance
energeia
dynamis
soulevante, chaque action bonne occasionne et fixe la disposition, le caractère, la nature, etc., de même chaque action destructive ne produit que la négation de soi-même, détruit, soulève de nouveau, et ce soulèvement de soi-même — tuer, — la volupté est à la factio continui ce que la douleur est à la solutio continui — cette sui-nocence consiste précisément dans ce processus de soulèvement sans lequel aucune opération du malin et aucune occasion de bonne disposition ou de bonne nature ne sont possibles. Car, dans le bien comme dans le mal, l’action de l’esprit commence par un acte immédiat et s’y termine, et le pouvoir du bien comme du mal doit nécessairement me posséder avant que je puisse en être maître. Si, du reste, on considère la nature comme l’universel non-médiat, on ne peut se dispenser d’établir une distinction entre ce non-médiat (la nature) qui se trouve d’une part supérieur, et le non-médiat inférieur à l’homme-esprit, ce qui justifie le ternaire de Pasqualis relatif aux modes de l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
 : le divin, le spirituel dans un sens plus restreint, et le naturel égale ment dans un sens plus restreint. Le premier mode pense seulement et n’est pas compris, veut seulement et n’est pas incité, agit seulement et ne reçoit aucune impulsion ; le deuxième mode pense et est compris, veut et est incité, agit et reçoit des impulsions ; et le troisième n’est que conçu, ne pense jamais, qu’incité et ne veut jamais,-et reçoit des impulsions sans jamais agir. Ce ternaire rappelle dans une certaine mesure la « natura creans et non creata, natura quae creatur et creat, et natura quae creatur et non creat » de Scot Erigène, natures auxquelles il ajoute une quatrième, « natura neque creans nec creata », ou plutôt à laquelle il subordonne les trois autres.

[vii] Il est notoire que ce penseur, dont la dialectique dialectique
dialegesthai
dialegein
dialética
dialéctica
dialectic
, aussi coupante qu’une lame à deux tranchants, blesse souvent à la fois l’adversaire et celui qui la manie, fut le premier qui, d’une main audacieuse, alluma le processus de l’auto-incinération de la philosophie moderne — son auto-da-fé — et que c’est à lui que nous devons l’intelligence claire de cette angoisse Angst 
angoisse
angústia
anxiety
angustia
angstbereit
prêt à l’angoisse
ängsten
s’angoisser
angustiar-se
dialectique de l’esprit, dont Kant, à la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
, a méconnu d’une part l’indestructibilité, mais qu’il a d’autre part reconnue comme un désir curieux de la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
, contre lequel il n’y a d’autre remède que de s’en tenir opiniâtrement à la réalité sensible et de se lancer hardiment, un peu comme ceux qui fuient devant la dialectique qui les poursuit de la mort terrestre, et qui prennent leur crainte de la vie pour la crainte de leur véritable mort. Si cependant il existe une dialectique immanent immanence La perspective d’immanence part elle aussi de l’axiome que Dieu seul possède et les qualités et la réalité ; mais sa conclusion est positive et participative, c’est-à-dire qu’on dira que la beauté d’une créature - étant de la beauté et non son contraire - est nécessairement celle de Dieu, puisqu’il n’y en a pas d’autre ; et de même pour toutes les autres qualités, sans oublier, à leur base, le miracle de l’existence. La perspective d’immanence n’anéantit pas - comme celle de transcendance - les qualités créaturielles, au contraire elle les divinise, si l’on peut s’exprimer ainsi. [Frithjof Schuon] e, au sens le plus strict, c’est-à-dire se dirigeant vers l’intérieur pu vers le supérieur, il y a aussi une dialectique, une action spirituelle, non moins intrinsèque, qui mène vers le bas. C’est aussi, la raison pour laquelle les anciens nous représentaient le diable comme un subtil dialecticien.

[viii] Il est fâcheux, pourrait-on crier à ces prophètes qui se sont eux-mêmes rendus muets, que les prophètes ventriloques soient obligés, comme l’ânesse de Balaam, de témoigner contre vous. Néanmoins le magnétisme animal Tier
animal
zoon
Tierheit
animalidade
se maintient toujours malgré tous ses adversaires, c’est-à-dire malgré les risées, la condamnation et les mépris, qui sont certes plus faciles que la compréhension.

[ix] De même que l’action mauvaise ne peut pénétrer dans l’élément actif — le feu, l’homme — qu’en passant par l’élément passif — l’eau, la femme femme
mulher
woman
mujer
feminino
féminin
feminin
fêmea
female
— de même l’action bonne ne pouvait prendre que le même, chemin. C’est pourquoi la femme, en tant que médium inconscient, ne fait que propager, pour ainsi dire, la bonne et la mauvaise action. Et tous les philosophes modernes confondent l’agent et le médium, lorsqu’ils étendent l’infériorité du médium ou instrument, à l’action bonne ou mauvaise qui l’emploie. De cette manière, l’action divine elle-même semblerait en quelque sorte subordonnée à l’action humaine ; tandis que c’est, au contraire, l’instrument ou véhicule de cette action divine qui lui est soumise. Du reste, d’après ce qu’on vient de dire, on peut indiquer le véritable point de vue, d’après lequel la femme, comme le corps, doivent être aussi respectés que redoutés dans nos relations actuelles avec eux. Ne la gâte pas (la femme), car il y a en elle une bénédiction, mais crains la toutefois, car il y a sur elle une malédiction !

[x] Si la philosophie moderne ignore maintes sciences et maints pouvoirs, qui semblaient importants à la philosophie ancienne, on peut aussi considérer, avec Hegel, cette privation comme une preuve de ce qu’a perdu l’esprit humain. Sans doute, cette propagande, comme celle de ses congénères politiques de notre époque, ne se fit-elle si facilement que parce que les unes et les autres ne reposent réellement que sur l’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
et le manque de savoir. Ainsi, par exemple, le mépris grossier et révolutionnaire qu’un peuple ou un homme ressent à l’égard d’une institution politique quelconque qu’il ne comprend plus, est-il tout à fait facile, et, pour cet homme ou ce peuple, il advient parfois qu’il prend son interne vacuité d’idée et cette absolue impuissance de s’élever de nouveau jusqu’à elle — cette alacrity dans la chute chute
queda
decadência
caída
fall
, comme dit Falstaff - pour l’affranchissement qui l’élève au-dessus d’elle. Je dis idée, car ce qu’on nomme esprit de corporation, dans un bon sens, par exemple l’esprit de corps dans la carrière militaire, n’est pourtant que Vidée unique génératrice de substance, dont « le mutisme et l’inefficacité récents », par la fauté des hommes, d’abord en haut, puis en bas, amènent partout le désordre inhérent à la décadence asthénique de notre époque. Mais, de même que la religion nous reporte à l’idée de toutes les idées, de même l’Église, en tant que corporation de toutes les corporations, doit leur servir de base et les consolider toutes. C’est aussi pourquoi, depuis sa décadence, toutes ces corporations voient venir leur décomposition, contre laquelle ne pourraient rien toutes les artifices des momies et des régimes. La science financière elle-même a, de nos jours, fait cette expérience que, seule la richesse de la corporation assure la fortune individuelle, et que, sans celle-là, il n’y en a point de fixe ni de durable. Par conséquent le principe atomique, de la destruction et du morcellement, expression omineuse des opérations financières modernes, mène ici aussi à la mort.

[xi] Cette doctrine se retrouve également dans la doctrine des manifestations. Saint-Martin, par exemple, dit que, de même que la nature nous montre ses substances en germe, en végétation et en production et de même que les hommes correspondent par lettres quand ils sont séparés, se parlent quand ils peuvent s’entendre, gesticulent quand ils se voient, de même les manifestations des êtres supérieurs parcourent des degrés analogues : « Tout est tableau dans les œuvres de la pensée. Elle ne se présente jamais à nous que sous une forme sensible, parce que tout est complet dans la source qui la produit. Cette forme sensible est son écriture. Mais on ne s’écrit que quand on est séparé ! ce sont là les substances en germe.....Ne pouvons-nous pas entendre la voix des hommes au milieu des ténèbres et sans a les voir ? Ce sont là les substances en végétation. Mais il y a un troisième degré : nous voyons agir les hommes quand ils sont près de nous et que la lumière les éclaire ! Voilà les substances en production..... » C’est-ce qui explique en outre comment et pourquoi personne n’a jamais vu Dieu, et c’est la raison pour laquelle le Verbe seul nous le fait connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
, bien que ces paroles : Vous l’avez entendu, mais vous ne l’avez pas vu, aient eu une signification sur l’Horeb, et une autre sur lé Thabor. En d’autres termes, Dieu n’est visible et reconnaissable pour la créature qu’en tant que cohabitant en elle, et non en tant quel a perhabitant ou l’inhabitant et, si la crainte de Dieu est le Commencement de la science et de la sagesse, l’amour en est la fin. Par conséquent la science sans l’amour est fausse et imparfaite.

[xii] Tout agent supérieur se manifeste, il est vrai, en règle générale dans la région immédiatement inférieure, seulement centrale et individuelle ; mais il ne s’ensuit pas qu’en s’élevant vers son centre, il né soit pas lié à là manifestation individuelle. Si, d’ailleurs, la physique moderne reprenait l’idée de pénétration, ou. perhabitation, elle aurait à rechercher les deux moments suivants, cohabitation et inhabitation, de l’être supérieur ou universel dans l’être inférieur et particulier. Le minéral, le végétal et l’animal nous montrent la continuité de ces trois moments, et nous rappellent que l’homme-esprit, dans ses rapports avec sa nature supérieure, est successivement minéral, végétal et animal.

[xiii] Autenrieth, faisant une distinction entre la personnalité et l’individualité, et considérant celle-ci comme l’organe de celle là, remarque très justement que, comme la première n’est pourtant pas elle-même dans l’espace, sa manifestation dans l’espace, sans nuire à son unité, peut s’effectuer dans un organe séparé dans l’espace, de même cet organe peut se dédoubler dans un seul et même organisme, dans lequel se produit un dédoublement de l’individuabilité sensible dans la personnalité spirituelle permanente, comme on le constate chez nombre de malades et chez les voyants magnétiques. (Voy. les Tübinger Blätter fur Naturwissenschaft, tome II, 3e partie. Cas d’un enfant qui vit encore avec une lésion au cerveau, — Ce que dit Schubert dans les Blätter fur höhere Wahrheit, p. 2, est très remarquable : « On peut comparer l’illusion sur laquelle repose la prétendue union de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
et du corps actuel à celle que l’on observe très souvent dans certains états morbides et dans les rêves, où l’homme se prend pour une tout autre personne, et agit, pense, aime, hait, souffre et jouit selon les sens de cette individuabilité étrangère. »

[xiv] Qu’on compare les théories de Hegel sur le temps et l’espace, dans l’Encyclopédie des Sciences philosophiques, et celles de Daub dans Judas Iscarioth, ainsi que mon écrit sur « la Notion du Temps. » Qu’il me soit permis de faire remarquer encore ici quelques conséquences des idées présentées dans le texte. On conçoit tout d’abord qu’en règle générale, tous les morts terrestres ne sont en rapport avec ceux qui vivent sur notre globe que par l’intermédiaire de l’individu universel, élément non individualisé, et que l’apparition sensible d’une telle personnalité morte n’est qu’une exception à la règle générale, et ne peut être qu’incomplète, ce que signifie le mot même d’apparition. D’autre part, on peut considérer qu’ainsi que dans la société civile, où la propriété individuelle n’exclut pas la communauté, ainsi dans la possession organique, sans laquelle il serait impossible d’imaginer un sentiment commun, et où par conséquent l’identité de l’organe n’exclut pas la pluralité des personnalités qui s’en servent, comme, par exemple, dans le cas de ce monstre — les deux jeunes hongroises collées par le ventre — où il se manifestait une communauté de sentiments dans la partie commune du corps, et par suite aussi un mouvement commun dans l’organe commun de la locomotion, malgré les personnalités distinctes, comme, en outre, dans - notre société civile actuelle la propriété privée et la communauté se maintiennent encore distinctes, quoiqu’on exige une communia bonorum, dans laquelle les deux espèces de propriétés passent l’une dans l’autre et se prêtent un mutuel appui, de même on peut aussi, dans le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
physiologique, s’attendre à une semblable communauté de biens. Par contre, les luttes révolutionnaires de la propriété commune et de la propriété privée nous donnent un modèle de la vie commune des damnés.

[xv] On ne peut, en effet, accorder une force supérieure à cette plastique de la sensation de certains modernes, parce que cette puissance plastique se manifesterait effectivement comme créatrice, si elle devait faire tout ce que l’on lui impute. D’ailleurs le professeur Kieser pense pouvoir très facilement faire disparaître ce qu’il y a de réel dans ces manifestations, par une réduction à la subjectivité subjectivité
objectivité
Il faut distinguer dans l’objectivation universelle deux modes fondamentaux, - l’un « subjectif » et l’autre « objectif », - dont voici le premier entre l’objet comme tel et le Sujet pur et infini se situe en quelque sorte le Sujet objectivé, c’est-à-dire l’acte cognitif qui ramène l’objet brut, par analyse et par synthèse, au Sujet : cette fonction objectivante (par rapport au Sujet qui alors se projette pour ainsi dire sur le plan objectif) ou subjectivante (par rapport à l’objet qui est intégré dans le subjectif et ramené ainsi au Sujet divin) est l’esprit connaissant ou discernant, l’intelligence manifestée, la conscience relative, donc susceptible d’être à son tour objet de connaissance. [Frithjof Schuon]
. Or, il est absolument exact que les lois de la catoptrique (réflexion) et de l’acoustique (ventriloquie) se reproduisent aussi d’une foule de manières dans le monde psychique, et qu’un grand nombre de ces prétendues visions et de ces opérations de l’art Kunst
arte
art
tombent entièrement sous ces lois. Cependant on se tromperait fort, si l’on voulait soumettre à cette loi tous les phénomènes de ce genre, et y ramener aussi ceux où l’homme ne joue évidemment qu’un rôle passif dans réflexion et cette ventriloquie. Si, par exemple, Kieser considère comme entièrement subjectives ces mêmes manifestations qui se produisent chez l’homme à son insu, c’est-à-dire contre sa subjectivité, s’il ne veut reconnaître qu’une infection subjective dans des cas où plusieurs ont la même vision, on ne voit pas ce qu’il considère finalement comme subjectif, et, par conséquent, partout où un fait distant dans l’espace et dans le temps est perçu par un somnambule, cela n’est pas une opération purement subjective. Cependant la réalité nous enseigne que « le sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
qui agit ici plastiquement », se tenant au-dessus du sujet proprement dit (le somnambule) et de l’objet donnant la forme à l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
et à l’autre, se les subordonne tous les deux. Par conséquent, il se manifeste ici un agent d’un ordre supérieur qui, pour cela, doit s’appeler, au sens strict, tout aussi bien non-subjectif que non-objectif. Je veux du reste encore citer en passant cette objection connue contre la réalité des manifestations des esprits (démons), qui repose sur leur disparition, parle moyen de drogues, par exemple, etc, qui prouve, ainsi qu’on le croit, l’irréfutabilité du fondement matériel des phénomènes de ce genre. Mais, en fait, il est facile de réfuter cette objection, car si, comme je l’ai indiqué dans mes thèses sur la formation de la vie, la structure structure D’une manière générale, la façon dont les éléments participants d’un système sont organisés entre eux. Un phénomène est dit structurel (opposé à conjoncturel) s’il est inhérent au mode d"organisation d’un système, d’une société. du corps sert précisément à l’enchaînement de ces sombres puissances, on doit pas s’étonner de voir ces manifestations coïncider avec la perturbation du processus vital corporel, et disparaître en même temps que la cessation de ce trouble.

[xvi] Le rôle de notre corps terrestre consiste précisément à remplir cette double fonction, et c’est là-dessus que repose le devoir de sa conservation. Nos moralistes ordinaires ne voient pas bien la nécessité d’un tentateur pour le bien, opposé à un tentateur pour le mal, et, par suite, ne comprennent pas la religion. Saint-Martin dit avec beaucoup de justesse : « Si la matière avait charmé l’homme, et avait subjugué les yeux de son esprit, il fallait que le régénérateur universel charmât la matière, et qu’il en démontrât (exorcisme) le néant néant La notion de néant est directement et indissociablement liée à la notion d’existence. Évoquer le néant revient à révoquer l’existence et réciproquement.

Le néant est un substantif définissant, selon l’usage, soit un état soit un caractère, l’article suivant s’attache à expliquer ces deux aspects.
, en faisant régner devant elle le vrai, le pur, l’immuable. »

[xvii] Bien que le Seigneur ne réside ni dans la tempête, ni dans les tremblements de terre, mais seulement dans les douces et calmes brises, le prophète, à peu d’exception près, ne peut pourtant pénétrer dans le calme du Centre qu’en traversant cette tempête et ces tremblements de terre.

[xviii] Du reste l’éloignement est réciproque, parce que l’agent supérieur plus puissant, se sensibilisant et se faisant comprendre à l’agent inférieur, perd de son intensité dans la mesure où il se sensibilise et se fait comprendre. Par conséquent, en s’extériorisant, il s’éloigne de lui-même. Si cette descente est entièrement due à l’agent supérieur, la manifestation ou révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. se communique à l’agent inférieur sans sa collaboration ni sa coopération. Mais cette manifestation n’est qu’un moyen de parvenir à une deuxième manifestation plus haute et plus intime qui, partiellement, est aussi l’acte de l’être inférieur lui-même, acte dans lequel celui-ci, par gradation de sa communication, s’élance au-devant de la descente de l’agent supérieur. D’après le principe énoncé ci-dessus, on pourrait également considérer les agents, qui nous sont actuellement encore invisibles, comme des vases transparents, canaux et moteurs de tout ce qui est maintenant visible,

[xix] Il n’y a effectivement rien de plus bizarre que cette idée plate que nos soi-disants rationalistes, titre peu modeste dont il est facile de s’affubler, se sont faite du miracle. Ils déclarent que le miracle n’existe pas, parce qu’en tant qu’idée se contredisant elle-même, il est opposé à la loi de l’expérience, c’est-à-dire à l’expérimentation, et parce qu’il trouble leur jugeotte et aussi l’ordre et l’unité de leur expérimentation. Mais ce trouble serait absolument salutaire à l’homme, si celui-ci s’est fait une idée fausse d’une unité d’expérimentation abstraite et arbitraire.