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CAHIERS DE L’HERMÉTISME

Javary : Le Tétragramme

Geneviève Javary

dimanche 20 juillet 2014

Extraits du CAHIERS DE L’HERMÉTISME.

Les quatre lettres Iod, He, Vav, He se trouvent en compétition dans les textes de l’Ecriture Sainte avec le mot Elohim. On distingue donc une tradition dite elohiste et une tradition dite yahviste. Mais cette vocalisation de Y H W H est conjecturale, car le Tétragramme est imprononçable, puisque sa vocalisation est inconnue et que nous ne possédons que quatre consonnes. Ce fait correspond donc à l’idée que, avant la création, Dieu est ineffable.

Ce nom ineffable aurait été révélé à Moïse :

"Dieu dit en effet à Moïse (Exod. XXXIII, 19) : Tu ne pourras voir ma face. (...) Mais je prononcerai le Nom Tétragramme devant toi, ce que les kabbalistes expliquent : Je prononcerai devant toi ce grand Nom que tu ne pourras voir. (...) Il apparaît clairement par là que selon Ramban, Dieu, conformément à lui-même est son Tétragramme, et que Moïse ne le vit pas..." (La Kabbale, p. 218)

Pour les kabbalistes, le Tétragramme c’est donc Dieu qui ne s’est pas encore manifesté dans sa création :

"Donc avant qu’il y eut créature quelconque, il n’y avait rien que Dieu, son Nom Tétragramme et sa Sagesse, selon l’enseignement de la Kabbale. (La Kabbale, p. 219)"

Si le Tétragramme est non prononçable, c’est que « ne peut être composé par aucun vocable humain un nom qui puisse égaler la nature de la divinité » (Ibidp. 231). L’utilisation de ce nom, non prononçable, se justifie par la faiblesse de l’esprit humain ; il faut nous servir de nombres et de figures, car nous ne pouvons pas découvrir le véritable nom de Dieu, pas plus que nous ne pouvons comprendre sa véritable nature. Le problème est le même pour les noms des anges et Reuchlin analyse ainsi le mécanisme :

"Ces noms sont de la sorte comme des moyens de notation. Ils incitent nos sens par leur forme (...) Nos sens à leur tour mettent en branle l’imagination, l’imagination la mémoire, la mémoire la raison, la raison l’intellect, l’intellect la Mens, la Mens l’âme." (Ibid., p. 232)

Le Tétragramme est donc un « charagma » [1]. Ce caractère abstrait du Tétragramme a donc incité les kabbalistes à le rapprocher de la Tetractys de Pythagore (Ibid., p. 239). Mais les chrétiens ont essayé d’expliquer pourquoi Dieu, qui est représenté par la quaternité chez les kabbalistes et les pythagoriciens, est Trinité dans la théologie chrétienne. Nous reviendrons sur ce problème dans la deuxième partie de cet article.

Puisqu’il représente l’essence divine, le Tétragramme est représenté par Aleph, la première lettre de l’alphabet hébreu (Ibid., p. 260). Il est principe. Les exégètes modernes admettent, comme les kabbalistes, que l’origine de ce nom serait le verbe être en hébreu. Il signifierait donc « Je suis », ou « qui est ». Mais dans leur recherche les kabbalistes ont distingué trois essences :

"Le Nom ineffable, notre première essence, Ehieh, l’essence dans les choses, et Iah, l’essence dans les mérites." (Ibid., p. 261)

Parce qu’il commence par Yod (le « i » hébreu, la plus petite lettre de l’alphabet), « nous devons (...) saisir qu’il est le point infini et le complément de tout nombre, c’est-à-dire de toutes choses » (Ibid., p. 261). De plus Yod a pour équivalence numérique 10.

Mais le Tétragramme est à la fois être et non-être, comme il est un et non-un :

"Et peut-être n’est-il pas dit Un, de même qu’il n’est pas dit Être (Ens), puisqu’il est au-dessus de tout être, et que de lui émane tout ce qui est. Aussi a-t-il été appelé par les plus contemplatifs Ain, c’est-à-dire Non-Être (Non Ens), comme on lit dans Exode 17 : (...) Or on lit dans le Livre de la voie de la foi et de l’expiation qu’il est les deux, être et non-être, puisque les choses qui sont et celles qui ne sont pas viennent de lui et sont après lui (Ibid.)."

C’est pourquoi Reuchlin évoque le mystère de l’Être en termes lyriques :

"Quand ayant écarté toutes les créatures, je serai monté au-dessus de tout être, je ne trouverai autre chose que la mer infinie de la Nihilitude et la source de toute entité découlant de l’abîme des ténèbres éternellement. Ô hauteur, ô profondeur, ô notre faiblesse." (Ibid., p. 260)


Voir en ligne : Sophia Perennis


[1Tel qu’il se présente, le Tétragramme est donc un « charagma » de quatre lettres sans vocalisation : l’ancienne vocalisation Jehovah est une confusion due au fait que les juifs indiquent sous les quatre lettres du Tétragramme les voyelles du mot Adonai, Seigneur, qu’ils lisent à la place du Tétragramme. La vocalisation Yahvé est conjecturale et récente. Elle n’est pas employée par les juifs.