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Maria Burgi-Kyriazi

Ramana Maharshi : Les écrits en prose, « Recherche du Soi » et « Qui suis-je ? »

Ramana Maharshi et l’Expérience de l’Être

lundi 17 juin 2013

Selon le consentement général, ces deux textes comprendraient des passages que Maharshi écrivit lui-même dans les années 1900 à 1902, afin de répondre à deux fidèles. En ce temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. -là il habitait la grotte de Virupaksa sur la colline Arunachala. Il y observait un silence silence absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
, non pas en suivant une discipline yogique, mais par sa propre volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é. Un des premiers fidèles qui l’approcha fut Gambhiram Seshaya, inspecteur municipal à Tiruvannamalai, fervent Râmabhakta [1] et très intéressé à la pratique yogique ainsi qu’à l’étude des oeuvres de Vivékânanda sur le yoga de Pantajali et les autres yogas. En se rendant de temps à autre à la grotte, il posait des questions provenant de ses études spirituelles. Il apportait également des textes classiques du Védânta qu’il lisait à Maharshi. Il lui fit même connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
une traduction anglaise de la Râma-Gîtâ.

Pendant les mêmes années, un autre fidèle, Sivaprakasam Pillai, en faisait autant. Celui-ci, licencié en philosophie, employé au « Revenue Department of The South Arcot Collectorate », dut se rendre à Tiruvannamalai en 1902 à cause causa
cause
aitia
aitía
aition
de son travail officiel. Il visita Maharshi dans sa grotte et demanda sa direction spirituelle, tout en le questionnant sur la recherche du Soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
.

Comme nous l’avons dit, Râmana Maharshi observait le silence à cette époque. Aussi répondait-il aux questions par écrit, en se servant de petits morceaux de papier, d’une ardoise ou, tout simplement, du sol. Parfois il se contentait même de faire quelques gestes. Les deux fidèles gardaient précieusement les réponses écrites ou qu’ils avaient notées et, de leur réunion sortirent plus tard deux recueils. Selon les informat information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] ions hindoues Pillai en publia le premier, en 1923, sous le titre « Qui suis-je ? ». Il comportait alors quatorze questions et réponses. D’autres éditions suivirent (en 1968 ce fut la onzième), dans lesquelles le nombre de questions fut porté à 28, et même à 30. Après la parution initiale de « Qui suis-je ? », un cahier de Seshaya donna lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
à une autre publication : « Vicharasangraham », ce qui signifie « Abrégé de la Recherche du Soi ». Elle fut faite par les soins du Ramanasramam. Plus tard cet enseignement parut en anglais sous le titre de « Self-Inquiry », dans lequel on omit les questions. D’autres publications suivirent qui contenaient le texte original du Vicharasangraham, traduit du tamoul en anglais. On y trouvait 40 questions et réponses. (7e édition en 1965).

On accorde une valeur immense à ces deux textes qui contiennent le tout premier enseignement de Maharshi, âgé alors de 21 à 23 ans. On y découvre effectivement la source par excellence arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de son enseignement qui provenait évidemment en grande partie de son expérience expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
initiale. Une étude attentive de ces écrits fait cependant surgir des difficultés considérables qui procèdent d’abord des réponses. Elles sont parfois extrêmement longues et si l’on pense aux moyens restreints dont disposait Maharshi, des bouts de papier, une ardoise ou le sol, il n’est guère possible de les lui attribuer en entier. Un deuxième fadeur d’incertitude dérive du fait que ces deux recueils parurent bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
des années après que les dialogues quasi silencieux eurent lieu. Enfin, les notions théoriques, yogiques ou védantiques, abondent dans la « Recherche du Soi » et les dernières ne manquent pas dans le « Qui suis-je ? », bien que ce texte nous paraisse supérieur parce que plus clair et concis.

Un examen plus poussé du contenu de ces deux écrits nous dévoile toutefois une sorte de méthode destinée à aider un disciple à parvenir à l’expérience du Soi. On ne la perçoit qu’indirectement et non sans difficulté, car les réponses du maître sont tellement surchargées et entremêlées de digressions philosophiques qu’il est malaisé de distinguer ce que fut l’enseignement véritable de Maharshi, de ce que ses fidèles ont pu y ajouter. Il n’y a pas de doute que les textes sacrés lui ont été présentés et lus, ce qui pourrait expliquer en partie le caractère livresque de ses réponses. N’oublions pas, cependant, que jusque-là il manquait presque totalement d’instruction philosophique et il est donc difficile de lui attribuer toutes ces considérations publiées. Une possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
serait qu’il a tout simplement confirmé les longs exposés des deux fidèles qui connaissaient les exercices du yoga et les notions védântiques. Cette hypothèse pourrait être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
renforcée par des paroles de Râmana Maharshi qui, beaucoup plus tard, disait à ses disciples que les textes sacrés dont il prit connaissance après son expérience, confirmaient la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
qu’il avait déduite de son illumination. Dans ce cas, on ne pourrait cependant plus considérer les deux textes comme étant écrits par lui-même et, surtout, cela enlèverait la certitude qu’ils contiennent sa méthode de la recherche du Soi que nous croyons y discerner, bien que d’une manière indirecte, comme un élément nouveau et très original.

Tant de questions et de doutes nous ont inspiré une recherche dans les archives de Tiruvannamalai. Nous nous y sommes rendu avec l’espoir d’y découvrir, si possible, des témoignages concrets. Malheureusement, le résultat de nos efforts ne fit qu’accentuer notre insécurité ; car aucun de ces petits papiers n’avaient été conservés dans les archives de l’ashram. On nous conseilla alors de nous adresser à certaines familles qui, peut-être, avaient gardé de pareils documents. Un deuxième voyage aux Indes nous permit, effectivement, de nous mettre en contact avec le neveu de G. Seshaya, Mr. G. Arunachalam qui put nous assurer des points suivants :

1° Les réponses telles qu’elles figurent dans le livre « Recherche du Soi » ne furent point écrites par Maharshi lui-même.

2° Il s’agit en réalité réalité
le réel
Le mot réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif. Les questions que pose ce concept sont fondamentales pour la science et la philosophie.
d’amplifications que G. Seshaya écrivait chaque jour qu’il avait eu une « conversation silencieuse » [2] avec Râmana Maharshi.

3° Râmana répondait brièvement à ces questions en écrivant sur le sable.

4° Ayant élaboré son texte, G. Seshaya le montrait le jour suivant à Maharshi en lui demandant s’il l’approuvait et en le priant de le corriger si quelque chose ne lui plaisait pas.

Voilà nos doutes confirmés. Mais il y a plus : Mr. G. Arunachalam possède d’anciens documents qu’il garde comme un trésor familial. Ce sont des notes que Seshaya écrivit au cours de ses premiers entretiens avec Maharshi et d’où sortit plus tard la publication de la « Recherche du Soi ». Or, ces notes contiennent soit une correction soit un signe d’approbation du maître. Parfois il ajoutait une ligne au texte de Seshaya, parfois il notifiait son acquiescement en écrivant simplement : « Vu ».

Ayant vu ces notes et même obtenu deux échantillons photocopiés, nous sommes donc en mesure de répondre aux questions que nous avions soulevées. Ces documents prouvent d’une manière irréfutable que les développements théoriques, contenus dans la brochure, furent élaborés par l’auteur, et non pas par Maharshi qui se contentait d’y apporter parfois une petite correction. Cela nous donne le courage de dépouiller les deux brochures pour tâcher d’y découvrir ce qu’elles contiennent comme enseignement authentique.


Voir en ligne : Ramana Maharshi


[1Fervent dévot du dieu Râma (une incarnation de Vichnou).

[2Relevons que, selon Arunachalam, G. Seshaya avait une aptitude remarquable à comprendre les signes manuels de Maharshi et une facilité semblable à répondre de la même façon. Ceci nous paraît d’autant plus vraisemblable que G. Seshaya s’était concentré sur l’étude et les exercices yogiques.