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Le Romantisme allemand

Wahl : NOVALIS ET LE PRINCIPE DE CONTRADICTION

Org. Albert Béguin

lundi 17 juin 2013

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Novalis Novalis Novalis, de son vrai nom Friedrich Leopold, Freiherr von Hardenberg (2 mai 1772 à Oberwiederstedt en Saxe – 25 mars 1801 à Weißenfels), est un poète et romancier allemand. , quand il philosophe, ne veut pas à proprement parler apporter de solution. « La transformation d’une ou plusieurs propositions en problème est une ascension ascensão
ascension
. Un problème est beaucoup plus qu’une proposition » (H. 1090) [1]. Il voudra éveiller le sens de la pensée, fluidifier nos pensées.

Ici, je voudrais surtout montrer, en quelques mots, le rôle que joue la contradiction dans la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. de l’esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
, d’après Novalis.

Sans doute il y a pour lui des contradictions purement intellectu intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
elles dont la valeur consiste uniquement dans le fait qu’elles ruinent le système ou l’ouvre qui aboutissent à elles. Ainsi Wilhelm Meister aboutit à des contradictions parce qu’il est écrit pour et par l’entendement (B. 360). Mais il y a des contradictions fécondes, essentielles à la vie de l’esprit.

« Détruire le principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
de contradiction, écrit-il, est peut-être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
la plus haute tâche de la plus haute logique » (H. 578) ; et, en effet, qu’est-ce que notre esprit sinon un instrument de liaison entre termes complètement hétérogènes ? (H. 307) [2] Tout concept synthétique contient deux concepts dont chacun est opposé à l’autre (H. 8). D’ailleurs nous ne pouvons pas penser l’unité l'unité "Il faut élever cette fine pointe de l’âme, selon laquelle nous sommes unité. Nous participons au Premier, duquel dérive pour toutes choses l’unification, selon l’unité et pour ainsi dire la fleur de notre essence, grâce à laquelle nous nous attachons principalement au Divin. Partout, en effet, ’c’est par le semblable qu’est appréhendé le semblable’, les principes les plus élevés d’unification des êtres par ce qu’il y a d’un dans l’âme. De toutes nos activités, c’est ici la plus haute : par elle nous devenons possédés de Dieu." (Proclus) absolue, ce serait un néant néant La notion de néant est directement et indissociablement liée à la notion d’existence. Évoquer le néant revient à révoquer l’existence et réciproquement.

Le néant est un substantif définissant, selon l’usage, soit un état soit un caractère, l’article suivant s’attache à expliquer ces deux aspects.
de pensée ; le concept d’identité doit contenir en soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
le concept d’activité, de changement. L’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
de ce que nous pouvons concevoir de plus haut, c’est une dualité unifiée (H. 100). Plus les éléments seront hétérogènes, plus la substance substance
substantia
substances
substância
substancia
sera vaste et énergique (H. 445).

Il n’y aura donc de vie ou, pour prendre le mot même de Novalis, d’animation de la pensée que lorsque les extrêmes communiqueront l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
avec l’autre (B. 385, cf. H. 445). Lier sans cesse les extrêmes opposés, ce sera le propre du génie (Bl, 26, 54). Ce sera l’ouvre de cette faculté que les romantiques appelaient le Witz « principe d’affinité, menstruum universale » (Bl. 57).

L’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
tel que le rêve Novalis se contredira sans cesse (Bl. 26). Il unit l’extrême excitabilité et l’extrême énergie (H. 2i3), le surplus et le manque (Bl. 27), la noblesse et la possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
d’être commun quand il le veut (Sc. 296), la gaieté et le sérieux - de là des expressions comme : « un sérieux qui joue », « il riait d’une façon infiniment sérieuse » ?- (156, 222 - H. 7,54, 874), la mélancolie et la jouissance, l’enfance et la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
. L’homme accompli est une belle satire - au sens où les Latins entendaient le mot (H. 487). Il est une sorte de chaos, mais un chaos ordonné. Il est illimité apeiron
indéterminé
indeterminado
ilimitado
illimité
undetermined
unlimited
et se donne des limites et reste illimité.

Le conscient et l’inconscient vont venir se fondre l’un dans l’autre. La véritable pensée est à la fois pensée et non-pensée (H. 1100). Novalis entend par là d’abord, en fichtéen, que la pensée est action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
 ; mais il veut dire aussi qu’il y a des motifs de pensée qu’il ne faut jamais s’avouer clairement à soi-même (Sc. 40). Ainsi de ce que nous appellerions aujourd’hui le narcissisme ou l’introversion, étudiés par lui dans plusieurs de ses fragments. Il faut être sans cesse à la limite du conscient et de l’inconscient. « Rêver et ne pas rêver en même temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. , synthétisés, c’est là l’opération du génie » (H. 479 - Sc. 812), Un jour, l’homme veillera et dormira en même temps [3].

A cette idée de dualité se rattache l’idée de Novalis suivant laquelle le génie est une pluralité, une société interne d’individus différents, hétérogènes, qui dialoguent à l’intérieur d’un même être (B. 37, 428, 445 - Sc. 71, 78 - H. 529, 662) ; toute véritable pensée est dialogue et toute véritable sensation expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
est sympathie (Sc. 226). Être un génie, c’est être en société avec soi. Alors naît un commerce d’une spiritualité spiritualité Dans la tradition mystique ou ésotérique, le Spirituel est un individu qui met l’accent sur l’homme intérieur, l’esprit des textes, minimise les rites, les institutions religieuses, l’histoire, les dogmes, au profit de l’Adam intérieur, du Christ intérieur. La spiritualité c’est son activité. (adapté de Pierre Riffard) et d’une sensualité extrêmes (Sc. 64). Le génie est personne à la deuxième puissance acte
puissance
energeia
dynamis
.


Voir en ligne : Romantismo


[1J’ai désigné par Bl. les fragments qui font partie du Blütenstaub, par B les fragments rassemblés par Bülow, par H ceux qui ont été publiés pour la première fois par Heilborn, par Sc ceux qu’avaient déjà donnés Schlegel et Tieck dans leur édition de Novalis. J’ai utilisé l’édition paruo chez Diederichs, Iéna, 1907.

[2On trouverait dan’s les écrits du jeune Holderlin et, cella va de soi, dans ceux de Hegel, des idées tout à fait semblables ; elles se rattachent aux conceptions de Fichte et même de Kant.

[3Donnons encore un exempte : nul plus que Novalis n’a vu que la maladie affine, spiritualise, que la douleur approfondit. Nul aussi n’a plus insisté sur le fait que « notre existence originelle est jouissance et plaisir ». Si tout déplaisir est long et tout plaisir court, dit-il, c’est que le temps naît avec le déplaisir, tandis que le plaisir est dans sp nature quelque chose qui n’a pas de rapport avee le temps (131).