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La science occulte et les sciences occultes.

Dr. Paul Carton - QU’EST-CE QUE L’OCCULTISME ?

Librairie Le François, 1935

vendredi 12 octobre 2007

Un sujet encyclopédique et scabreux. — La science occulte. — Les sciences occultes. — Magie blanche et magie noire. — L’initiation. — La vérité est occulte. — La vérité est sacrifice. — Les anti-occultistes qui ignorent la science occulte. — Les occultistes qui s’ignorent. — La tradition occultiste. La Révélation et la transmission. — Se taire.

Un sujet encyclopédique et scabreux. — L’occultisme, qui est la science de l’invisible et des lois invisibles qui gouvernent le visible, englobe tous les sujets de connaissance : Dieu, l’univers, l’homme, la nature ; les causes, les moyens et les buts. Etudier l’occultisme dans ses rapports avec tout le connaissable serait se lancer dans une œuvre encyclopédique gigantesque. Notre but est moindre : tâcher d’apporter un peu d’ordre et de clarté dans le fatras des innombrables productions, entées sur la science occulte ; insister principalement sur les données de la constitution de l’homme, sur ses rapports avec la Cause créatrice et avec, la nature (dont il est la synthèse et le couronnement) ; montrer les obligations capitales qui en résultent pour la conduite médicale, pathogénique, clinique et thérapeutique ; répondre enfin aux assauts renouvelés des ignorants et aussi des charlatans de l’occultisme.

Même en se bornant à ces points, on risque fort de se faire exécrer par certaines personnes qui s’imaginent et même qui enseignent que tout l’occultisme est diabolique ou par certaines fraternités sectaires, furieuses de voir leurs clefs servir à un esprit de vérité et d’universalité ou catholicité qu’elles ne connaissent plus.

D’autre part, quand on sait le mauvais usage que des naïfs, des arrivistes ou des primaires peuvent faire des idées les plus nobles ou des sciences les plus utiles, on n’est pas sans appréhension, en découvrant aux imprudents et aux méchants, certaines données scientifiques ou philosophiques ou religieuses, dont ils peuvent se servir aveuglément ou odieusement. Chaque découverte de ce qui est occulte dans la nature est, en effet, une source de progrès, mais, en même temps, elle fait des victimes chez les superbes ou les candides qui jouent avec la force jusqu’alors inconnue. C’est ainsi que l’électricité peut tuer ceux qui commettent l’imprudence de s’en servir sans précautions. La découverte des radiations a fait et continue à faire des dégâts irréparables chez des manipulateurs de rayons X ou de radium ou de rayons ultraviolets et chez des malades à qui on les applique aveuglément. La chimie si utile pour certaines améliorations de la vie a mis à la disposition des malintentionnés les explosifs et les gaz asphyxiants ; elle a servi à falsifier les aliments et à fabriquer une multitude de produits pharmaceutiques qui constituent à l’heure actuelle des fléaux inimaginables. Les découvertes de la bactériologie, précieuses pour étayer et perfectionner la propreté hygiénique, la technique chirurgicale et la pureté alimentaire ont fourni aux aveugles et aux fous des armes de destruction vitale (vaccinations innombrables et renouvelées ; opérations inutiles ; aliments stérilisés ; emploi des microbes pour créer des épidémies).La découverte des spécificités de forces vitales occultes, propres à chaque glande du corps, si utiles à connaître pour le réglage physiologique de l’emploi des forces naturelles digestives et musculaires, a mis à la disposition des primaires l’opothérapie maniaque et à la disposition des sataniques le mariage des sangs, la transfusion du sang de cadavre, la fureur de sexualité (motivée par une soi-disant nécessité d’hormones complémentaires) et les greffes de glandes simiesques.

De même, les données occultistes sur les mystères de la création et de la vie qui sont, entre les mains des sages, des semences d’ordre matériel vital, spirituel, individuel et collectif, par les obligations de vie hygiénique, de traitements vraiment naturels, de pratique religieuse, d’organisation du caractère et de la hiérarchie sociale, peuvent devenir, au contraire, entre les mains des primaires ou des imbéciles ou des lubriques ou des arrivistes ou des fous, des moyens de malfaisance épouvantable. C’est alors la sorcellerie, la suggestibilité, la magie noire, les charlataneries des faux guérisseurs, la dégradation morale des nudistes, l’infécondité systématique, les utopies des révolutionnaires et les injustices des fraternités secrètes. Celles-ci, sous l’appellation de liberté, déchaînent les mauvais instincts et les pires passions. Sous prétexte, non pas d’égalité originelle mais d’égalité présente de tous les hommes, elles sèment la discorde dans la société, intronisent la lutte au lieu de l’entraide des classes ; elles s’emploient à la destruction des élites (nées du travail naturel et nécessaire de l’évolution). Somme toute, elles cultivent la haine, elles encouragent les rébellions, elles enseignent l’athéisme et préparent les pires désordres.

Il faut signaler aussi les mauvais usages des forces magnétiques, des pouvoirs de suggestion et d’hypnotisme, des procédés de magie noire que de nombreux livres, traitant des sciences occultes, ont dévoilés au détriment de la santé psychique et corporelle de tant de personnes, inaptes à discerner les vérités sanctifiantes de la science occulte, derrière les sorcelleries et les charlataneries. Ces fâcheuses divulgations de moyens, facilement maléfiques, expliquent que dans l’Antiquité, l’enseignement des principes occultistes était ésotérique et secret (se taire), réservé à une élite spirituelle, initiée aux Mystères dans les temples, tandis que les foules n’en étaient instruites que par enseignement exotérique, affabulé, symbolique, parabolique. Les dangers de ces vulgarisations intempestives et les mauvais emplois qui s’ensuivent font comprendre aussi la condamnation portée par l’Eglise sur l’Occultisme, condamnation qui, malheureusement, n’a pas su établir un discernement, pourtant capital, entre la science occulte et les sciences occultes.

La science occulte. — La science occulte est présentée, par les occultistes, sous trois aspects différents : scientia occultati, la science du caché, c’est-à-dire de ce qui est et de ce qui agit sous les formes et les changements de la matière ; scientia occulta, science cachée, c’est-à-dire que l’on cache aux yeux et aux oreilles des gens inaptes ou incompréhensifs, et que l’on révèle aux simples, en usant d’affabulations (mythologie) ou en se servant de paraboles (Evangile), ou de symboles ; scientia occultans, science qui cache des vérités fondamentales sous des mots (langage alchimique, ésotérisme des nombres) ou des figures symboliques (pentacles), pour garder le secret d’un enseignement ésotérique et pour éviter des profanations ou des persécutions (magie noire ; bûchers).

La science occulte peut se définir la science de l’invisible connu par le visible, la science du macrocosme (de l’univers) découvert par l’étude du microcosme (de l’homme). Elle est aussi la science des causes invisibles retrouvées par l’étude de leurs effets visibles, la science des lois de constitution et de vie de l’univers et de l’homme, établies par le Législateur unique qui est Dieu et maintenues providentiellement par Lui. Elle est enfin la science de l’Unité créatrice surnaturelle et de l’ensemble de la création naturelle évoluant vers un but de spiritualisation, après un travail d’éducation et de sacrifice.

En d’autres termes, la science occulte n’est pas un système métaphysique, mais une science synthétique universelle, qui fournit les clefs des mystères, qui donne la pierre de touche des vérités générales pour contrôler et rassembler les vérités de détail, qui fait connaître l’analogie de l’univers et de l’homme, qui apporte la lumière sur la nécessité des principes d’unité, de solidarité, de pureté et de sacrifice, qui enseigne des lois précises et irrévocables pour se placer en ordre surnaturel et naturel, qui apprend, en médecine, à reconnaître les constitutions individuelles et à diriger les traitements, conformément aux règles de vie synthétiques les plus sûres.

La science occulte est unitive. Elle fait s’accorder, s’enrichir et se consolider mutuellement la science, la philosophie et la religion. Elle apporte à la science matérielle la preuve tangible de l’existence de forces invisibles (phénomènes du spiritisme et de la médiumnité, entre autres). Elle trouve confirmation éclatante de ses données essentielles de l’unité directrice de l’univers et de l’unité des forces spirituelles, dans les découvertes scientifiques de l’unité de l’énergie, de la constitution des atomes, des phénomènes de la radioactivité et de la télégraphie sans fil. Elle fournit des preuves complémentaires et plus synthétiques pour la compréhension des vérités d’ordre religieux. En effet, la science occulte ramène à la foi quantité d’esprits rebelles au langage des manuels théologiques et scolastiques. Elle est capable de donner un élan puissant à un renouveau religieux et une amélioration inimaginable à la conduite de la vie individuelle et à la santé des collectivités, en chassant l’erreur de tous les domaines et en introduisant partout des préceptes et des pratiques d’ordre, de vérité, de hiérarchie, d’équilibre et de paix.

S’inspirer de la science occulte et de ses lois, pour instruire, éduquer, diriger, produire, organiser, construire, soigner, guérir, c’est s’appuyer sur les piliers de l’Univers, en participant et en coopérant aux lois de progrès et de vérité, qui se synthétisent dans l’expression : la Loi du Seigneur, qu ; est la Vérité synthétique absolue.

La puissance de l’ensemble des lois qui composent la science occulte ou, en un mot, la puissance de la Loi, est quelque chose d’inimaginable, en vertu de la correspondance qui existe entre Dieu qui a créé le monde selon la Loi, voulue par Lui et l’homme, juste et véridique, qui agit alors à l’image de Dieu, en appliquant à lui-même et autour de lui la même Loi synthétique (lois divines et lois naturelles). Il est dit dans le Zohar (DE PAULY. — Le Livre du Zohar ; p. 251.) : « Aussi, quiconque s’applique à l’étude de la Loi est — s’il est permis de s’exprimer ainsi — le soutien du monde entier. Le Saint, béni soit-il, créa le monde à l’aide de la Loi ; et l’homme soutient le monde également à l’aide de la Loi. Il en résulte que la création du monde, aussi bien que son existence ne sont dues qu’à la Loi. Aussi, heureux le sort de l’homme qui se consacre à l’étude de la Loi, car il soutient le monde ».

Les sciences occultes. — L’assemblage des sciences dites occultes (magnétisme, astrologie, magie, alchimie, spiritisme, sorcellerie, chiromancie, psychométrie, métapsychie, satanisme, etc.) n’a qu’un rapport lointain avec la vraie science occulte.

La confusion de la science occulte avec la magie a été aggravée par deux vulgarisateurs, qui pourtant ont bien servi, par leur talent d’exposition, la cause de l’occultisme : Eliphas Lévi et Papus.

Papus disait de l’occultisme que c’était la science de la magie, c’est-à-dire la science des pratiques surnaturelles, employées soi-disant dans les temples de l’Antiquité. Quand on s’engage dans cette voie, on a vite fait de laisser supposer que les Anciens savaient tout, connaissaient l’électricité, maniaient le tonnerre, conversaient avec les dieux et possédaient les arcanes indicibles. Ils n’ignoraient certes pas les lois essentielles d’unité créatrice et d’évolution des forces dans la création, mais les confirmations et les découvertes scientifiques de ces lois sont le fait des générations actuelles qui, depuis l’ère chrétienne, possèdent des notions spirituelles complétées par le sacrifice personnel, enseigné par le Christ, et qui ont trouvé des moyens d’action sur l’occulte autrement puissants, mais hélas terriblement mal dirigés, par suite du divorce de la science et de la religion, qui a produit l’éducation athée, antichrétienne, libertaire, exclusivement laïque et matérialiste.

D’autre part, Eliphas Lévi a abusé du mot magie dans les titres et dans le corps de ses ouvrages, pour mieux attirer l’attention. Or, la magie n’est qu’un accessoire de la science occulte. Elle est l’art du maniement des forces vitales ou astrales ou plastiques de la nature qui agissent hors de l’homme et dans l’homme. Or, qui voudrait se livrer à des essais de cet art (dit royal par les alchimistes) ne tarderait pas à tomber dans le piège de la magie noire et à subir des déséquilibres atroces qui le rendraient fou ou malade incurable.

Ce qu’il importe donc de retenir de ces considérations sur les sciences occultes, c’e« t qu’elles sont des sortes de caricatures dangereuses ou des dénaturations charlatanesques de la science occulte.

Un occultiste véritable n’est donc pas, comme tant de gens le croient, un prestidigitateur ou un magnétiseur ou un spirite ou un magicien ou un sorcier ou un satanique ou un suppôt d’enfer ou un agent du démon. Un occultiste véritable est simplement un initié aux mystères de la création et aux lois de la vie universelle et humaine.

Magie blanche et magie noire. — Tout homme qui vit selon la Loi divine et la loi naturelle fait de la magie blanche, sans le vouloir expressément. Sa soumission à l’ordre intégral entrave en lui l’apparition du péché et du désordre organique. Sa pureté à la fois spirituelle et matérielle lui confère une sorte d’influence bénéfique qui protège, pacifie et parfois même sanctifie.

Tout homme qui vit dans la désobéissance à la Loi divine et à la loi naturelle vit dans le péché, prépare la maladie et fait de la magie noire sans le savoir. Il devient vulnérable d’esprit et de corps et il possède une influence morbide, maléfique, discordante et même démoniaque.

Tout homme ordonné dans un courant sanctifiant (dont le type est l’Eglise) est vecteur de puissance spirituelle, par l’intermédiaire de forces impondérables, employées d’une façon rituelle, qui font de lui une sorte de mage blanc, pour la transmission des forces sacramentelles.

Tout homme instruit de la puissance des forces impondérables émanées de l’homme, des êtres vivants et de la nature, qui s’en sert pour influencer mal à propos, endormir, dédoubler, ensorceler, hypnotiser, envoûter ou encore pour provoquer des phénomènes du spiritisme ou d’action perturbatrice à distance ou pour opérer des charges maléfiques, fait sciemment de la magie noire et de la sorcellerie.

L’initiation. — L’initiation est, en quelque sorte, une culture tertiaire surnaturelle, qui se superpose aux cultures primaires et secondaires, naturelles. Elle comporte la connaissance des grandes lois de l’occultisme, la compréhension des synthèses contenues dans l’unité, le courage intrépide devant les épreuves et l’obstination invétérée de poursuivre sa voie, malgré les souffrances et les tourments, la foi invincible dans la Providence, la conduite mystique de la vie.

La plupart du temps un véritable initié n’a accédé à la lumière de la vérité qu’après des errements et des épreuves. Les événements de la vie imparfaite, s’exerçant sur des natures d’élite, les obligent à chercher désespérément une voie de salut, contre vent et marée. C’est cette étape de préparation que l’on effectuait artificiellement, dans les Temples païens autrefois, en soumettant les candidats à des épreuves réellement terrifiantes. Ces épreuves ont été conservées dans leur symbolisme mort, dans les loges maçonniques, où leur sens ésotérique a été perdu.

Quantité de saints n’ont été touchés parla révélation des vérités occultes, qu’après des épreuves matérielles ou des maladies qui leur ont dessillé les yeux, construit une foi invincible et cuirassé le cœur par les épreuves et les luttes. L’exemple de la conversion de St Paul après la guérison miraculeuse de sa cécité, que nous allons rapporter, est typique.

L’initiation peut s’effectuer de diverses manières. Dans la vie courante, quand le terrain spirituel est préparé d’emblée ou encore par des échecs ou des épreuves ou des maladies, un travail de méditation, un effort de recherche et un besoin d’expérimenter se produisent qui mènent à des constatations qui bouleversent les acquisitions antérieures et qui apportent des lumières de plus en plus vives. Des lectures appropriées ou la rencontre d’un bon esprit (qui sait déjà) achèvent alors providentiellement l’accès à une synthèse de principes, à la fois religieux et pratiques, qui stabilisent dans un ordre meilleur et clans une joie profonde.

Quand l’initiation résulte d’un mode d’instruction spirituelle, collectif et organisé, elle s’accompagne d’un complément de transfert de pouvoirs, selon une chaîne magique et des rites spéciaux, comme cela se passe dans les ordinations.

D’autres fois, l’initiation est le fait d’une révélation subite, pure et simple. C’est celle des Saints et des Prophètes qui, inspirés par le Saint-Esprit, sont capables de donner des enseignements les plus conformes aux vérités occultes et aux données théologiques, sans avoir reçu aucune instruction spéciale. Les précieux écrits de Ste Thérèse, la géniale réformatrice du Carmel, en sont une preuve des plus frappantes.

Un véritable initié est donc une personne qui a été éprouvée, qui a eu le contact de la Lumière, qui est au courant de la Loi et qui la suit, qui est devenue clairvoyante et qui a la puissance de discernement de la vérité et de l’erreur. Un véritable initié est une énigme pour lui-même et pour son entourage. Il vit dans un état de déconcertante simplicité et de vie cachée. Il tolère des abstinences redoutables. Il est sans forces et il tient toujours. Il est martyrisé et il reste intrépide et impavide. Les sujets lucides qui l’approchent sont frappés de la lumière que d’ordinaire il émane. Aux yeux du monde qui parfois perçoit l’écho de ses avis ou de ses prédictions, il passe pour un fou. Il a beau faire quelques miracles, personne ne les discerne tout en les voyant. Il est persécuté et nourri de détresses successives ; il porte de multiples croix et au moment où il se sent comme abandonné du Ciel et où il accepte le pire, un envoyé du Seigneur le relance ou le Seigneur lui-même le protège d’une façon effroyable.

De tels initiés sont rares. Beaucoup de sujets qui ont une teinte d’occultisme, assez de courage et une dose appréciable de bonne volonté peuvent se croire un peu initiés. Mais qu’ils n’oublient pas que le mot initié vient de initium, commencement. Il ne suffit donc pas d’avoir certaines clefs en main, pour se croire un parangon de savoir et de sagesse ou, pis encore, un mage. Devant Dieu, l’initié n’est qu’un pauvre apprenti qui commence à cheminer sur la voie qui conduit à l’Absolu. Que dire alors des pauvres naïfs attirés par des boniments d’écoles de magnétisme, qui font commerce de cours de soi-disant initiation ! Que dire encore des simples lecteurs de livres de sciences occultes, farcis de charlataneries et de conseils de magie noire I Que dire enfin des sectaires et des arrivistes qui ont pratiqué quelques rites magiques ou subi, dans des sociétés secrètes, des affiliations que l’esprit ne vivifie plus !

Les écrits de S’ Paul portent l’empreinte de la plus sûre et de la plus sainte initiation. La façon complète dont il fut initié vaut d’être rapportée, car elle confirme bien ce que l’on a de tout temps écrit d’exact sur les modalités de l’initiation : « Cependant, Saul, respirant encore la menace et la mort contre les disciples du Seigneur, alla trouver le grand-prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem. »

« Comme il était en chemin et qu’il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Il répondit : « Qui êtes-vous, Seigneur ? » Et le Seigneur dit : « Je suis Jésus que tu persécutes. Il n’est pas bon pour toi de regimber contre l’aiguillon ». Tremblant et saisi d’effroi, il dit : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Le Seigneur lui répondit : « Lève-toi et entre dans la ville ; là on te dira ce que tu dois faire. » Les hommes qui l’accompagnaient demeurèrent saisis de stupeur ; car ils percevaient le son de la voix, mais ne voyaient personne. Saul se releva de terre, et bien que ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien ; on le prit par la main et on le conduisit à Damas ; et il y fut trois jours sans voir, et sans prendre ni nourriture ni boisson. »

« Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. Le Seigneur lui dit dans une vision : « Ananie ! » Il répondit : « Me voici, Seigneur. » Et le Seigneur lui dit : « Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car il est en prière. » Et il y a vu en vision un homme nommé Ananie, qui entrait et lui imposait les mains afin qu’il recouvrât la vue. Ananie répondit : « Seigneur j’ai appris de plusieurs tout le mal que cet homme a fait à vos saints dans Jérusalem. Et il a ici, des princes des prêtres, plein pouvoir pour charger de chaînes tous ceux qui invoquent votre nom. » Mais le Seigneur lui dit : « Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois et devant les enfants d’Israël ; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom. » Ananie s’en alla, et arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’a apparu sur le chemin par lequel tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que lu sois rempli du Saint-Esprit. » Au même instant il tomba des yeux de Saul comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva et fut baptisé ; et après qu’il eût pris de la nourriture, ses forces lui revinrent. »

« Saul passa quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas, et aussitôt il se mit à prêcher dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu. Tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’étonnement et disaient : « N’est-ce pas lui qui persécutait à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et n’est il pas venu ici pour les conduire chargés de chaînes aux princes des prêtres ? ». Cependant Saul sentait redoubler son courage, et il confondait les Juifs de Damas, leur démontrant que Jésus est le Christ. » (Actes des Apôtres, IX ; I à 23)

Plus tard, S’ Paul, parlant de lui-même, écrit : « Faut-il se glorifier ? Cela n’est pas utile ; j’en viendrai néan moins à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps, je ne sais ; si ce fut hors de son corps, je ne sais ; Dieu le sait). Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu’il a entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de révéler. »

« C’est pour cet homme-là que je me glorifierai ; mais pour ce qui est de ma personne, je ne me ferai gloire que de mes faiblesses. Certes si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais, je m’en abstiens, afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi. Et de crainte que l’excellence de ces révélations ne vînt à m’enfler d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter, afin que je ne m’enorgueillisse point. A son sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi, et il m’a dit : « Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière. » Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses afin que la puissance du Christ habite en moi. C’est pourquoi je me plaîs dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour le Christ ; car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (Il Cor., XII ; 1 à 11)

« Je vous le déclare, en effet, frères, l’Evangile que j’ai prêché n’est pas de l’homme ; car ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçu ni appris, mais par une révélation de Jésus-Christ. » (Galates, I ; 11) (Ces citations sont prises dans la traduction de « La Sainte Hible » de l’abbé Crampon (Desclée, edit).)

La vérité est occulte.— La vie de l’intelligence, c’est la recherche de la vérité. En effet, la vérité est cachée et incommunicable d’emblée, car elle est d’ordre immatériel. Elle se tient derrière l’apparence trompeuse et mobile des choses. Et, par essence, elle est la même en tous temps et en tous lieux ; et elle est éternelle. Elle est Dieu. Et comme Lui, elle est invisible aux yeux de ceux qui n’ont pas appris à voir, inaudible aux oreilles qui n’ont pas appris à entendre, incommunicable aux intelligences qui n’ont pas été instruites, incompréhensible pour les sujets qui n’ont pas encore suffisamment expérimenté la vanité des choses de ce monde, inconcevable aux gens qui n’ont pas fait retour sur eux-mêmes, inaccessible dans toute son étendue aux esprits qui n’ont pas pris conscience de leur constitution, qui n’est qu’un reflet de celle du Créateur. La vérité est donc, pour l’homme, une découverte de quelque chose d’immuable à opérer. Et sa possession, qui est le plus grand de tous les biens, est une conquête qui doit être méritée. Offerte brusquement dans sa matérialité toute nue, elle prend la forme de beauté charnelle et elle donne l’attirance de la jouissance charnelle, vers lesquelles les hommes encore peu spiritualisés se précipitent aussitôt avec passion. La déception qu’ils y trouveront leur apprendra l’existence et la suprématie de la joie de la beauté spirituelle, qui est la vérité dans l’Absolu, le contact avec Dieu de St Paul et des mystiques. L’un des plus beaux dialogues de Platon, le Phèdre, repose sur cette idée du mythe de l’amour terrestre.

On comprend maintenant pourquoi des occultistes ont représenté la vérité d’une façon symbolique, sous les traits d’une femme nue qui se cachait au fond d’un puits, c’est-à-dire dans la profondeur de la création terrestre. Et cette beauté charnelle toute nue n’a qu’un geste à offrir à celui qui la désire matériellement, c’est de le déconcerter et de l’inciter charitablement à quelque chose d’autre, en lui présentant dans un miroir sa propre image microcosmique, dans laquelle il devra, en l’étudiant découvrir son analogue le macrocosme et aboutir ainsi à la connaissance de Dieu qui a créé l’homme à son image.

La vérité est sacrifice.— Pour trouver l’occulte derrière le matériel, il faut faire le sacrifice de l’apparence pour le réel, il faut renoncer au matériel pour saisir l’immatériel,c’est-à-dire le spirituel et,en dernière analyse, il faut aboutir à Dieu qui est la Vérité intégrale et éternelle. La conquête de la vérité est donc le but de la vie et la voie d’accès la plus parfaite pour arriver à cette vérité a été enseignée par le Christ, qui disait à ses Apôtres : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean, XIV ; 6). « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu’il demeure toujours avec vous ; c’est l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure au milieu de vous et il sera en vous. » (Jean, XIV ; 15 à 18)

Le Christ disait encore aux Juifs : « Vous cherchez à me faire mourir moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu... Le père dont vous êtes issus, c’est le Diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père... Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. » (Jean, VIII ; 40, 44, 45)

A Pilate enfin, Jésus répondit : « Je suis né et je suis venu pour rendre témoignage à la vérité. » (Jean, XVIII ; 37)

Dieu est vérité. Celui qui se fait le serviteur de la vérité est l’oint et l’élu du Seigneur. Celui qui fait œuvre de vérité est un juste. Celui qui sacrifie tout à la vérité est un saint. L’atteinte faite à un juste ou à un saint est un attentat fait à Dieu et la répercussion de ce crime se déchaîne par un choc en retour effroyable, contre celui qui l’a commis.

Après avoir reçu la réponse de Jésus, Pilate, l’agnostique, s’écria : « Qu’est-ce que la vérité ? »

La vérité, c’est ce qu’est venu enseigner le Christ en apportant, comme couronnement aux préceptes de la sagesse antique et aux enseignements de l’Ancien Testament, un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » (Jean, XIII ; 34), c’est-à-dire en vous sacrifiant personnellement par amour des hommes et par amour de Dieu. Jusqu’alors, en effet, les sacrifices offerts à Dieu étaient des offrandes matérielles ou surtout des vies animales, des sacrifices de substitution. Le Temple de Jérusalem était un abattoir. Et, pour ramener l’ordre spirituel, pour vaincre l’orgueil et l’égoïsme des hommes, pour étendre sa bonté jusqu’aux animaux, le Christ a fait cesser les sacrifices de substitution, en se livrant au supplice de la Croix, pour le rachat des hommes, et il continue chaque jour à s’offrir dans le sacrifice de la Messe. En réalité, il a enseigné à ses apôtres que la charité, c’est uniquement le culte de la vérité par le sacrifice personnel, c’est-à-dire non seulement le renoncement aux biens matériels du monde, mais par dessus tout l’obligation d’avoir le culte acharné de la vérité et de la justice.

Le mot charité, si mal compris par tant de chrétiens, qui l’ont rendu synonyme d’une offrande, répond donc, en réalité, au mot et à l’acte du sacrifice, pour la vérité. Et cela St Paul l’a proclamé énergiquement en ces termes : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères et que je posséderais toute science ; quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand ’je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. »

« La charité est patiente, elle est bonne ; la charité n’est point envieuse, la charité n’est point inconsidérée, elle ne s’enfle point d’orgueil ; elle ne fait rien d’inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s’irrite point,elle ne soupçonne pas le mal ; elle ne prend pas plaisir à l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité. » (1 Cor., XIII ; 1 à 7)

« Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés ; et marchez dans la charité à l’exemple du Christ qui nous a aimés et qui s’est donné lui-même à Dieu pour nous en offrande et en sacrifice, comme un parfum d’agréable odeur. » (Eph., V ; 1)

« Il (Le Christ) a voulu que nous ne soyons plus des enfants... mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en union avec celui qui est le chef, le Christ. (Eph. IV ; 14, 15)

Et St Jean a dit également : « Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en action et en vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité. » (I Jean, III ; 18, 19)

Mettre l’ordre dans tous les domaines de la vie pratique, par la connaissance de la vérité intégrale, tel est le but de la Science occulte ; et, en cela, elle s’accorde, dans le domaine spirituel, avec le but de la vie chrétienne.

Les anti-occultistes qui ignorent la science occulte. — S’avouer occultiste, est nous le répétons, se rendre suspect ou horrible aux yeux delà plupart des ecclésiastiques. Les incompréhensions que l’on peut subir, en pareil cas, sont phénoménales. Quand on cherche à les faire cesser, en discutant avec ceux qui vous accusent de légèreté intellectuelle ou de diabolisme, parce qu’on est occultiste, on constate avec stupéfaction que même des prêtres spécialisés dans la lutte contre les faux occultistes, ne se doutent aucunement de l’existence d’une science occulte, ni des lois précises qui la constituent. Privés d’une documentation complète et d’une mise au point exacte sur ce sujet, ils se sont contentés des opinions toutes faites de manuels « escargotiques ». Et comme la science occulte se caractérise par son esprit de synthèse et comme partout où elle apporte lumière, foi et satisfaction, elle obtient ce résultat grâce précisément à son esprit de synthèse et à des preuves synthétiques qui établissent des concordances à la fois religieuses, évangéliques, philosophiques et scientifiques, cet esprit de synthèse qui obligea faire état des textes évangéliques pour être complet, les met d’ordinaire dans un état de fureur exaspérée. S’ingénier à rendre la santé du corps, en mettant l’ordre intégral dans la constitution et dans la conduite de l’homme ; faire servir la loi naturelle à l’obéissance aux lois divines et, réciproquement, la loi divine à l’exécution de la loi naturelle, leur apparaît comme un empiètement intolérable. Convertir ainsi, sans le chercher expressément, une foule de personnes, que les mornes sermons de séminaire mettent en fuite, leur semble le comble de l’audace et comme un vol manifeste. Donc, défense « l’avoir des idées générales, défense d unifier les règles dévie normale en une synthèse d’ordre complet, défense au médecin de s’occuper de la conduite du mental, du caractère et de l’esprit. Chacun doit se murer dans son compartiment, et marcher en quelque sorte à cloche-pied, quitte à laisser l’athéisme et la maladie continuer leurs ravages dans le monde. Un médecin spiritualiste et chrétien qui fait état des vérités évangéliques pour apprendre la vérité thérapeutique à ses malades, en leur démontrant que les affections matérielles sont d’origine spirituelle, est traité par eux comme le braconnier du Seigneur qui maraude sur leur chasse gardée, en utilisant des textes évangéliques qu’ils cachent d’ailleurs aux regards des fidèles, en se bornant à ne leur confier que des coupures dominicales, à la place des textes intégraux du Nouveau Testament. Injures, mépris, lettres anonymes pleuvent alors sur le médecin qui remplit son devoir de charité, en préservant son prochain de l’erreur, c’est-à-dire de la maladie et du péché. Anti-occultisme, que de bêtises et de manques de charité on commet en ton nom !

Les occultistes qui s’ignorent.— Et précisement, ces anti-occultistes font journellement de l’occultisme, lisent journellement des textes occultistes les plus certains et les plus admirables et utilisent des influx de forces occultes impondérables dans la magie blanche des cérémonies du culte, sans s’en douter, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans l« savoir.

La Bible est imprégnée d’occultisme et de données cabalistiques. St Jean et St Paul furent, en plus de leur sainteté, deux initiés d’élite. Le début de l’évangile de St Jean est une synthèse occultiste typique et admirable que nous analyserons plus loin. Le Cantique des cantiques et l’Apocalypse sont incompréhensibles sans les données occultistes. Les textes évangéliques fourmillent de principes occultistes que nous mettrons en évidence, au cours de cette étude. D’autre part, quantité de pratiques rituelles sont magiques (le baptême, le signe de la Croix, les exorcismes, la bénédiction « lu feu, de l’encens, du cierge et de l’eau du Samedi Saint, l’Extrême-Onction, le cercle de protection décrit autour du cadavre au cours du service des morts, à l’église, à l’aide de l’encens et de l’eau bénite, etc.).

La théologie catholique n’admet qu’un sens au mot magie, c’est le sens péjoratif de magie noire. En occultisme, au contraire, le mot magie est pris dans le sens plus général de moyen d’employer des forces invisibles, impondérables et spirituelles pour agir sur le matériel et le visible. L’emploi de forces pures et supérieures, immatérielles ou impondérables dans un but bienfaisant ou sanctifiant (c’est le cas des sacrements et des sacramentaux) est désigné alors sous le nom de magie blanche, tandis que l’emploi de forces impures ou dégradantes ou démoniaques, dans un but de maléfice ou de possession imméritée, est la caractéristique de la magie noire.

Dans sa partie mosaïque, le catholicisme est l’héritier inconscient et ingrat de la science occulte, hermétique (Hermès Trismégiste) de l’ancienne Egypte, par l’intermédiaire de la loi des Hébreux (Ancien Testament) sortis de l’Egypte et initiés à l’occultisme hermétique. Cette loi mosaïque, basée sur l’hermétisme, c’est-à-dire sur la science occulte de l’Univers, N.-S. n’est pas venu l’abolir mais l’accomplir : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir (Matthieu, V ; 17). Sa venue fut annoncée par les Prophètes, par Isaïe (LII), par Zacharie (IX, 9 et 10), entre autres.

Le Messie annoncé n’était donc pas, comme se le figuraient les Apôtres (esclaves de la lettre et fermés à l’Esprit, avant le jour de la Pentecôte) un roi guerrier qui abattrait tous les ennemis d’Israël et asservirait matériellement tous les peuples de la terre, pour établir la domination matérielle universelle du peuple juif, comme celui-ci le croit encore et s’efforce encore de le faire par la puissance de l’argent et des sociétés secrètes, mais ce Messie annoncé, Notre-Seigneur Jésus-Christ, était le roi spirituel de la Vérité qui répondait à Pilate • « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean XVIII ; 36) et qui, humble de cœur et venu pour témoigner de la vérité, offrait les clefs du salut et du triomphe par le sacrifice personnel. Tout homme qui le suit sur ce chemin delà vérité participera à son royaume céleste et sera un élu (ou dans le sens mystique : israélite) à qui la Jérusalem nouvelle (dans le sens mystique) est réservée. Et cette faveur allait grâce au Christ être généralisée à l’humanité entière qui devait apprendre le commandement nouveau de s’aimer parle sacrifice personnel dans une passion de vérité et de justice : « Allez donc, enseignez toutes les nations. » (Matthieu, XXVIII ; 19)

Parmi les occultistes qui s’ignorent, il convient aussi de ranger les médecins qui n’ont reçu que l’enseignement matérialiste de l’Ecole classique. Ils jouent avec les forces vitales humaines qu’ils gaspillent, sans s’en douter.

Ils opèrent des excitations et des changements dans le corps, sans se rendre compte que ce sont les invisibles forces vitales de l’organisme qui leur servent d’instrument. Ils violent les lois delà nature. Ils traitent la pensée comme une simple sécrétion du cerveau. Hippocrate avait déjà déploré cette carence occultiste des médecins, non initiés, quand il disait : « Mais les hommes ne savent pas, par l’étude des choses visibles, voir les choses occultes. En effet, ils emploient sans s’en apercevoir des arts semblables à la nature humaine. L’intelligence des dieux leur a enseigné à imiter les opérations divines, et bien qu’ils sachent ce qu’ils font,ils ne savent pas ce qu’ils imitent. » (Littré, 487 ; VI)

La tradition occultiste. La Révélation et la transmission. — La connaissance de l’occulte, c’est-à-dire des forces invisibles qui agissent dans la nature, dans l’homme et dans l’univers, remonte à la plus haute antiquité. L’homme préhistorique (20.000 ans environ avant notre ère) se livrait déjà aux pratiques de l’envoûtement. Les peuples primitifs possédaient des notions rudimentaires sur l’existence des forces spirituelles et sur le maniement des forces occultes (fétichisme, sorcellerie), notions que l’on retrouve chez les peuples non civilisés. Les premières civilisations ont laissé des manifestations évidentes d’une science occulte étonnante, dans les monuments, les inscriptions et les écrits hermétiques qui nous sont parvenus (Assyrie, Egypte).

L’histoire des religions et, entre autres, celles des peuples non civilisés, montre que, de tout temps, l’homme a eu la révélation de vérités essentielles sur Dieu souverain de l’univers ; sur l’existence de forces invisibles derrière les visibles ; sur la persistance d’un double invisible derrière chaque individu visible ; sur le sentiment du sacrifice et de la justice. Et cet ensemble de principes exacts existe vraiment, mais avec des imperfections de compréhension, caché derrière les sorcelleries et gardé comme secret et ésotérique.

Ces intuitions de l’occulte et ces révélations spirituelles chez les peuples sauvages ont été reconnues comme étant réelles, entre autres, par Mgr Le Roy, supérieur général de la Congrégation du St-Esprit, dans la préface qu’il a écrite pour le livre La religion des peuples non civilisés de Mgr A. Bros. « Pendant les 20 ans que j’ai vécu avec les populations les moins civilisées, écrit Mgr Le Roy, étudiant passionnément leurs croyances et leurs coutumes, les interrogeant dans leurs langues, m’initiant à leurs secrets, entrant de mon mieux dans leur mentalité, j’ai constaté comme vous que, derrière leur animisme, leur naturisme, leur fétichisme, derrière leurs légendes, leurs pratiques, et ce que, d’ordinaire, les ethnologues donnent comme « leur religion », il y a bien autre chose qu’ils ne donnent pas. »

« 1° Il y a d’abord partout, ou presque partout, la connaissance plus ou moins indistincte, mais réelle, d’un Maître Souverain du Monde, qui fait la vie et la mort, et contre lequel nul être ne peut rien. »

« 2° En outre, des Esprits, les uns bons et tutélaires, les autres malins, capricieux et méchants, s’occupent des hommes, et les hommes ont des moyens d’entrer en relations avec eux. »

« 3° Tout n’est pas corps en nous, et quand le corps se dissout par la mort, l’autre survit. »

« 4° Il existe donc un monde surnaturel et invisible, s’étendant au-dessus de nous, mêlé à notre vie, se manifestant quelquefois, et envers lequel nous ne saurions être indifférents. »

« 5° Il y a des choses permises et des choses défendues. »

« 6° Par la prière, par l’offrande, par le sacrifice, nous pouvons obtenir des faveurs, nous préserver d’accidents, nous purifier, nous faire pardonner, etc. »

« 7° L’homme enfin doit suivre une loi morale, dont la base la plus large paraît être la Justice. »

« Voilà ce que ne disent pas, en général, les livres des savants. »

« Je pense donc, à la suite de notre examen, que l’Humanité primitive a dû avoir un fonds commun de croyances religieuses générales, analogue à celui qui vient d’être exposé. »

« .... Mais alors, dira-t-on, c’est la Révélation primitive que vous voulez démontrer ici ? »

« Et je réponds : Je ne veux pas démontrer ici la Révélation primitive, mais je ne fuis pas systématiquement devant elle. Et si, en remontant jusqu’à l’origine des religions je trouve Dieu en conversation avec l’Homme je m’incline humblement devant Lui, je L’adore et je Le remercie. »

Du temps des Grecs et des Romains, la science occulte réglait les manifestations religieuses des Temples et la célébration des Mystères. Mais c’est surtout de nos jours que les principes de l’occultisme, anciennement formulés par Hermès ont été plus clairement définis et plus solidement étayés sur la concordance des découvertes scientifiques de la science matérialiste avec les principes métaphysiques et les intuitions des Anciens. Finalement, les connaissances humaines, en s’élevant dans l’ordre général, en constatant l’unité des forces qui agissent dans l’univers matériel et en reproduisant expérimentalement une foule de phénomènes naturels ont pu aboutir à la découverte des analogies, mieux précisées, de constitution entre le macrocosme et le microcosme et, par suite, à la détermination mieux cataloguée des lois de création, de constitution, de transformation et d’évolution de tout le visible, instituées par une Unité invisible, qui se montre créatrice et directrice.

La même trame ésotérique de la science occulte (Tri-unité divine, constitution mixte invisible et visible de l’homme, évolution progressive, règles de conduite) se retrouve exprimée dans un même fonds de révélations et un même mode de transmission traditionnelle, dans les religions égyptienne et hindoue, comme dans les enseignements de Pythagore, de Socrate, de Platon, d’Aristote, de la Kabbale juive et dans l’Ancien Testament par Moïse et les prophètes.

Les lois hermétiques de l’enseignement ésotérique de l’Ancienne Egypte énoncées par Hermès Trismégiste (trois fois très grand), que nous étudierons bientôt, ont inspiré Moïse (Mosché) dans le Décalogue et dans la Genèse de l’Ancien Testament. Des textes bibliques précis font foi de cette origine. Lis voici :

« Nous avons été les esclaves de Pharaon, en Egypte, et l’Eternel nous a retirés d’Egypte à main forte. »(Deut., VI ; 21)

« Moïse lui-même était très considéré dans le pays d’Egypte, aux yeux des serviteurs de Pharaon et aux yeux du peuple. » (Exode, XI ; 3)

Moïse « fut instruit dans toute la sagesse des Egyptiens ; et il était puissant en paroles et en œuvres. » (Actes des Apôtres, VII ; 22)

« La Loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » (Jean, I ; 17),

Les œuvres qui ont eu le plus d’influence sur le développement intellectuel et moral de l’humanité ont reçu de la science occulte, leur inspiration, leur puissance d’attraction et Ja persistance de leur action. Les hommes qui les ont créées : Hermès (« Hermés, synonyme de Toth, était, écrit Berthelot, le patron des sciences et « les arts, dans la vieille Egypte. Les anciens livres, au nombre de vingt mille d’après les uns, de trente-six mille cinq cents, d’après les autres, portaient son nom. Il a existé certainement des écrits alchimiques sous le nom d’Hermès, car ils sont continuellement cités par Zosime, par Stephanus et par les autres auteurs de nos manuscrits grecs. » - Les origines de l’alchimie ; p. 133), Moïse, Salomon, Pythagore, Hippocrate, Platon, Aristote, Virgile, St Jean, St Paul, Sénèque, Marc-Aurèle, St Albert le Grand, le moine Roger Bacon (Roger Bacon « le Docteur admirable » fut accusé du crime de magie, de sorcellerie et de pactes avec le démon. Il n’échappa au bûcher que grâce à l’intervention de Clément IV ; mais il fut emprisonné après la mort de son protecteur à cause de ses connaissances d’occultisme ; il ne fut relâché qu’après la mort du pape Nicolas IV.), Léonard de Vinci, Rabelais, Newton, Gœthe, Balzac furent des initiés. Nous ne tomberons pas dans l’erreur commise par certains occultistes, par les théosophes particulièrement, qui rangent parmi les simples initiés N.-S. Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, fait homme pour l’enseignement du sacrifice personnel, par amour de la vérité, et pour le rachat des hommes.

Se taire. — On pourrait encore définir la vérité : quelque chose qu’il n’est pas toujours bon de dévoiler. De tout temps, les foules ignorantes, peu évoluées, incrédules, se sont montrées rebelles à la simple vérité qui contrarie leurs instincts encore grossiers. Et même combien de personnes intelligentes se refusent à croire, parce que c’est trop simple ou trop contrariant ou trop sacrifiant ! La vérité n’est ni bonne à dire ni agréable à entendre, répète-t-on encore de nos jours. Sans compter que la bonté qui se mue dans le monde en indulgence perpétuelle n’est pas à prêcher uniquement car, sans le contrepoids du châtiment des fautes et de la répression des forfaits, elle devient vite un encouragement au déchaînement des passions et aux crimes.

Le Dieu, effroyablement et éternellement vengeur, ici-bas, de Moïse, était une nécessité pour mener le peuple juif adorateur du Veau d’or, meurtrier de ses prophètes et fauteur de désordres ; ce peuple, dont il est dit dans l’Exode (XXXII ; 9, 10) : « C’est un peuple au cou raide. Or, maintenant, laisse-moi faire que ma colère s’enflamme contre eux » ; ce peuple pourtant élu et choisi pour être le vecteur des vérités occultes et pour maintenir le monothéisme ; ce peuple que la Providence avait tiré de l’Egypte, nation oublieuse des enseignements d’Hermès qui sombrait dans le culte devenu polythéiste et idolâtre ; ce peuple qui n’espère encore qu’en un Messie matérialiste qui lui donnera la royauté du monde, la domination universelle et non pas la royauté spirituelle de la Jérusalem céleste, pro mise par le Christ à tous les hommes de bonne volonté et de vérité, dans toutes les nations.

La révélation imprudente des mystères, chez les Grecs et les Romains finit par donner lieu aux mêmes incompréhensions et aux orgies.

L’Eglise a jeté aussi un voile sur les mystères en les déclarant incompréhensibles. Mais elle-même s’est souvent éloignée de l’esprit ésotérique et occultiste pour ne plus accepter que la lettre exotérique, en retombant dans les fautes des Pharisiens contre lesquels le Christ avait vitupéré : amour des richesses, culte commercial de certains saints, amour des honneurs terrestres, enseignement défectueux des vérités, intolérance pour les découvertes scientifiques (Galilée) et les vérités occultistes (bûchers du moyen âge). Et pourtant, l’Eglise invisible tient, dans sa puissance christique, les clefs de la vie éternelle.

Le secret est donc une obligation légitime, mais qui peut devenir vite une arme à double tranchant. C’est un jeu dangereux de dévoiler la vérité occulte brusquement, c’est un danger également de la laisser se rouiller, se déformer et s’éclipser derrière les symboles et les rites. C’est le continuel recommencement de l’esprit qui s’oublie et de la lettre qui tyrannise.

Il est donc bon de savoir se taire à propos, mais aussi de savoir parler à bon escient et par étapes, de savoir alterner la rigueur dans la conservation dogmatique et doctrinale, avec la patience à l’égard de certaines incompréhensions passagères et de certaines nécessités d’adaptation progressive, car la vérité doit rester de moins en moins sous le boisseau.

C’est dire que les vérités occultes ne doivent pas être semées dans les terrains pierreux et insurgés, ni claironnées dans les carrefours. En effet, la vérité ne peut pas être enseignée rien que par diffusion autoritaire, elle demande, pour pénétrer, chez chacun, une interrogation angoissée et une découverte volontaire. C’est pourquoi il ne faut jamais exposer la vérité en disputant avec des intraitables, des insurgés, des hostiles et des inaptes qui n’ont encore qu’un ameublement intellectuel primaire. Il ne faut pas non plus essayer de la répandre par la violence autoritaire ou en s’en faisant un piédestal, en répétant Je, Je et en se pavanant ou en s’affichant. La vérité est impersonnelle. L’affirmation du vrai, en procédant par idées générales, et en l’étayant de principes justes, l’impose plus que l’orgueil ou l’égoïsme de celui qui cherche à le propager en l’incorporant à sa seule autorité. N’oublier jamais que la vérité vient de Dieu et qu’on est un instrument de transmission qui ne peut mériter la récompense du Seigneur que par le sacrifice de soi-même, dans le combat ardent contre l’ignorance et l’erreur humaines. Par exemple, un jeune médecin qui s’afficherait en clientèle courante en se proclamant naturiste, en rejetant d’un seul couples idoles delà pharmacie, les petits dieux des fioles, tous les aliments impurs et en exigeant d’emblée compréhension, adaptation brusque, régime végétarien, obéissance absolue et religieuse à toutes les lois de la santé, ne ferait qu’ameuter les démons autour de lui, se rebeller les instincts difficiles à dompter subitement et les routines des esprits animaux de l’organisme. Au contraire, celui qui sait n’exiger d’abord que la suppression des péchés mortels alimentaires, qui laisse quelques amulettes pharmaceutiques et qui procède par transition lente, produit des guérisons inespérées. Ce sont ces guérisons qui finissent par dessiller les yeux des ignorants ou des coupables, qui les incitent à s’observer, à expérimenter, à interroger, à se réformer eux-mêmes, à devenir fervents d’ordre et serviteurs de la Loi, dans un but de santé corporelle et de paix d’esprit. C’est pourquoi il importe tant, même dans l’exercice de la médecine naturiste, de savoir en quelque sorte se dédoubler, en masquant l’unité spirituelle doctrinale derrière le polythéisme des prescriptions d’hygiène, à l’égard de la plupart des consultants, et en ne prescrivant les régimes les plus purs et en ne livrant les principes ésotériques et les lois occultes qu’aux plus sages. L’égalitarisme stupide et l’enseignement unique joueraient, ici encore, un rôle anarchisant et assassin. Lès vérités d’élection ne peuvent être bien perçues et justement appliquées que par des élites qui doivent alors servir de modèles et de chefs aux foules. Et ces sujets d’élite peuvent exister dans toutes les classes de la société, d’où la Providence sait les faire surgir à propos, aussi bien des plus humbles que des plus hautes.

Se taire à propos, tout en clamant la vérité ; se servir de comparaisons enfantines pour parler aux enfants que sont les ignorants, comme les Anciens se servaient de fables et le Christ de paraboles, allier la hardiesse à la patience, procéder par étapes, telles sont les élémentaires précautions pour faire comprendre et accepter la vérité, par le flot populaire, comme par les malades.

De telles recommandations se trouvent déjà dans Hermès Trismégiste (traduction Ménard, p. 209) : « En te rappelant ces principes, tu te souviendras facilement des choses que je t’ai expliquées plus au long et qui s’y trouvent résumées. Mais évite d’en entretenir la foule ; non que je veuille lui interdire de les connaître, mais je ne veux pas t’exposer à ses railleries. Qui se ressemble s’assemble ; entre dissemblables il n’y a pas d’amitié. Ces leçons doivent avoir un petit nombre d’auditeurs, ou bientôt elles n’en auront plus du tout. Elles ont cela de particulier que par elles les méchants sont poussés encore davantage vers le mal. Il faut donc te garder de la foule, qui ne comprend pas la vertu de ces discours. — Que veux-tu dire, mon Père ? — Voici, mon fils. L’espèce humaine est portée an mal ; le mal est sa nature et lui plait. Si l’homme apprend que le monde est créé, que tout se fait selon la providence et la nécessité, que la nécessité, que la destinée gouverne tout, il arrivera sans peine à mépriser l’ensemble des choses parce qu’elles sont créées, à attribuer le vice à la destinée, et il ne s’abstiendra d’aucune œuvre mauvaise. Il faut donc se garder de la foule, afin que l’ignorance la rende moins mauvaise en lui faisant redouter l’inconnu. »

« Un sermon sur les matières les plus saintes de la religion serait profané par un auditoire trop nombreux ; c’est une impiété de livrer à la connaissance du grand nombre un traité tout rempli de la majesté divine. » (Hermès, p. 104)

« Il n’est pas permis de communiquer de tels mystères à ceux qui ne sont pas initiés. Ecoutez avec l’intelligence. » (Hermès, p. 261)

D’autre part, on lit dans l’Ancien Testament, ces phrases que nous avons placées en épigraphe :

La gloire de Dieu est de cacher les choses ;

La gloire des rois est de les sonder.

Ote de l’argent les scories

Et il en sort un vase pour le fondeur

Ote le méchant qui est devant le roi,

Et son trône sera affermi par la justice. (Prov. XXV ; 2, 4, 5)

Ce qui signifie en langage désocculté : la manifestation de la gloire de Dieu l’invisible, c’est sa création visible dans laquelle il s’est caché, en s’involuant en quelque sorte par son Verbe, tout en restant hors du créé. La gloire des rois de l’esprit et de la sagesse, c’est-à-dire de l’élite des hommes, c’est de sonder la création, de s’examiner eux-mêmes, qui sont des microcosmes, pour y découvrir les vérités occultes, pour en percevoir l’analogie et la confirmation dans l’univers et la source dans le Législateur suprême. Le but de la vie c’est de séparer le pur de l’impur, d’extraire l’esprit de la matière, par un travail d’alchimie, afin de fournir un moule correct et pur à l’homme qui doit se fondre matériellement et s’édifier spirituellement. En mettant ainsi la pureté et l’ordre dans les constitutions humaines, individuel les, on entrave la production du mal, on guérit les malades. En établissant la vérité et la justice devant les rois de ce monde, on ôte les méchants de devant eux et on exprime des principes qui affermissent leurs trônes. Cette recommandation finale a été reprise par St Paul, en ces termes : « Je recommande donc, avant toutes choses, qu’on fasse des requêtes, des prières, des supplications et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et en toute honnêteté. C’est là une chose bonne et agréable aux yeux de Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (I Timothée, II ; 1 à 5)

On retrouve ensuite dans les Evangiles les mêmes conseils sur l’impossibilité d’éclairer subitement les peu évolués et les mêmes recommandations de ne pas jeter les perles aux pourceaux, de ne dévoiler la vérité qu’en se servant de paraboles, assez mystérieuses, et de ne le faire qu’avec prudence. Ces passages sont à lire avec soin. Citons d’abord deux phrases prophétiques de l’Ancien Testament :

« Propose une parabole à la maison rebelle et dis-leur. » (Ezéchiel. XXIV ; 2)

« Je suis l’Eternel, ton Dieu... et, par l’intermédiaire des prophètes, j’ai parlé en paraboles. » (Osée, XII ; 11)

Voici maintenant les textes évangéliques : « Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et que. se tournant contre vous, ils ne vous déchirent. « (Matthieu, VII ; 6)

« Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole. Il répondit : A vous il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais, pour les autres, il leur est parlé en paraboles, de sorte qu’en voyant, ils ne voient point et qu’en entendant, ils ne comprennent point. » (Luc, VIII ; 10 et Marc, IV ; 11)

« C’est par plusieurs paraboles de ce genre qu’il leur annonçait la parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. Il ne leur parlait point sans paraboles ; mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples. » (Marc, IV ; 33, 34)

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter à présent. Quand le Consolateur, l’esprit de vérité sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. » (Jean, XVI ; 12, 13)

« Je vous ai dit ces choses en paraboles. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais je vous parlerai ouvertement du Père. » (Jean, XVI ; 25.)

« Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes. » (Matthieu, X ; 16)

St Paul répétait : « Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide, car vous n’en étiez pas capables et vous ne l’êtes pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels. » (I Cor., III ; 2)

« Nous aurions à ce sujet beaucoup à dire, et des choses difficiles à expliquer, parce que vous êtes devenus lents à comprendre. Vous, qui devriez être depuis longtemps des maîtres, vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers éléments des oracles de Dieu : vous en êtes à avoir besoin de lait, au lieu d’une nourriture solide ! Or, celui qui ne se nourrit que de lait, ne saurait comprendre la parole de la justice ; il n’est encore qu’un enfant. » (Hébreux, V ; 11 à 14)

De nos jours, avec les progrès de l’instruction des masses et avec l’accumulation des découvertes scientifiques, il devient de plus en plus utile de rattacher le savoir matériel des hommes à l’ensemble des vérités invisibles et spirituelles de la science occulte, pour combattre le fléau de l’athéisme et l’erreur d’un égalitarisme précipité. Soucieux de nous conformer à la recommandation de silence, nous n’avions pas dévoilé les sources de notre reconstruction médicale, mais des occultistes ont eu vite fait de reconnaître la trame sur laquelle nous tissions nos enseignements. Ils l’ont fait remarquer aux aveugles et ceux ci n’ont rien eu de plus empressé que de piller la vérité, de la dilacérer, de la mélanger aux scories, de la livrer aux profanations des païens nudistes, aux instincts charnels des foules, aux déformations et aux haines des sectaires anti-chrétiens et aussi au mépris et aux injures des Pharisiens modernes. Devant l’accumulation des méfaits des flibustiers et des incompréhensions des aveugles il a bien fallu prendre encore plus fermement la défense de la vérité, maintenir l’ordre et la pureté, rejeter les assauts des malfaisants et des ignorants. C’est ce qui nous l’air sortir aujourd’hui de notre réserve en publiant que l’impureté des déviations des sciences occultes n’avait pas a faire jeter suspicion et anathème sur la vraie science occulte qui, en réalité, se trouve être la servante de la Loi du Seigneur, dans son intégralité.