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Phénoménologie de l’existence

Gaboriau : Sur les « catégories » d’Aristote

Florent Gaboriau

dimanche 10 octobre 2010

Phénoménologie de l’existence, par Florent Gaboriau

Les commentateurs sont d’accord pour penser qu’Aristote n’a pu déduire les « catégories » d’aucun genre, qu’il les a donc recueillies empiriquement. Mais, selon O. Hamelin Le Système d’Aristote, Alcan, 2e éd. 1931, p. 101, « les tentatives pour trouver le fil conducteur dont il se serait servi sont arbitraires ». Une récente étude de Giovani Reale, « Filo conduttore grammaticale et filo conduttore ontologico nella deduzione delle categorie aristoteliche » dans la Revista Filosofica Neoscholastica, 49 (1957), 423-458, oriente pourtant dans un sens qui paraît fort vraisemblable.

Au total l’intuition de Trendelenburg dans Geschichte der Kategorienlehre, 1er vol. des Historische Beiträge, p. 23 ss, 194 ss ; 1846, le portait dans la bonne direction. Il n’eut que le tort de s’y enfermer en durcissant un système où le philosophe grec se mouvait souplement, n’utilisant le langage que comme tremplin de la pensée. Pour le commentateur allemand, on le sait, la table aristotélicienne des catégories se fonde sur une classification des parties du discours : la substance correspond au substantif ; la qualité, à l’objectif ; la quantité aux noms de nombre ; « par rapport à », à toutes les formes comparatives et relatives ; « quand et où », aux adverbes de temps et de lieu ; agir, pâtir, être dans telle position, aux verbes actifs, passifs, intransitifs ; « posséder », à la signification propre du parfait grec, exprimant l’état que le sujet possède, au terme d’une action accomplie.

La pensée historique du Stagyrite, à tel moment de sa carrière et dans tel ou tel de ses écrits, est sans doute impossible à fixer avec une sécurité totale. Ce qui paraît hors de cause, c’est l’originalité de la doctrine aristotélicienne des catégories. Contre A. Gercke, Ursprung der aristotelischen Kategorien, dans Archiv für Geschichte der Philosophie (1891) p. 430-434, on peut admettre l’origine platonicienne de certaines doctrines, — notamment celle de la contrariété qui se retrouve dans L’Eudème d’Aristote, — contenues dans le traité des Catégories ; mais la doctrine des catégories n’est pas d’origine platonicienne (ainsi W. Jaeger, Aristoteles, p. 45, note 1).

La nomenclature que donne le chapitre 4 des Catégories est considérée par Aristote lui-même (selon L. M. de Rijk, The Authenticity of Aristotle’s Catégories, dans Mnemosyne, série 4, vol. 4 (1951), p. 129-159 ; et The Place of the Catégories of Being in Aristotle’s Philosophy, Assen, 1952), comme exacte et complète.

En voici le tableau :

1. Substance

2. quantité

3. qualité

4. relation

5. où ?

6. quand ?

7. position

8. avoir

9. action

10. passion

Cette liste se retrouve entière plusieurs fois, à l’exception pourtant de l’avoir et de la position. Le livre A de la Métaphysique « contient parfois des indications plus intéressantes et plus mûres » (Hamelin, op. cit., p. 106). Malgré cela, « ni le sens et la portée générale de la doctrine des catégories ni la nature de chaque catégorie n’ont été déterminés avec une précision suffisante... et ces lacunes n’ont été ailleurs qu’imparfaitement comblées par Aristote » (Ibid., 107).


Voir en ligne : Aristóteles