Philosophia Perennis

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QUELQUES ODES DE HAFIZ

QUELQUES ODES DE HAFIZ (II)

A. L. M. NICOLAS

mardi 13 juillet 2010

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

II

Si cette belle Turque de Chiraz vient à satisfaire les vœux de mon cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
, je lui fais don, pour le seul amour amour
eros
éros
amor
love
de son noir grain de beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
de Samarquand et de Bokhara.

Apporte, ô echanson ! apporte le reste de notre vin, car tu ne saurais trouver en Paradis Paradis Tout le drame qui se joue entre l’Infini et l’Existence se trouve symbolisé dans l’histoire du Paradis terrestre. Tout le problème est dans le fait que le serpent se trouvait au Paradis. S’il n’y avait pas été, le Paradis eût été Dieu, ou plutôt, il n’aurait pas pu avoir d’existence séparée. Exister, c’est ne pas être Dieu, donc être « mauvais ». Frithjof Schuon] ni cette rive de Roukn Abad ni les jardins de Goulguecht ou de Mousalla [1].

Hélas ! semblables aux Turcs dévastateurs qui pillent et saccagent la table d’un festin, ces belles aux doux regards, ces perles de beauté dont les charmes embrasent tous les cours, ont mis à néant néant La notion de néant est directement et indissociablement liée à la notion d’existence. Évoquer le néant revient à révoquer l’existence et réciproquement.

Le néant est un substantif définissant, selon l’usage, soit un état soit un caractère, l’article suivant s’attache à expliquer ces deux aspects.
le repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
 [2] dont le mien jouissait.

Dans la plénitude de sa beauté notre amie n’a aucun souci souci Le grec merimna, terme usité chex Pindare (Olymp., 2,60 ; Istmi., 7,13), les tragiques (Eschyle, Eum, 131 ; Sophocle, OR, 1460...), signifiait l’embarras, l’inquiétude profonde, voir l’anxiété en s’appliquant en mauvaise part à la pensée philosophique. D’où le néologisme ironique d’Aristophane dans Les Nuées (101) de merimnophrontizai, les « médito-penseurs » (P. Chatraine). La notion retrouvera dans le Nouvau Testament traduit par sollicitudo dans la Vulgate. Inquiétude mais aussi accès de la vérité. Hésichios d’Alexandrie, lexicographe de Ve siècle glosera, par son redoublment intensif : mermeros (lat. memor, mémoire), merimma par phrontidos axia : ce qui est digne de réflexion. La notion de souci se voit cernée par l’articulationet le désaccord entre rationalité du réel et son pendant, sa dynamique affective. Récemment capté par la phénoménologie heidéggérienne. (selon J.-M. Bai) de notre incomplet amour. Un joli visage, quel besoin peut-il avoir de teint, de coloris, de grain de beauté ou de duvet naissant sur la joue [3] ?

Je savais bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
qu’à voir cette beauté chaque jour plus éclatante de Joseph, l’amour soulèverait enfin le voile sous lequel se cachait la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de Zouleikha.

Répète, ô échanson, repète-nous tes refrains qui parlent du vin et de la danse : un peu moins de zèle à rechercher les mystères mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
de la création Création La création à laquelle nous appartenons est un cycle de la manifestation universelle, celle-ci étant composée d’une indéfinité de cycles "nécessaires" sous le rapport de leur existence mais "libres" sous celui de leur particularité. [Frithjof Schuon]  ; car, vois tu, personne jusqu’ici n’a, par la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
, résolu cette énigme et personne ne la résoudra [4].

Ecoute-bien ce conseil, ô mon âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
 ! écoute-le, car les jeunes gens favorisés du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
préfèrent à leur propre vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. les avis d’un vieux savant.

Tu m’as grondé, j’en suis ravi, Dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. te le rende, tu as bien fait, car des paroles empreintes d’amertume, cela sied à des lèvres de rubis d’où découle la douceur.


Voir en ligne : Sophia Perennis


[1Rivière et jardins de Chiraz. Ces vers sont trop connus pour avoir besoin de commentaires.

[2Il sera facile de retrouver par la suite des plaintes de ce genre. Hafiz dit autre part : Mon amie m’a conseillé de ne pas me livrer au repos, quoiqu’elle sût que c’était là mon désir. Et Mohammed Ibn-Mohammed Darabi explique : Mon amie véritable, qui m’a emporté le cœur, a vu que ce n’était pas le moment du repos quoiqu’elle sût que j’en avais envie. Ce vers se rapproche de ce Hadis : Combien il y a de choses que vous n’aimez pas, mais qui sont bonnes pour vous, et combien il y a de choses que vous aimez et qui vous sont nuisibles. En vérité, il y en a, parmi mes serviteurs qui, si je les laissais à eux-mêmes, mourraient.

[3Quel rapport ? Quelle liaison y a-t-il entre le premier hémistiche et le second ? Peut-être laul-il comprendre : l’incomplet amour du poète pour l’objet chéri de son cœur, dont la beauté infinie mériterait, selon lui, un amour plus violent encore, peut-il lui servir d’ornement et ajouter à ses charmes ?— Cependant je doute de cette explication.

[4A rapprocher de ces vers d’Hafiz. Tu ne comprendras pas un point des secrets du monde quand même tu y tournerais comme le compas dans le cercle. Vers que Darabi explique ainsi : Ceci est une allusion aux croyances de ceux là qui voient dans la créature la preuve de l’existence de Dieu. Chebistery dit a ce propos : le philosophe est stupéfait de ne voir dans le munde que la créature. De la créature il veut donner la preuve de l’existence de Dieu, c’est pour cela qu’il demeure étonné devant son essence. J’admire l’ignorant qui prend un flambeau pour chercher le soleil. Il faut, en effet, savoir que les choses que nous voyons n’existent pas en elles-mêmes, l’on ne peut donc en tirer la preuve de l’existence de Dieu. Il faudrait, en effet, que la preuve fût alors plus évente que Dieu lui-même.