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La Kabbale Juive

Vulliaud : Le Milieu Mystique - Esséniens, Dosithéens, Pharisiens (I)

Paul Vulliaud

dimanche 4 juillet 2010

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

D’éminents auteurs ont prétendu que d’étroits rapports unissent la Kabbale Kabbale La Kabbale (Qabalah - קבלה en hébreu) est une tradition mystique juive, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah). et l’Essénisme. Affirmer cette intimité est un lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
commun de l’érudition. Quelques savants ne craignent pas de soutenir que « les idées spéculatives qui sont attribuées aux Esséniens par Josèphe et par Philon, les seuls écrivains de l’antiquité qui nous aient parlé d’eux d’une manière un peu suivie, ont beaucoup d’analogie analogia
analogie
analogy
analogía
avec celles qui ont été recueillies à une époque certainement postérieure dans le Zohar Zohar Le Sefer Ha Zohar (Livre de la Splendeur), aussi appelé Zohar, est un des ouvrages majeurs de la Kabbale. Rédigé en araméen. La paternité de l’ouvrage est discutée. Originellement attribué à Rabbi Shimon Bar Yochaï, Tana du IIe siècle, une autre école de pensée, considère qu’il fut rédigé par Moïse de León entre 1270 et 1280. Il s’agit d’une exégèse ésotérique et mystique de la Torah ou Pentateuque.  » [1]. Des écrivains plus compétents que Franck, Munk et Bénamozegh notamment, ont énoncé la même thèse. Qu’en est-il ? Nous sommes avides de connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
leurs preuves. N’aurons-nous dans ces affirmations qu’un témoignage entre mille de la légèreté avec laquelle certains hommes homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
désignés sous le nom de « savants » créent en réalité une science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
toute fictive.

La « littérature » relative aux Esséniens est innombrable ; étonnamment, si l’on réfléchit à la pauvreté des documents primitifs. Cette pénurie a multiplié les conjectures sur l’origine et la signification du nom de la Secte, sur ses doctrines et son caractère comparé à divers mouvements religieux. Par rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
à l’étymologie du nom,, Serarius, jadis, citait une dizaine de sources. Bellermann en compta quatorze, Ginzburg une vingtaine. Il est arrivé à l’histoire de l’Essénisme ce qui s’est produit pour la Kabbale et le Zohar. L’on s’est posé le même genre de questions. La variété des réponses n’est pas moins remarquable. L’Essénisme est-il authentiquement juif ? En quelle mesure les idées étrangères l’ont-elles influencé ? Et surtout, quels sont les points de contact avec la mystique juive, avec la Kabbale ?

Il faut l’avouer, le résultat des recherches est limité. Réduits aux textes de Josèphe et de Philon,. nous en saurions,, à peu de chose près, autant. Derenbourg prévoyait que l’état de nos connaissances sur l’Essénisme, très imparfait, n’a aucune chance de s’améliorer. Les savants ne l’ont pas écouté lorsqu’il conseillait la plus grande prudence, si la science doit être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
plus vraie qu’aventureiuie, si elle veut éclairer plutôt qu’étonner. Loin d’être prudente, elle s’est montrée téméraire et souvent tendancieuse. Cependant, l’étude de la question Essénienne a révélé accessoirement maints détails de la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. mystique chez les Juifs, et qui démontrent l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
pré-chrétienne d’un esoterismo esoterismo
ésotérisme
esoterism
esotérique
esotérico
Doctrine et pratique faisant passer à une gnose vécue, où se trouvent réunifiées l’intelligence du coeur et de la tête, du coeur et de l’esprit.. Fondé sur la « tradition primordiale », notion que nous retrouverons dans toutes les cultures, l’ésotérisme introduit à une métaphysique qui est en même temps une éthique. (selon A. von Heuer)
juif, d’une gnose.

Ginsburg a donné un intéressant compte rendu des opinions suscitées par le problème Essénien, d’Azariah de Rossi jusqu’à Milman. Depuis que cet héhraïsant a publié son opuscule, The Essenes, la variété des avis n’a fait que s’accroître. Un point de vue qui reste, malgré tout, estimable est celui de l’école inaugurée par Rappaport et Frankel, assez judicieuse pour n’avoir point négligé les ressources de la documentation juive. Il est estimable, quoique cette école ait oublié la parole du Talmud qui invite à dire : « Je ne sais pas », quoique sa critique de l’histoire Essénienne, elle aussi, forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
un ensemble déconcertant de contradictions. Tels qui s’accordent sur un point, diffèrent sur un autre. « La tentation de trouver les Esséniens dans notre littérature patristique, avouait Herzfeld, s’est ’convertie en chasse aux hypothèses (hypothesenjagd). » Cette école — que nous appellerons juive — a été également désavouée par Friedlœnder. « Une bonne part de responsabilité dans le désarroi qui règne au sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
des Esséniens, écrivait-il, appartient aux savants juifs, qui veulent expliquer l’origine de l’Essénisme à l’aide du Talmud, tandis que le Talmud ne se doutait même pas de l’existence de cet ordre [2]. » Mais, peu> importe l’école ! C’est partout une même confusion. La conjecture qui semblait abandonnée retrouvera un apologiste pour la prétendre à jamais démontrée. Un seul auteur, Hilgenfeld, afin de citer un.exemple, changera plusieurs fois, d’avis au long de sa carrière. Herzfeld est de la famille des conciliateurs. A ses yeux, l’Essénisme est un mélange de Pharisaïsme, d’Alexandrinisme, de Pythagoréisme, et de quelques rites égyptiens. Pourquoi s’arrêter dans le dénombrement ? Le Parsisme, le Bouddhisme réclament ! Bref, tous auteurs consultés, l’on peut redire avec autant de raison que Schûrer : « Il n’est pas facile de sortir de ce labyrinthe. » Brucker — on excusera ce rappel de « vieille érudition » — l’avait déjà reconnu en son temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. . « Etymon adeo, incertum est, disait-il, ut citius equos gryphis jungere, quam doctorum virorum opiniones inler se conciliare liceat. » Il n’y a guère que Stapfer pour qui l’Essénisme n’ait pas de secrets [3]. Un souvenir, en passant, à ce brave Pierre Leroux qui parlait de l’Essénisme avec la familiarité d’un affilié qui aurait vécu auprès d’eux, puis serait revenu, ici-bas, à la suite de je ne sais quelle métempsycose, pour nous en instruire !

Rappaport (1829) jugeait que les Esséniens ne constituèrent pas une secte distincte au sein du Judaïsme dans le sens absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
du niot, qu’il faut les considérer comme un ordre. Il pensait que les particularités, signalées par Philon et Josèphe, s’accordent avec les renseignements que rapportent la Mischna, le Talmud et les Midraschim sur les Hassidim, les Vatikin ou « vieux croyants », groupés en sainte communauté de Jérusalem. L’Essénisme était une forme intense du Pharisaïsme. Rappaport prétendait aussi que la prière euche
prier
PRIÈRE : (pure, de Jésus, du cœur, de l’intelligence) désigne la prière intérieure continuelle des hésychastes : Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi". (Philocalie, dir. Olivier Clément)
citée par Josèphe comme étant celle que les Esséniens adressaient au lever du soleil est l’hymne des louanges, insérée dans le Rituel juif. Cette prière fait allusion au mystère mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
de la Cosmogonie (Maasé Bereschith) et à la Théosophie Théosophie L’exigence totale de la Doctrine sacrée - de la "théosophie" au sens propre du mot - résulte du fait que l’intelligence spécifiquement humaine est par définition capable d’objectivité et de transcendance et implique ipso facto cette même capacité pour la volonté et pour l’âme sensible ; d’où la liberté de notre volonté et l’instinct moral de notre âme. [Frithjof Schuon] (Maasé Merkabah), ainsi qu’aux anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
qui jouent un rôle important, dans les théories de la fraternité Essénienne. N’est-il pas bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
hardi d’attribuer une telle origine à ce produit de littérature psalmique ?

Frankel avec lequel, dit Ginsburg, commence une nouvelle phase de l’histoire Essénienne (1846) développa la théorie précédente. Les Esséniens auraient appartenu, comme les Pharisiens, au groupe Hassidéen primitif. Ce sera plus tard seulement que les sectes prendront, au cours de leur développement, une physionomie mieux dessinée, un caractère séparé qu’on ne doit pas exagérer. La différence est relative au rigorisme ou au laxisme suivant lequel les prescriptions religieuses sont observées. Les Esséniens seraient nommés, contrairement au préjugé vulgaire dans la Mischna, le Talmud et les Midraschim, ou plutôt on y fait une allusion fréquente. Frankel n’hésite pas à dire que les sources rabbiniques en parlent constamment. C’est d’eux qu’il s’agit sous les expressions de Hassidim harischonim (les pieux d’autrefois), Haberim (compagnons), Vatikin (forts), Tsenouim (humbles), Kahala kadischa d’bierouschalaym (sainte assemblée de Jérusalem), Toblé schaharith (baigneurs du matin, hémérobaptistes).

Jost, Graetz, et plus tard Bénamozegh, Kofaler, Edersheim, Lehmann, et d’autres encore, suivirent la voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
tracée par Frankel. Ils profitèrent des sources rabbiniques, sans aboutir toutefois aux mêmes conclusions. Ainsi Grsetz tomba dans l’erreur de prétendre que le Christianisme fut engendré par l’Essénisme. Bénamozegh exagéra au possible cette idée. C’est à satiété qu’il parle dans tous ses écrits d’une relation qu’il imagine entre la Kabbale, l’Essénisme et le Christianisme. Lehmann, chez qui l’on constate cette tendance, a publié le commentaire subtil d’un intéressant texte talmudique, et qui pourtant ne jette pas autant de lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. — nous l’analyserons — sur notre problème que l’auteur le suppose.

Ces orientalistes, en questionnant le document juif, s’étaient-ils engagés dans la bonne voie ? Nous connaissons la réponse négative de Friedlsender. Des historiens renommés furent attirés par l’antiquité classique.

Goodwin, Th. Gale avaient soutenu le parallélisme entre le Pythagorisme et l’Essénisme. Ils trouvèrent spécialement en Zeller un étninent successeur. Entre temps, pour Gfrörer (1838), Esséniens et Thérapeutes constituent une même secte. Les Juifs se seraient groupés, au me siècle avant l’ère chrétienne, en sociétés à Alexandrie Alexandrie
Alexandria
L’École d’Alexandrie désigne le mouvement platonicien qui a fleuri à Alexandrie entre le IVe et le VIIe siècles apr. J.-C., dont l’initiateur avait été Ammonius Saccas, le maître de Plotin. (d’après Y. Lafrance)
sur le modèle pythagoricien, engendrant la secte des Thérapeutes d’Egypte qui se serait développée en Palestine vers 130 avant Jésus-Christ. L’Essénisme serait le canal par lequel la théosophie alexandrine s’établit sur le sol palestinien. Gfrörer était à ce point convaincu des rapports intimes entre le Christianisme et l’Essénisme qu’en ne les admettant pas,, on était, à ses yeux, privé de tout sens historique ! Il affirmait. aussi que le Zohar est l’expression générale de la doctrine des Esséniens. L’obligation au secret doctrinal trouvait sa raison dans l’hostilité des prêtres de Palestine à cette importation étrangère. En somme, les trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
sectes, Pythagorisme, Thérapeutes, Essénisme, étaient « ce que la grand’mère et la mère sont à la fille ». Le parallèle entre Thérapeutes et Esséniens, s’imagine le nourrisson de Tubingue, est si parfait qu’il s’étend à leurs noms. Car le mot Essaios, suivant la plus correcte étymologie, est dérivé du verbe syro-chaldaïque assâ : guérir, et donne la traduction littérale de Therapeutes.

Le temps où la savante Allemagne débitait ces contes est passé. C’était celui où la littérature rabbinique était mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
connue sinon ignorée, où le Pharisaïsme était la lettre et la légalité, tandis qu’Alexandrie représentait l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
et l’allégorie. Des hommes de génie ont partagé ces vues simplistes. Gioberti écrivait : « Presso i Giudei ai tempi di Cristo vi eran due scuole ; l’Alessandrina, filosófica, acroamática, sottile ; la Palestina, tradizionale, essoterica positiva. La prima esprimeva il genio Indo-pelasgico e Greco ; l’altra esponeva il genio semitico [4]. » Lorsque les savants se grisent de mots, ils prétendent construire des synthèses ! Le dernier écho de cette théorie qui a troublé si longtemps l’érudition, s’entend chez Herriot qui soutient (1898) que l’Essénisme « aurait subi profondément l’influence du néo-pythagorisme et du judaïsme alexandrin ». Doehne avait déjà estimé que l’Essénisme est le produit de la philosophie juive alexandrine. Il dérivait le mot « Essénien » de assâ, guérir. Cette origine a été maintes fois soutenue. On supposait probablement que l’identification avec les Thérapeutes, guérisseurs du corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
et de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
, cadrait avec cette étymologie, à moins que l’étymologie n’ait conduit à cette identification. Il y a souvent de la puérilité dans les jeux de « savants » ! Schürer note ici avec raison que les Esséniens n’ont jamais été appelés therapeutai : médecins, mais therapeutai theou : serviteurs de Dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. . Benamozegh aurait dû s’en aviser, puisqu’il dérive « Essénien » de Assia ou Assé qui, écrit-il, signifie dans la langue araméenne médecin, guérisseur, ce qui, en grec, correspond à thérapeute [5].

Quoique des savants juifs aient appelé l’attention sur les mouvements religieux de la Palestine, prouvé que l’Essénisme est, en principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
, une exaltation du Pharisaïsme, l’on s’évertua de chercher quelles influences étrangères — Parsisme, Syriacisme, Bouddhisme, Grécisme — auraient pu faire naître l’association juive. Neander, dans l’introduction de son Histoire de l’Eglise, avait bien averti de ne pas conclure des ressemblances de certains phénomènes religieux à une origine extérieure. Cependant, et quoique cet auteur ait heureusement reconnu le caractère originellement juif de l’Essénisme, il se montra partisan de la théorie suivant laquelle des éléments étrangers s’y sont mêlés. Il adopta le Parsisme. C’est la question de la vénération du soleil chez les Esséniens qui le mena à cette conclusion. On exagérera plus lard la valeur de l’influence orientale. Edersheim ira jusqu’à prétendre que les historiens juifs modernes ont outré l’étroitesse des ressemblances entre le Pharisaïsme et l’Essénisme. Le plus rebelle à suivre ses coreligionnaires est encore Friedlrender (1887). « Depuis Doehne, Gfrôrer et Baur, dit-il, qui étaient sur la bonne voie, non. seulement la question n’a pas fait de progrès, mais il s’est même produit un recul considérable et on s’est engagé dans une fausse direction. On veut absolument expliquer l’Essénisme par le Pharisaïsme, et on s’obstine à n’y voir aucune influence étrangère, même celle qui saute aux yeux [6]. » Pour cet auteur, l’âme de la secte est d’extraction alexandrine. On doit lire la réfutation ; solide malgré sa brièveté, de l’impénitent fantaisiste par E. Bre-hier. « D’une façon générale, conclut celui-ci, tontes les tentatives de relier l’Essénisme à l’Alexandrinisme semblent échouer... Friedlaender a tenté sans y réussir de voir dans ses doctrines des traces d’Alexandrinisme [7]. »

Goodwin fut le premier (1625) à reprendre le parallèle entre Pythagoriciens et Esséniens, provoqué par Josèphe, longuement exposé par Brucker et dont Zeller, nous l’avons noté, se constitua le plus savant champion. Une superficielle analogie était devenue une étroite similitude. Ginsburg détruisit non moins savamment le parallèle imaginé. C’est en 1864 que cet orientaliste publia son remarquable essai : The Essenes. Il y marquait sa surprise que, pour les sources d’informat information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] ion, on ne se référât qu’à Philon, Josèphe, Pline, Solin, Eusèbe et Epiphane. Il prend la défense de la thèse que nous avons appelée juive, c’est-à-dire, celle d’après laquelle le témoignage combiné des anciens écrivains ordinairement suivis, reste insuffisant, et qu’une histoire plus précise des Esséniens implique la documentation fournie par le Talmud et les Midraschim. Philon et Josèphe, dans leurs apologies, sont trop décidés à montrer les sectes juives analogues aux écoles grecques. Pline l’Ancien ; Solin qui résume Pline, Porphyre qui a résumé Josèphe, sont trop ignorants du Judaïsme, nourrissent trop de préjugés contre les Juifs. L’érudition d’Epiphane est suspecte. Quant à Hippolyte, il suit Josèphe, et Eusèbe reproduit Philon en le christianisant.

L’analyse de la thèse de Zeller par Ginsburg est minutieuse. Maintes comparaisons entre le Pythagorisme et l’Essénisme disparaissent, d’autres retrouvent leur paternité dans le Judaïsme, et les points de différence surgissent nombreux et fondamentaux. Les observations complémentaires de Lightfoot auraient dû complètement ruiner le système doctement élaboré par le critique allemand. De, toutes les opinions sur l’origine du nom « Essénien », Ginsburg préfère celle de hassid, saint, pieux.

Lightfoot remit, dix ans après Ginsburg, le problème en question (1875). Edersheim a plusieurs fois déclaré, soit dans son Histoire de la Nation juive, soit dans son ouvrage sur Jésus le Messie, que la discussion de l’évèque de Durham ouvrait une ère nouvelle de l’histoire Essénienne. « La discussion magistrale du professeur Lightfoot sur les Esséniens, s’exprime-t-il, remplie d’une science si solide et si calme, a ouvert une ère nouvelle à l’étude de la secte. On peut dire qu’elle a transporté cette étude du domaine de la spéculation arbitraire dans celui de l’investigation historique. » Voyons ce qu’il en est.


Voir en ligne : Sophia Perennis


[1Franck, Nouvelles études orientales, p. 56.

[2Revue des Etudes juives, t. XIV, n. 28.

[3P. Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Chrit, p. 432.

[4Gioberti, Filosofía délia Rivelazione, p. 131. Turin, 1856. On sail que dans la langue de Gioberti essoterica correspond à exotérique et aeroamatique à ésotérique.

[5E. Benamozegh, Storia degli Esseni. p. 34.

[6Friedlœnder ignore le travail de Lightfoot.

[7Bréhier, Les idées philosophiques et religieuses de Philon d’Alexandrie, p. 52.