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L’entrée en métaphysique

Gaboriau : A la recherche du « Point de départ »

Florent Gaboriau

dimanche 20 décembre 2009

L’entrée en métaphysique, Florent Gaboriau.

A la recherche du « Point de départ » (le « Cogito » cartésien)

Dans la vie de connaissance, tout part de l’expérience, tout de ce qui aboutit à la technique comme à la science ; mais justement puisque tout vient de l’expérience, celle-ci n’est pas le point de départ spécifique de la métaphysique.

Dans la mesure où celle-ci doit effectivement assurer aux autres un fondement, il faut qu’elle se contrôle elle-même rigoureusement. Aussi bien la philosophie est-elle la recherche de ce qui est premier, arche ou le proton. On a pu l’appeler « protologie » (V. Gioberti, Della protologia, 1857) ; comme on pourrait la dire « archologie » (distincte d’une « archéologie », science de l’ancien).

« Mais est soit un intemporel, dont la priorité est ontologique ou logique, c’est-à-dire un principe ; soit un temporel dont la priorité est chronologique, c’est-à-dire un commencement. » [1] La philosophie sera considérée, soit comme « science des origines toutes premières » (episteme ton proton archon, que l’on traduit trop abstraitement « science des premiers principes ») ; soit comme « science du commencement », préoccupée de arche philosoias au sens platonicien du terme, où l’étonnement est source de réflexion (Théét. 155 d).

Mais entre cette « science de l’amorçage de la démarche », science du cheminement, recherche de méthode ou d’itinéraire,... et la « science des tout premiers Débuts » ou de l’Origine Principale (ou des Principes), il y a identité, comme entre le commencement et l’achèvement d’un même processus.

Le mot « principe » donnait lieu en effet à une confusion. Dans un cas, le principe est le point d’enracinement originel de la philosophie ; il est certitude initiale, s’identifiant avec la question ouverte et l’inquiétude du philosophe « soucieux de prendre racine dans la vérité, de trouver comme l’alpiniste sa prise ». Il s’agit ici de la philosophie à faire, comme tâche et comme recherche. Dans l’autre cas, le principe est fondement dernier, assise et solution, ultime certitude : philosophie achevée, le sommet conquis d’où l’on peut se retourner (et par le chemin du retour, « déduire » en expliquant, tandis qu’à l’aller, on s’appliquait à « induire » en explicitant). Bref, la différence de « principe » à « principe » est celle d’une vérité originelle à une vérité originaire, d’une certitude initiale à une certitude finale. (Cette dernière étant « principale », comme la source trouvée en remontant le cours, comme l’océan à l’origine de la source.)

Mais ce principe de remontée qui s’impose à la « méthode » (à l’itinéraire), est évidemment loin du principe authentique, qui s’impose en « réalité », pour expliquer le reste. Le premier n’explique rien : on s’y applique seulement comme on met le pied dans l’étrier ; l’autre achève tout. Or comme c’est à la même science qu’il revient de commencer et d’achever, une même expression peut la désigner par un bout ou par l’autre : science du départ, et science de l’arrivée. En effet : « Nous ne sommes pas de plain pied avec la vérité, et le problème de l’entrée et du passage se pose. Précisément, parce qu’il y a un pas à faire et à bien faire, il y a un problème du début. La question philosophique du commencement constitue alors le commencement de la question, de l’interrogation philosophique. » (Id., Ibid., p. 12) Question radicale, au sens propre du terme, qui justifie donc un carrefour approfondi.


Voir en ligne : Heidegger et ses références


[1Pierre Thevenaz, Problèmes actuels de la Phénoménologie, Desclée de Brouwer, 1951, p. 11.