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Le Ministère de l’Homme-Esprit

Extraits sur l’Être

Louis-Claude de Saint-Martin

vendredi 16 octobre 2009

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Avec nos instruments d’astronomie, nous pénétrons dans les vastes profondeurs des cieux ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
 ; nous y découvrons chaque jour des merveilles qui attirent notre admiration ; et lorsque les sources puissantes qui animent tous ces corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
célestes, ainsi que l’espace espace L’espace est avant tout une notion de géométrie et de physique qui désigne une étendue, abstraite ou non, ou encore la perception de cette étendue. Conceptuellement, il est synonyme de contenant aux bords indéterminés. où ils nagent, ne semblent s’ouvrir à nos yeux qu’afin que nous rapprochions d’elles, autant qu’il est en nous, ces sources plus puissantes encore dont elles sont séparées, que faisons-nous ? Au lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
d’employer notre zèle à rétablir leur antique alliance, nous mettons le comble à leur tristesse tristesse
lype
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), au lieu d’utiliser la tristesse, "passion naturelle et irréprochable", pour pleurer ses péchés et s’affliger de son éloignement de Dieu et de la perte des biens spirituels, l’homme l’utilise au contraire à pleurer la perte de biens sensibles, s’afflige de n’avoir pu satisfaire tel désir, ni obtenir un plaisir attendu, ou encore d’avoir subi tel désagrément dans ses rapports avec ses semblables. Il fait de la tristesse une maladie de l’âme.
, en leur disant qu’elles auraient tort de soupirer après un autre état, qu’elles ont tout le repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
auquel elles peuvent prétendre, et que c’est en vain qu’elles invoquent une autre puissance acte
puissance
energeia
dynamis
que la leur ; en un mot, lorsqu’elles viennent nous demander de les rapprocher de cet Être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
qui est si élevé au-dessus de leur demeure, de cet Être sans lequel nulle créature ne jouit de la paix paix
paz
peace
, notre profond savoir nous conduit à faire retentir de nos blasphèmes leurs majestueuses enceintes, et à proclamer hautement, sous leurs célestes portiques, qu’il n’y a point de Dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. . Le Ministère… : De la Nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)

Et ici nous sommes obligés de rappeler que les éternelles puissances génératrices de cet Être universel reposent, comme tout ce qui existe, sur deux dualité
deux
dyade
Quand la dualité est horizontale, elle exprime les pôles "actif" et "passif" ; quand elle est verticale, elle exprime les degrés "absolu" et "relatif", dans l’Ordre divin d’abord et dans l’ordre cosmique ensuite. [Frithjof Schuon]
bases fondamentales que dans l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
des choses, nous avons indiquées sous les noms de la force et de la résistance ; et que Jacob Boehme, en les appliquant à la Divinité divin
divinité
Ce terme désigne la qualité d’être un dieu ou une déesse (une déité), ou Dieu (la Déité). Il est alors synonyme de divinité en tant que substantif.
, représente sous les noms du double désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
DÉSIR : traduit épithymia ou épithymétikon, et désigne la première des trois parties de l’âme, la tension qui porte l’amour du créé pour l’incréé, ou de créé pour lui-même. Voir Parties de l’âme. (Philocalie, dir. Olivier Clément)
qu’elle a de rester dans son propre centre centre
centro
center
, et d’y développer cependant ses universelles splendeurs ; sous les noms d’âpreté et de douceur ; de ténèbres ténèbres Les ténèbres sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification. et de lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles.  ; et même sous les noms d’angoisses et de délices, de colère et d’amour amour
eros
éros
amor
love
, quoiqu’il dise sans cesse que dans Dieu, il n’y a ni âpreté, ni ténèbres, ni angoisses, ni colère, et qu’il ne se serve de ces expressions que pour désigner des puissances qui sont diverses, mais qui, agissant simultanément, offrent, et offriront éternellement la plus parfaite unité, non seulement avec elles-mêmes, mais encore avec cet universel et éternel esprit, qu’elles n’ont jamais cessé et qu’elles ne cesseront jamais d’engendrer. Le Ministère… : De l’Homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
.

Il me semble aussi que ce n’est point une notion infructueuse et indifférente que celle que nous acquérons ici du caractère de ce fruit perpétuel de l’actuel engendrement de l’universelle unité dont les puissances sont continuellement dans la nécessaire et exclusive dépendance d’elles-mêmes ; et si les observateurs avaient ainsi considéré cette unité productrice dans son caractère d’émission actuelle et nécessaire, ils auraient retiré de plus grands avantages de leurs recherches sur l’Être divin et universel qui en résulte, qu’en voulant scruter de prime abord la nature de cet Être, comme ils le font, et cela en détournant avec soin leurs regards de son action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
, pendant que son action est peut-être toute sa nature : aussi c’est par une suite de leur fausse tactique que non seulement ils n’ont point trouvé cet Être universel qu’ils cherchaient mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
, mais que même ils en sont venus à se persuader que ce qu’ils n’avaient point trouvé n’existait pas. Le Ministère… : De l’Homme.

Voici un des principaux avantages que nous aurions retirés si nous avions considérés sous son vrai caractère l’Être universel, ou le fruit spirituel, divin et actuel des puissances de l’éternelle unité. Le Ministère… : De l’Homme.

Il faut ainsi, que le fruit de cet engendrement, ou que cet Être universel nous dévoile et nous offre sans cesse et dans tous les points une telle abondance et une telle continuité d’amour, de vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. , de force, de puissance, de beauté beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
, de justesse, d’harmonie, de mesure, d’ordre, et de toute autre sorte de qualités quelconques, que partout notre pensée rencontre le vivant effet de leur plénitude et ne puisse jamais manquer des moyens de reconnaître la suprématie de leur universelle unité ; il faut surtout que ce fruit qu’elle engendre ne puisse sans doute également faire qu’un avec elle, puisqu’il doit avoir, et être tout ce que cette unité renferme, et puisque ne pouvant admettre d’intervalle entre l’amour de ces puissances, et l’acte de leur engendrement, ni de diversité dans les degrés de cet amour et de cet engendrement, il n’est pas possible non plus d’apercevoir de différence dans leur être essentiel et dans leur nature constitutive. Le Ministère… : De l’Homme.

Mais aussi ce n’est qu’à cet Être universel, ou à cette émission actuelle et perpétuelle de l’éternelle unité à nous offrir cette connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
, comme ce n’est qu’au fruit de toutes nos générations visibles à nous offrir celle de leurs puissances génératrices. Le Ministère… : De l’Homme.

Voilà pourquoi ceux qui ont méconnu cet Être nécessaire, ou ce fruit actuel et perpétuel de l’engendrement de l’éternelle unité ont dû finir naturellement par ne plus reconnaître l’éternelle unité elle-même, puisqu’il n’y avait absolument que ce fruit actuel qui pût la leur représenter avec toutes les qualités et propriétés qui la constituent ; c’est ainsi qu’en détournant nos yeux des fruits de la terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] , nous perdrions bientôt la connaissance des qualités virtuelles, et génératrices de la nature. C’est ainsi qu’en ne considérant l’Homme que dans l’immobilité et dans le mutisme, nous perdrions bientôt l’idée de l’étonnante agilité de son corps, et de la vaste étendue de son intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] et de sa pensée. Le Ministère… : De l’Homme.

Si les puissances de l’éternelle unité sont nécessairement unes dans leur engendrement, si l’Être universel ou le fruit qui provient de leur engendrement fait aussi nécessairement un avec elles, c’est sans doute une raison fondamentale pour que sa génération genèse
genesis
génesis
génération
Même dans l’Iliade (XIV 201, 246), où son usage est attesté pour la première fois, génesis désigne non seulement la "naissance", mais aussi la "génération", "le fait de venir à l’être". [Luc Brisson]
nous soit cachée, puisque nous ne pouvons le considérer séparé de ses sources génératrices. Le Ministère… : De l’Homme.

Et c’est là ce qui nous confirme dans les principes ci-dessus ; si dans tous les exemples particuliers que nous avons présentés, il n’y a rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. qui puisse porter le nom d’esprit, qu’en nous offrant le phénomène phénoménologie
fenomenologia
phenomenology
phénomène
fenômeno
phenomenon
La phénoménologie de Edmund Husserl se définit d’abord comme une science transcendantale qui veut mettre au jour les structures universelles de l’objectivité.
d’une émission actuelle et toujours possible, il est bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
sûr que l’Être universel ne peut avoir que ce même caractère, et que dès lors il développe à notre entendement l’actuelle et nécessaire plénitude d’une existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
sans interruption comme sans principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
. Le Ministère… : De l’Homme.

Heureux celui qui élèvera sa pensée jusqu’à ce haut terme et qui pourra s’y maintenir ? Il parviendra par ce moyen à tellement clarifier son intelligence, que la base de ce qui existe dans l’ordre des choses invisibles, ainsi que dans l’ordre des choses visibles, lui paraîtra simple, active, permanente, et pour ainsi dire diaphane attendu que l’Être universel, par son actualité vivante et continuelle, doit porter par tout la lumière et la limpidité dont il est le foyer perpétuel. Le Ministère… : De l’Homme.

Il serait bon de lui dire que quand les déistes reconnaissent l’existence d’un Être suprême, et que cependant ils ne veulent pas qu’il s’occupe du gouvernement de ce monde, ni des hommes qui l’habitent, leur erreur ne vient que de ce qu’ils se sont fait matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
et brutes ; qu’en effet Dieu ne se mêle pas de la matière ni des brutes, mais qu’il les fait diriger par ses puissances ; que d’un autre côté les déistes assoupissent leur âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
de manière que Dieu ne l’approche plus et ne la mène plus, puisqu’il ne peut se plaire que dans son image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
et ne se mêler que de son image, et que c’est pour cela qu’ils disent que Dieu ne se mêle pas du gouvernement de l’espèce humaine, parce que véritablement dans l’état de dégradation et de ténèbres où les déistes se laissent descendre, il ne se mêle pas d’eux. Le Ministère… : De l’Homme.

Aussi cette grande époque divine du réparateur place l’homme qui sait la mettre à profit, dans la voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
de son véritable rétablissement, en lui procurant les moyens de délivrer les esclaves de la maison de servitude, et de manifester dans toutes les régions et dans toutes les classes, la gloire, la justice et la puissance du souverain Être, dont le saint réparateur lui transmet le sceau et le caractère. Le Ministère… : De l’Homme.


Voir en ligne : Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu