Philosophia Perennis

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Le Ministère de l’Homme-Esprit

Extraits sur l’Être

Louis-Claude de Saint-Martin

vendredi 16 octobre 2009

Avec nos instruments d’astronomie, nous pénétrons dans les vastes profondeurs des cieux ; nous y découvrons chaque jour des merveilles qui attirent notre admiration ; et lorsque les sources puissantes qui animent tous ces corps célestes, ainsi que l’espace où ils nagent, ne semblent s’ouvrir à nos yeux qu’afin que nous rapprochions d’elles, autant qu’il est en nous, ces sources plus puissantes encore dont elles sont séparées, que faisons-nous ? Au lieu d’employer notre zèle à rétablir leur antique alliance, nous mettons le comble à leur tristesse, en leur disant qu’elles auraient tort de soupirer après un autre état, qu’elles ont tout le repos auquel elles peuvent prétendre, et que c’est en vain qu’elles invoquent une autre puissance que la leur ; en un mot, lorsqu’elles viennent nous demander de les rapprocher de cet Être qui est si élevé au-dessus de leur demeure, de cet Être sans lequel nulle créature ne jouit de la paix, notre profond savoir nous conduit à faire retentir de nos blasphèmes leurs majestueuses enceintes, et à proclamer hautement, sous leurs célestes portiques, qu’il n’y a point de Dieu. Le Ministère… : De la Nature

Et ici nous sommes obligés de rappeler que les éternelles puissances génératrices de cet Être universel reposent, comme tout ce qui existe, sur deux bases fondamentales que dans l’esprit des choses, nous avons indiquées sous les noms de la force et de la résistance ; et que Jacob Boehme, en les appliquant à la Divinité, représente sous les noms du double désir qu’elle a de rester dans son propre centre, et d’y développer cependant ses universelles splendeurs ; sous les noms d’âpreté et de douceur ; de ténèbres et de lumière ; et même sous les noms d’angoisses et de délices, de colère et d’amour, quoiqu’il dise sans cesse que dans Dieu, il n’y a ni âpreté, ni ténèbres, ni angoisses, ni colère, et qu’il ne se serve de ces expressions que pour désigner des puissances qui sont diverses, mais qui, agissant simultanément, offrent, et offriront éternellement la plus parfaite unité, non seulement avec elles-mêmes, mais encore avec cet universel et éternel esprit, qu’elles n’ont jamais cessé et qu’elles ne cesseront jamais d’engendrer. Le Ministère… : De l’Homme.

Il me semble aussi que ce n’est point une notion infructueuse et indifférente que celle que nous acquérons ici du caractère de ce fruit perpétuel de l’actuel engendrement de l’universelle unité dont les puissances sont continuellement dans la nécessaire et exclusive dépendance d’elles-mêmes ; et si les observateurs avaient ainsi considéré cette unité productrice dans son caractère d’émission actuelle et nécessaire, ils auraient retiré de plus grands avantages de leurs recherches sur l’Être divin et universel qui en résulte, qu’en voulant scruter de prime abord la nature de cet Être, comme ils le font, et cela en détournant avec soin leurs regards de son action, pendant que son action est peut-être toute sa nature : aussi c’est par une suite de leur fausse tactique que non seulement ils n’ont point trouvé cet Être universel qu’ils cherchaient mal, mais que même ils en sont venus à se persuader que ce qu’ils n’avaient point trouvé n’existait pas. Le Ministère… : De l’Homme.

Voici un des principaux avantages que nous aurions retirés si nous avions considérés sous son vrai caractère l’Être universel, ou le fruit spirituel, divin et actuel des puissances de l’éternelle unité. Le Ministère… : De l’Homme.

Il faut ainsi, que le fruit de cet engendrement, ou que cet Être universel nous dévoile et nous offre sans cesse et dans tous les points une telle abondance et une telle continuité d’amour, de vie, de force, de puissance, de beauté, de justesse, d’harmonie, de mesure, d’ordre, et de toute autre sorte de qualités quelconques, que partout notre pensée rencontre le vivant effet de leur plénitude et ne puisse jamais manquer des moyens de reconnaître la suprématie de leur universelle unité ; il faut surtout que ce fruit qu’elle engendre ne puisse sans doute également faire qu’un avec elle, puisqu’il doit avoir, et être tout ce que cette unité renferme, et puisque ne pouvant admettre d’intervalle entre l’amour de ces puissances, et l’acte de leur engendrement, ni de diversité dans les degrés de cet amour et de cet engendrement, il n’est pas possible non plus d’apercevoir de différence dans leur être essentiel et dans leur nature constitutive. Le Ministère… : De l’Homme.

Mais aussi ce n’est qu’à cet Être universel, ou à cette émission actuelle et perpétuelle de l’éternelle unité à nous offrir cette connaissance, comme ce n’est qu’au fruit de toutes nos générations visibles à nous offrir celle de leurs puissances génératrices. Le Ministère… : De l’Homme.

Voilà pourquoi ceux qui ont méconnu cet Être nécessaire, ou ce fruit actuel et perpétuel de l’engendrement de l’éternelle unité ont dû finir naturellement par ne plus reconnaître l’éternelle unité elle-même, puisqu’il n’y avait absolument que ce fruit actuel qui pût la leur représenter avec toutes les qualités et propriétés qui la constituent ; c’est ainsi qu’en détournant nos yeux des fruits de la terre, nous perdrions bientôt la connaissance des qualités virtuelles, et génératrices de la nature. C’est ainsi qu’en ne considérant l’Homme que dans l’immobilité et dans le mutisme, nous perdrions bientôt l’idée de l’étonnante agilité de son corps, et de la vaste étendue de son intelligence et de sa pensée. Le Ministère… : De l’Homme.

Si les puissances de l’éternelle unité sont nécessairement unes dans leur engendrement, si l’Être universel ou le fruit qui provient de leur engendrement fait aussi nécessairement un avec elles, c’est sans doute une raison fondamentale pour que sa génération nous soit cachée, puisque nous ne pouvons le considérer séparé de ses sources génératrices. Le Ministère… : De l’Homme.

Et c’est là ce qui nous confirme dans les principes ci-dessus ; si dans tous les exemples particuliers que nous avons présentés, il n’y a rien qui puisse porter le nom d’esprit, qu’en nous offrant le phénomène d’une émission actuelle et toujours possible, il est bien sûr que l’Être universel ne peut avoir que ce même caractère, et que dès lors il développe à notre entendement l’actuelle et nécessaire plénitude d’une existence sans interruption comme sans principe. Le Ministère… : De l’Homme.

Heureux celui qui élèvera sa pensée jusqu’à ce haut terme et qui pourra s’y maintenir ? Il parviendra par ce moyen à tellement clarifier son intelligence, que la base de ce qui existe dans l’ordre des choses invisibles, ainsi que dans l’ordre des choses visibles, lui paraîtra simple, active, permanente, et pour ainsi dire diaphane attendu que l’Être universel, par son actualité vivante et continuelle, doit porter par tout la lumière et la limpidité dont il est le foyer perpétuel. Le Ministère… : De l’Homme.

Il serait bon de lui dire que quand les déistes reconnaissent l’existence d’un Être suprême, et que cependant ils ne veulent pas qu’il s’occupe du gouvernement de ce monde, ni des hommes qui l’habitent, leur erreur ne vient que de ce qu’ils se sont fait matière et brutes ; qu’en effet Dieu ne se mêle pas de la matière ni des brutes, mais qu’il les fait diriger par ses puissances ; que d’un autre côté les déistes assoupissent leur âme de manière que Dieu ne l’approche plus et ne la mène plus, puisqu’il ne peut se plaire que dans son image et ne se mêler que de son image, et que c’est pour cela qu’ils disent que Dieu ne se mêle pas du gouvernement de l’espèce humaine, parce que véritablement dans l’état de dégradation et de ténèbres où les déistes se laissent descendre, il ne se mêle pas d’eux. Le Ministère… : De l’Homme.

Aussi cette grande époque divine du réparateur place l’homme qui sait la mettre à profit, dans la voie de son véritable rétablissement, en lui procurant les moyens de délivrer les esclaves de la maison de servitude, et de manifester dans toutes les régions et dans toutes les classes, la gloire, la justice et la puissance du souverain Être, dont le saint réparateur lui transmet le sceau et le caractère. Le Ministère… : De l’Homme.


Voir en ligne : Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu