Philosophia Perennis

Accueil > Ésotérisme occidental > Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) > Saint-Martin : Extraits sur l’Être

Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers.

Saint-Martin : Extraits sur l’Être

Louis-Claude de Saint-Martin

vendredi 16 octobre 2009

Il est évident que les facultés invisibles, par lesquelles j’ai eu le pouvoir de produire cette oeuvre, sont, par leur nature, très supérieures à leur résultat et qu’elles en sont tout à fait indépendantes. Car cet édifice aurait pu ne pas recevoir l’existence sans que les facultés qui me rendaient capable de la lui donner en fussent altérées. Depuis qu’il l’a reçue, elles conservent la même supériorité, puisqu’ayant le pouvoir de le détruire, ne pas le détruire c’est en quelque sorte lui continuer l’existence ; enfin, s’il venait à périr, les facultés que lui ont donné l’Être resteraient après lui ce qu’elles étaient avant et pendant sa durée. Tableau naturel... : I

Tout se réunit ici pour démontrer la supériorité de l’homme, puisqu’il trouve dans ses propres facultés, de quoi s’élever jusqu’à la démonstration du Principe actif et invisible dont l’univers reçoit l’existence et ses lois ; puisque dans les oeuvres même matérielles qu’il a le pouvoir de produire, il trouve la preuve que son Être est d’une nature impérissable. Tableau naturel... : I

Considérée comme effet, la liberté se dirige uniquement d’après la loi donnée a notre nature intellectuelle ; alors elle suppose l’indépendance, l’exemption entière de toute action, force ou influence contraire a cette loi, exemption que peu d’hommes ont connue. Sous ce point de vue, où l’homme n’admet aucun autre motif que sa loi, toutes ses déterminations, tous ses actes sont l’effet de cette loi qui le guide, et c’est alors seulement qu’il est vraiment libre, n’étant jamais détourné par aucune impulsion étrangère de ce qui convient à son Être. Tableau naturel... : I

Quant à l’Être principe, a cette force pensante universelle, supérieure a l’homme, de laquelle nous ne pouvons pas surmonter ni éviter l’action, et dont l’existence est démontrée par l’état passif ou nous sommes envers elle relativement a nos pensées, ce dernier Principe a aussi une liberté qui diffère essentiellement de celles des autres Êtres, car étant lui-même sa propre loi, il ne peut jamais s’en écarter et sa liberté n’est exposée a aucune entrave ou impulsion étrangère. Ainsi il n’a pas cette faculté funeste par laquelle l’homme peut agir contre le but même de son existence. Ce qui démontre la supériorité infinie de ce Principe universel et Créateur de toute loi. Tableau naturel... : I

Ce Principe suprême, source de toutes les Puissances, soit de celles qui vivifient la pensée dans l’homme, soit de celles qui engendrent les oeuvres visibles de la nature matérielle, cet Être nécessaire à tous les autres Êtres, germe de toutes les existences : ce terme final vers lequel elles tendent, comme par un effort irrésistible, parce que toutes recherchent la Vie ; cet Être, dis-je est celui que les hommes appellent généralement Dieu. Tableau naturel... : I

Je ne tenterai pas de rendre plus sensible la nature de cet Être, ni de pénétrer dans le Sanctuaire des Facultés divines ; il faudrait, pour y parvenir, connaître quelqu’un des nombres qui les constituent : or comment serait-il possible à l’homme de soumettre la Divinité à ses calculs et de fixer son Nombre principal ? Pour connaître un nombre principal, il est nécessaire d’avoir au moins une de ses aliquotes : et quand, pour représenter l’immensité des Puissances divines, nous remplirions un livre, tout l’Univers, de signes numériques, nous n’en aurions pas, encore la première aliquote, puisque nous pourrions toujours y ajouter de nouveaux nombres, c’est-à-dire, que nous trouverions toujours dans cet Être, de nouvelles Vertus. Tableau naturel... : I

D’ailleurs il faut dire ici de Dieu, ce que nous aurions pu dire de l’Être invisible de l’homme. Avant de songer a découvrir ses rapports et ses lois, nous avons dû nous convaincre de son existence, parce que, être, ou avoir tout en soi, selon sa classe, ce n’est qu’une seule et même chose ; en sorte qu’avoir reconnu la nécessité et l’existence du Principe éternel de l’infini, c’est lui avoir attribué en même temps toutes les facultés, perfections et puissance, que doit avoir en soi cet Être universel, quoiqu’on ne puisse en concevoir ni le nombre ni l’immensité. Ces premiers pas étant assurés, essayons de découvrir les nouveaux rapports par la considération de la Nature physique. Tableau naturel... : I

C’est ici le lieu d’observer les résultats de toutes les recherches qui ont été faites sur Dieu et sur la matière. Dans tous les temps on a cherché a savoir ce que c’est que la matière, et on n’a pu le concevoir encore : il y a même des langues très savantes qui n’ont point de mots pour l’exprimer. Au contraire, parmi ceux qui ont pris Dieu pour objet de leurs réflexions, il n’en est aucun qui ait pu dire ce qu’il n’était pas ; car il n’y a pas de dénominations positives, exprimant un attribut réel ou une perfection, qui ne conviennent a cet Être universel, puisqu’il est la première base de tout ce qui est. Et si les hommes lui donnent quelquefois des dénominations négatives, telles qu’Immortel, Infini, Indépendant, nous verrons, en examinant leur véritable sens, qu’elles expriment des attributs très positifs, puisqu’en effet ces dénominations ne servent qu’à annoncer qu’il est exempt des sujétions et des bornes de la matière. Tableau naturel... : II

L’Être créateur produit sans cesse des êtres hors de lui, comme les principes des corps produisent sans cesse hors d’eux leur action. Tableau naturel... : II

Il ne produit point des assemblages puisqu’il est UN, simple dans son essence. Par conséquent, si, parmi les productions de ce premier Principe, il en est qui puissent se corrompre, elles ne peuvent au moins se dissoudre ni s’anéantir, comme les productions corporelles et composées. Voilà déjà une grande différence, quant a la nature de ces deux sortes d’Être. Nous en trouverons une plus grande encore dans le genre de corruption dont ils sont susceptibles. Tableau naturel... : II

Il y a des Observateurs qui ne considérant l’homme que dans son état naturel de dégradation, esclave des préjugés et de l’habitude, dominé par ses penchants, livré aux impressions sensibles, en ont conclu qu’il était également nécessité dans toutes ses actions intellectuelles ou animales, d’où ils se sont crus autorisés a dire que le mal provient en lui, ou de l’imperfection de son essence, ou de Dieu, ou de la Nature, en sorte que ses actes en eux-mêmes seraient indifférents. Appliquant ensuite a tous les Êtres, la fausse opinion qu’ils se sont formés de la liberté de l’homme, ils ont nié l’existence d’aucun Être libre, et de leur système il résulte que le mal existe essentiellement. Tableau naturel... : II

Sans nous arrêter a combattre ces erreurs, il nous suffira de faire remarquer qu’elles ne viennent que de ce qu’on a confondu dans les actes de l’Être libre, les motifs, la détermination et l’objet : or, en reconnaissant que le principe du mal n’a pu employer sa liberté que sur un objet quelconque, il n’en serait pas moins certain qu’il fût l’auteur du motif de sa détermination ; car l’objet ou le sujet sur lequel nous exerçons notre détermination peut être vrai, et nos motifs ne l’être pas ; chaque jour, par rapport aux meilleurs choses, nous nous formons des motifs faux et corrompus ; il ne faut donc pas confondre l’objet avec le motif ; l’un est externe, l’autre naît en nous. Tableau naturel... : II

Ces observations nous conduisent a découvrir la vraie source du mal. En effet, un Être qui approche et qui jouit de la vue des Vertus du souverain Principe, peut-il y trouver un motif prépondérant opposé aux délices de ce sublime spectacle ? S’il détourne les yeux de ce grand objet, ou si les portant sur ces productions pures de l’infini, il cherche, en les contemplant, un motif faux et contraire a leurs lois, peut-il le trouver hors de soi-même, puisque ce motif est le mal, et que ce mal n’existait nulle part pour lui avant que cette pensée criminelle l’eût fait naître, comme nulle production n’existe avant son Principe générateur. Tableau naturel... : II

Voilà comment l’état primitif, simple et pur de tout Être intellectuel et libre, prouve que la corruption ne peut naître dans lui-même, sans que lui-même en produise volontairement le germe et la source. Voilà comment il est clair que le Principe divin ne contribue point au mal et au désordre qui peuvent naître parmi ses productions, puisqu’il est la pureté même. Voilà, enfin, comment il n’y participe point : puisqu’étant simple, comme ses productions, et de plus, étant lui-même la loi de sa propre essence et de toutes ses oeuvres, il est, a plus forte raison, impassible, comme elles, a tout action étrangère. Tableau naturel... : II

Tel est le vrai tableau de ce qui se passe dans l’ordre immatériel, Quoique les Êtres libres distincts du grand Principe, puissent écarter les influences intellectuelles, qui descendent continuellement sur eux ; quoique ces influences intellectuelles reçoivent peut-être dans leur cours quelque contraction qui en détourne les effets, celui qui leur envoie ces présents salutaires ne ferme jamais sa main bienfaisante. I1 a toujours la même activité. Il est toujours également fort, également puissant, également pur, également impassible aux égarements de ses productions libres, qui peuvent se plonger d’elles-mêmes dans le crime, et enfanter le mal par les seuls droits de leur volonté. I1 serait donc absurde d’admettre aucune participation de l’Être divin aux désordres des Êtres libres, et a ceux qui en résultent dans l’Univers ; en un mot, Dieu et le mal ne peuvent jamais avoir le moindre rapport. Tableau naturel... : II

Or, s’il n’y a que trois classes d’êtres : Dieu, les Êtres intellectuels et la Nature physique : si l’on ne peut trouver l’origine du mal dans la première qui est exclusivement la source de tout bien ; ni dans la dernière, qui n’est ni libre, ni pensante ; et que cependant l’existence du mal soit incontestable ; on est nécessairement forcé de l’attribuer à l’homme, ou à tout autre Être, tenant comme lui un rang intermédiaire. Tableau naturel... : II

Nous avons assez indiqué comment l’homme aurait pu se convaincre de l’existence immatérielle de son Être ; et de celle du Principe suprême ; et ce qu’il devait observer pour ne pas confondre ce Principe avec la matière et la corruption, ni attribuer aux choses visibles cette Vie impérissable, qui est le plus beau privilège de l’Être qui n’a point commencé, et auquel ses productions immédiates seules, participent par le droit de leur origine. Tableau naturel... : II

Nous devons combattre ici un faux système, renouvelé dans ces derniers temps, sur la nature des choses, dans lequel on suppose pour elles une perfectibilité progressive, qui peut successivement porter les classes et les espèces les plus inférieures aux premiers rangs d’élévation dans la chaîne des Êtres : de façon que, suivant cette doctrine, on ne sait plus si une pierre ne pourrait pas devenir un arbre ; si l’arbre ne deviendrait pas un cheval ; le cheval, un homme ; et insensiblement : Être d’une nature encore plus parfaite. Cette conjecture dictée par l’erreur, et par l’ignorance des vrais principes, ne subsiste plus dès qu’on la considère avec attention. Tableau naturel... : III

Tout est réglé, tout est déterminé dans les espèces, et même dans les individus. Il y a, pour tout ce qui existe, une loi fixe, un nombre immuable, un caractère, indélébile, comme celui de l’Être principe en qui résident toutes les lois, tous les nombres, tous les caractères. Chaque classe, chaque famille a sa barrière, que nulle force ne pourra jamais franchir. Tableau naturel... : III

Si l’existence de toutes les productions de la Nature n’avait pas un caractère fixe, comment pourrait-on en reconnaître l’objet et les propriétés ? Comment s’accompliraient les desseins du grand Principe qui, en déployant cette Nature aux yeux des êtres séparés de lui, a voulu leur présenter des indices stables et réguliers, par lesquels ils pussent rétablir avec lui leur correspondance et leurs rapports ? Si ces indices matériels étaient variables ; si leur loi, leur marche, leur forme même n’étaient pas déterminées, l’oeuvre de ce Peintre ne serait qu’un tableau successif d’objets confus, sur lesquels l’intelligence ne trouverait point a se reposer, et qui ne pourrait jamais montrer le but du grand Être. Tableau naturel... : III

Enfin ce grand Être lui-même n’annoncerait que l’impuissance et la faiblesse, en ce qu’il se serait proposé un plan qu’il n’aurait pas su remplir. Tableau naturel... : III

Toutefois je ne parle ici que de son Être intellectuel, attendu que son Être corporel n’est, comme tous les autres corps, que l’expression d’un principe immatériel non pensant ; qu’il est composé des mêmes essences que ces corps, et sujet a toute la fragilité des assemblages. Tableau naturel... : III

Les proportions du corps de l’homme démontrent le rapport de son Être intellectuel avec un Principe supérieur a la nature corporelle. Tableau naturel... : III

De même qu’il n’est aucune substance élémentaire qui ne renferme en elle des propriétés utiles, suivant son espace ; de même il n’est point d’homme en qui l’on ne poisse faire développer des germes de justice, et même de cette bienfaisance qui fait le caractère primitif de l’Être nécessaire, souverain Père et Conservateur de toute légitime existence. Tableau naturel... : III

Rassemblons donc ici les conséquences de toutes ces preuves que nous venons d’établir ; et dans l’Être qui a produit l’homme, reconnaissons une source inépuisable de pensées, de science, de vertus, de lumière, de force, de pouvoirs ; enfin, un nombre infini de facultés dont aucun Principe de nature ne peut offrir l’image, facultés que nous ferons toutes entrer dans l’essence de l’Être nécessaire, quand nous voudrons en contempler l’idée. Tableau naturel... : III

Ceux-mêmes qui se déclarent contre un Être éternel, infiniment juste, source de toute félicité et de toutes lumière, ne font que changer le nom de cet Être, et en mettre un autre a sa place. Loin de détruire son indestructible existence, ils démontrent sa réalité et toutes les facultés qui lui appartiennent. Car si l’Athée et le Matérialiste répugnent à croire au Dieu qui s’est peint dans leur âme, ils ne font, lorsqu’ils lui substituent la matière, que transporter sur elle les attributs du Principe vrai, dont leur essence les rend à jamais inséparables ? ainsi cette idole est toujours un Dieu, qu’ils nous annoncent. Tableau naturel... : IV

D’ailleurs, en élevant ainsi la matière, c’est moins, en effet, le règne de cette matière, que la leur propre qu’ils prétendent établir. Car les raisonnements, dont ils tachent d’appuyer leurs systèmes, l’enthousiasme qui les anime, toutes leurs déclamations, n’ont-elles pas pour but de nous persuader qu’ils sont possesseurs de la vérité ? Or, d’après les rapports intimes que nous sentons exister entre Dieu et la vérité, être possesseur de la vérité, serait-ce autre chose qu’être Dieu ? L’Athée confesse donc, malgré lui, l’existence de cet Être suprême ; car il ne peut entreprendre de prouver qu’il n’y a point de Dieu, qu’en se présentant comme étant un Dieu lui-même. Tableau naturel... : IV

C’est avec les armes de cette unité qu’il veut la combattre : c’est avec les forces de cotte unité, qu’il veut en prouver la faiblesse : enfin, c’est avec les propres signes de son existence, qu’il veut établir qu’elle n’est qu’un néant et un fantôme. Si l’Athée veut attaquer, en quelque manière que ce soit, le premier Principe de tout ce qui existe, qu’il s’interdise donc tout acte, toute parole, et même que tout son Être descende dans le néant : car, dès qu’il se montre, dès qu’il écrit, dès qu’il parle, dès qu’il se ment, il prouve lui-même celui qu’il voudrait anéantir. Tableau naturel... : IV

Ce mot, émané, peut contribuer à jeter un nouveau jour sur notre nature et sur notre origine car, si l’idée d’émanation a tant de peine a pénétrer dans l’intelligence des hommes, ce n’est que parce qu’ils ont laissé matérialiser tout leur Être. Ils ne voient dans l’émanation qu’une séparation de substance, telle que dans les évaporations des corps odorants, et dans les divisions d’une source en plusieurs ruisseaux : tous exemples pris de la matière, dans lesquels la masse totale est réellement diminuée, quand quelques parties constituantes en sont retranchées. Tableau naturel... : IV

Mais, puisque nous avons déjà découvert dans l’homme les preuves du Principe qui l’a constitué ce qu’il est c’est dans l’homme lui-même, c’est dans l’esprit de l’homme que nous devons trouver les lois qui ont dirigé son origine. Enfin, l’homme étant un Être réel on ne devrait jamais juger de lui par comparaison, comme on peut faire des Êtres corporels dont les qualités sont relatives. Tableau naturel... : IV

Car, lorsque je produis extérieurement quelque acte intellectuel, lorsque je communique à l’un de mes semblables la plus profonde de mes pensées, ce mobile que je porte dans son Être, qui va le faire agir, peut être lui donner une vertu : ce mobile, dis-je, quoique sorti de moi, quoi qu’étant, pour ainsi dire, un extrait de moi-même et ma propre image, ne me prive point de la faculté d’en produire de pareils. J’ai toujours en moi le même germe de pensées, la même volonté, la même action ; et cependant j’ai en quelque façon donné une nouvelle vie a cet homme, en lui communiquant une idée, une puissance qui n’était rien pour lui, avant que j’eusse fait en sa faveur, l’espèce d’émanation dont je suis susceptible. Nous souvenant toutefois qu’il n’y a qu’un seul Auteur et créateur de toutes choses, on verra pourquoi je ne communique que des lueurs passagères ; au lieu que cet Auteur universel communique l’existence même, et la vie impérissable. Tableau naturel... : IV

Eloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N’avilissons pas notre Être : il est fait pour une destination sublime mais elle ne peut l’être plus que son Principe ; puisque, selon les simples lois physiques, les Êtres ne peuvent s’élever qu’au degré d’où ils sont descendus. Et cependant ces lois cesseraient d’être vraies et universelles, si le Principe de l’homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l’universalité immatérielle, et de l’universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement a nous les approprier l’une et l’autre, et a en attacher toutes les vertus autour de nous. Tableau naturel... : IV

Observons encore que cette doctrine, sur l’émanation de l’Être intellectuel de l’homme, s’accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement car, si nous sommes émanés d’une source universelle de vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle et réciproquement, si aucune vérité ne nous parait nouvelle, mais que nous n’y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris naissance dans la source universelle de la vérité. Tableau naturel... : IV

Nous voyons, dans les lois simples et physiques des corps, une image sensible de ce principe, que l’homme n’est qu’un Être de réminiscence. Tableau naturel... : IV

Rentrons ici dans notre sujet, et annonçons de nouveau que l’homme est né pour être le chiffre universel, le signe vivant et le tableau réel d’un Être infini. I1 est né, dis-je, pour prouver à tous les Êtres qu’il y a un Dieu nécessaire, lumineux, bon, juste, saint, poissant, éternel, fort, toujours prêt à revivifier ceux qui l’aiment, toujours terrible pour ceux qui veulent le combattre ou le méconnaître. Heureux l’homme, s’il n’eût jamais annoncé Dieu qu’en manifestant ses puissances et non pas en les usurpant ! Tableau naturel... : IV

Et ne soyons point étonnés de voir l’homme porter une telle empreinte. Les facultés de l’Être nécessaire sont infinies comme lui : et dès qu’il a mis sur nous l’expression de son nombre, il faut que nous ayons en nous les traces de son universalité. Tableau naturel... : IV

En effet, cet Être étant la source première de toutes les puissances, comment concevrait-on une puissance qui, ne serait pas lui ? Par où, par qui, comment pourrait-il être vaincu ou altéré, si tous les Êtres sont sortis de son sein médiatement ou immédiatement, et s’ils n’ont de facultés et de pouvoirs réels que ceux qu’il leur a donnés ? Car il faudrait supposer alors qu’il pourrait s’attaquer lui-même. Tableau naturel... : V

D’autres preuves nous démontrent que nul Être ne peut, ni ne pourra jamais rien contre Dieu ; c’est que s’il en est qui se déclarent ses ennemis, il n’a besoin de les vaincre, que de les laisser dans leurs propres ténèbres ; ceux qui le veulent attaquer, deviennent aveugles par cela seul qu’ils veulent l’attaquer. Ainsi, par le fait même, tous leurs efforts sont sans succès, et toutes les forces deviennent nulles et impuissantes, puisqu’ils ne voient plus par où les diriger. Tableau naturel... : V

Sans cela, comment aurait-il pu en représenter le moindre trait avec exactitude ; et s’il ne l’eût représenté qu’imparfaitement, comment ceux qui avaient perdu de vue l’Être suprême, auraient-ils été coupables de continuer à le méconnaître ? Tableau naturel... : V

Mais s’il est possible que l’homme, en qualité d’Être libre, ait cessé de se présenter au Temple avec l’humilité du Lévite ; qu’il ait voulu mettre la Victime à la place du Sacrificateur, et le Prêtre à la place du Dieu qu’il servait, l’entrée du Temple a dû se fermer pour lui ; puisqu’il y portait et qu’il venait y chercher une autre lumière que celle qui en remplit seule tout l’immensité. Il n’a fallu rien de plus pour lui faire perdre à la fois, et la connaissance et la vue des beautés du Temple puisqu’il ne pouvait les voir que dans leur propre séjour, et que lui-même s’en était interdit l’entrée. Tableau naturel... : V

Il se flatta de trouver la lumière ailleurs que dans l’Être qui en est le sanctuaire et le foyer, et qui pouvait seul l’y faire pénétrer : il crut pouvoir l’obtenir par une autre voie que par elle-même : il crut, en un mot, que des facultés réelles, fixes et positives, pouvaient se rencontrer dans deux Êtres à la fois. Il cessa d’attacher à la vue sur celui en qui elles vivaient dans toute leur force et dans tout leur éclat, pour la porter sur un autre Être ; dont il osa croire qu’il recevrait les mêmes secours. Tableau naturel... : V

Cette erreur, ou plutôt ce crime insensé, au lieu d’assurer à l’homme le séjour de la paix et de la lumière, le précipita dans l’abîme de la confusion et des ténèbres : et cela sans qu’il fût nécessaire que le Principe éternel de la vie fit le moindre usage de ses puissances, pour ajouter à ce désastre. Etant la félicité par essence, et l’unique source du bonheur de tous les Êtres, il agirait contre sa propre loi, s’il les éloignat d’un état propre à les rendre heureux. Enfin, ne pouvant être, par sa nature, que bien, paix et jouissance, s’il envoyait lui-même les maux, le désordre et les privations, il produirait des choses que l’Être parfait ne doit point connaître : ce qui démontre qu’il n’est et ne peut être l’auteur de nos souffrances. Tableau naturel... : V

Nous verrons quelle est la différence de cet Être à nous, puisque quand nous faisons le mal, c’est nous qui en sommes les auteurs, et que nous avons quelquefois l’injustice de le lui imputer ; au lieu que quand nous faisons le bien, c’est lui qui le fait en nous, et pour nous et qu’après l’avoir fait en nous et pour nous, il nous en récompense encore, comme si nous l’eussions fait nous-mêmes. Tableau naturel... : V

Puisque l’Être divin est le seul Principe de la lumière et de la vérité : puisqu’il possède seul les facultés fixes et positives, dans lesquelles réside exclusivement la vie réelle et par essence : dès que l’homme a cherché ces facultés dans un autre Être, il a dû de toute nécessité les perdre de vue, et ne rencontrer que le simulacre de toutes ces vertus. Tableau naturel... : V

Ainsi l’homme ayant cessé de lire dans la vérité, il n’a pu trouver autour de lui que l’incertitude et l’erreur. Ayant abandonné le seul séjour de ce qui est fixe et réel, il a dû entrer dans une région nouvelle, qui, par ses illusions et son néant, fût toute opposée à celle qu’il venait de quitter. Il a fallu que cette région nouvelle par la multiplicité de ses lois et de ses actions, lui montrât en apparence un autre unité que celle de l’Être simple, et d’autres vérités que la sienne. Enfin, il a fallu que le nouvel appui sur lequel il s’était reposé, lui représentât un tableau fictif de toutes les facultés, de toutes les propriétés de cet Être simple, et cependant qu’il n’en eût aucune. Tableau naturel... : V

Toutefois ces choses sensibles, qui ne sont qu’apparentes et nulles pour l’esprit de l’homme, ont une réalité analogue à son Être sensible et matériel. La sagesse est si féconde, qu’elle établit des proportions dans les vertus et dans les réalités, relativement à chaque classe de ses productions. Tableau naturel... : V

Les choses corporelles et sensibles n’étant rien pour l’Être intellectuel de l’homme, on voit comment doit s’apprécier ce que l’on appelle la mort, et quelle impression elle peut produire sur l’homme sensé, qui ne s’est point identifié avec les illusions de ces substances corruptibles. Car le corps de l’homme, quoique vrai pour les autres corps, n’a comme eux aucune réalités pour l’intelligence, et à peine doit-elle s’apercevoir qu’elle s’en séparer : en effet lorsqu’elle le quitte, elle ne quitte qu’une apparence, ou pour mieux dire, elle ne quitte rien. Tableau naturel... : V

Si le prestige des choses temporelles ne suffisait point encore, pour nous démontrer la différence de l’état actuel de l’homme à son état primitif, il faudrait jeter les yeux sur l’homme lui-même ; car autant il est vrai que l’étude de l’homme nous a fait découvrir en nous de rapports avec le Premier de tous les Principes, et de traces d’une origine glorieuse, autant elle nous en laisse apercevoir d’une horrible dégradation. Il ne faut, pour nous en convaincre, que nous confronter avec le Principe, dont nous devrions, par notre nature, représenter les Facultés et les vertus ; il faut voir quel est celui de nous qui pourra justifier ses Titres ; il faut voir si nous sommes conformes à l’Être dont nous sommes descendus, et qui n’a exprimé dans nous l’image de sa sagesse et de se science, qu’afin nous le fissions honorer. Tableau naturel... : V

Car lorsqu’en répétition du premier crime, l’homme usurpe si souvent les droits de la Divinité sur la Terre, ce n’est que pour en profaner le Nom, et l’avilir par une nouvelle prostitution. Sous ce Nom sacré, il décide, il égare, il trompe, il tyrannise, il égorge, il massacre. Eh ! envers qui ce Dieu si étrange exerce-t-il des droits plus étranges encore ? C’est envers l’homme, envers son semblable, envers un Être de son espèce, et qui par conséquent a le même droit que lui au titre de Dieu. Tableau naturel... : V

Ainsi, mettant en contradiction ses actions avec son orgueil, l’homme efface en lui ce titre glorieux, en même temps qu’il veut s’en revêtir. Ainsi, il prend la voie la plus sûre, pour détruire autour de lui toute idée de vrai Dieu, en ne présentant lui-même qu’un être de mensonge, de fureur, de dévastation ; un Être qui n’agit que pour tout dénaturer, pour tout corrompre : et qui ne démontre la supériorité de sa puissance, que par la supériorité de ses folles injustices, de ses crimes et de ses atrocités. Tableau naturel... : V

On pourrait donc s’écrier avec raison : Hommes, c’était par vous que les Impies devaient connaître la justice, et vous pouvez à peine répondre quand on vous demande ce que c’est que la justice, c’était par vous qu’ils devaient être ramenés dans les sentiers de la lumière et à corrompre les voies. C’était par vous que la vérité devait paraître, et vous n’offrez que le mensonge. Comment la justice, la lumière et la vérité seront-elles donc connues, si l’Être préposé pour les exprimer, non seulement n’en a pas conservé l’idée, mais s’efforce même de détruire les traces qui en étaient écrites dans lui et sur toute la Nature ? Comment saura-t-on que le principe nécessaire est Saint et Eternel, si vous professez le culte et la doctrine de la matière ? Comment saura-t-on qu’il n’est occupé qu’à pardonner et qu’il brûle d’amour pour les hommes, si vous ne respirez que la haine et si vous ne payez ses bienfaits que par des blasphèmes ? Enfin ? comment croira-t-on à l’ordre et à la vie, si vous montrez en vous que la confusion et la mort ? Tableau naturel... : V

Quoique nous ne puissions comparer nos titres avec l’ignominie qui nous couvre, sans nous incliner vers la terre, et sans chercher à nous ensevelir dans ses abîmes, cependant on a voulu nous persuader que nous étions heureux ; comme si l’on pouvait anéantir cette vérité universelle, qu’il n’y a de bonheur pour un Être qu’autant qu’il est dans sa loi. Tableau naturel... : V

Elles affaiblissent dans l’homme le principe de la vie ; elles le corrompent jusque dans son germe ; elles font que celui qui dirait la vérité, et qui n’avait qu’un pas à faire pour l’obtenir, voit s’éteindre en lui cette impulsion précieuse, cet instinct vierge et sacré, qui la lui faisait rechercher naturellement comme son seul appui : enfin, le Sage même étant ébranlé, l’Univers court le risque de ne plus renfermer un seul homme vertueux dans son sein : et voilà les maux déplorables produits par ces fausses doctrines qui endurcissent l’homme sur la loi de son Être, et sur la privation où il est de son véritable séjour. Tableau naturel... : V

Portons-nous les yeux sur l’homme invisible ? Incertains sur les temps qui ont précédé notre Être, sur ceux qui le doivent suivre, et sur notre Être lui-même, tant que nous n’en sentons pas les rapports, nous errons au milieu d’un nombre désert, dont l’entrée et l’issue semblent également fuir devant nous. Si des éclairs brillants et passagers sillonnent quelquefois dans nos ténèbres, ils ne font que nous les rendre plus affreuses, ou nous avilir davantage, en nous laissant apercevoir ce que nous avons perdu ; et encore, s’ils y pénètrent, ce n’est qu’environnés de vapeurs nébuleuses et incertaines, parce que nos sens n’en pourraient soutenir l’éclat, s’ils se montraient à découvert. Enfin, l’homme est, par rapport aux impressions de la vie supérieure, comme le ver qui ne peut soutenir l’air de notre atmosphère. Tableau naturel... : V

Ce lieu serait-il donc en effet le véritable séjour de l’homme, de cet Être qui correspond au centre de toutes les sciences et de toutes les félicités ? Celui qui par ses pensées, par les actes sublimes qui émanent de lui, et par les proportions de sa forme corporelle, s’annonce comme le représentant du Dieu vivant, serait-il à sa place dans un lieu qui n’est couvert que de lépreux et de cadavres, dans un lieu que l’ignorance et la nuit seules peuvent habiter ; enfin, dans un lieu où ce malheureux homme ne trouve pas même où reposer sa tête ? Tableau naturel... : V

Eh bien, parmi ces Êtres qui sont toujours dans la jouissance et dans la vie, un Être incomparablement plus noble, l’homme, la pensée de l’homme, son intelligence, sont assujettis à des intervalles, à des repos, à des suspensions, c’est-à-dire, à l’inaction et au néant. Tableau naturel... : V

Mais, sans discuter les différentes opinions qui ont régné sur cet objet, nous pouvons croire que le crime de l’homme fut d’avoir abusé de la connaissance qu’il avait de l’union du principe de l’Univers avec l’Univers. Nous ne pouvons douter même, que la privation de cette connaissance ne soit la vraie peine de son crime ; puisque nous subissons tous cette irrévocable punition, par l’ignorance où nous sommes sur les liens qui attachent notre Être intellectuel à la matière. Tableau naturel... : VI

En ne la considérant que dans ces effets relatifs aux trois règnes terrestres, nous remarquerons que les minéraux étant enfouis dans la terre sont totalement privés de cette lumière ; que les végétaux n’en sont point privés, mais qu’ils la reçoivent sans la voir et sans en jouir ; que les animaux la voient et en jouissent, mais qu’ils ne peuvent ni la contempler ni pénétrer dans la connaissance de ses lois ; enfin que ce dernier privilège est réservé à l’homme seul ou à tout Être doué comme lui des facultés de l’intelligence. Tableau naturel... : VI

Si Dieu seul connaît les chaînes qui lient notre Être intellectuel avec la région temporelle, lui seul sans doute a la puissance d’en opérer la rupture : mais ne craignons point de dire qu’il n’en a pas la volonté ; attendu qu’il agirait alors contre sa justice. Tableau naturel... : VI

Et en effet, les hommes impurs peuvent être séparés de leurs corps, sans être pour cela séparés de leur âme sensible ; puisque, selon les principes précédents, si leur corps, quoique réel pour les autres corps, n’est qu’apparent pour leur Être intellectuel, ils doivent être après qu’ils se sont délivrés de ce corps, ce qu’ils étaient pendant qu’ils y étaient enfermés. Tableau naturel... : VI

En outre, l’homme pouvant se souiller de plusieurs crimes pendant sa vie, et s’identifier avec une multitude d’objets contraires à son être, il doit, après la mort, éprouver successivement toutes les impressions relatives à ces objets ; il doit se nourrir encore des aflections et des goûts qui lui ont paru les plus innocents pendant sa vie, mais qui n’ayant point à lui offrir un but solide et vrai, laissent son Être dans l’inaction et le néant. Tableau naturel... : VI

Ce sont toutes ces substances étrangères qui font alors le tourment du Suicide, comme de tout autre coupable privé de la vie : "et peut-être trouverions-nous ici quelque explication du système de la Métempsycose, dans lequel les hommes, après leur mort, sont encore liés à différents objets élémentaires, et même sont transformés en plantes et en vils animaux ; expressions qui ne sont que la peinture des goûts, des vices, des objets dont l’homme a fait ses idoles sur la Terre." car qui sont ceux dont l’Être, après la mort, sera assailli par les tourments et les illusions de leur âme sensible ? Enfin, qui seront ceux dont l’Être vivra sensiblement, quoique séparé de leur corps ? ce seront ceux qui ici-bas auront vécu séparés de leur Être ? Tableau naturel... : VI

D’après ces Principes, nous pouvons déjà reconnaître la sagesse et la bonté de l’Être divin, dont tous les décrets portent le caractère de l’amour. Il ne commande aux hommes que ce qui peut les rapprocher de lui, il ne leur défend que ce qui les en éloigne : et si toutes les lois de la Nature et de la raison proscrivent le suicide, c’est qu’il trompe l’homme, au lieu de le rendre plus heureux. Tableau naturel... : VI

En effet le temps n’est que l’intervalle entre deux actions : ce n’est qu’une contraction, qu’une suspension dans l’action des facultés d’un Être. Aussi, chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour, chaque heure, chaque moment, le principe supérieur ôte et rend les puissances aux Êtres, c’est cette alternative qui forme le temps. Je puis ajouter, en passant, que l’étendue éprouve également cette alternative, qu’elle est soumise aux mêmes progressions que le temps : ce qui fait que le temps et l’espace sont proportionnels. Tableau naturel... : VI

Enfin, considérons le temps comme l’espace contenu entre deux lignes formant un angle. Plus les Êtres sont éloignés du sommet de l’angle, plus ils sont obligés de subdiviser leur action, pour la compléter ou pour parcourir l’espace d’une ligne à l’autre ; au contraire, plus ils sont rapprochés de ce sommet, plus leur action se simplifie : jugeons par là quelle doit être la simplicité d’action dans l’Être Principe qui est lui-même le sommet de l’angle. Cet Être n’ayant pas à parcourir que l’unité de sa propre essence, pour atteindre la plénitude de tous ses actes et de toutes ses puissances, le temps est absolument nul pour lui. Tableau naturel... : VI

Au contraire, tout le poids du temps se fait sentir à celui qui, étant né pour l’unité d’action, est placé à l’extrémité des deux lignes. Voilà pourquoi de tous les Êtres sensibles, l’homme est celui qui s’ennuie le plus ; car étant celui dont l’action naturelle est aujourd’hui la plus distante de celle de son Principe ; étant le seul Être dont l’action soit étrangère à cette région terrestre, cette action est perpétuellement suspendue et divisée en lui. Tableau naturel... : VI

Son Être intellectuel arriverait au dernier terme de sa carrière temporelle, avec la même pureté qu’il avait en en commençant le cours. On le verrait dans la vieillesse unir les fruits de l’expérience avec l’innocence de son premier âge. Tous les pas de sa vie auraient fait découvrir, en lui la lumière, la science, la simplicité, la candeur, parce que toutes ces choses sont dans son essence. Enfin, le germe qui l’anime se serait étendu, sans s’altérer ; et il rentrerait, avec le calme de la vertu, dans la main qui le forma, parce qu’en lui représentant sans aucune altération, le même caractère et le même sceau qu’il en avait reçu, elle y reconnaîtrait encore son empreinte et y verrait toujours son image. Tableau naturel... : VI

C’est là ce qui rend nous jugements si incertains sur le sort des hommes, après la séparation de leur Être intellectuel d’avec leur corps ; puisque nous ne pourrions justifier de pareils jugements, qu’en les appuyant sur une base fixe et déterminée, et que nous n’en possédons que d’apparentes et relatives : "car il en est de cette classe intellectuelle et invisible comme du simple physique élémentaire ; toute la Nature est volatile, et ne tend qu’à s’évaporer ; elle le ferait même en un instant, si le fixe qui la contient lui appartenait ; mais ce fixe n’est point à elle, il est hors d’elle, quoiqu’agissant violemment sur elle ; et elle ne forme jamais d’alliance avec lui, qu’elle ne commence par une dissolution, il y a aussi plusieurs degrés d’alliances et d’amalgames." Tableau naturel... : VI

L’homme n’avait reçu l’être que pour exercer son action sur l’universalité des choses temporelles, et il n’a voulu l’exercer que sur une partie ; il devait agir pour l’intellectuel contre le sensible, et il a voulu agir pour le sensible contre l’intellectuel : enfin, il devait régner sur l’Univers ; mais, au lieu de veiller à la conservation de son Empire, il l’a dégradé lui-même, et l’Univers s’est écroulé sur l’Être puissant qui devait l’administrer et le soutenir. Tableau naturel... : VII

Mais des lois positives s’opposant à ce qu’un Être puisse s’allier avec ce qui lui est contraire sans porter l’empreinte et les traces de son amalgame, il fut impossible au premier homme de sortir de son cloaque avec la même pureté, la même agilité qu’il avait avant de s’y précipiter ; et voilà pourquoi l’homme particulier après avoir séjourné dans le sein de la femme, après y avoir exercé l’action dont il est alors susceptible pour démêler son germe sensible d’avec tous les liens et les entraves qui le resserrent paraît au jour renfermé dans une forme plus opaque que le fluide subtil qui enveloppait son propre germe. Tableau naturel... : VII

Mais ce que l’homme physique fait d’une manière passive et aveugle dans le corporel, l’homme intellectuel doit le faire par les efforts constants et libres de sa volonté. C’est par-là qu’il peut se délivrer de la mort à laquelle il s’était dévoué en se concentrant dans une action particulière. Car les corps eux-mêmes se détruisent quand leur action se porte en un seul point et abandonne les autres parties de la forme. Or, de même que les corps affectés de maladie ne peuvent échapper à la mort, que quand l’action qui s’est isolée en eux redevient général : de même l’homme intellectuel, qui s’est réduit volontairement à une classe inférieure et bornée, doit généraliser tout son Être, et en étendre les vertus jusqu’aux extrémités de son enceinte particulière, s’il veut atteindre jusqu’à cette enceinte universelle et sacrée dont il s’est banni. Tableau naturel... : VII

Enfin, la volonté étant en quelque sorte le sang de l’homme intellectuel et de tout Être libre ; étant l’agent par lequel seul ils peuvent effacer en eux et autour d’eux les traces de l’erreur et du crime, la revivification de la volonté est la principale tâche de tous les Êtres criminels : et vraiment, c’est un si grand oeuvre, que toutes les puissances y travaillent depuis l’origine des choses, sans avoir encore pu l’opérer généralement. Tableau naturel... : VII

Bornons-nous donc à remarquer que le premier travail que l’homme intellectuel ait à faire, après avoir séparé et dégagé péniblement ses propres vertus ensevelies sous les ruines de son trône, c’est de s’unir à celles de l’Être le plus voisin de lui, ou à celles de la Terre ; et de même que l’homme corporel enfant est obligé pendant un temps de tirer sa substance du lait de la femme, de même l’homme intellectuel est obligé de commencer par la Terre, à recouvrer les lumières qu’il a perdues et qui sont aujourd’hui subdivisées pour lui dans toutes les régions ; car la Terre est la mère et la racine de l’Univers. Tableau naturel... : VII

Toutes les lois physiques et intellectuelles que nous venons de présenter sur la marche nécessaire de l’homme dégradé lui sont si naturelles, que dans l’ordre humain même, l’homme temporel les met tous les jours en action, et démontre sans cesse cette activité essentielle à notre Être, quoiqu’il se trompe si souvent sur ce qui devait en être l’objet. Tableau naturel... : VII

Quand l’homme ambitieux et avide cherche avec tant d’ardeur à se distinguer de ses semblables ; quand les hommes privés et les Souverains reculent les limites de leurs Domaines et de leur Empire et voudraient les porter jusqu’aux extrémités du Monde, ils ne font que suivre, d’une manière fausse, la loi de leur nature, qui répugne à des bornes et à des entraves ; c’est-à-dire qu’ils représentent ce que l’homme vrai devrait faire, en rapportant jusqu’aux confins de son domaine, ces bornes physiques et matérielles qui auraient dû toujours conserver relativement à lui leur distance naturelle. C’est même cette loi ineffaçable, qui opérant avec toute son intégrité sur les enfants, leur donne cette activité tumultueuse, cette impulsion destructive que les hommes peu réfléchis taxent de vice et de méchanceté, tandis qu’elle n’est que l’effet de l’opposition nécessaire qu’un Être vrai et universel doit éprouver de la part de tous les objets faux et rétrécis avec lesquels il est emprisonné. Tableau naturel... : VII

S’il dérobe une partie de l’holocauste celui qui les reçoit, lui retient aussi une partie de sa récompense, jusqu’à ce qu’il se soumette à payer sans réserve un tribut qu’il ne peut rendre efficace et complet, qu’en y faisant contribuer tout son Être. Tableau naturel... : VII

Or ce que nous avons dit des différents pâtiments des êtres corporels, en raison des différentes principes qui les constituent, nous pourrions le dire également des êtres qui sont au-dessus de l’ordre élémentaire, et au-dessus de l’homme. Nous pourrions montrer quelle est leur souffrance, ou plutôt la vivacité de leur zèle et de leur ardeur pour le rétablissement de l’ordre, puisqu’ils communiquent à tous les Principes et à toutes les Puissances. Nous dirions que plus un Être est voisin de la Vérité, plus il souffre de ceux qui la nient et qui la combattent. Tableau naturel... : VII

Ce rapport incontestable influe nécessairement sur les liens qui unissent les productions temporelles à leur Principe générateur : liens qui sont plus sensibles, à mesure que l’oeuvre elle-même est plus considérable ; puisque ces liens sont nuls pour ainsi dire, entre l’arbre et le fruit, si nous considérons ceux qui se trouvent entre les animaux et leurs petits : et ils paraissent bien moindres encore lorsqu’on les compare à ceux qui ont lieu entre notre Être intellectuel et les productions qui lui sont propres. Tableau naturel... : VIII

I1 y aurait ici une infinité d’autres rapports à exposer sur les lois de la conception des Êtres, sur leur simplicité, à mesure qu’ils s’élèvent et se rapprochent de la première source, et sur la subdivision à laquelle ils sont soumis, à proportion qu’ils s’en éloignent et qu’ils descendent. On verrait la raison pour laquelle, hors du temps toutes les facultés sont dans le même Être ; au lieu que, pour les Êtres dans le temps, ces facultés demandent autant d’agents distincts : on pourrait faire connaître la cause finale de cette grande et magnifique loi par laquelle les animaux parfaits naissent avec la similitude de leur Principe générateur : au lieu que les animaux imparfaits tels que les insectes, éprouvent plusieurs mutations sensibles dans leurs formes, avant de parvenir à cette ressemblance ; on pourrait observer que notre corps passant par toutes les révolutions de la matière, n’est pour ainsi dire, qu’un insecte, par rapport à notre Être intellectuel, qui, dès l’instant de son émanation, a reçu le complément de son existence : on pourrait enfin remarquer que notre Être intellectuel lui-même, dans son état présent, est une espèce d’insecte, relativement aux êtres à qui la corruption et le temps ne sont pas connus. Tableau naturel... : VIII

En effet, la Sagesse suprême étant l’unique source clé tout ce qui existe de vrai, si rien ne peut être qui ne vienne d’elle et qui ne tienne à elle, dés qu’un Être vrai existe il est nécessairement son image : or cette source universelle ne suspendant jamais l’action par laquelle elle se reproduit elle-même ne cesse par conséquent jamais de reproduire universellement ses propres images. Où l’homme pourrait-il donc aller qu’il ne les rencontrât et qu’il n’en fût environné ? En quel exil pourrait-il être banni, qui n’en portât pas quelque empreinte ? Tableau naturel... : VIII

Car c’est une très grande vérité que les rapports des Êtres doivent s’apprécier en remontant d’eux à leur Principe, et non pas en descendant de leur Principe à eux ; parce que c’est dans ce Principe qu’ils ont leur source et toute leur valeur au lieu que ce Principe ayant toutes ces choses en lui-même, n’a besoin de les chercher dans aucun autre Être. Tableau naturel... : VIII

Il en est ainsi de la lumière intellectuelle : quand nous nous en approchons, elle nous réchauffe, nous connaissons évidemment son existence ; mais si nous fermons les yeux à sa clarté, nous n’apercevons plus cette lumière ; nous sommes dans les ténèbres, et cependant il est très certain pour ceux qui veillent, qu’elle est toujours sur nous : et qu’en qualité d’Êtres libres et indestructibles, nous conservons le pouvoir d’ouvrir les yeux à ses rayons. Ainsi, soit que nous mourions, soit que nous vivions intellectuellement, nous sommes sans cesse sous l’aspect de la grande lumière, et nous ne pouvons jamais être inaccessibles à l’oeil de l’Être universel. Tableau naturel... : VIII

Quant au règne animal, on y voit une représentation active de la célébrité avec de laquelle la vie du grand Être, se communique à toute la chaîne de ses productions par ce mouvement rapide et un, qui transmet à la fois l’action du sang dans toutes les artères, et qui n’a besoin d’aucune progression, ni d’aucun intervalle pour passer du centre aux extrêmes les plus éloignées. Tableau naturel... : VIII

Tous ces faits sont pour l’homme autant de signes qui lui démontrent que s’il avait le courage d’amener sa volonté à son vrai point d’épurement, il rendrait à son Être intellectuel, une clarté, une transparence analogue à sa classe, il lui procurerait un degré de purification qui lui ferait non seulement découvrir la marche des Êtres immatériels qui l’environnent, mais même l’aiderait à s’élever jusqu’à l’ordre intellectuel le plus supérieur à lui, jusqu’à cet ordre vivant dans lequel il a puisé son origine, mais dont il est aujourd’hui tellement éloigné qu’il le regarde comme inaccessible à sa vue. Car dans le sensible et dans l’intellectuel, il est certain qu’il n’y a que le grossier, que la souillure qui forment pour l’homme les ténèbres, les éloignements et les distances et que tout est clair pour lui, tout est près de lui, quand tout est pur en lui. Tableau naturel... : VIII

Dans l’union de l’homme à l’Univers, peut-on se dispenser d’apercevoir une esquisse active de l’harmonie divine, dans laquelle le premier Être se représente à nous comme dominant sur toutes les intelligences, et recevant d’elles le tribut et l’hommage qu’elles doivent à sa grandeur ? En effet quel est le rang que l’homme occupe sur la terre ? Tous les êtres de la nature sont en action autour de lui, tous travaillent pour lui ; l’air, le temps, les astres, les vents, les mers, les éléments, tout agit, tout contribue à son bien-être, tout concourt au soutien de son existence ; lui seul au milieu de ce vaste empire a le privilège de pouvoir être supérieur à cette action temporelle ; il peut, s’il le veut et qu’il en ait le courage n’avoir d’autres occupations que de s’approprier tous les dons et toutes les Vertus de l’Univers. Tableau naturel... : VIII

Mais les suites des écarts de l’homme n’ont pas seulement fait subdiviser les Vertus temporelles des êtres de la création, elles ont même engagé la Divinité à ne plus montrer que successivement les Vertus de sa propre essence à cet Être coupable, et c’est là une nouvelle preuve de l’amour qu’elle a pour lui, puisque l’homme n’ayant plus la force nécessaire pour contempler l’unité divine sans péril, elle se partage, pour ainsi dire, en sa faveur, afin qu’il ait toujours quelques , moyens de la reconnaître, et qu’elle ne l’éblouisse pas, comme il arriverait, si elle se présentait à lui dans tout son éclat. Tableau naturel... : IX

La loi qui dirige ces sortes d’élections est semblable à la loi qui constitue la Divinité même : elle a pour base la propriété sacrée des facultés du premier principe et l’ordre numérique agissant sur tous les Êtres qui doivent les représenter. Propriété coéternelle avec l’essence suprême, et dont il ne peut y avoir d’autre raison que celle de son existence, puisque cette raison et son existence sont une même chose. Et c’est par cette seule connaissance que nous pourrions comprendre ce que nous avons nommé liberté dans ce grand Être. Tableau naturel... : IX

Quoique les secours que la Sagesse suprême accorde à l’homme soient une suite nécessaire de l’amour qui la constitue, il doit encore lui demander la force même d’en faire usage, il doit employer toutes les Puissances de son Être, pour que ses secours ne lui soient pas donnés en vain. Car cette Sagesse exigeant toujours de l’homme un travail, met par là une condition à ses grâces, c’est à la volonté de l’homme ensuite à en déterminer l’efficacité ; enfin, semblables à ces traits de lumière colorée, qui se prolongent quand ils trouvent des milieux trop divisés et trop faibles pour pouvoir s’y appuyer et se réfléchir, les rayons suprêmes frappent inutilement sur l’homme et le laissent loin derrière eux, quand il n’a en lui aucune base pour les fixer. Tableau naturel... : IX

Exposons une troisième loi également indispensable ; c’est que si par la destination sublime sur laquelle est fondée l’origine de l’homme, non seulement il était nécessaire que même après son crime, les vertus de la Sagesse parvinssent visiblement jusqu’auprès de lui, et prissent le soin de lui retracer son modèle, il fallait encore que les dépositaires de ces dons l’instruisissent des voies par lesquelles il pouvait se régénérer dans son premier état. Il fallait que ces Agents remplissent leur destination par des actes sensibles, puisqu’ils habitaient auprès d’un Être sensible et obscurci par sa matière ; il fallait enfin qu’ils missent cet homme à portée de pouvoir exercer et transmettre à son semblable, les dons et les connaissances qu’il avait reçues d’eux autant pour l’instruction et l’avantage des autres hommes que pour la sienne propre ; ce qui nous conduit à reconnaître la nécessité d’un culte sensible et physique sur la Terre, et nous découvre en même temps l’objet pour lequel il y a des Elus qui ont été privilégiés. Tableau naturel... : IX

Dans sa vraie définition, un culte n’est que la loi par laquelle un Être, en cherchant à s’approprier les choses dont il a besoin, se rapproche des êtres vers lesquels son analogie le rappelle à chaque instant, et fuit ceux qui lui sont contraires. Ainsi la loi d’un culte est fondée sur une vérité première et évidente, c’est-à-dire, sur la loi qui résulte essentiellement de l’Être des Êtres et de leurs rapports respectifs. Tableau naturel... : IX

Or l’analogie entre notre Être intellectuel et les autres Vertus de la Divinité, étant reconnue ; éprouvant en outre qu’il existe hors de nous une source de pensées fausses et désordonnées qui nous obsèdent, et font que l’esprit de l’homme est, pour ainsi dire, exposé à autant de maladies que son propre corps, il suit que nos rapports naturels avec les Vertus divines, nous mettent à leur égard dans la même dépendance et le même besoin où sont nos corps relativement aux substances alimentaires ; il suit que pour ces Vertus divines, nous sommes également assujettis à un culte ou à une loi, qui nous procure de leur part les secours que nous en attendons ; il suit enfin qu’ayant à guérir ou à préserver notre Être des influences intellectuelles qui nous sont nuisibles, comme nos corps des influences corporelles mauvaises, nous devons par une nécessité évidente chercher les secours analogues à ce besoin intellectuel, et les employer activement quand nous les avons trouvés. Tableau naturel... : IX

Ce ne peut être que le défaut de ces réflexions, qui ait conduit dans tous les temps les hommes des diverses Religions, à l’indifférence sur ces objets ; et leur ait fait non seulement négliger les substances, les temps et les formes qui doivent entrer dans leur culte, mais la prière même, sous prétexte que le premier Être n’en a pas besoin et qu’il suffit aux hommes de ne pas faire ce qu’ils appellent du mal, tandis que la prière est pour leur Être intellectuel ce que la respiration est pour leur corps. Tableau naturel... : IX

Il n’y pourra jamais parvenir que quand son ardent pour le vrai fera sortir de lui de violents désirs ; quand des voeux et des mouvements, pour ainsi dire créateurs, s’élèveront de toutes les facultés de son Être, qu’ils monteront jusqu’à la source de la lumière, et qu’après en avoir reçu l’onction salutaire et sacrée, ils lui rapporteront ces influences vivifiantes, qui doivent faire germer en lui les trésors de la Sagesse et de la Vérité. Tableau naturel... : IX

Mais en faisant dériver le culte de l’homme, de ses besoins, et de la nécessité de combattre l’obstacle qui lui sert de barrière, je paraîtrais admettre une multiplicité innombrable de différents cultes : puisqu’en général l’homme étant exposé à des besoins aussi différents, aussi variés dans son Être intellectuel que dans son Être corporel, vouloir prescrire une loi uniforme pour ces différentes espèces de besoins, ce serait marcher contre l’ordre et contre la raison. Quelques mots suffiront pour faire disparaître cette difficulté. Tableau naturel... : IX

Si l’unité d’un culte est une vérité incontestable, et fondée sur l’unité même de celui qui doit en être l’objet, cette unité n’exclut pas la multiplicité des moyens auxquels la variété infinie de nos besoins nous oblige de recourir ; alors ce culte pourrait recevoir des extensions sans nombre dans les détails, et ne pas cesser pour cela d’être parfaitement simple, et toujours un dans son objet, qui est de rapprocher de nous ce qui manque à notre Être, et ce qui est nécessaire à son existence. Tableau naturel... : IX

Dans l’âge mûr, l’homme sage prenant des idées plus justes sur la Divinité, ne tarde pas à reconnaître que ceux qui ont été ses Dieux dans sa jeunesse, sont ainsi que lui, infirmes et impurs, qu’ils sont aussi dans la dépendance d’un Être intelligent et invisible, qui se démontre à lui par la pensée, et qui lui fait comprendre qu’il n’a reçu la vie et l’intelligence que pour manifester à son tour les titres de son véritable Auteur. Tableau naturel... : IX

Il conçoit alors qu’étant lui-même chargé de son oeuvre, c’est à ses propres efforts à la produire, à sa propre intelligence à la diriger ; que l’Être suprême étant pur et sans tache, il doit avoir des Ministres purs et incorruptibles, sur lesquels la confiance de l’homme puisse reposer sans risque et sans inquiétude. Tableau naturel... : IX

Malgré la supériorité d’un culte sur les autres cultes peut-être la Terre entière participe-t-elle aux droits qui distinguent le culte parfait ; peut-être, chez tous les Peuples, et dans toutes les institutions religieuses, y a-t-il des hommes qui trouvent accès auprès de la, Sagesse et, loin de vouloir diminuer le nombre des vrais Temples de l’Eternel, nous devons croire qu’après les dons universels qu’il a répandus sur notre demeure, il n’est aucun homme sur la terre, qui ne pût s’il le voulait servir de Temple à ce grand Être. Car en quelque lieu que l’homme aille, quelque isolé qu’il soit, ils sont toujours trois ensemble ; et ce nombre est suffisant pour constituer un Temple. Tableau naturel... : IX

Elle est vivante par elle-même, et elle ne tend qu’à multiplier à l’infini, l’ordre et la vie qui sont en elle. C’est la seule, par laquelle l’homme puisse acquérir une idée véritable et intime de son Être, tant dans son état actuel que dans son état à venir. C’est la seule qui étende à la fois toutes les facultés de l’homme. Tableau naturel... : IX

Du point où nous sommes parvenus, le Lecteur peut voir s’étendre le tableau des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers ; puisque le culte vrai, et les Agents préposés pour le répandre, n’ont eu pour but que de rétablir l’harmonie entre ces trois Êtres, de montrer à l’homme l’emploi de toutes les substances de la Nature et leurs propriétés ; de lui peindre visiblement celles qui sont en lui-même, et qui combinées avec toutes les autres vertus naturelles, doivent être l’image et l’expression complète du grand Être dont tout est descendu. Tableau naturel... : IX

Mais quand l’homme reçoit l’impression intellectuelle bonne, il ne peut tomber dans les mêmes erreurs, parce que l’action de l’Être intellectuel pur, étant sensible, porte avec elle-même la preuve de sa simplicité, de son unité, par conséquent de sa réalité. On verrait donc que cette réalité, ne se trouvant que dans l’Être pur et vrai qui en est dépositaire, c’est en lui seul et par lui seul que nous pouvons apprendre à le connaître. Tableau naturel... : IX

Ces Agents ont dû l’initier aux actes qu’ils exerçaient eux-mêmes, puisque ces actes n’étaient institués que pour lui ; que pour l’aider à séparer de lui-même ce qui contrarie sa vraie nature, et à se rapprocher de ce qui manque à la perfection et à la vie de son Être ; que pour lui rendre enfin la vue de ses Vertus qu’il devait contempler dans leur unité lors de son état glorieux, et le mettre à portée de les exprimer ensuite dans leur pureté, et de remplir à la fois par là, sa destination et le Décret que le premier des Principes prononça sur lui, lorsqu’il lui donna l’existence. Tableau naturel... : IX

C’est par là qu’on peut expliquer en partie les contradictions que présente la Mythologie. L’ignorance du vrai sens des noms, a porté à attribuer au même Être, à un Héros, à une Divinité, des faits et des actions qui appartenaient à des êtres différents ; on ne doit donc pas être surpris d’y voir le même personnage montrer dans ses actions, tantôt l’orgueil et l’ambition des êtres les plus coupables, tantôt l’excès de la débauche la plus honteuse, tantôt les vertus des Héros et des Dieux : il ne faut point s’étonner d’y voir Jupiter maître du Ciel, Chef des Dieux terrestres, ses frères, et Jupiter livré aux passions les plus vicieuses ; d’y voir Saturne être à la fois le Père des Dieux, et manger ses enfants ; enfin, d’y voir Vénus Uranie et Vénus Déesse de prostitution ; ainsi, quoiqu’on trouve rassemblés dans la Mythologie tous les faits et tous les types : quoiqu’elle présente plusieurs tableaux opposés sous les mêmes noms, l’intelligence doit en discerner les couleurs et les véritables sujets. Tableau naturel... : X

Sans nous arrêter plus longtemps à cette question, et quelle que soit la manière dont cette population , a eu lieu, on ne peut se dispenser de reconnaître une unité d’origine primitive, à des Peuples dont les diverses espèces engendrent avec nous, et dont les fruits provenant de ces alliances, engendrent à leur tour ; à des Peuples chez qui l’on découvre les traces des vérités que nous avons annoncées sur la nécessité de la manifestation des facultés et puissances de l’Être divin dans cet Univers et devant les hommes ; enfin à des Peuples qui sont absolument semblables à nous par leur nature, par leurs idées fondamentales et par leurs traditions. Tableau naturel... : X

Disons plus ; quand même leur origine primitive ne serait pas commune avec la nôtre, dès qu’ils nous ressemblent ils doivent participer aux mêmes avantages. Enfin, s’ils sont hommes, s’ils sont comme nous dans la privation et le besoin de l’Être supérieur et universel qui les a formés, cet Être tient à eux, comme à toutes ses autres productions. Ainsi, quand ils n’auraient jamais eu de communication avec notre continent, cet Être aurait toujours pu leur faire parvenir des preuves et des manifestations de son amour et de sa sagesse. Tableau naturel... : X

Par les mêmes raisons on ne doit point être surpris, si le sens sublime que nous faisons entrevoir dans les traditions mythologiques des anciens Peuples, paraît imaginaire à la plupart des hommes. Ils ont tellement perdu de vue la science de leur Être et celle de leur Principe, qu’ils ne connaissent plus aucun des rapports qui les lieront éternellement l’un à l’autre. Tableau naturel... : X

Ainsi, sans prétendre nier les symboles en petit nombre, que l’Agriculture et l’Astronomie ont fourni à la Mythologie, nous pouvons rendre service à nos semblables, en les avertissant que ces traditions, telles que nous les avons reçues des Anciens renferment une infinité d’autres emblèmes, pour lesquels il est de toute impossibilité d’admettre le même sens et les mêmes rapports ; parce que leur type ne se trouve ni dans la terre, ni dans les astres, ni dans aucun Être corporel. Tableau naturel... : X

L’amour du Principe suprême n’avait présenté aux hommes les lois de la Nature matérielle, que pour les aider à y reconnaître des traces du modèle vivant qu’ils avaient perdu de vue. Au contraire, les Philosophes hermétiques se sont servi de cette similitude entre le modèle et l’image pour les confondre et n’en composer qu’un seul Être. Tableau naturel... : X

Or ces causes secondes étant par leur nature au-dessous de l’homme, ce n’est pas le tromper que de lui dire qu’il est fait pour en avoir la disposition. Si les Philosophes hermétiques ont assez d’expérience et de connaissances pour préparer convenablement les ,substances fondamentales de leur oeuvre, et que cet oeuvre soit possible, ils doivent donc y parvenir avec certitude, sans qu’il soit besoin pour cela d’interposer d’autre Puissance que celle qui est inhérente à toute la matière, et qui constitue sa manière d’Être. Tableau naturel... : X

Si l’on veut une preuve plus complète encore de la relation des signes sensibles avec nos pensées, nous la tirerons de l’état actuel de notre Être, et de la loi violente qui l’assujettit. Car, s’il est évident que nous ne puissions rien recevoir dans l’intellectuel que par le sensible, et que cependant nous ne doutions pas que l’intellectuel de l’homme n’ait reçu, comme il reçoit tous les jours, des pensées, il résulte que ces pensées ont pris une modification sensible, avant d’arriver jusqu’à lui ; il résulte, en un mot, que cette modification ou ce signe sensible existe invisiblement autour de nous, près de nous, ainsi que la source pensées ; et que, si au lieu des pensées secondait que nous recevons des hommes, nous nous élevions jusqu’aux pensées vives et primitives, puisées dans leur source même, elles seraient nécessairement précédées des signes analogues et vivants qui leur appartiennent, comme les signes grossiers et conventionnels, tels que l’écriture et la parole, précèdent pour nous les pensées que les hommes nous communiquent. Tableau naturel... : XI

D’après ces principes, de même que l’enfant qui commence à croître, commence aussi à apercevoir, quoique obscurément, les objets qui l’environnent ; de même celui qui par les premiers progrès de ses facultés intellectuelles, serait en état de commencer à recevoir des pensées, pourrait apercevoir d’une manière incertaine, les signes qui les représentent ; mais ces pensées et ces signes se perfectionnant proportionnellement avec l’âge, comme ses facultés physiques, la croissance naturelle de son Être intellectuel, le conduirait au point d’être favorisé de pensées vives, justes, étendues, et d’en recevoir aussi le signe analogue ; c’est-à-dire, un signe complet de régularité, avec des traits si parfaits et si achevés qu’il le prendrait pour un homme accompli, pour un Agent supérieur, pour un Ministre de la Divinité ; comme l’homme au sortir de l’enfance reconnaît visiblement pour des hommes, les agents sensibles qui ont soulagé ses premiers besoins, et ceux dont il tient l’existence et la vie. Tableau naturel... : XI

Mais si l’homme se représente tous les jours la même vérité sous des images et des tableaux variés, il ne faudrait pas être étonné que les divers hommes choisis pour servir de Colonnes à l’Edifice, eussent reçu la connaissance des grands faits et de grandes vérités par des signes différents, et sous des rapports qui n’offrissent pas tous les mêmes caractères, comme nous voyons que les Langues ne se sont multipliées et diversifiées que parce que chaque Peuple a considéré le même Être sous une face et une acception particulière. Tableau naturel... : XI

Voilà pourquoi, chez les anciens Peuples, les traditions parlent d’un âge d’or ; de Géants ; de Titans ; de l’usurpation du feu céleste et du trône de la Divinité ; de la colère du père des Dieux contre les prévaricateurs ; des divers pâtiments que ceux-ci éprouvent sur la Terre et dans les différentes Régions de l’Univers ; des vertus répandues sur les mortels pieux et fidèles, à qui les Divinités même accordent leurs faveurs ; et de l’espoir qu’elles les admettront à des félicités plus grandes encore, s’ils observent la loi de leur Principe, et qu’ils sachent respecter leur Être. Tableau naturel... : XI

Quoique les Sages instruits par les vertus supérieures, et les Disciples instruits par les Sages, aient obtenu essentiellement les, mêmes connaissances et les mêmes résultats, ils n’ont cependant reçu chacun les grandes lumières et les grands traits de l’Histoire universelle de l’homme, que sous les signes et les tableaux qui leur étaient particulièrement analogues ; parce que s’il est vrai que tous les hommes aient le même Être quant à l’essence, ils est aussi certain qu’il y a parmi eux une variété universelle de dons, de facultés, de manière de saisir les objets ; et la Sagesse en envoyant physiquement aux hommes ses présents, se prête toujours à ces différences. Ces Sages et ces Disciples, en communiquant les mêmes choses, ne l’auront donc fait chacun que conformément à l’idée que leurs dons particuliers leur permettaient d’en prendre. Tableau naturel... : XI

Mais toutes ces erreurs annoncent également l’idée et la connaissance d’un Être souverain ; car si l’idée d’un Dieu n’était pas analogue à notre Nature, jamais ni les objets de nos affections sensibles ni l’instruction même des Agents supérieurs ne l’auraient fait naître, ni dans l’esprit des instituteurs, ni dans celui des autres hommes. De même si un homme n’avait jamais connu sensiblement aucun objet supérieur et digne de ses hommages, il n’aurait pu enfanter l’Idolâtrie souveraine criminelle, puisque, pour être vraiment Idolâtre, non seulement il faut commencer par connaître un Principe divin, mais encore il faut l’avoir connu de manière à ne pouvoir ignorer qu’il lui est dû un culte pur et légitime. Tableau naturel... : XI

Ainsi, lorsque nous nous remplissons d’admiration pour les beautés naturelles, de vénération pour des héros, de tendresse pour un ami, nous sommes encore loin de l’Idolâtrie, et nous n’attribuerions jamais à aucun Être inférieur, ni les noms, ni les titres qui appartiennent à la Divinité, si l’idée de la perfection suprême n’avait été antérieurement développée en nous, soit en nature, soit par l’exemple et l’instruction même altérée de nos éducateurs et de ceux qui nous environnent. Tableau naturel... : XI

Et même, lorsque nous nous oublions jusqu’à diviniser des hommes ou des objets purement terrestres, ce n’est point eux que nous élevons réellement à la qualité de Dieu, ils sont trop faibles et trop infirmes pour nous induire à une véritable idolâtrie, mais c’est la majesté de notre Être que nous faisons descendre du point d’élévation où l’exemple et l’instruction l’avaient portée, et que nous laissons reposer sur des objets inférieurs ; c’est cet Être qui sachant qu’il est destiné à rendre hommage et à contempler la Divinité suprême, s’abaisse vers les Êtres qui sont au-dessous d’elle, et le prend pour le terme de son adoration. Tableau naturel... : XI

Ceux mêmes qui ont adoré le Soleil, et ceux qui voudraient en annoncer le culte comme le plus naturel parce que l’objet en est plus rapproché de nous, ne détruisent point le principe que j’expose. Les Peuples qui ont exercé le culte du Soleil, ne sont parvenus à cette idolâtrie, que par une altération d’un culte, plus sublime ; et il suffit pour s’en convaincre de confronter leur antiquité avec celle des Peuples qui ont adoré l’Être invisible. Les traditions Chinoises annoncent un culte pur et éclairé chez cette Nation, longtemps avant l’établissement du culte du Soleil chez aucune autre Nation de la terre. Tableau naturel... : XI

Quant à ceux qui prétendent justifier cette idolâtrie matérielle, ils ferment les yeux sur la nature de l’homme, ils ne voient pas même qu’un semblable culte ne peut longtemps le satisfaire ; parce que l’homme étant un Être actif, a besoin de prier, de concourir à l’oeuvre qu’il désire opérer, et que le Soleil remplit régulièrement ses fonctions envers nous, sans que nous agissions, et sans qu’il soit nécessaire que nous lui adressions des prières : parce que l’homme est destiné par son origine à exercer une fonction sacrée, qui le met en correspondance avec son Principe ; enfin, parce que l’homme, ainsi que tous les Êtres, ne peut se plaire qu’avec des Êtres dans lesquels il reconnaisse sa ressemblance, et que le Soleil, tout majestueux qu’il est, n’a point une véritable similitude avec l’homme. Tableau naturel... : XI

On sait d’avance ce que l’on doit penser de ce fameux Hercule, dont les Interprètes de tous les genres ont fait un type de leurs systèmes ; ses nombreux travaux, opérés tous à l’avantage de l’espèce humaine, annoncent assez de quel modèle il est la figure emblématique : et sans détailler tous ses travaux, on doit sentir ce qu’ils nous enseigne, en tuant le vautour dont le malheureux Prométhée croyait devoir être éternellement dévoré ; en étouffant le Géant Anthée, qui avait fait voeu de bâtir à Neptune un temple avec des crânes d’hommes ; et en se chargeant du poids de la terre pour soulager Atlas, qui dans son vrai sens étymologique signifie un Être qui porte, un Être obéré : or à qui ce sens-là convient-il mieux qu’à l’homme accablé du poids de sa région terrestre et ténébreuse ? Enfin il faut se souvenir que pour récompenser Hercule de ses glorieux travaux, les Dieux, après sa mort corporelle, lui firent épouser Hébé ou l’Eternelle Jeunesse. Tableau naturel... : XII

Enfin le fameux Caducée, séparant deux serpents qui se battent, est une image expressive et naturelle de l’objet de l’existence de l’Univers : ce qui se répète dans les moindres productions de la Nature, où Mercure maintient l’équilibre entre l’eau et le feu pour le soutien des corps, et afin que les lois des Êtres étant à découvert aux yeux des hommes, ils puissent les lire sur tous les objets qui les environnent. L’emblème du Caducée que la Mythologie nous a transmis, est clone un champ inépuisable de connaissances et d’instruction ; parce que les vérités les plus physiques peignent à l’homme les lois de son Être intellectuel et le terme auquel il doit tendre pour recouvrer son équilibre. Tableau naturel... : XII

Ceci nous mène aux symboles et aux hiéroglyphes qui par leurs rapports appartiennent comme tous les autres emblèmes, aux signes des pensées diverses dont nous avons reconnu que l’homme est susceptible ; et qui, dans les faits sensibles, doivent montrer à l’homme le vrai tableau de l’état de son Être intellectuel. Tableau naturel... : XII

Si toutes les Nations de la Terre ont employé le triangle dans leurs monuments hiéroglyphiques, peu on ont connu ou dévoilé les véritables relations et le vrai sens. Celles qui l’ont donné pour symbole du Ternaire sacré, auraient dû montrer un symbole intermédiaire entre ce Type suprême et le ternaire corruptible ; parce que sans cela, de l’Être invisible et invariable, à une figure morte, telle qu’un triangle, la distance est trop grande, pour qu’on puisse s’élever de l’une à l’autre : or le symbole intermédiaire est l’homme, comme on le verra dans la suite. Tableau naturel... : XII

La figure cruciale étant l’emblème du feu du centre, du Principe, convient à l’Être intellectuel de l’homme, puisqu’il tient directement au centre du Principe supérieur et universel de toutes les Puissances. Tableau naturel... : XII

En réunissant ces deux signes dans l’ordre même où les Chimistes les emploient, c’est-à-dire, en plaçant le triangle au-dessus de la figure cruciale (figure 1), on a d’une manière évidente et sensible, le tableau des deux substances opposées qui nous composent, et en même temps celui de l’imperfection de notre état actuel où l’Être pensant se trouve surmonté et comme enseveli sous le poids de la forme corporelle ; tandis qu’étant destiné par sa nature à régner et à dominer sur elle, cette forme devrait lui être absolument subordonnée : et voilà comment toutes les lois des Êtres pourraient tourner à notre instruction. On peut même trouver là une nouvelle preuve de la nécessité des manifestations supérieures, pour aider l’homme à se rétablir dans son ordre naturel, et afin que notre essence intellectuelle, étant remise dans son rang primitif et supérieur à la matière, l’édifice qui avait été renversé suivant cette figure se trouvât relevé ainsi, (voir figure 2). Tableau naturel... : XII

Les Mythologistes nous peignent l’Amour armé de flèches, et Minerve sortant du cerveau de Jupiter. C’est nous rappeler d’un côté que toutes les affections sensibles qui nous viennent par les objets extérieurs, sont destructives, et de l’autre, que la sagesse, la prudence et toutes les vertus ayant leur siège dans le germe intérieur de l’homme peuvent naître de lui, à l’imitation de l’Être dont il est l’image et qui produit tout : c’est-à-dire, que si l’homme intellectuel remplissait sa destination primitive, et qu’il ne laissât altérer aucune portion de sa substance immatérielle, il vivrait moins de ce qu’il en ferait entrer dans lui-même, que de ce qu’il en laisserait émaner par les efforts de son désir et de sa volonté. Principe juste, vrai, fécond, instructif, dans lequel sont renfermés tous les secrets de la science et du bonheur. Mais ce qui rend aujourd’hui si difficile pour l’homme, l’usage de ce principe, c’est que l’application qu’il en doit faire, est devenue double et divisée, en ce qu’elle doit se rapporter non seulement aux objets d’intelligence et de raisonnement, dont toutes les opérations se passent dans la tête, mais encore à toutes les affections vertueuses de désir et d’amour pour la vérité, qui ont leur siège dans le coeur de l’homme. Ainsi étant lié à deux centres éloignés l’un de l’autre, son action est infiniment plus pénible et plus incertaine que lorsqu’ils étaient réunis ; d’autant que vu la distance immense qui les sépare, leur communication peut souvent être interceptée : et cependant s’ils n’agissent pas de concert, ils ne produisent que des oeuvres imparfaites. Tableau naturel... : XII

Les Mythologistes nous peignent un Sphynx à la porte des Temples des Egyptiens, afin de nous rappeler combien la lumière est aujourd’hui enveloppée pour nous d’énigmes et d’obscurités. Mais ils nous apprennent que cette lumière n’est point inaccessible, en nous transmettant l’emblème que le Sphinx représenta, lorsqu’il fut envoyé à Thèbes par la jalousie de Junon : car on sait qu’OEdipe, en expliquant l’énigme que la Déesse faisait proposer par son Envoyé, le réduisit à la nécessité de se donner la mort. Convenons toutefois que c’est assez mal à propos que dans l’emblème le Sphinx en vient à cette extrémité, puisque OEdipe ne donnait alors que l’explication de l’homme animal et sensible, et qu’il y a en nous un Être infiniment supérieur, qui est le seul mot par le quel on puisse véritablement expliquer toutes les énigmes. Tableau naturel... : XII

Mais les observations qu’on vient de voir, ne se bornent point aux seules Traditions mythologiques Grecques et Egyptiennes : la Théogonie, la Cosmogonie et les Doctrines religieuses des anciens Peuples, ayant eu un Principe et un but commun à toute l’espèce humaine, doivent nous présenter les mêmes tableaux et les mêmes vérités. En effet, ouvrons le Shastah des Gentous, le Zend-à-Vesta des Parsis, l’Edda des Islandais, le Chon-King et l’Y-King des Chinois ; en un mot, consultons les Traditions sacrées de tous les Peuples de la Terre, nous ne craignons pas d’assurer qu’on y reconnaîtra aisément l’homme ancien, présent et futur, ainsi que l’expression naturelle de ses besoins et de ses idées ; parce que l’homme étant un Être de tous les temps et de tous les lieux, ne peut avoir partout que les mêmes besoins et les mêmes idées. Tableau naturel... : XII

Si l’on demandait pour quelle raison je donne la Langue hébraïque comme le type des autres Langues je répondrais que c’est parce que la langue primitive dont elle dérive, n’est plus parlée généralement dans ce bas Monde : que l’on ne peut regarder comme primitive une Langue sensible, fondée sur la forme, les lois, les sons et les actions de tous les objets naturels, attendu que la langue de la pensée leur est étrangère je répondrais que c’est parce que, dans quelque dialecte que l’on considère la langue hébraïque, soit le Syriaque, soit l’Arabe, soit le Samaritain, soit le Chaldéen, elle offre des traces de tous les principes que nous avons exposés ; parce que ses racines sont presque généralement composées de trois lettres, pour nous rappeler les trois racines universelles de toutes choses ; parce que toutes ses racines sont des verbes, et ne paraissent être des noms qu’à ceux qui n’ont pas observé l’ordre et la progression du langage sous son jour le plus lumineux ; parce qu’elle exprime toutes ses racines par la troisième personne, pour nous faire connaître d’abord celle des trois facultés suprêmes qui est le plus près de nous ; parce qu’elle n’emploie que les temps passés et futurs, comme n’étant affectée qu’aux choses temporelles et apparentes ou nulles, et non pas aux choses présentes et réelles : parce qu’enfin le langage n’a commencé à être conventionnel et à se corrompre, que quand il a employé ce temps présent, qui ne peut convenir aux choses incertaines et passagères, et qui n’appartient qu’à l’Être vrai et fixe, dont l’action est toujours présente, toujours ce qu’elle a été, toujours ce qu’elle sera. Tableau naturel... : XII

Si les Livres des Hébreux, malgré leurs expressions obscures, malgré la singularité, ou même l’atrocité de la plupart de leurs récits, nous annoncent d’autres droits, d’autres pouvoirs ; s’ils réunissent les faits à des dogmes plus relatifs à notre Être, et plus propres à nous rappeler les Vertus de notre principe ; s’ils nous présentent des tableaux plus expressifs de ce que l’homme cherche, et de ce qu’il peut obtenir : enfin, si ces Livres n’offrent pas une seule Idole matérielle parlante, et qu’ils ne mettent en action que des animaux vivants, des hommes, ou des Êtres supérieurs, on doit leur donner un rang distingué parmi tous les Livres traditionnels qui nous sont connus. Tableau naturel... : XIII

Au lieu de l’Esprit de Dieu, les traductions auraient dû dire, l’action fécondante de ces Agents, Elohim, préposés à la production de ce grand oeuvre ; car dans l’hébreu les noms propres sont réels et essentiellement constitutifs. Or le mot Rouach, qu’on a traduit par Esprit, n’est point de cette classe ; il ne signifie que le souffle, que l’expiration ; lors donc qu’on l’applique aux émanations et actions supérieures, ce ne peut être que par analogie au souffle des vents, à l’expiration des animaux, laquelle dans sa classe est une sorte d’émanation ; mais ni dans l’un ni dans l’autre exemple, cette sorte d’émanation ne doit porter le nom de l’Être même qui en est le Principe ; et il ne faut point confondre l’action avec l’agent, si l’on veut marcher avec justesse. Tableau naturel... : XIII

Ce n’est que dans ce second ternaire, que tout Être ayant vie prend naissance, et il n’est pas indifférent de remarquer que le soleil et la Terre remplissent alors des fonctions semblables à celles que nous leur voyons faire aujourd’hui ; puisque c’est par la chaleur de ce Soleil agissant au quatrième jour sur la Terre formée le troisième, que tous les animaux reçurent l’existence : loi qui se répète dans la reproduction de toutes les espèces, par la jonction du mâle et de la femelle. Tableau naturel... : XIII

Nous leur demanderons d’abord si leur pensée ne répugne pas à cette progression tardive, à cette suspension dans l’exécution des oeuvres d’une main puis, santé, qui par sa nature ne peut être un instant sans agir ; nous leur demanderons en même temps quel but, quel objet remplira cet intervalle qu’ils veulent admettre entre l’origine des choses et leur formation ; quelle destination ils supposeront à un monde sans Habitants : car nous montrer des oeuvres sans but, sans objet, c’est nous peindre dans son Auteur, un Être dépourvu de sagesse ; et ce serait abuser de la raison que de l’employer à nous annoncer un tel Être. Tableau naturel... : XIII

C’est une loi constante que plus les Êtres sont rapprochés du Principe primitif, plus leur force génératrice est puissante ; et cette puissance se montre non seulement dans les qualités de la production, mais aussi dans la célérité avec laquelle elle est engendrée ; parce que le Principe primitif étant indépendant du temps, les Êtres ne peuvent s’élever vers lui, sans jouir, selon leur mesure et leur nombre, de ses droits et de ses vertus. Et si l’on en veut trouver la preuve dans l’homme même, il suffit de comparer la lenteur de ses mouvements sensibles et corporels, avec la promptitude de son Être intellectuel, qui ne connaît ni temps ni espace, et qui se transporte sur le champ en pensée dans les lieux les plus éloignés. Tableau naturel... : XIII

Mais la même doctrine de cette grande chaleur centrale, ne suffisait-elle pas pour résoudre ces questions, sans recourir à des explications qui contrarièrent l’idée naturelle que nous avons de l’activité du grand Être, et qui ne peuvent être avouées de la raison, parce qu’elles ne lui présentent que des ouvrages sans but et sans objet ? Tableau naturel... : XIII

Si ce n’était point abuser des privilèges de la science étymologique, on pourrait trouver au mot hébreu Shebet ou Sabath, un sens d’une grande sublimité. Car ce mot signifie aussi dans sa racine : il est assis, il s’est posé. Alors ce serait dire que Dieu, au septième jour, se posa, vint habiter, vint établir son siège dans tous ses ouvrages. Rapports sacrés et dignes de l’activité universelle du grand Être, mais qui ne peuvent être présentés d’une manière positive, attendu qu’ils souffriraient quelques contestations d’après la lettre du texte, quoiqu’ils soient justifiés par les plus pures lumières de l’intelligence. Tableau naturel... : XIII

Il n’en est pas moins vrai qu’à ce septième jour la Sagesse suprême présenta à l’homme des objets plus relatifs à son Être, que ne l’avaient été toutes les vertus sénaires ; car il est bon d’observer que l’homme reçut la naissance temporelle, après tous les Êtres de la Création, et que ainsi il était plus rapproché de ces Vertus saintes et septénaires, qui devaient en consolider l’existence. Tableau naturel... : XIII

« Et même le serpent, cet animal si disproportionné, cet Être sans aucune armure corporelle, sans écailles, sans plumes, sans poil, sans pied, sans mains, sans nageoires ; ayant toute sa force dans sa gueule, force qui n’est que venin, mort, corruption ; le serpent, dis-je, porte avec lui des signes physiques et analogues à la séduction dont la pensée de l’homme est susceptible, puisque cet animal a seul, parmi les autres, la propriété de former avec son corps un cercle parfait, et de nous présenter par là, sous une apparence régulière, la forme et la base de tous les objets sensibles et composés ; c’est-à-dire, de fixer nos yeux sur la matière et l’illusion ; enfin, en formant un cercle vide, où l’on ne voit point de centre, il a la propriété de nous faire perdre de vue le Principe simple de qui tout descend, et sans lequel rien n’existe. Il n’est clone pas étonnant qu’on ait aperçu tant d’antipathie entre l’homme et le serpent, puisque l’homme, au contraire, tient au centre par la proportion de sa forme, au lieu que le serpent n’offre sur la sienne que la circonférence ou le néant. Qu’on ne prenne point ceci pour un jeu d’imagination ; des vérités importantes sont enveloppées sous ces rapports. Et c’est là que l’on trouverait à s’instruire des relations métaphysiques qui ont existé autrefois entre l’homme, la femme et le serpent ; et qui se manifestent matériellement entre eux aujourd’hui, dans toute la régularité des nombres. » Tableau naturel... : XIII

« Car la nudité que les Livres hébreux lui attribuent avant son crime, et dont il est dit qu’il ne rougissait point, présente une autre vérité. Le mot gharoum, nu, vient de la racine arabe ghoram, qui signifie, un os dépouillé de chair ; or l’os est le symbole sensible du mot force, vertu, puisque l’os est la force et le soutien du corps. D’un autre côté, ce mot os remonte par le mot ossum des Latins, jusqu’à la racine hébraïque ghatzam, qui signifie une force, une vertu. Ainsi donc, nous présenter l’homme premier dans un état de nudité, c’est nous dire qu’il était un Être immatériel, une vertu, une force, une puissance dénuée de chair, ou sans corps de matière. » Tableau naturel... : XIII

En effet, le mot hébreu arubboth, quoique signifiant cataractes, selon la lettre, n’est-il pas, suivant les mêmes Interprétateurs, un dérivé du verbe rabab, ou raba, qui veut dire, il a été multiplié ? Alors le texte présente l’idée naturelle d’une action plus étendue dans l’Agent qui produit l’eau, et nullement celle du simple écoulement d’une eau auparavant existante ; parce qu’alors il y aurait seulement union, agrégation, et l’on ne verrait point l’acte d’un Être vivant qui crée et qui multiplie. Tableau naturel... : XIV

Les Observateurs ont également contesté l’existence de cette Arche célèbre, bâtie par l’ordre suprême, pour conserver un rejeton de la race humaine. Quelle qu’ait été cette Arche, comme elle représentait l’Univers, elle a dû comme lui renfermer, soit en nature, soit en principes, tous les Agents et toutes les facultés qui le composent ; et si ces choses paraissent inexplicables à l’homme qui marchent sans la loi, elles ne le sont plus pour celui qui la connaît, et qui a l’idée qu’il doit avoir de sa grandeur et des droits de son Être. Tableau naturel... : XIV

Il en a été de l’espèce générale de l’homme, comme de ses individus. Rien de plus pur que les premiers rayons de lumières dont notre Être est éclairé, lorsqu’il commence à être susceptible de les recevoir bientôt ces rayons précieux se trouvent arrêtés, souvent même obscurcis par des passions orageuses, qui font perdre à l’homme jusqu’au souvenir de ces premières faveurs d’intelligence qu’il avait goûtées au sortir de l’enfance : mais bientôt aussi on le voit se délivrer de ces entraves pour s’élever vers les régions des sciences et de la raison et marcher dans des sentiers immenses de lumière et de vérités, qui s’étendant chaque jour devant ses yeux vont se perdre dans l’infini. Tableau naturel... : XIV

C’est par une suite de cet accroissement progressif, qu’au milieu des prévarications et de la dispersion des anciens Peuples, un Juste est choisi parmi les Chaldéens pour être le dépositaire de la connaissance des différentes lois naturelles à notre Être. Ce Juste est tiré de la ville de Our, qui en hébreu signifie lumière, pour nous rappeler l’émanation du premier homme et de toute son espèce, qui a pris naissance dans le sein de la vérité même, et qui appartient et correspond par sa nature, au centre universel de la Vie. Tableau naturel... : XIV

Voilà pourquoi dans l’origine, il fut permis d’épouser sa propre sueur, quoique ensuite les hommes n’aient pu former d’alliance qu’au quatrième degré de parenté, parce que ce nombre étant celui de l’action universelle, donne à un même sang le temps de se renouveler, et démontre à l’homme que son Être intellectuel ou quaternaire doit être l’ordonnateur de toutes ses facultés. Tableau naturel... : XIV

Après les promesses glorieuses qui furent faites au premier Chef du Peuple choisi, on peut aisément reconnaître dans cet homme Juste, dans son fils Isaac, et dans son petit-fils Jacob, l’expression successive et subdivisée des trois facultés suprêmes dont il avait reçu les signes à la fois, et qui servent de type à celles que manifeste l’âme humaine. Il démontre lui-même visiblement la pensée, par le rang de son élection qui le rendit le premier dépositaire des desseins du grand Être sur la postérité des hommes : son fils est l’emblème de la volonté, par le sacrifice libre qu’il fait de son individu : et le fils de son fils annonce l’action par le combat qu’il soutient contre l’Ange, et par la nombreuse famille qui sort de lui. Ici la liberté de l’intelligence ne pourrait-elle pas s’étendre ; voir dans Rebecca l’image du monde sensible ; et par ces deux enfants qui combattent dans son sein, reconnaître l’image de l’homme, et de ce frère aîné, son ennemi, avec lequel il est emprisonné dans l’univers ? Tableau naturel... : XIV

Mais il voit paraître un Agent célèbre, échappé comme Enfant des Hébreux, à la cruauté du Roi d’Egypte ou à ces vertus impures qui s’opposent aux premiers efforts de notre Être pensant, et qui ne travaillent qu’à l’empêcher de reprendre sa liberté. Cet agent célèbre est flottant comme l’homme sur les eaux de l’abîme, préservé de leur gouffre par un berceau, comme l’homme l’est par les vertus de son corps, élevé, dirigé par un Instituteur fidèle, comme l’homme le serait toujours, s’il était actif et docile : enfin, chargé comme lui de veiller au rétablissement de l’ordre et de la destruction de l’iniquité. Tableau naturel... : XIV

Ce second tableau nous apprend encore que les substances corruptibles du sang sont les véritables entraves qui retiennent l’homme dans le pâtiment, et que c’est par la rupture de ces liens, ou par la séparation de son Être intellectuel d’avec le sang, qu’il recouvre quelque liberté ; ce qui avait été déjà indiqué par l’esprit du précepte de la circoncision ; ce qui le fut dans la suite par la défense faite au Peuple de manger du sang, parce que la vie de la chair était dans le sang, et que l’âme de la chair avait été donnée aux Hébreux, ou aux hommes pour l’expiation de leur âme. Expressions assez claires pour justifier le Législateur des Hébreux du reproche que plusieurs lui ont fait de n’avoir pas distingué dans l’homme un être différent de l’Être sensible. Tableau naturel... : XIV

Au contraire, les secondes Tables nous sont bien données par l’Ecrivain, comme ayant été écrites par la main de Dieu, ainsi que les premières : mais la différence qui se trouvait entre elles, c’est que les dernières avaient été taillées de la main de l’homme, et que c’est sur cette oeuvre de l’homme que l’Être nécessaire, rempli d’amour pour ses productions, daigna encore graver son sceau et sa convention, comme il l’avait fait sur la substance pure dont les premières Tables étaient l’image : de façon que la loi de l’homme n’étant pas aujourd’hui gravée sur sa matière naturelle, opère en lui cet état violent et douloureux que tous les hommes éprouvent, lorsqu’ils cherchent cette loi avec sincérité, et qu’ils s’en approchent ; parce que ces pâtiments et cette irritation sont inévitables entre des êtres hétérogènes. Tableau naturel... : XIV

C’est toujours sur des lieux élevés que ces grands faits nous sont présentés ; sur des lieux où l’air étant plus pur, semble communiquer à tout notre Être, des influences, plus salutaires, et une existence plus conforme à notre nature et à notre première destination. Tableau naturel... : XIV

« Ceux dont la tête et le corps sont dégarnis de membres offensifs et défensifs ; ceux dont le col est si gros, qu’il ne fait, pour ainsi dire, qu’un avec le corps, ceux-là, dis-je, sont des Êtres les moins purs, les moins réguliers, et en même temps les plus nuisibles à l’homme ; car ce sont ceux dont le sang se porte avec plus d’abondance dans la partie supérieure : et pour conserver le langage de la Loi hébraïque, leur sang est matériellement sur leur tête, or l’usage fréquent de pareilles viandes ne manquerait pas d’opérer le même dérangement dans l’équilibre de nos liqueurs : c’est alors que les soufres grossiers, dont notre Nature cherche à se purger, refluent sur notre Être, et en obstruent tous les organes. » Tableau naturel... : XV

« Nul Être n’est sans doute plus intéressé que l’homme à éviter ce terrible effet, parce que le siège de son Principe étant dérangé, le Principe lui-même peut souffrir de ce dérangement. » Tableau naturel... : XV

Si, négligeant l’activité propre à son Être, il se laisse dominer par cette enveloppe sensible et ténébreuse, elle prend un empire plus ou moins fort et durable, selon les droits qu’il lui a cédés par sa faiblesse, par ses penchants ou par ses jouissances. Alors son feu est étouffé ou enseveli, pour ainsi dire, sous ce voile obscur, et l’homme à sa mort se trouve comme confondu avec les ruines de sa forme corporelle : ces débris même devant rester entassés sur lui, tant qu’il ne sentira renaître au centre de son existence, rien d’assez vivant pour briser et détruire les liens qui l’attachent à la région inférieure des corps. Tableau naturel... : XV

Que sera-ce donc si l’homme entier est embrasé de ce feu supérieur : il anéantira jusqu’aux moindres vestiges de sa matière ; on ne trouvera rien de son corps, parce qu’il n’aura rien laissé d’impur. Semblable à ces Elus qui à la fin de leur carrière, ont paru s’élever dans les Régions célestes sur des chars lumineux, lesquels n’étaient que l’explosion d’une forme pure, plus naturelle à notre Être que ne l’est notre enveloppe matérielle, et que nous n’avons jamais cessé d’avoir, malgré notre jonction avec la matière. Tableau naturel... : XV

Observons donc que, quand il s’en trouverait encore plusieurs d’inexplicables, par quelque cause que ce soit, cela ne devrait diminuer en rien, aux yeux des hommes sensés, le mérite des faits dont les rapports avec notre Être, et avec la nature des choses, sont de la plus parfaite évidence. Tableau naturel... : XV

Ajoutons d’avance que tout étant relatif à l’homme ici-bas, c’était par l’homme même que ce sacrifie devait s’opérer ; les sacrifices d’animaux n’ayant que secondairement la faculté de manifester la gloire du grand Être. L’homme seul dans la nature a le droit d lui offrir des tributs qui soient dignes de lui : mais étant aujourd’hui à l’extrémité de la chaîne des Êtres il s’élève successivement par leur moyen : mettant ; découvert les vertus des êtres les plus inférieurs, il peut monter aux vertus qui les dirigent, et parvenir par cette progression jusqu’à une force vivante qui lui mette à portée de remplir sa Loi, c’est-à-dire, d’honorer dignement son Principe, en lui présentant des offrandes sur lesquelles soient empreints les caractère de sa grandeur. Tableau naturel... : XV

Peut-être qu’avec cette attention on serait déjà parvenu à percer le voile. Car il se peut que l’espèce d’animal sacrifié fût le signe physique de la faculté qui lui correspond ; et que la quantité ou le nombre de victimes fût l’expression allégorique de cette faculté même, que le Sacrificateur cherchait à combattre, si elle était mauvaise ; qu’il s’efforçait, au contraire, d’obtenir du souverain Être, si elle était pure ; ou enfin, dont il lui rendait hommage, lorsqu’il l’avait obtenue. Tableau naturel... : XV

Aucun de ces types n’a été plus ressemblant que le juste Elie, dont le nom embrasse toutes les classes d’Êtres supérieurs à la matière, et qui s’est fait connaître par les actes les plus extraordinaires. Mais c’est parce qu’il participait à la force du Principe de toutes choses que l’étonnement doit cesser à la vue de semblables faits. S’il tenait à l’Être qui a tout produit, à la source d’où découlent tous les signes sensibles matériels ou immatériels qui sont en action dans l’univers, quelle difficulté y aurait-il que, sous le signe d’un Corbeau, il eût reçu sa nourriture d’une main supérieure ? Quelle difficulté qu’il ait dévoilé l’imposture des Prêtres de Baal, en manifestant les forces du vrai Dieu ? Quelle difficulté même qu’il ait rendu la vie à un cadavre, puisqu’il agissait par ce même Dieu qui l’avait donnée ? Tableau naturel... : XVI

C’est pour cela que la Justice suprême ayant dessein de faire sentir au peuple Hébreu l’horreur de ses alliances idolâtres, lui présenta pour signe, l’union d’un de ses Envoyés avec une femme prostituée ; union qui répétait aussi celle que l’homme premier avait contractée avec des substances impures, si opposées à son Être. Tableau naturel... : XVI

Mais la postérité de l’homme étant dans la dégradation, ne peut représenter cet ordre d’Êtres qu’avec une très grandes irrégularité ; et cette irrégularité consiste à montrer dans une même espèce toutes les actions des espèces opposées. Elle consiste à tellement rétrécir le tableau, que dans le même ordre d’Être, on voit des vertus actives et des vertus passives ; elle consiste en ce que dans une même Race, dans un même Peuple, il se trouve à la fois le Juge, le Vengeur et le Coupable, pendant que ces noms devraient appartenir à des Êtres différents. Tableau naturel... : XVI

« Dans ces deux cas, il ne peut résulter que de très grands désordres pour lui, puisqu’un Être ne peut habiter que le corps qui lui est propre et naturel. En s’attachant au sang d’un autre homme, il le gêne sans trouver à s’y reposer, parce qu’un autre Être siège dessus ; en s’unissant au sang de la bête, il se lie à des entraves encore plus grossières et plus étrangères à lui-même, et tous ces maux sont autant d’obstacles qui le retardent et le molestent pendant sa marche ; on peut donc voir pourquoi Dieu redemandera l’âme de l’homme à la main ou à la puissance de tout ce qui est sang, puisque l’homme est sa dîme par les rapports originels de son quaternaire avec dix ; on peut voir sur quoi est fondée l’horreur que les hommes ont généralement des meurtriers ; enfin, pourquoi toutes les Nations de la Terre ont regardé comme couverts de la dernière marque de réprobation, ceux dont les cadavres sont exposés à être la pâture des oiseaux et des autres animaux. » Tableau naturel... : XVI

Ils auraient reconnu que ce Principe premier, dont l’homme était chargé de manifester l’image sur la Terre, lui fournissait encore ici-bas les moyens d’accomplir sa destination : que celui de tous, le plus sensible était de lui montrer, dans sa propre postérité, le type de ce qu’il aurait été, s’il eût conservé les droits de son origine ; qu’ainsi ce Principe premier avait pu et du choisir parmi cette postérité criminelle, quelque Être moins coupable et plus rapproché de lui, le rendre dépositaire des vertus que sa Justice permettait d’accorder à la Terre, pour la ramener à son centre ; donner à cet être, par une suite de la convention primitive, la promesse que s’il en faisait un usage légitime, non seulement il les conserverait pour lui et pour sa postérité, mais encore qu’il les augmenterait sans fin et jusqu’à l’immensité des nombres ; que si, au contraire, lui et ses descendants venaient à les mépriser, tous ces dons leur seraient retirés, et qu’alors au lieu d’éclairer les Nations, et de les ramener à leur centre, ils deviendraient l’objet de sa Justice et l’opprobre de la Terre. Tableau naturel... : XVI

Mais, quoique la suprême Sagesse ait pu et dû faire temporellement le choix dont nous parlons ; quoi qu’elle ait élu un Être juste pour lui confier le trésor de ses bienfaits, puisque nul impie ne peut y participer ; si dans la suite la postérité de ce Juste vient à s’écarter de sa loi, qu’elle devienne par conséquent un réceptacle d’ignominie, et l’objet du mépris de tous les Peuples, dira-t-on pour cela que le choix de cette Sagesse ait été indigne d’elle ? Et le premier choix qu’elle aurait fait, en aurait-il été moins pur, quoiqu’il fût devenu l’impureté même ? Il faudrait donc dire que l’homme, émané de la Sagesse suprême, fut sans gloire et corrompu dans son origine, parce qu’aujourd’hui nous le voyons ramper dans le crime et l’opprobre. Tableau naturel... : XVI

Par là elle donne donc encore aux Nations, dans des images défigurées, les indices secrets de ces Vertus que l’amour et la sagesse ont fait pénétrer dans les demeures des hommes, pour leur montrer toujours des tableaux vivants de l’Être vrai sur lequel fut modelée leur existence ; et ce Peuple étant dispersé parmi toutes les Nations de la Terre, elles ont à la fois devant les yeux, et les Agents qui devraient être les organes de la vérité, et les fléaux qui les poursuivent pour avoir osé la mépriser. Tableau naturel... : XVI

Nous ne pouvons mieux terminer ce qui concerne les Traditions des Hébreux, qu’en montrant sur quoi reposent les sublimes privilèges dont ce Peuple est dépositaire. C’est qu’il est celui qui a eu dans sa Langue le premier Nom positif et collectif de toutes les facultés et tous les attributs du grand Être, Nom qui renferme distinctement le principe, la vie et l’action primordiale et radicale de tout ce qui peut exister ; Nom par lequel les astres brillent, la terre fructifie, les hommes pensent ; Nom par lequel j’ai pu, Lecteur, écrire pour vous ces vérités, et par lequel vous pouvez les entendre. Tableau naturel... : XVI

Ce grand Nom a passé, il est vrai, dans toutes les autres Langues de la Terre ; mais il n’a porté dans aucune l’image complète qu’il présente dans la Langue des Hébreux. Les unes n’en ont fait qu’une dé nomination indicative de l’existence d’un Être supérieur, sans rien exprimer de ses vertus. D’autres on conservé quelques-uns de ses traits principaux ; mais ayant fait abstraction de tous les autres, elles n’ont pas peint à notre intelligence un juste tableau de notre Dieu. D’autres, enfin, telles que les Langues voisines de l’hébreu par leur antiquité, ont conservé en grande partie les lettres qui composent ce Nom du Dieu universel ; mais en ayant altéré la forme et la prononciation, elles ont bientôt cessé d’y attacher les vastes et profondes idées dont il est le germe. L’Hébreu seul possède intact ce Nom suprême, tige sur laquelle sont et seront entés tous les autres Noms destinés au soutien de la postérité humaine. Ne soyons donc point étonné que ce Peuple nous soit présenté comme étant le fanal des Nations, et le foyer visible sur qui, depuis la chute de l’homme ont réfléchi les premiers rayons du grand Être. Tableau naturel... : XVI

Voilà une des sources de ces sublimes connaissances vers lesquelles les hommes paraissent marcher sans le savoir, et qui doivent leur apprendre un jour quelle est la véritable occupation et la véritable destination de leur Être. Tableau naturel... : XVII

Mais plus cette classe est sublime, plus il est difficile à l’homme de s’y maintenir ; il faut pour l’atteindre, que tout ce qu’il y a de prestiges en lui, disparaisse et s’anéantisse, pour ne laisser briller que son essence pure et réelle. Tout en conservant cette intégrité indestructible de son Être, les illusions qui le remplissent, doivent faire place à des substances solides et vraies : comme ces tendres végétaux qui dans la terre perdent leur mollesse, et reçoivent dans leurs canaux une matière durable, qui, sans changer leur forme, leur donne une consistance à toute épreuve : enfin, l’homme joignant la vie d’un autre Être à la sienne propre, doit se renouveler perpétuellement sans cesser d’être lui-même, et la vie de cet autre Être est celle de l’Infini. Tableau naturel... : XVII

Si la première de ces bases doit servir de modèle à la seconde, la seconde doit soutenir la première, pour satisfaire à toutes les lois de notre Être, et pour mettre un équilibre parfait dans toutes les facultés qui nous composent : car si l’homme aspirant à la science intellectuelle néglige les ressources que la Nature lui présente, il court le risque de ne faire que passer de l’ignorance à la folie. Tableau naturel... : XVII

D’ailleurs, si nous nous trouvons placés au milieu de ces objets physiques, c’est une preuve que l’Être suprême veut que nous commencions à le connaître de cette manière ; s’il nous a mis ce livre devant les yeux, c’est pour que nous le lisions préalablement aux livres que nous ne voyons point encore. Enfin, c’est un des plus grands secrets que l’homme puisse connaître, que de ne pas aller à Dieu tout de suite, mais de s’occuper longtemps du chemin qui y mène. Tableau naturel... : XVII

Ils n’ont eu pour but que l’Être inférieur de l’homme ; et s’ils se sont occupés quelquefois de son Être supérieur, c’est pour ne lui présenter que des objets qui ne sont pas dignes de lui. Tableau naturel... : XVII

C’est cette instruction qui présente l’Être intellectuel de l’homme comme un entier, puisqu’il tient à la racine intellectuelle et divine dont toutes les puissances sont des entiers : qui annonce, par conséquent, que selon la loi des entiers, il doit s’agrandir et s’étendre à mesure qu’il s’élève à ses puissances, puisque le privilège des entiers, est de manifester de plus en plus leur grandeur et l’indestructibilité de leur être. Tableau naturel... : XVII

Jugeons maintenant si la sagesse est une chose précieuse, et s’il est rien à quoi elle puisse se comparer. L’homme devrait la demander sans cesse, mais avec des paroles de feu qui exprimassent combien il la désire ; son visage devrait porter d’avance la joie dont ce trésor peut le remplir ; c’est une soif ardente, c’est un besoin voluptueux, c’est tout son Être intérieur qui doit parler. Tableau naturel... : XVII

Que seraient les connaissances de l’homme, que serait cet Être fait pour posséder l’unité des sciences et des vérités, s’il n’avait pu espérer de connaître qu’une subdivision des vertus divines ? Sa nature l’appelant à contempler la réunion de ces mêmes vertus ; et à être leur signe vivant, comment aurait-il jamais recouvré des privilèges aussi sublimes, s’il n’eut vu que des rayons épars de cette unité ? Tableau naturel... : XVII

En effet, que sont ces Héros, ces demi-Dieux, ces Agents célèbres, dont les Traditions historiques et fabuleuses nous présentent sans cesse la correspondance avec la Terre ? Ils n’ont été chacun dépositaires que de quelques vertus particulières de l’unité. L’un en a manifesté la force par la grandeur de ses entreprises, et par ses immenses travaux. L’autre en a manifesté la justice par la punition des malfaiteurs et par l’asservissement des rebelles. D’autres, enfin, ont manifesté la bonté, la bienfaisance, par les Sciences et les secours qu’ils ont apportés aux malheureux, et par les douceurs qu’ils ont fait goûter aux hommes de paix. Et même on peut dire de ces Agents, sans excepter ceux dont il est parlé dans les Traditions des Hébreux, qu’ils ne montraient à l’homme que des vertus isolées, temporelles et passagères, et que par conséquent ils ne lui donnaient point une idée parfaite de son Être, ni des droits qui sont attachés à sa nature. Tableau naturel... : XVII

Il fallait donc qu’une Action Puissante démontrât la réelle et féconde existence de l’homme, en lui facilitant l’intelligence de son Être, et en l’élevant à un état de supériorité auquel il ne cessait de tendre, depuis sa chute par une loi irrésistible de son essence il fallait dis-je une troisième époque ; il fallait un type total, qui lui offrit une loi plus simple et plus une que toutes celles qui avaient précédé : une loi plus analogue à la vraie nature de l’homme, dont nous ne cesserons de défendre la grandeur et la sublimité. Tableau naturel... : XVII

Par cette vertu nouvelle, non seulement l’homme devait voir disparaître en lui les lois de l’instinct et des affections des brutes, mais encore y substituer les droits et les affections de l’intelligence. Non seulement il devait reconnaître tous les pouvoirs de l’ordre et de la justice : mais encore apprendre à s’élever au-dessus de la justice même, en se conduisant par une loi bien différente de celle qui n’avait été écrite que pour les esclaves et les malfaiteurs : en un mot, il devait apprendre à juger de la véritable destination de son Être, qui n’était pas fait pour être resserré dans des entraves, mais pour faire le bien, comme Dieu, par nature, par amour, et sans être mu par l’appareil des punitions et des récompenses. Tableau naturel... : XVII

Pendant la première époque de son expiation, l’homme comme l’enfant dans les liens ténébreux de la matière, éprouvait sans doute les bienfaits de la Sagesse. Mais, recevant ces bienfaits, comme l’enfant, sans les apercevoir ni reconnaître la main qui les répandait sur lui il n’était que passif, et son Être réel et intelligent ne goûtait pas encore sa vraie nourriture, qui consiste dans l’activité et la vie. Tableau naturel... : XVII

Par là, ces Agents l’instruisaient sur la destination des différentes parties de l’Univers. Ils lui apprenaient qu’il n’y avait pas un seul Être dans la création universelle, qui ne fût l’image d’une des vertus divines ; que la Sagesse avait multiplié ces images autour de l’homme, afin que, quand il les lui présenterait elle fit à leur aspect sortir d’elle-même une nouvelle onction ; qu’ainsi elle transmit jusqu’à l’homme tous les secours dont il a besoin ; et que le modèle s’unissant à la copie, l’homme pût les posséder l’un et l’autre. Tableau naturel... : XVII

C’est donc là où l’homme découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu’en s’appuyant sur une base universelle, son Être intellectuel devient le véritable Temple ; que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l’environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c’est sa confiance dans l’existence nécessaire du Principe de l’ordre et de la vie ; c’est cette persuasion brûlante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c’est la prière, c’est son désir et son zèle pour le règne de l’exclusive unité ; que l’autel, c’est cette convention éternelle, fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l’homme viennent se rendre, comme de concert, pour renouveler l’alliance de leur amour, et pour y trouver, l’un sa gloire, et l’autre son bonheur ; en un mot, que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu sacré qui ne devaient jamais s’éteindre, c’est celui de cette étincelle divine qui anime l’homme et qui, s’il eût été fidèle à sa loi primitive, l’aurait rendu à jamais comme une lampe brillante et secourable, placée dans le sentier du Trône de l’Eternel, afin d’éclairer les pas de ceux qui s’en étaient éloignés ; parce qu’enfin l’homme ne doit plus douter qu’il n’avait reçu l’existence que pour être le témoignage vivant de la lumière et le signe de la Divinité. Tableau naturel... : XVII

Pour mieux nous convaincre combien il était nécessaire qu’une Unité de vertus vint achever devant les hommes le tableau de leur Être, qui n’avait été que légèrement tracé par les manifestations particulières, je vais dire quelque chose des Nombres : mais auparavant je dois prévenir que cette carrière est si vaste, que jamais l’homme, ni aucun Être que Dieu lui-même ne pourra en connaître toute l’étendue. De plus elle est si respectable que je ne puis en parler qu’avec réserve, soit parce qu’il est impossible de le faire clairement et à découvert en langage vulgaire, soit parce qu’elle renferme des choses auxquelles on’ ne doit pas prétendre sans préparation. Tableau naturel... : XVIII

Si c’est par le plus élevé des hommes que tous les maux de sa malheureuse postérité ont été engendrés, il était impossible qu’ils fussent réparés par aucun homme de cette postérité : car il faudrait supposer que des êtres dégradés, dénués de tous droits et de toutes vertus, seraient plus grands que celui qui était éclairé par la lumière même : il faudrait que la faiblesse fût au-dessus de la force. Or si tous les hommes sont dans cet état de faiblesse ; s’ils sont tous liés par les mêmes entraves, où trouver parmi eux un Être en état de rompre et de délier leurs chaînes ? Et en quelque lieu que l’on choisisse cet homme, ne serait-il pas forcé d’attendre que l’on vienne briser les siennes ? Tableau naturel... : XVIII

Il est donc vrai que tous les hommes étant respectivement dans la même impuissance, et cependant étant tous appelés par leur nature, à un état de grandeur et de liberté, ils ne pourraient être rétablis dans cet état que par un Être qui leur serait égal : ce qui prouve que l’Agent chargé de leur retracer l’unité Divine, doit être par lui-même plus que l’homme. Tableau naturel... : XVIII

Enfin, pour parler sans voile, ce n’est qu’à cet époque que le Grand Nom donné aux Hébreux put avoir toute son action. Sous la loi de justice, il n’avait agi qu’extérieurement : il fallait qu’il pénétrât jusqu’au centre pour opérer dans l’homme l’explosion générale dont son Être intellectuel est susceptible, et pour le délivrer de l’état de concentration, où sa chute l’avait réduit. Tableau naturel... : XVIII

D’après les idées profondes que nous présentent ces démonstrations, ne nous étonnons point des différentes opinions auxquelles les hommes se sont arrêtés sur l’Agent universel. Quelque idée qu’ils s’en soient formée, il n’est rien en fait de vertus, de dons et de pouvoir, qu’ils n’aient pu trouver en lui. Les uns ont dit que c’était un Prophète ; d’autres, un homme profond dans la connaissance de la Nature et des Agents spirituels ; d’autres, un Être supérieur ; d’autres enfin, une Divinité ; tous ont eu raison, tous ont parlé conformément à la vérité ; et toutes ces variétés ne viennent que des différentes manières dont les hommes se sont placés pour contempler le même objet. Le tort qu’ont eu les premiers, c’est de vouloir rendre exclusif et général le point de vue particulier qui se présentait à eux ; les seconds, de ne pas se proportionner à la faiblesse de leurs Disciples, et de vouloir leur faire admettre, sans le concours de leur intelligence, les vérités les plus fécondes que l’esprit de l’homme puisse embrasser. Tableau naturel... : XVIII

Selon l’ordre physique, une maladie ne se guérit i qu’après que le remède a pénétré jusqu’au siège même de la vie, jusqu’au centre de l’Être ; ce qui se voit avec évidence dans la plupart des dérangements corporels, auxquels on ne remédie parfaitement que par la purification du sang. Tableau naturel... : XVIII

C’est même là ce qui pourrait venger la terre du mépris qu’ont affecté pour elle des hommes ignorants, qui ont voulu trouver dans son peu d’étendue relativement à l’Univers, des motifs pour la dédaigner. Si la terre ne tenait pas de plus près qu’aucun autre Être corporel, aux lois et aux Principes premiers qui ont dirigé et produit toutes choses, elle n’en porterait pas aussi clairement qu’elle le fait, le nombre et tous les caractères. Tableau naturel... : XVIII

Toutefois, dois-je présenter la formation du Soleil au quatrième jour comme un signe prophétique d’un événement prévu alors, puisque selon plusieurs, le crime qui l’a occasionné ne pouvait se prévoir, sans que l’Auteur des choses ne fit le pour et le contre, et ne participât à l’erreur de sa créature ? Ne dois-je pas plutôt présenter cette formation du Soleil au quatrième jour comme une simple conformation de l’action universelle du nombre quaternaire, qui devait être complète avant que l’homme coupable et ténébreux pût recouvrer la vie de son Être intellectuel, ainsi que les animaux demeurèrent dans l’inertie, et pour ainsi dire dans le néant jusqu’au moment où le Soleil élémentaire vint donner l’essor à l’action qui leur était propre. Tableau naturel... : XIX

Bornons-nous donc à reconnaître que l’Agent universel paraissant au milieu des temps à une époque quaternaire, et donnant à l’homme la vraie réaction dont il avait besoin, l’a mis à portée de rentrer dans son ancien domaine et d’en parcourir toutes les parties : car si le corps de l’homme lui présente deux diamètres, si par là, ce corps est un signe périssable de la mesure universelle, son Être intellectuel tenant au Principe infini, est à plus forte raison revêtu d’un signe quaternaire participant de l’infini, et avec lequel il peut mesurer à ,jamais tous les Êtres. Tableau naturel... : XIX

Toute la récompense que je désire de celui à qui je dévoile ces vérités, c’est qu’il médite sur les lois de la réfraction : qu’il observe qu’elle est plus grande en raison de la densité des milieux ; qu’ainsi il reconnaisse que l’objet de l’homme sur la terre doit être d’employer tous les droits et toute l’action de son Être à raréfier, autant qu’il le peut, les milieux qui sont entre lui et le vrai Soleil, afin que l’opposition étant comme nulle, le passage soit libre et que les rayons de la lumière arrivent jusqu’à lui sans réfraction. Tableau naturel... : XIX

On doit voir que l’homme lui-même, quoique séparé de cette Sagesse dans laquelle il a puisé la vie, ne l’est que relativement à lui, et nullement pour la suprême Intelligence, qui embrassant l’universalité des Êtres et leur donnant seule l’existence, démontre l’impossibilité qu’un Être existe, et lui soit inconnu. Tableau naturel... : XIX

Nous devons répéter aussi que la volonté fausse de l’Être libre est la seule cause qui puisse l’exclure de l’harmonie universelle de l’Unité, puisqu’il tient toujours à cette Unité par sa Nature : d’où il résulte que, si tâchant d’imiter les puissances pures, qui manifestent devant lui les vertus Divines, sa volonté s’unissait à la volonté du grand Principe, il aurait comme elles la jouissance de tous ses rapports avec ce Principe. Tableau naturel... : XIX

Il lui ressemblerait par l’indestructibilité de son Être, fondée sur la loi de son émanation ; il serait compris dans l’harmonie de toutes les facultés divines ; et parmi toutes les vertus que la Sagesse lui fait manifester, il n’y en aurait point qui ne lui fût connue et dont il ne pût jouir, autrement il ne connaîtrait pas leur unité. Tableau naturel... : XIX

Toutes les oeuvres de ce grand Principe nous seraient présentes, et depuis le commencement des temps jusqu’à nous, aucun Être, aucun nom, aucune puissance, aucun fait, aucun Agent ne nous demeurerait inconnu ; de façon que ces Elus qui ont opéré sur la terre cette suite de faits transmis jusqu’à nous par les Traditions des Peuples, que toutes leurs lumières, leurs connaissances, leurs noms, leur intelligence, leurs actions ne formeraient pour nous qu’un seul ensemble, dont tous les détails seraient destinés à notre instruction et soumis à notre usage. Ce qui démontre combien les Livres seraient inutiles, si nous étions sages : car les Livres ne sont que des recueils de pensées, et nous vivons au milieu des pensées. Tableau naturel... : XIX

Enfin le premier homme ayant placé le mal à côté du bien, il fallait que l’Être régénérateur plaçat bien à côté du mal, afin de balancer le poids et l’action du crime et de compléter les termes de la portion. Tableau naturel... : XX

Or la matière à laquelle l’homme s’est uni criminellement, n’est-elle pas la source de l’erreur des pâtiments qu’il éprouve ? Ne le tient-elle pas comme enchaîné parmi les substances qui lui présentent l’ordre sensible, tous les signes de la réalité, tandis qu’elles n’en ont aucune pour son Être pensant Régénérateur universel, en s’unissant volontairement et purement à une forme sensible, doit donc avoir fait le type opposé ; c’est-à-dire qu’il a dû présenter aux yeux de la matière, tous les indices de la défectuosité, de la fragilité dont elle est susceptible, sans qu’aucune des sources de cette corruption ait pu atteindre jusqu’à lui. En un mot, si la matière avait charmé l’homme, et avait subjugué les yeux de son esprit, il fallait que le Régénérateur universel charmât la matière, et qu’il en démontrât le néant, en faisant régner devant elle le vrai, le pur, l’immuable. Tableau naturel... : XX

Ainsi il ne s’est montré sur la terre, conformément à ces lois, que pour peindre à l’homme sa propre situation, et pour lui tracer l’histoire entière de son Être ; c’est-à-dire, que si le Régénérateur a dû présenter à l’homme le tableau de son état mixte et dégradé, il doit aussi lui avoir manifesté celui de son état simple et glorieux ; et pour cet effet il faut que la mort ait opéré en lui, devant les hommes, une séparation visible des deux substances qui nous composent, afin que par cette visible analogie, nous ne puissions douter que ce qui forme aujourd’hui cet impur amalgame, est l’union d’un Principe supérieur et sublime, à un principe terrestre et corruptible. Tableau naturel... : XX

Il fallait en même temps que cette séparation visible s’opérât par un moyen violent, pour rappeler à l’homme que ce fut un moyen violent qui unit autrefois son Être intellectuel avec le sang. Tableau naturel... : XX

D’ailleurs, nous ne pouvons nous dispenser de convenir que c’est par une parole que ce grand acte devait se produire ; puisque si nous n’avons pas d’autre instrument pour manifester nos idées, il résulte que l’Être principe dont nous sommes le signe et la représentation, ne pouvait également nous apprendre que par la parole, les desseins sacrés qu’il avait eus sur nous dès l’instant de notre existence, et que l’homme avait méprisés ; par conséquent, s’il devait nous manifester au milieu des temps une unité de parole, il devait donc nous manifester de nouveau la profondeur de toutes ses pensées, et nous mettre à portée de recouvrer le secret même de la sagesse et de toutes ses vertus. Tableau naturel... : XX

Or voici quelle est la progression de la manifestation de ses puissances. L’Univers matériel est l’expression de sa parole physique, les Lois et les trésors de la première Alliance de l’Être principe avec la postérité de l’homme sont l’expression de sa parole spirituelle : le grand oeuvre opéré par la seconde Alliance est l’expression de sa parole divine. Tableau naturel... : XX

Bornons-nous à reconnaître que toutes les autres parties d’un Culte qui n’est qu’Esprit e Vie, doivent tendre à nous éclairer dans nos ténèbres. Il faut qu’elles soient comme une interprétation sensible des plus grandes vérités que l’homme puisse connaître, et qui lui sont vraiment analogues. Il faut que ce culte considéré dans ses temps, dans son nombre, dans ses diverses cérémonies, soit comme un cercle d’actions vivantes où l’homme intelligent et non prévenu puisse trouver la représentation caractéristique des lois de tous les Êtres, de tous les âges, de tous les faits ; c’est-à-dire, que l’homme doit pouvoir y reconnaître non seulement sa propre histoire depuis sa primitive origine, jusqu’à sa réunion future avec son Principe ; non seulement celle de la nature entière, et de tous les Agents physiques et intellectuels qui la composent et qui la dirigent, mais encore celle de la main féconde qui rassemble sans cesse sous nos yeux les traits les plus saillants et les plus propres à l’explication de la vraie nature de notre Être. Tableau naturel... : XX

L’homme, dont le coeur brûlant consume sans cesse les plantes sauvages et malsaines dont il est environné ; l’homme qui regarde l’Agent dont il reçoit la pensée, comme un Être de jalousie qui s’afflige lorsqu’on aime quelque chose qui n’est pas lui ; l’homme qui en s’immolant perpétuellement lui-même, est toujours humble et tremblant devant Dieu, parce que le secret de Dieu ne se révèle qu’à ceux qui le craignent ; l’homme simple qui suit avec fidélité et confiance les Préceptes que l’Agent universel doit avoir enseignés, et qui viennent d’une source trop bienfaisante pour conduire à l’illusion et au néant. Tel est celui qui peut prétendre à entrer dans le conseil de paix ; d’autant que la science la plus élevée qui se puisse acquérir est un édifice frêle et chancelant, lorsqu’elle ne repose pas sur toutes ces bases qui en seront toujours le plus ferme appui. Tableau naturel... : XX

Alors ceux des Chefs spirituels qui avaient conservé le dépôt dans sa pureté, n’auraient pas été entendus, s’ils avaient voulu diriger la pensée de l’homme vers la hauteur de ce Sacerdoce ineffable qui l’approche de la Divinité ; et s’il eussent voulu l’engager à la recherche des sciences Divines en repliant son action sur lui-même, et en se dépouillant de tout ce qui est étranger à son Être pour se présenter tout entier avec un désir pur aux rayons de l’intelligence. Tableau naturel... : XX

Une considération attentive de notre Être, nous instruirait sur la sublimité de notre origine : et sur notre dégradation : elle nous ferait reconnaître autour de nous et dans nous-mêmes, l’existence des vertus suprêmes de notre Principe ; elle nous convaincrait qu’il a été nécessaire que ces vertus supérieures se présentassent à l’homme visiblement sur la terre, pour le rappeler aux sublimes fonctions qu’il avait à remplir dans son origine ; elle nous démontrerait la nécessité d’un culte, afin que la présence de ces vertus ne fût point sans efficacité pour nous. Tableau naturel... : XX

Le cours de la vie de l’homme particulier vient à l’appui de cette vérité. A mesure que son Être intellectuel s’élève vers la lumière, son corps s’affaisse et se replie sur lui-même, et l’on doit être convaincu que quand il a rassemblé en lui toutes les vertus que comporte sa région terrestre, sa forme corruptible ne peut plus exister avec lui ; comme certains fruits qui se séparent naturellement de leur enveloppe, quand ils ont acquis leur maturité ; en sorte que la vie de l’un est la mort de l’autre. Tableau naturel... : XXI

On sait que les témoignages universels des Peuples s’accordent sur ce point. Tous regardent l’état violent de la Nature et de l’homme, comme la suite du désordre, et comme une préparation à un état plus calme et plus heureux. Tous attendent un terme aux souffrances générales de l’espèce, comme la mort en met chaque jour aux souffrances corporelles des individus qui ont su garantir leur Être de tout amalgame étranger. Enfin, il n’est pas un Peuple, et l’on pourrait dire pas un homme, rendu à lui-même, pour qui l’Univers temporel ne soit une grande allégorie, ou une grande fable qui doit faire place à une grande moralité. Tableau naturel... : XXI

Qu’on se rappelle ici qu’à l’image du grand Être, l’homme emploie les mêmes moyens et les mêmes facultés pour donner l’existence à ses ouvrages matériels que pour les détruire. Tableau naturel... : XXI

Avant cette disparition finale, il y aura des maladies dans la Nature universelle, comme la diminution de la chaleur en occasionne dans les corps particuliers, avant qu’ils cessent totalement leur action. Les vertus ternaires des éléments qui servent de colonnes à l’Univers, se suspendront, comme la force et l’activité nous abandonnent, lorsque nous approchons naturellement de notre fin. Et tel est le sens des Traditions des Chrétiens, lorsqu’elles nous présentent tous les fléaux ternaires se manifestant à la voix des sept Agents supérieurs ; c’est-à-dire, quand ces sept Agents remettront au grand Être, les droits et les vertus dont il les avait remplis pour l’accomplissement de ses desseins dans l’Univers. Tableau naturel... : XXI

Peignons-nous donc les postérités futures accablées par les désordres des causes physiques, et par ceux qu’elles auront laissé dominer dans leur Être intellectuel. Peignons-nous les hommes des temps à venir, perdant l’espérance de se voir renaître et condamnés à la stérilité dès qu’ils toucheront au complément du nombre temporel des hommes. Peignons-nous les d’autant plus effrayés de cette stérilité qui leur présentera l’image importune du néant, qu’ils seront plus tourmentés par les actions corrosives, lesquelles ils verront alors s’accumuler sur eux, parce qu’il y aura moins d’individus sur qui elles puissent se partager. Tableau naturel... : XXI

Si au contraire l’homme n’a reçu et n’a cultivé en lui que des germes salutaires et analogues à sa vraie nature ; s’il a été assez heureux pour arroser quelquefois de ses larmes cette plante fertile que nous renfermons tous en nous-mêmes ; s’il a compris qu’il devait porter comme tous les Êtres, les signes caractéristiques de son Principe, et que nul autre que le premier de tous les Principes, ne pouvait lui avoir donné l’existence ; s’il a désiré de ressembler à ce Principe, en se conformant à ses images envoyées dans le temps ; s’il a essayé de le faire connaître à ses semblables, en les aimant comme il les aime, en tolérant leurs égarements comme il les tolère, en se transportant par la pensée jusque dans ces temps de calme et d’unité où les désordres ne l’affecteront plus ; enfin, s’il a tâché de traverser cette ténébreuse demeure, sans faire alliance avec les illusions qui la composent ; n’ayant pris dans ce passage laborieux, que ce qui pouvait étendre sa propre nature et non la défigurer ; alors il cueillera des fruits dont le goût, la couleur et le parfum flatteront les sens intellectuels de son Être, en même temps qu’ils en vivifieront continuellement toutes les facultés. Rien ne le séparera (le ces sphères supérieures dont les sphères visibles ne sont que d’imparfaites images, et dont le mouvement dirigé selon des rapports inaltérables enfante la plus sublime harmonie et transmet les accords Divins à l’universalité des Êtres. Tableau naturel... : XXI

Là, aucun Être ne sera exposé à la punition d’Oza, parce que cette Arche sainte est le dépôt de la clémence et de la vie ; et comme elle est à la fois le centre, le germe et la source de toutes les Puissances, il sera à jamais de toute impossibilité que l’homme se voit admis à son culte, sans qu’elle-même lui ouvre son Sanctuaire. Tableau naturel... : XXI

Le Grand Prêtre de la Loi antérieure au temps, le même qui a présidé invisiblement aux cultes de tous les Peuples de la terre, puisqu’il n’en est aucun qui n’annonce des traces de la vérité, le même qui a dit présenter aux hommes, au milieu des temps, le tableau de leur Être et la réunion de toutes les vertus Divines que le crime avait fait subdiviser pour nous sera aussi celui qui présidera à ce culte futur et postérieur au temps puisqu’étant le seul Agent universel de la Sagesse suprême, il peut seul distribuer l’universalité des grâces qu’elle destine à tous ses enfants. Tableau naturel... : XXI

Ces parfums se succédant avec une abondance intarissable, s’élèveront jusqu’à la source première de toute vie et de toute intelligence ; et cette source inépuisable, toujours pénétrée par leur activité, s’entr’ouvrira toujours pour laisser avec la même abondance et la même continuité, découler jusque dans l’âme des hommes, les douceurs de sa propre existence. Ainsi l’homme pourra se nourrir à jamais de la vie de son modèle ; ainsi le grand Être pourra se contempler éternellement dans son image, parce qu’en la régénérant sans cesse lui-même, il lui donnera par là, le droit sublime d’être le signe ineffaçable de son Principe. Tableau naturel... : XXI

Enfin chacun des hommes jouira, non seulement du don qui lui sera propre, mais il pourra encore participer à ceux de tous les Elus qui composeront l’assemblée des Sages ; comme ici-bas les différents hommes en se rapprochant, pourraient multiplier réciproquement leurs vertus, se nourrir chacun de celles qui brillent dans leurs semblables, répandre dans tous le talent d’un seul, faire germer dans un seul les talents de tous : et tel sera l’éclat futur de cette communication mutuelle, par laquelle tous les hommes unissant leurs jouissances à celles du grand Être et de toutes ses productions, feront que tous les individus vivront dans le même être, et le même Être dans tous les individus. Tableau naturel... : XXI

Mais pour avoir droit à cette sublime attente, sondez souvent votre Être, afin de vous assurer qu’il ne respire que pour le règne de la vérité et non pour le vôtre : c’est là cette boussole du Sage, ce pacte qu’il doit faire sans cesse avec lui-même. Conservez toujours une assez noble idée du Principe qui vous anime, pour croire qu’après celui qui vous a donné l’existence, il n’est rien pour vous de si respectable que vous-même. Ce sera un rempart qui vous défendra des approches non seulement de tout ce qui est opposé à votre nature, mais encore de tout ce qui n’en est pas digne et qui n’a pas des rapports vrais avec vous. Tableau naturel... : XXII

« Aussi dans la même région, dans le même fait, dans le même phénomène où vous aurez aperçu une vérité naturelle élémentaire, soyez assurés, si vous faites à propos usage de vos facultés, que vous trouverez une vérité naturelle intellectuelle ; soyez sûr que vous apercevrez dans cette nouvelle classe, le même plan que dans la classe précédente ; que même vous y reconnaîtrez des propriétés analogues et tendant au même but, parce que tout se tient, tout se touche, tout est un dans les moyens comme dans l’objet que l’Auteur des choses s’est proposé. C’est ainsi que dans l’homme les organes corporels qui manifestent les fonctions animales les plus parfaites, telles que celles qui s’opèrent dans la tête et dans le coeur, sont également le siège des plus beaux traits de son Être immatériel, savoir de l’amour et de l’intelligence. » Tableau naturel... : XXII

Nous ne pouvons même en douter, en réfléchissant à notre destination primitive, et en nous souvenant que telle était la majesté de l’homme, qu’il ne lui fallait rien moins que toutes les vertus de l’Univers pour le contenir et lui servir de siège ; de même que dans son état actuel, la forme corporelle dans laquelle il est emprisonné, ne pourrait embrasser et soutenir son Être intellectuel dans l’étendue de toutes ses facultés, si elle n’était la plus régulière de toutes les formes, et l’abrégé le plus ressemblant du grand Univers. Ce n’est donc que d’une base aussi étendue, et d’un appui aussi solide ; ce n’est, dis-je, que de l’union générale, et du vaste assemblage de tous ces Agents purs et intermédiaires qui, planant au-dessus du monde sensible, tendent à vous seconder, à vous défendre, à vous environner, que vous pouvez vous élever comme eux avec sécurité, et avec une véritable lumière, jusqu’à cette Unité universelle qui les domine et qui les vivifie tous. Tableau naturel... : XXII

Ainsi cet Agent étant le mobile de tous les dons et de tous les secours qui peuvent parvenir dans votre région, deviendra celui de tous les mouvements de votre Être, lorsque toutes vos facultés disposées par vos désirs ; « par la terre, par l’huile, par le sel, et par le feu » auront recouvert le degré de pureté qui leur est nécessaire pour vous faire ouvrir les premières portes du Temple, et pour vous y faire adopter par les Guides fidèles qui doivent vous transmettre ici-bas les vertus du Sanctuaire, jusqu’à ce que vous ayez acquis le droit et le pouvoir de les aller puiser vous-même à leur source. Tableau naturel... : XXII

Il n’est donc point d’oeuvre pure, de quelque genre qu’elle soit, où vous ne puissiez reconnaître sa puissance ; et pour ainsi dire, communiquer avec lui. La seule différence qui distingue ces diverses opération c’est que dans les unes il agit par de simples émanations actives et que dans les autres il agit par d’émanations intelligentes ; que par les unes, il préserve, il anime, il instruit, et que par les autres il renouvelle, il élève, il sanctifie. Mais dans cette diversité d’actions, et sous les noms de préservateur, d’instructeur, de rénovateur, de sanctificateur, vous ne pouvez vous dispenser de voir le même Être, le même Agent suprême et universel, par qui tout se meut, par qui tout existe, et qui ne se revêt de ces différents caractères que pour mieux subvenir à tous nos besoins, à toutes nos situations, et pour remplir dans toute leur étendue les vastes desseins qu’il a sur nous. Tableau naturel... : XXII

Lors donc que vos maux deviendront trop pressants, quand les eaux de votre obscure demeure seront prêtes à vous inonder, et même quand les ténèbres de l’ignorance vous paraîtront pénibles et insupportables, demandez par lui à la Sagesse quelques rayons de son feu pour les dissiper. Pourrait-elle sans s’oublier elle-même, ne pas se rendre aux voeux de sa propre substance, et aux vertus de celui sur qui reposent à la fois son Nombre, et son Nom. Demandez, dis-je, par lui à la Sagesse qu’elle supplée elle-même à votre impuissance, qu’elle mette sa pensée à la place de votre pensée, sa volonté à la place de votre volonté, son action à la place de votre action, ses paroles mêmes à la place de vos paroles, et quand elle aura ainsi renouvelé tout votre Être, quand elle vous aura rendu invincible et incorruptible comme elle, elle ne pourra refuser vos offrandes, puisque ce seront ses propres dons que vous lui présenterez. Tableau naturel... : XXII

Par là elle ne laisse plus de terme à vos espérances, par là elle assure la force à votre Être s’il est languissant, l’abondance s’il est dans la disette, la science s’il est ignorant ; bien plus, elle lui assure la vie et la lumière, quand même il serait mort et enseveli au plus profond des abîmes. Car si ce Principe suprême a pu par ses facultés actives enfanter l’harmonie des Êtres sensibles, et par ses facultés pensantes produire votre Être intelligent, comment lui serait-il plus difficile de régénérer vos vertus que de leur avoir donné l’existence ? Tableau naturel... : XXII