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Retraite mystique

Suso - LE SOIR DE L’ENTRÉE EN RETRAITE LE DÉPART : CLOTURE DU COEUR

jeudi 11 octobre 2007

Tirée des oeuvres du Bienheureux Henri Suso par Renée Zeller
Librairie de l’art catholique
1923

Prépare-toi au voyage de l’éternité car vraiment tu n’es ici-bas que l’oiseau posé pour un instant sur une branche. Tu ressembles a l’homme qui guette au bord du rivage le bateau qui tout à l’heure va l’emporter pour un pays lointain d’où jamais il ne reviendra. (Du Livre de l’Eternelle Sagesse).

Le retraitant qui, pour aborder dans la Vérité, veut se faire disciple du Christ commencera par s’agenouiller à des pieds et le prier avec ardeur disant :

Sagesse éternelle, enseigne-moi la doctrine entre toutes la meilleure, que je m’y attache dans le chemin qui mène à la vraie vie.

La Sagesse : Des enseignements renfermés dans l’Ecriture tu n’en trouveras point de plus vrais, de plus utiles ni de plus capables de te conduire à la perfection d’une vie toute lumineuse que ces brèves leçons :

Demeure dans la solitude autant que tes devoirs te le permettent.

Recherche le lieu où tu pourras saisir Dieu dans le secret d’une contemplation silencieuse.

Poursuis sans cesse une plus grande pureté intime ; ferme tes sens extérieurs autant que tu le peux pour rentrer en toi-même.

Clos ton coeur, verrouilles-en la porte afin que les formes sensibles et les imaginations de la terre ne le viennent point distraire.

Et qu’en tout temps ton esprit fixe la Divinité mystérieuse. Porte-moi sans cesse devant ton regard comme un objet fascinant dont les yeux ne peuvent se détacher.

Quant aux autres pratiques spirituelles comme la pauvreté, les jeûnes, les veilles et les mortifications diverses, saches-en faire des moyens pour parvenir à la contemplation ; n’en fais beaucoup usage que dans la mesure où cela peut te conduire à moi. C’est ainsi, vois-tu, que tu atteindras le but suprême de la perfection. S’il n’est pas un homme entre mille qui y parvienne, c’est qu’on met trop souvent la fin dans des pratiques spéciales, demeurant ainsi de longues années dans l’erreur.

Le Disciple : Maître, qui peut fixer la Divinité d’un regard ininterrompu ?

La Sagesse : Aucun de ceux qui vivent aujourd’hui dans le temps. Je t’ai parlé de la sorte uniquement pour te faire connaître le pays vers lequel tu chemines et te marquer le but des efforts de ton coeur comme de l’application de ton esprit. Mais lorsque ton regard se détache (de moi) il faut que tu sois comme si l’éternelle béatitude t’échappait soudain ; alors vite, tu dois te remettre à sa poursuite afin de retrouver ce que tu as perdu et veiller de nouveau sur toi-même.

Lorsque tu t’échappes (de moi) tu ressembles, en effet, à un nautonnier qui a laissé glisser ses rames au milieu de la tempête et ne sait plus que faire. Mais tu ne peux pas encore demeurer fixe en moi, c’est vrai, aussi dois-tu multiplier les descentes (dans le secret de ton coeur) et les retours fervents vers moi pour acquérir la stabilité, autant que cela t’est possible, toutefois.

Ecoute, enfant, écoute les leçons de ton père fidèle, accorde-leur toute ta foi, enferme-les dans le sanctuaire de ton coeur. Pense à ce que je suis, moi, qui t’enseigne ces choses et à l’ardeur profonde que j’apporte à te les dire. Veux-tu garder toujours la ferveur ? aie sans cesse mes leçons devant les yeux. Que tu sois assis, que tu marches ou que tu t’arrêtes, regarde, écoute, je suis là, près de toi et je te dis : Mon enfant, demeure dans le silence intérieur, dans la pureté, dans la liberté, dans l’humilité. Et bientôt mes paroles pénétreront ton âme, tu découvriras des biens qui jusqu’alors étaient cachés pour toi.

Le Disciple : Loué sois-tu pendant les siècles des siècles, ô Sagesse Eternelle ! O mon Maître, ô mon fidèle ami, tes paroles si tendres et tes leçons pleines d’amour ne forceraient-elles pas ma volonté, même rebelle ? Oui Seigneur, je dois t’obéir, je le veux de toute l’ardeur de mon être.

(Courte aspiration du Bienheureux Suso pour se retourner vers Dieu en toute occasion et je remettre en sa présence quand on l’a quitté.)

« Mon doux Maître, mon ami, toi que je chéris de tout mon coeur, où es-tu ? Viens à moi, assieds-toi près de moi, marche avec moi, aide-moi et ne me quitte pas. »