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La mystique divine, naturelle et diabolique

Görres : Comment la mystique a ses racines dans les Évangiles.

Le Romantisme Allemand

mardi 26 mai 2009

CHAPITRE I

La mystique peut être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
envisagée sous deux rapports ; car, d’un côté, elle a ses racines dans la nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
même de l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
, et de l’autre côté elle s’étend dans une région bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
supérieure à la nature. C’est sous ce dernier rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
qu’elle tient à la religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) , et qu’elle reçoit de celle-ci son caractère et sa forme forme
eidos
eîdos
aspecto
perfil
aspect
. La mystique est donc éminemment chrétienne, et la doctrine du christianisme doit avoir sur son développement une influence profonde. Le but du christianisme n’est-il pas d’ailleurs de reproduire, jusqu’à un certain point, dans chaque homme en particulier, ce qui s’est accompli dans la personne de Jésus-Christ, notre modèle. Marie l’avait conçu dans un céleste ravissement ; et déjà, bien des siècles avant sa naissance, les prophètes, emportés dans une divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
extase, avaient annoncé sa venue et contemplé d’avance les traits principaux de sa vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. . Uni personnellement à la divinité, son esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
voyait les choses d’une vue toute mystique ; car il n’avait pas besoin comme nous de remonter des effets aux causes, ou des conséquences à leurs principes ; mais il embrassait par un simple regard le passé, le présent et l’avenir, et l’histoire tout entière était présente à sa pensée. Son action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
était mystique aussi ; et la nature, reconnaissant en lui son maître, lui était soumise et lui obéissait avec docilité. C’est ainsi que nous le voyons marcher sur les flots, calmer les tempêtes par sa parole, multiplier les pains et les poissons, changer l’eau l’eau
água
water
en vin, se rendre invisible, et échapper de cette manière à ceux qui le cherchaient, guérir les infirmités et les maladies, et t aller attaquer la mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. jusque dans son empire. Cette vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
divine, dont les saintes émanations guérissaient ceux qui approchaient de lui, il ne l’emporta point en remontant au ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
 ; mais il la laissa sur la terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] à son Église, et en fit le prix et la récompense d’une vie surnaturelle et céleste. C’est donc lui qui a fondé la mystique chrétienne, et qui nous en a offert dans sa vie le modèle le plus parfait. Il a voulu après sa mort parcourir lui-même toutes les régions du inonde invisible, afin d’éclairer de sa lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. ces sombres domaines, et de permettre à l’homme de marcher d’un pas sûr à travers ces sentiers ténébreux. Les limbes, où les patriarches attendaient sa venue ; l’enfer enfer
inferno
hell
, où avaient été précipités les esprits rebelles et orgueil orgueil
hyperephanía
arrogance
infatuation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), les Pères envisagent l’orgueil comme très proche de l’amour-propre. Comme celui-là il a deux composantes : l’une se manifeste dans les rapports de l’homme avec ses semblables et l’autre concerne la relation de l’homme à Dieu.
leux qui n’étaient pas restés dans la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
 ; et le ciel, avec les chœurs qui composent son admirable hiérarchie, ont vu tour à tour apparaître le Christ, vainqueur de la mort, du péché péché Péché est un mot utilisé dans les religions et certaines sectes pour désigner une transgression volontaire ou non de ce que celle-ci considère comme loi divine. Il est souvent défini comme une désobéissance, un refus, un obstacle au salut ou encore comme une cause de mort de l’âme. et de l’enfer.

C’est au jour de la Pentecôte, lorsqu’il envoya le Saint-Esprit Esprit-Saint
Saint-Esprit
Espírito Santo
Holy Ghost
Holy Spirit
Le Saint-Esprit représente, comme la Vierge, le mystère du divin Amour. [Frithjof Schuon]
à ses apôtres, qu’il leur communiqua la vertu divine et mystique qui résidait en lui. Et déjà l’apôtre saint Paul, dans sa première Épitre aux Corinthiens, énumérait tous les dons merveilleux qui composent ce précieux trésor que le Sauveur a confié à son Église. Ces dons sont de deux sortes : les uns ont pour but la sanctification de celui qui les reçoit, les autres l’éducation éducation
educação
education
educación
paideia
et l’utilité du prochain. Les premiers forment la mystique ésotérique ou intérieure, et les autres produisent la mystique exotérique, qui n’est ordinairement que le résultat et la manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
de la première. Le prophète Joël avait prédit aux Juifs que leurs fils et leurs filles prophétiseraient ; que les jeunes gens auraient des visions, et les vieillards des songes merveilleux. Cette prophétie prophétie Annonce d’événements futurs par voyance, pressentiment ou conjecture s’est accomplie dans l’Église dès le commencement ; et les Actes des Apôtres nous rapportent déjà les visions et les songes surnaturels des premiers disciples du Sauveur. C’est dans une vision que saint Pierre apprend qu’il ne doit plus différer d’admettre les gentils dans l’Église. C’est dans une vision que les mystères mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
de l’avenir sont révélés à saint Jean. Saint Paul est ravi jusqu’au troisième ciel, et il ne peut dire si c’est avec son corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
ou sans lui. Saint Irénée, dans son second livre des Hérésies, chap. 57, affirme que, de son temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. , il y avait dans l’Église des fidèles qui contemplaient l’avenir et qui avaient des visions. Saint Justin, dans son Apologie, oppose aux païens, comme une preuve de la divinité du christianisme, le don de prophétie que l’Église avait reçu, héritant ainsi de la puissance acte
puissance
energeia
dynamis
de leurs oracles et de leurs sibylles. Origène, dans son premier livre contre Celse, assure qu’un grand nombre de païens s’étaient faits chrétiens par suite des visions qu’ils avaient eues, et que l’Esprit-Saint avait tout à coup changé leurs dispositions, de sorte qu’instruits et fortifiés par ces visions, soit dans le sommeil, soit pendant la veille, ils ne craignaient pas de mourir pour une doctrine dont ils avaient eu horreur jusque-là. Il affirme avoir vu lui-même beaucoup de cas de ce genre, et il prend Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
à témoin que ce qu’il dit est vrai. Saint Justin raconte de lui la même chose dans son Dialogue avec Tryphon ; et saint Grégoire de Nysse en dit autant de saint Grégoire le Thaumaturge.

Mais, pendant que l’Esprit de Dieu versait ainsi abondamment les rayons de sa lumière et de sa chaleur sur sa jeune fiancée, l’Église, l’esprit de la nature, au milieu de ce printemps surnaturel, semblait aussi se réveiller de son sommeil ; et nous voyons déjà se produire en divers lieux, et particulièrement chez les Gnostiques, cette mystique naturelle qui avait été familière aux païens. Déjà Tertullien, devenu montaniste, et parlant au nom de ces hérétiques, dit : « Dieu a daigné nous favoriser lui-même du don des prophètes ; car nous avons parmi nous une « sœur qui reçoit des révélations. C’est ordinairement le « dimanche, pendant le service divin, qu’elle tombe en extase. Elle entre alors dans un commerce intime et familier avec les anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
et les esprits, et quelquefois même avec Dieu. Elle scrute les cœurs ; elle guérit les malades. La matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
de ses visions lui est fournie par la lecture des livres saints, par le chant des hymnes, par les prédications et les exhortations, et par les prières que l’on récite pour les fidèles. Un jour, pendant qu’elle était en extase, on parla de l’àme dans rassemblée ; je ne me rappelle plus exactement ce que l’on avait dit. Le service divin une fois fini, elle laissa la foule s’écouler, ce qu’elle fait toutes les fois qu’elle veut nous communiquer ce qu’elle a vu dans son extase, parce qu’on peut alors soumettre le tout à un examen sérieux et attentif. Elle nous raconta donc qu’elle avait vu sous une forme corporelle une âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
qui lui avait paru être un esprit. Elle n’était pas privée de toute forme ; mais il semblait qu’on pût la saisir ou la toucher. Elle était tendre, radieuse ; elle avait comme la couleur couleur
cor
color
de l’air, et pour tout le reste elle ressemblait à une forme humaine. » La sévérité excessive de la secte de Montait pouvait rendre moins dangereuses pour ses adeptes ces sortes de visions. Mais lorsque nous voyons ces mêmes phénomènes se reproduire et dans Simon le Magicien avec son Hélène, et dans Marcion, qui avait aussi amené à Rome avec lui une clairvoyante, afin de gagner les âmes simples, et dans Apelle avec sa Philomène, et dans beaucoup d’autres sectaires, il est impossible de douter que déjà, à cette époque, l’on n’ait connu tous les degrés et toutes les formes de l’illusion ou de la supercherie. Il est probable que c’est à des visions de ce genre que nous devons une grande partie des écrits apocryphes qui parurent à cette époque, tels que l’Apocal révélation Le terme de révélation doit être réservé précisément à la communication d’une connaissance que l’intelligence humaine ne pouvait pas atteindre à partir de l’expérience. (Claude Tresmontant) ypse de Cérinthe, celle de saint Pierre, celle de saint Paul, de saint Thomas, les révélations de saint Etienne et d’autres semblables, que le pape Gélase énumère dans sa bulle de condamnation. Mais, de même que l’erreur rend malgré elle témoignage à la vérité, ainsi cette fausse mystique confirme la mystique véritable et divine, dont elle est la contre-partie.


Voir en ligne : Théosophie