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Comptes Rendus

René Guénon sur Frédéric Portal

Voile d’Isis (1939)

lundi 23 mars 2009

FRÉDÉRIC PORTAL. Des couleurs symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
iques dans l’antiquité, le moyen âge et les temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. modernes. (Editions Niclaus, Paris).

— Ce livre, qui date exactement d’un siècle, était depuis longtemps devenu à peu près introuvable ; la réédition qui vient d’en être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
faite est d’autant plus opportune qu’il est demeuré jusqu’à maintenant, en français tout au moins, le seul ouvrage traitant spécialement du symbolisme symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
des couleurs. Son intérêt ne réside d’ailleurs pas uniquement dans les considérations de détail et l’abondante documentation qu’il renferme sur ce sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
 ; ce qui est peut-être plus important encore, c’est qu’il se présente comme l’application d’une idée idée Une idée est une représentation de l’esprit. C’est un objet de l’univers intérieur humain qui s’appuie et se construit à travers des images diffuses et oniriques. L’idée n’existe que si elle est exprimée, autrement elle reste une partie d’une élaboration mentale (proche de la conscience). fondamentale dont la portée, ainsi que le font remarquer les éditeurs dans leur avant-propos, dépasse de beaucoup le cadre indiqué par le titre, et qui est « l’idée d’une Révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. primitive et parfaite déposée dans le berceau de l’humanité homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
et qui aurait donné naissance à toutes les doctrines traditionnelles qui ont alimenté sa vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. spirituelle au cours des âges ». C’est ce que Portai lui-même affirme de la façon la plus nette dans sa conclusion : « Un grand fait, dit-il, domine les recherches que je soumets au monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
savant : l’unité l'unité "Il faut élever cette fine pointe de l’âme, selon laquelle nous sommes unité. Nous participons au Premier, duquel dérive pour toutes choses l’unification, selon l’unité et pour ainsi dire la fleur de notre essence, grâce à laquelle nous nous attachons principalement au Divin. Partout, en effet, ’c’est par le semblable qu’est appréhendé le semblable’, les principes les plus élevés d’unification des êtres par ce qu’il y a d’un dans l’âme. De toutes nos activités, c’est ici la plus haute : par elle nous devenons possédés de Dieu." (Proclus) de religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) parmi les hommes, et comme preuve, la signification des couleurs symboliques, la même chez tous les peuples et à toutes les époques ». D’autre part, considérant que toute doctrine, en s’éloignant de la perfection perfection
perfeição
perfección
originelle, ne peut qu’aller en se dégradant et en se matérialisant de plus en plus, il distingue comme trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
étapes successives dans cette dégradation, et il y fait correspondre, dans la signification des symboles, trois degrés qui constituent respectivement ce qu’il appelle la « langue divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
 », la « langue sacrée » et la « langue profane ». La première, d’après la définition qu’il en donne tout d’abord semble être pour lui réellement primitive et antérieure à la distinction du sacerdoce et de la royauté ; la seconde « prend naissance dans les sanctuaires », à la suite de la constitution du sacerdoce proprement dit ; enfin, la dernière n’est plus que l’« expression matérielle des symboles », en connexion avec la dégénérescence « idolâtrique » due à l’incompréhension du vulgaire. Il y a toutefois quelque flottement dans l’application qu’il fait de ces principes : il semble parfois que ce soit plutôt ce qu’il rapporte à la première « langue » qui ait un caractère vraiment « sacerdotal », tandis qu’il fait rentrer dans la seconde bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
des choses dont le caractère pourrait par contre être dit « royal », notamment tout ce qui concerne le blason ; et, d’autre part, tout ce qu’il qualifie de « profane » ne l’est pas strictement et ne répond pas à la définition précédente ; la distinction n’en est pas moins valable en elle-même, et il pourrait y avoir intérêt, pour quelqu’un qui voudrait faire une nouvelle étude sur le même sujet, à la reprendre d’une façon plus rigoureuse. Un autre point qui est particulièrement digne d’être noté, c’est que l’auteur a reconnu et exprimé formellement le fait que les symboles présentent en général deux significations contraires ; c’est ce qu’il appelle la « règle des oppositions », et il en montre de nombreux exemples dans l’usage qui a été fait des différentes couleurs qu’il étudie successivement. Quant aux réserves qu’il y aurait lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de faire sur certaines de ses interprétations, elles tiennent surtout, au fond, à deux raisons principales : l’une est une informat information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] ion insuffisante ou inexacte sur les doctrines orientales, fort excusable d’ailleurs à l’époque où le livre a été écrit ; l’autre est une influence swedenborgienne assez fortement marquée, et, en matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
de symbolisme comme à bien d’autres égards, Swedenborg est loin d’être un guide parfaitement sûr. Malgré ces défauts, un tel ouvrage, redisons-le encore, n’en est pas moins du plus grand intérêt, et même indispensable à tous ceux qui, à un titre quelconque, s’intéressent au sujet qu’il traite, puisqu’il n’en existe aucun autre qui puisse le remplacer.


Voir en ligne : René Guénon