Philosophia Perennis

Accueil > Tradition chrétienne > Léonce de Byzance (ca 475-542/43 ap. J.-C.)

Histoire de la Philosophie - La Philosophie Byzantine

Léonce de Byzance (ca 475-542/43 ap. J.-C.)

Basile Tatakis

mercredi 26 septembre 2007

Extrait de « Histoire de la Philosophie », Fascicule supplémentaire - La Philosophie Byzantine, de Basile Tatakis

Avec Léonce de Byzance nous revenons au VIe siècle. Quoiqu’il s’agisse d’un personnage d’une grande importance, nous ne possédons que quelques détails sur sa vie et sur son activité. De plus l’authenticité de la plupart des écrits, qui lui sont attribués, est aujourd’hui contestée pour des raisons valables. Dans l’exposé qui suivra nous tenons pour œuvres de Léonce, celles en faveur desquelles se sont prononcés Loofs et Grumel, à savoir : le Libri très adversus Nestorianos et Euthychianos, l’Epilysis et le Triginta capita (P. G., 86, 1, 1267-1396 ; 1915-1946 ; 1901-1916). Nous nous sommes permis d’utiliser trois autres écrits encore, le De sectis, le Contra monophysitas et le Contra Nestorianos. Tous les trois sont aujourd’hui presque unanimement reconnus comme postérieurs à Léonce, le dernier, — anciennement le plus estimé de ses écrits —, étant, avec beaucoup de vraisemblance, attribué à un certain Léonce, élève de Théodore de Raithu, qui, vers la fin du VIe siècle, mit par écrit les leçons de son maître. Ces écrits cependant sont manifestement composés sous l’influence de Léonce, et reproduisent fidèlement, non seulement sa christologie, mais sa méthode de procéder, sa terminologie, et son fond philosophique. C’est, en somme, comme s’ils étaient sortis de sa propre plume, leurs auteurs n’y ajoutant rien de leur fond. En même temps que cela montre le manque d’originalité des auteurs susdits, c’est une preuve de l’empire et du prestige que la personnalité de Léonce avait acquis à Byzance aux VIe et VIIe siècles. Maxime le Confesseur le suivit dans la Christologie et adopta sa méthode et sa terminologie ; Damascène lui est aussi débiteur sur plusieurs points essentiels, il reprend, souvent avec les mêmes formules, les mêmes idées christologiques ; nous trouvons son influence jusqu’à la Panoplie dogmatique de Zygabénos au XIIe siècle. Voici maintenant sur sa vie quelques renseignements que nous devons à des recherches minutieuses faites notamment par Loofs. Né, selon toute probabilité, à Byzance dans la seconde moitié du Ve siècle, peut-être en 475, Léonce fut, dans sa jeunesse, entraîné vers l’hérésie nestorienne. Mais « la grâce divine » et « des hommes saints, qui par les écrits des vrais maîtres ont purifié sa main et son cœur », l’en tirèrent. Il voyagea probablement à Rome en 519 ; partisan du Pape lors du premier schisme entre les deux Églises, causé par le penchant nestorien que l’Église de Constantinople fut obligée par l’Empereur de montrerai chercha à sauvegarder la paix delà chrétienté. En 520, il entra dans la Nouvelle Laure, aux environs de Jérusalem, où il se lia avec Nonnos, le chef des Origénistes, d’où la légère teinte origéniste de ses écrits et sa faveur pour les partisans d’Origène. Il s’y lia aussi avec saint Sabbas, qu’il accompagna dans son voyage à Byzance en 531 ; se trouvant alors à Byzance, il prit part à la controverse chalcédonienne et se déclara en faveur du Concile de Chalcédoine. Peu après saint Sabbas le chassa de son entourage, l’ayant reconnu pour origéniste. Léonce prolongea son séjour à Byzance ; il y prit part à la conférence tenue, par ordre de Justinien, entre sévériens et catholiques et assista probablement au Concile de 536 contre les monophysites. Nous le retrouvons à la Nouvelle Laure en 538, puis de nouveau à Byzance, où il mourut en 542 ou en 543. Sa vie, comme son œuvre, montrent en lui un homme sobre, quoique d’un naturel vif, qui sut se garder des extrêmes, soit dans la querelle des trois chapitres, soit dans celle des origénistes. C’est cette attitude, peut-être, qui est cause du silence fait en général sur lui.