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Fabre d’Olivet - Contribution à l’étude des aspects religieux du Romantisme

Léon Cellier : FABRE D’OLIVET - INTRODUCTION

Librairie Nizet, 1953

mardi 16 décembre 2008

Extrait de « Fabre d’Olivet - Contribution à l’étude des aspects religieux du Romantisme », par Léon Cellier. Librairie Nizet, 1953.

« Le XIXe siècle a débuté par une renaissance religieuse. » Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, IV, 407.

Ce n’est pas seulement dans la littérature que se manifestèrent les sentiments et les idées qu’on qualifie de romantiques, mais aussi dans la philosophie, la politique ou la sociologie. Si l’on cherche à préciser le trait commun à ces diverses manifestations du romantisme, sans doute s’accordera-t-on à reconnaître qu’elles présentent un caractère religieux. « Dans une âme romantique, écrivait justement R. Canat, tous les sentiments prennent la forme de l’émotion religieuse [1]. » Les systèmes politiques, sociaux, métaphysiques ou théosophiques s’épanouissent naturellement en religion. Le mysticisme social de Saint-Simon est typique et a fait l’objet de nombreuses études [2]. Mais à côté de Saint-Simon, d’Enfantin, de Fourier qui éveillèrent tant d’enthousiasme, des solitaires comme Azaïs, Coëssin ou Wronski n’en aboutirent pas moins à des religions. Auguste Comte, après avoir déclaré à propos des Saint-Simoniens, que le retour à la théologie de la part de gens qui en étaient sortis, était à son avis un signe irrémédiable de médiocrité intellectuelle, et peut-être même un manque de véritable énergie morale, finit par créer la religion positive.

Cette inquiétude religieuse est due essentiellement à l’impression produite dans les âmes par l’écroulement de l’ancien régime [3]. Le problème du mal que la Révolution et ses suites posèrent d’une façon si virulente obséda les générations romantiques ; et un Fourier comme un Maistre s’efforcent de connaître le plan de la Providence. La secousse avait été si violente que les religions qui semblaient défier les siècles, en furent ébranlées, qu’on put les croire destinées à disparaître avec la monarchie, et que de jeunes esprits en vinrent à se demander avec une gravité qui étonne, quelle religion allait relayer la religion défunte. Le Catholicisme, répondirent sagement Chateaubriand et Bonaparte. Mais il y eut d’autres esprits pour croire qu’ils vivaient une époque palingénésique, qu’à siècle nouveau il fallait une religion nouvelle, et plusieurs d’entre eux pensèrent sincèrement qu’ils avaient été choisis pour être les messies du nouvel évangile. Les traditionalistes eux-mêmes qui restaient fidèles au passé, ne laissaient pas d’être sensibles à cette atmosphère de renouveau ; au prestige du messianisme et du millénarisme, et certains n’hésitèrent pas à annoncer une troisième révélation.

Attiré par cette époque extraordinaire, j’aurais souhaité consacrer une étude synthétique aux aspects religieux du romantisme [4] ; mais cette ambition était, sinon présomptueuse, du moins prématurée. Il subsistait encore trop d’obscurité, pour pouvoir songer déjà à une synthèse ; les sources occultes du romantisme en particulier étaient loin d’être explorées. Dans sa thèse magistrale, A. Viatte a jeté sur l’histoire du romantisme un jour nouveau ; mais il a eu le bonheur et le mérite de découvrir un filon d’une telle richesse que chaque chapitre de sa thèse peut fournir la matière d’une ou de plusieurs monographies. A côté de Saint-Martin et de Nodier, de Maistre et de Ballanche qui avaient attiré l’attention des chercheurs, se dissimulait un personnage étrange qui n’avait été l’objet d’aucune étude importante, Fabre d’Olivet. En 1934, M. Meunier déclarait dans les Nouvelles Littéraires : « Il est infiniment regrettable que nous n’ayons point encore une biographie détaillée de celui que les occultistes et les mages modernes se plaisent à nommer le théosophe immortel [5]. » Je fus heureux de répondre à cette invite.

Dès l’abord cet oubli posait un problème. Près de cent ans après la mort de Fabre d’Olivet, alors que non seulement les revues ésotériques, mais même une revue de culture générale comme le Mercure de France, vénéraient en lui un classique de l’occulte, son œuvre, et, qui plus est, son nom étaient ignorés de la critique universitaire. Pour en donner un exemple symbolique, le nom de Fabre d’Olivet ne figure pas dans le Manuel bibliographique de Lanson. Dira-t-on que l’occulte, même paré du titre de classique, ne fait pas partie de la littérature, que Fabre d’Olivet n’est pas un écrivain ? Mais le théosophe avait écrit sous la Révolution des pièces de théâtre, il avait traduit Byron, commenté Pythagore et Moyse, écrit une histoire philosophique (pour ne rien dire de ses vers languedociens). Pourquoi les historiens des idées, et a fortiori des auteurs de bibliographie, l’avaient-ils négligé ? Ces œuvres, dira-t-on alors, étaient passé inaperçues. Mais précisément il n’en est rien. Et pour prendre encore un exemple symbolique, Sainte-Beuve mentionne le nom de Fabre d’Olivet à deux reprises, et il le fait figurer dans une liste à côté de celui de Vico, de Herder, de Ballanche, de Saint-Simon. Pourquoi par la suite n’a-t-on pas tenu compte de l’indication de Sainte-Beuve ? Pourquoi les chercheurs qui se sont particulièrement intéressés à la philosophie de l’histoire, Ferraz, Michel, Flint, Falchi ou Poisson n’ont-ils jamais songé à feuilleter les écrits de Fabre d’Olivet ? Tronchon, dans un article sur les Études historiques et la Philosophie de l’histoire aux alentours de 1830, nomme les Lettres à Sophie sur l’histoire, publiées en 1801 par Fabre d’Olivet, dont manifestement il ignore le contenu ; mais il ne fait pas état de l’Histoire philosophique du genre humain, publiée en 1824 par le même auteur, et qui, par sa date, son titre, et ses intentions lui fournissait la meilleure illustration qu’il pût joindre à sa thèse.

Ballanche rend hommage à Fabre d’Olivet ; et c’est précisément en signalant l’influence de celui-ci sur celui-là, que Sainte-Beuve est amené à porter un jugement sur notre théosophe ; mais les critiques qui ont consacré des études spéciales à l’auteur de la Palingénésie sociale, ou qui ont donné des éditions de ses œuvres, n’ont pas su tirer profit de l’article de Sainte-Beuve. Bien que l’on condamne les excès des « sourciers », il eut été souhaitable que Frainnet, Huit, Rastoul ou Mauduit eussent à cœur d’explorer cette source. Et l’on ferait une remarque analogue pour Leroux et ses biographes [6].

Les sectateurs de l’occulte sont trop enclins à se croire persécutés, à se plaindre de la prohibition qui pèse sur eux, pour qu’il faille avoir l’air de leur fournir des armes. Certes, tout se passe comme si l’on avait fomenté autour de l’œuvre de Fabre d’Olivet une conspiration du silence ; et comment prouver à des esprits prévenus qu’il n’en est rien ? Pour ne pas avoir recours à des hypothèses romanesques, faut-il admettre l’idée sacrilège que ces ouvrages dont le sérieux semblait à jamais indiscutable, n’aient pas été écrits avec toute la rigueur désirable. Mais tout érudit est à la merci d’une distraction, et qui peut se vanter de n’avoir rien laissé échapper au cours d’une enquête bibliographique. Pour adopter un moyen terme, il suffit de remarquer que les tendances de la littérature militante ne se reflètent dans la critique universitaire qu’avec un décalage assez considérable ; que la curiosité pour l’occultisme date du Symbolisme ; et que, par conséquent, l’intérêt porté aux représentants de la théosophie est encore récent. La thèse d’A. Viatte en 1928 a été à l’origine d’une multitude de travaux qui ont renouvelé notre vision du xvme et du xixe siècles. La présente étude se rattache à ce mouvement.

En outre, l’œuvre de Fabre d’Olivet nous entraîne vers ces zones frontières où les historiens de la littérature touchent à un terrain qu’ils sont en droit de considérer comme n’étant pas le leur. Disons à leur décharge (si tant est que ce soit là une excuse) qu’exégètes, philosophes et juristes ne se sont pas occupés davantage de Fabre d’Olivet.

Mais, à mon sens, la raison la plus valable est d’un autre ordre. Il y a (disons plus justement : il y avait) [7] dans l’histoire de notre littérature une génération sacrifiée : celle qui atteignit l’âge d’homme au début de la Révolution de 89, et qui parvint à la pleine maturité à l’apogée de l’Empire, la génération de Napoléon. Génération sacrifiée, non pas seulement parce que la guillotine a coupé l’inspiration d’un Chénier ou d’un Saint-Just ; mais parce que les historiens de la littérature ne lui faisaient pas sa part. A cheval sur deux siècles, elle ne se prêtait pas aux classements, aux simplifications des manuels scolaires ou autres. Il importe désormais de lui faire sa place ; entre la vieille notion de romantisme et la notion plus récente de pré-romantisme, introduisons donc celle d’époque impériale.

Ainsi, il est permis d’écarter l’idée puérile d’un complot, et même de ne plus faire appel à je ne sais quelle fatalité qui poursuivrait les génies méconnus au delà de la tombe. Mais heureux le biographe, qui peut ajouter à l’intérêt historique de son travail, la conviction qu’il accomplit une œuvre de justice, et que par ses moyens modestes, il parvient à faire réviser les verdicts de la gloire.


Aux deux voies qui s’ouvraient à lui, le mystique et l’art, la première qu’avait suivie Saint-Martin, la deuxième qu’allait suivre Ballanche, le théosophe impérial, qui avait des dons assez divers pour qu’il lui soit permis d’opter pour l’une ou l’autre, en préféra une troisième : la science. Ce fut un mauvais calcul. La science est en progrès continu, et, en matière de sciences philologiques en particulier, le terrain est trop mouvant pour espérer construire sur cette base une œuvre durable. C’est parce qu’il a prétendu faire œuvre de science que Fabre d’Olivet n’a pas atteint à la renommée de Saint-Martin ou de Ballanche, et la rigueur du savant a gêné l’élan du mystique ou du créateur de mythes.

Ceci pose indirectement au biographe un problème de méthode. Poète français et languedocien, auteur dramatique, musicien et musicographe, linguiste, historien, philosophe, théosophe, magnétiseur, guérisseur, fondateur de secte, Fabre d’Olivet eut une activité d’une diversité qui tient du prodige. Il faudrait toute une équipe pour étudier d’une façon complète son œuvre. Un critique littéraire peut-il se vanter d’avoir une compétence universelle, de connaître à la fois le grec et l’hébreu, l’anglais et le languedocien, la musique et la médecine, d’être initié aux recherches occultes, au magnétisme comme aux études traditionnelles. N’étant ni otorhyno-laringologiste ni spirite, et n’ayant pour le reste que la culture d’un honnête homme, j’aurais dû ne pas accepter une tâche qui surpassait mes moyens. Mais il n’était pas question d’opposer aux divagations scientifiques de Fabre d’Olivet l’état présent des recherches de la science contemporaine ; il n’était pas question non plus de trancher des problèmes aussi délicats que ceux posés par les sciences occultes ou les études traditionnelles. Ç’aurait été donner à cet ouvrage des proportions énormes, et à vrai dire attend-on cela d’un travail de ce genre ? Critique littéraire et historien des idées, je me suis cantonné dans mon domaine, et l’on trouvera seulement ici une biographie psychologique de Fabre d’Olivet.


En écrivant cette biographie critique, j’ai eu peine à chasser l’idée lancinante qu’il était trop tard pour bien faire. L’enthousiasme que suscite la découverte d’un sujet vierge n’empêche pas le biographe d’éprouver quelque rancœur à l’égard de ses aînés, qui auraient pu accomplir mieux que lui la tâche qu’il s’est donnée. Comment ont-ils pu laisser passer pareille occasion ? Vers 1885, un félibre de Béziers, F. Donnadieu, qui s’était entiché de Fabre d’Olivet, fut tenté de raconter sa vie : merveilleuse époque où il était possible d’interroger Saint-Yves d’Alveydre, qui, au temps de sa jeunesse à Jersey, avait lui-même visité et interrogé la « consolatrice » de Fabre d’Olivet ; où dans un modeste logis de la rue du Bac vivait encore, pauvre mais si riche de souvenirs, la propre fille de Fabre d’Olivet. Donna-dieu mourut sans réaliser son projet. Vingt-cinq ans plus tard, ces précieux témoins avaient disparu. Cependant, en 1910, on pouvait encore lire dans le Mercure de France : « Fabre d’Olivet n’a jamais été aussi étudié et aussi universellement admiré qu’aujourd’hui ; on paye à prix d’or la moindre et la plus insignifiante de ses publications. » Les collectionneurs gardent jalousement leurs trésors, surtout lorsque ces collectionneurs sont aussi, comme c’est le cas, des occultistes épris d’ésotérisme. La passion des chercheurs aurait certainement forcé les barrières. Malheureusement il ne se présenta aucun chercheur. Au cours des années qui suivirent, la mort, la ruine, les changements de mode, les conversions, ces habituelles vicissitudes étant aggravées par deux guerres successives, atteignirent les collectionneurs et leurs collections. Les manuscrits, la correspondance de Fabre d’Olivet furent dispersés au hasard des ventes et des razzias, si bien que l’historien, nouveau Tantale, relève sur de vieux catalogues d’autographes la description de textes sans prix, dont il n’est plus capable de retrouver la trace. C’est pourquoi les érudits qui essayèrent entre 1920 et 1940 d’écrire la vie de Fabre d’Olivet, et il y eut à ma connaissance deux tentatives sérieuses, finirent par se décourager, faute de documents.

Comme je n’ai guère été plus favorisé qu’ils ne le furent, me reproche-ra-t-on mon manque de scrupule ? Que l’on considère plutôt que celui qui consacre la première étude d’ensemble à un auteur inconnu, s’enferme dans un dilemme : il devrait attendre pour publier son œuvre, d’avoir réuni tous les documents possibles ; mais le plus souvent, c’est à la suite de la publication de son étude que ces documents sortent de l’ombre. Si j’ai passé outre, c’est en sachant qu’une telle étude ne pouvait être que provisoire ; mais, au regret de n’avoir pu écrire une biographie « exhaustive », s’allie l’espoir de la voir complétée par la suite, soit que ce travail fasse lever des documents inédits, soit qu’il suscite la curiosité d’érudits plus heureux, sinon plus tenaces.

S’il n’existe pas de biographie critique de Fabre d’Olivet, les notices ne manquent pas, consacrées à sa vie et à ses œuvres ; mais toutes sont suspectes, et pour diverses raisons. Celles qui figurent dans les dictionnaires et les encyclopédies, et qui répètent plus ou moins la notice de Durozoir, publiée dans le Dictionnaire de la conversation, respirent l’antipathie ; dictées par le jugement le plus étroit, elles tendent à faire de Fabre d’Olivet un visionnaire et un fou ; les œuvres de celui-ci sont analysées de façon à souligner leur extravagance ; et telle anecdote rapportée avec prédilection ne vise qu’à tourner le théosophe en ridicule. Les notices consacrées à Fabre d’Olivet par les sectateurs de l’occulte, les préfaces mises aux rééditions de ses œuvres, les articles figurant dans les revues ésotériques, pèchent par l’excès contraire. On relève chez leurs auteurs une complaisance fâcheuse à accueillir tout ce qui pouvait flatter un certain mauvais goût du mystère. Non contents de rendre hommage au génie méconnu, en l’égalant aux plus illustres prophètes, ils semblent attacher moins de prix à l’analyse de ses idées, à l’étude de son influence qu’aux anecdotes étranges qui font de lui un thaumaturge, comme Jésus-Christ sacrificateur et victime. En définitive le mépris et l’admiration aboutissent à des résultats identiques. Ces notices ne peuvent donc être utilisées qu’avec discrétion. Ceux qui les ont écrites se sont le plus souvent abstenus d’indiquer leurs sources ; comme garantie de ses extravagances, un Fabre des Essarts nous propose avec quel accent pathétique... des visions. Je me suis efforcé de contrôler leurs dires, et lorsque le contrôle a été possible, j’ai dû relever de nombreuses erreurs. Malheureusement, et cela pose à l’historien un problème délicat, figurent dans ces notices divers renseignements que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Faut-il tout rejeter sous prétexte que plusieurs détails sont manifestement erronés ? J’ai pris le parti de mentionner tout ce qui avait été dit de Fabre d’Olivet, en faisant toutes réserves, et en pesant dans chaque cas la vraisemblance du fait. Autre remarque importante : les notices utilisent très peu et très mal les œuvres mêmes de Fabre d’Olivet, non seulement les œuvres inédites, mais ses œuvres les plus célèbres. Aucun biographe non plus n’a eu l’idée d’utiliser l’ouvrage pédagogique de Mme Fabre d’Olivet. La preuve en est qu’il était possible de trouver sous la plume de Fabre d’Olivet lui-même, un certain nombre de faits ou de déclarations de principes, qui ne pouvaient que ravir d’aise par leur singularité ses adversaires comme ses admirateurs.

Je me suis adressé de préférence à Fabre d’Olivet lui-même. Mais son témoignage, si précieux soit-il, n’offre pas une garantie absolue. Non seulement beaucoup de lettres sont perdues, indispensables pour éclairer les dernières années de son existence, mais surtout, bien qu’il s’étende avec complaisance sur sa vie dans ses préfaces, ses lettres et ses Souvenirs, il aime, autant que ses disciples, s’entourer de mystère, il multiplie à plaisir les ^réticences, les allusions vagues, et il nous laisse bien souvent sur notre curiosité. Enfin, s’il professe le culte de la vérité, il ne faut pas se fier aveuglément à son témoignage. Sur ce point je ne puis qu’adopter en les adaptant à mon auteur, les réserves judicieuses que faisait V. Giraud sur la valeur documentaire des Mémoires d’Outre-Tombe. Peut-on utiliser les témoignages de Fabre d’Olivet pour la reconstitution de sa biographie psychologique ?

1° Tous les faits rapportés par lui sont-ils rigoureusement exacts ? Si tel épisode est en partie fictif, cela ne doit-il pas nous induire en défiance à l’égard des autres ? 2° A supposer les faits exacts, n’arrive-t-il pas à Fabre d’Olivet, quand il évoque des souvenirs déjà lointains, de projeter involontairement dans le passé ses dispositions actuelles ? Cela est d’autant plus vraisemblable que les Souvenirs, qui constituent notre source principale, ont été écrits par Fabre d’Olivet à la fin de sa vie, et qu’à cette époque l’ancien jacobin était devenu un ultra. Mais le fait le plus digne de considération est que nous avons affaire à un mythomane caractérisé, et même à un mythomane de la pire espèce, celui qui a commencé par vouloir jouer au mystificateur. A mesure qu’il vieillit, Fabre d’Olivet se convainc de plus en plus et qu’il est un génie et que ses contemporains ne lui ont pas rendu justice. Un génie méconnu, pour ne pas dire un raté, a tendance à exagérer l’importance de ses œuvres et de ses actes. Il ne peut s’empêcher de retoucher le tableau, de satisfaire impunément ses rancunes. En rigoureuse méthode, on devrait ne tenir aucun compte des Souvenirs.

Mais, et j’emprunterai les termes mêmes de V. Giraud, si l’on en vient à cette extrémité, qui ne voit que la biographie même matérielle de Fabre d’Olivet sera réduite à fort peu de choses ? En second lieu, dans l’ensemble il y a une réelle et parfois une scrupuleuse exactitude. Quant à la deuxième objection, il semble qu’à condition de contrôler toujours, là du moins où le contrôle est possible, à condition aussi d’être très sobre d’affirmations tranchantes, on puisse accepter en gros le témoignage des Souvenirs. Si la vérité absolue risque de nous échapper plus d’une fois, la vraisemblance psychologique et morale a encore son prix.

Dans le récit de cette vie, il y aura des lacunes, et je n’ai pas cherché à les combler par des imaginations. Quand il a fallu, j’ai su formuler une hypothèse, mais en me gardant de lui enlever son caractère hypothétique et de la présenter comme une révélation. Ai-je tort de penser que cette prudence et cette rigueur ne peuvent que plaire à mes contemporains férus d’ésotérisme ? Si l’on relève dans la vie de Fabre d’Olivet tel phénomène étrange mais authentiquement attesté, j’ai estimé que je n’avais pas à me demander si ce phénomène était possible. Je me suis contenté de montrer que Fabre d’Olivet l’a considéré comme authentique et y a ajouté foi ; en revanche, j’estime qu’il est de mon ressort de me demander pourquoi il y a ajouté foi. Une biographie critique est une biographie psychologique. Ecrire une biographie critique ne consiste pas seulement à user de l’érudition et de la discussion pour rectifier des erreurs, et réagir contre les abus du romanesque ; c’est aussi et avant tout, s’efforcer de revivre par sympathie la vie d’un inconnu, de s’identifier petit à petit à lui, de partager ses recherches, ses inquiétudes, ses déboires et ses conquêtes.

Il s’agit, en définitive, dans le cas présent, de pénétrer le secret d’une conversion et d’expliquer les contradictions d’un homme ayant vécu dans une période révolutionnaire. Comment un polygraphe ambitieux et superficiel a pu se muer en théosophe ; comment un commentateur de la Genèse, a pu passer, et plus authentiquement que L. Ménard, pour un païen mystique ; comment un descendant de Camisards, un neveu de protestant envoyé aux galères, a pu défendre l’absolutisme, et combattre les principes révolutionnaires d’égalité et de liberté ; comment ce huguenot a voulu refaire après Bossuet le Discours sur l’histoire universelle, et, en même temps que Maistre, instaurer une théocratie sous la tutelle pacifique du pape ; comment un contemporain de Chateaubriand a pu s’opposer à la restauration du christianisme, et voir dans la création d’un culte nouveau la seule voie de salut et pour lui-même et pour l’humanité, autant de contradictions passionnantes que je me suis efforcé de résoudre. Fabre d’Olivet voulut être un fondateur de religion. A l’exemple de G. Dumas qui s’est attaché à éclairer la psychologie de Saint-Simon et de Comte, les deux messies positivistes, c’est encore un messie que j’évoquerai ici, et qui prêche la religion de la science ; non point toutefois de la science qui se fait, mais de celle qui a été révélée à l’aube des siècles.

La véritable difficulté à laquelle se heurte le biographe dans le cas présent est d’ordre historique plutôt que psychologique. Si pour les profanes, les curiosités et les pratiques de Fabre d’Olivet, que ses fidèles ont décrites avec tant de complaisance, produisent un effet de surprise ; une fois qu’on est familiarisé avec les faits et gestes des illuminés, on s’aperçoit que ces prodiges ou ces excentricités sont monnaie courante, et qu’à vouloir nous présenter un « phénomène », les illuminés négligent la véritable originalité de Fabre d’Olivet. Sur le plan idéologique il en est de même. Ces spéculations étranges sont des sujets classiques chez les magnétiseurs, les occultistes et les maçons mystiques. On est naturellement tenté de rattacher notre théosophe à une secte mystique, à un cercle de magnétiseurs, à tel penseur avec qui il présente des ressemblances singulières. Or, Fabre d’Olivet est seul. Peut-être son orgueil démesuré le conduisit-il à cacher ses relations, ses appartenances ou ses sources ; mais en fait, on ne trouve dans son œuvre aucune allusion à ses contemporains. Lorsqu’à la fin de sa vie il aura réussi à grouper autour de lui quelques fidèles, ceux-ci se déroberont sous des pseudonymes qu’aucun document ne permet de déchiffrer. Les recherches se sont révélées vaines, et à contre-cœur j’ai dû me résigner à accepter cette solitude, réelle ou factice.

D’autre part, si évidentes que soient les ressemblances entre Fabre d’Olivet et les théosophes de l’époque, j’ai cru bon d’insister, moins sur les thèmes traditionnels en théosophie, et qui sont devenus familiers au public depuis que se sont multipliés les ouvrages sur la pensée ésotérique, que sur les démarches originales et certaines conclusions surprenantes qui me paraissent définir la personnalité de Fabre d’Olivet.


Je n’ai pas séparé l’étude de l’œuvre de la biographie.

Pour Fabre d’Olivet chercheur solitaire, la préparation, la publication et l’échec de ses œuvres ont été des événements capitaux, aussi importants que tel incident de sa vie ; et parfois même ils en ont été la cause directe.

En second lieu sa théosophie a évolué. Ses idées se sont enrichies et précisées avec le temps ; il ne serait pas possible, sans les fausser, d’en donner une vue d’ensemble, car cette évolution est subordonnée à tel événement personnel ou à tel tournant de la vie politique de l’époque. Dans le chapitre que lui a consacré Auguste Viatte, chapitre d’une intuition remarquable, compte n’est pas assez tenu cependant de la chronologie.

Les curiosités de Fabre d’Olivet ont été multiples ; il s’ensuit que les sujets les plus hétéroclites ont été abordés successivement et sans transition. Je reviendrai avec l’auteur sur les problèmes qu’il s’est déjà efforcé de résoudre. C’est qu’il importe à mon sens de ne pas sacrifier à la clarté de l’exposé la vérité du portrait ; et cette dispersion de l’attention, cette incohérence des recherches constituent précisément une caractéristique de Fabre d’Olivet. En conséquence, je suivrai strictement l’ordre chronologique qui est celui de la rédaction des œuvres, et non celui de leur publication ; cet ordre s’impose d’autant plus avec mon auteur qu’il a laissé beaucoup d’œuvres inachevées ou inédites.

Cependant je me suis attaché en même temps à rendre sensible l’unité de cette pensée à travers ses tâtonnements et ses progrès, et au passage j’en ai souligné les constantes. Fabre d’Olivet a lui-même facilité ce travail, puisque dans ses ouvrages il ne manque pas de signaler, et non sans orgueil, ce qu’il considère comme ses découvertes essentielles.

Dans une dernière partie, j’ai tenté d’étudier l’influence de Fabre d’Olivet. On sait combien ce genre de recherches se prête aux divagations les plus aventureuses, surtout quand il s’agit d’idées telles que celles exposées ici ; et j’ai expliqué en détails comment dans le cas présent cette étude offrait des difficultés particulières. Non seulement l’œuvre de Fabre d’Olivet a été exploitée par des pillards sans vergogne ; mais son influence s’est exercée indirectement. Disons plus nettement qu’il a profondément marqué ces deux semeurs d’idées que furent Ballanche et Leroux ; or, l’influence même de ces deux penseurs n’a pas été étudiée d’une façon systématique et-complète. Il m’était difficile d’aborder cette étude ici, sous peine d’étendre à l’infini les limites de mon ouvrage [8]. Peut-être tenterai-je un jour ce travail qui s’impose. Pour l’instant, j’ai pris le parti de m’en tenir au certain et au probable. Le possible ouvrait des perspectives séduisantes, mais j’ai mieux aimé réduire l’importance de mon personnage, plutôt que de l’exposer au hasard des hypothèses. Sur ce point encore je ne prétends pas donner des conclusions définitives, et les résultats acquis sont assez importants, pour que l’on n’ait pas à me reprocher un certain manque de témérité.

Cette étude d’influence présentait deux aspects très différents, mais aussi captivants l’un que l’autre. A partir de 1885, au temps du Symbolisme, on assiste à l’apothéose de Fabre d’Olivet. Le terme d’influence n’est même plus adéquat, car il s’agit d’une entrée du théosophe dans la légende. On voit se former authentiquement un mythe de Fabre d’Olivet. Quant au crédit à accorder aux mythomanes responsables de cet excès d’honneur, on me permettra de me montrer réticent. La conclusion que je souhaiterais voir retirer de cette étude, est qu’on ne doit accepter qu’avec la plus grande défiance les divagations des Saint-Yves d’Alveydre, des Papus, des Schuré, des Péladan et des Guaita. Loin de moi l’intention de contrister les fidèles que Papus peut conserver encore (il leur restera la ressource de déclarer que je blasphème ce que j’ignore) ; mais tout historien sérieux doit aboutir à cette conclusion. En ce genre de recherches, j’ai pris pour guide et pour modèle l’éminent érudit dont les occultistes eux-mêmes vantent la compétence et l’objectivité, et je suis heureux de rendre ici hommage à R. Leforestier. Or, dans son grand ouvrage sur la Franc-Maçonnerie occultiste au XVIIIe siècle et l’ordre des Elus Coens, voici comment il juge Papus et les études que celui-ci a consacrées au marti-nisme ; « Le Dr Encausse, qui, sous le nom de Papus, tenta de ressusciter l’ancienne société en l’appelant ordre martiniste, ne semble pas avoir très bien compris ce qu’étaient et ce que recherchaient ceux dont il se prétendait le successeur ; il n’a pas non plus jugé nécessaire d’étudier, même superficiellement, l’histoire de la Franc-Maçonnerie et celle de l’occultisme, sur lesquelles il débite avec une imperturbable assurance, les bourdes les plus monumentales [9]. »

L’influence de Fabre d’Olivet pendant la première moitié du xixe siècle, même si au premier regard elle paraissait moins voyante, offrait un tout autre aspect, et, disons-le, un tout autre attrait. La présente monographie, quelles que soient les servitudes du genre, avait, dans l’esprit de son auteur, une portée plus générale que la seule réhabilitation du « théosophe immortel ». Une note de musique comporte, outre le son proprement dit, des vibrations et des harmoniques qui l’accompagnent. Peut-être cette étude des sources, de l’œuvre et de l’influence de Fabre d’Olivet jusqu’en 1850 facilitera-t-elle la voie aux synthèses futures, en permettant non seulement de définir le romantisme religieux, mais, d’une façon plus large encore, de renouveler la notion même de romantisme. Pour toute définition de ce genre, l’histoire des idées offre une méthode plus sûre que l’histoire littéraire proprement dite. Avec une grande sagacité, F. Baldensperger avait déjà mis en garde les chercheurs : soucieux d’expliquer pourquoi Ballanche était à demi ignoré, c’est « parce que, répondait-il, on a cru trop facilement que le romantisme n’était guère qu’une affaire d’école littéraire, parce qu’on s’est trop peu mis à l’intérieur des idées générales qui servaient en réalité à la lutte et au triomphe des idées esthétiques et littéraires nouvelles » [10]. De 1750 à 1850 nous assistons à une renaissance. Cette palingénésie a pu provoquer dans les âmes une mélancolie, parfois un désespoir dont personne ne niera l’authenticité. Mais cette inquiétude n’a jamais été pour les grands romantiques un terminus, une raison d’être, même si leur mélancolie a vivifié toutes les formes du lyrisme ; elle est devenue un point de départ pour une reconquête. Le romantisme est l’époque des « prodiges de la volonté », et non celle des déliquescences. Le romantisme est la recherche passionnée d’un système du monde permettant la conciliation des doctrines ennemies, des idéologies et des mystiques dans une Science totale. Les idées-forces romantiques sont essentiellement les idées d’Unité, d’Analogie, de Devenir, d’Harmonie [11]. Sans doute reconnaîtra-t-on le bien fondé d’une définition qui vaut pour Diderot, Bernardin de Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Simon, Fourier, Maistre, Lamennais, Ballanche, Enfantin, Quinet, Leroux, Comte, Balzac, Lamartine, Hugo, Vigny, Geoffroy Saint-Hilaire, Michelet, ou l’auteur de René prédisant l’avenir du monde. Avec un optimisme admirable (mais qu’il est permis de juger naïf), une confiance absolue dans l’Esprit, dans le Génie, les romantiques ont voulu « qu’une synthèse nouvelle s’établisse ».

Il ne s’agit pas, cela va sans dire, d’identifier en définitive romantisme et théosophie. Aucune épithète, « orientale » ou autre, ne qualifie de façon adéquate cette renaissance. Dans les cerveaux romantiques se font les rencontres, les mélanges, les alliances les plus étranges, les plus aventureux. Le bon sens invite à reconnaître simplement que ces âmes à la poursuite du vrai ne pouvaient qu’accueillir avec faveur une vision du monde, où s’effaçaient les antinomies, et qui ne fermait pas à l’homme les portes du mystère. Tout romantique est en puissance un mage. Si nous regardons près de nous, nous devons constater que le romantisme n’est pas mort, et que, jusqu’à nos jours, de Baudelaire au surréalisme, ont été formulés les mêmes exigences et les mêmes espoirs.


Les considérations qui précèdent montrent assez combien ce travail était hérissé de difficultés. C’est laisser entendre que pour mener à bien cette étude, j’ai dû frapper à bien des portes, faire appel à de nombreux collaborateurs bénévoles, et, puisque le sujet touchait à tant de matières, consulter les spécialistes les plus divers. Qu’il me soit permis de remercier collectivement bibliothécaires, collectionneurs, érudits, critiques et « spécialistes » qui m’ont aidé dans cette tâche. Mais, au terme de cette introduction, je tiens à placer les noms de ceux qui avaient entrepris avant moi la même étude et qui étaient plus qualifiés que je ne le suis pour la mener à bien ; de ceux qui ont mis à ma disposition la documentation qu’ils avaient déjà réunie avec une générosité et une bienveillance auxquelles je rends le plus reconnaissant hommage : M. Clavelle et M. Pinasseau. Puisse la présente étude ne pas accroître leurs regrets d’avoir renoncé à leur projet.


Voir en ligne : Théosophie


[1R. Canat : Littérature française, p. 503.

[2Parmi les nombreux ouvrages consacrés au Saint-Simonisme, on consultera en particulier, parce que le problème y est envisagé sous l’angle où je me place : la thèse d’H. Louvancour : De Henri de Saint-Simon à Charles Fourier ; G. Brunet : Le mysticisme social de Saint-Simon ; G. Dumas : Deux Messies positivistes, Saint-Simon et Comte ; H.-J. Hunt : Le socialisme et le romantisme en France.

[3Cette inquiétude religieuse était antérieure à la Révolution ; mais la Révolution offrit aux inquiets la possibilité de localiser le mal.

[4Cette expression modeste est préférable à celle de « religion romantique », à laquelle les travaux d’E. Seillière ont donné une résonance fâcheuse, et qui après tout est inexacte ; et parler, comme le fait A. Viatte, du « catholicisme chez les romantiques », implique une conception singulièrement élastique ou annexioniste du catholicisme. Hugo, G. Sand, Lamartine lui-même, peuvent-ils être dits sérieusement catholiques ?

Mais A. Viatte s’est corrigé lui-même, et l’on ne saurait trop méditer la conclusion à laquelle aboutit son exploration des sources occultes du romantisme : « Dégageons-nous enfin des préjugés qui ne nous représentent comme religieuse que la foi dans laquelle nous vivons. Convenons qu’il existe plusieurs sortes de mysticisme, même en admettant que cet état d’esprit suppose la croyance au surnaturel. Rendons-nous compte que le romantisme n’en exclut aucun... Doit-on le dire catholique, protestant ? mystique, à coup sûr ; et plus spécialement théosophique. » (Sources occultes..., II, p. 276).

Plus énergiquement encore, J. Pommier déclare : « L’un des grands messages de notre xixe siècle, c’est la distinction du sentiment religieux et des formes transitoires, les cultes, où il s’incarne tour à tour. » Et nous ajouterons avec lui : « Rien de plus attachant que l’âme religieuse de cette époque. » (Revue d’histoire de la philosophie, 1942, p. 378. C.R. de la thèse de l’abbé Bertault : La Pensée religieuse de Balzac).

[5Nouvelles littéraires, 23 juin 1934.

[6On peut se demander s’il n’est pas préférable d’ignorer que de faire semblant de savoir. Voici quelques perles relevées dans les œuvres de ceux qui connaissent le nom de Fabre d’Olivet. Dans son édition critique du Vieillard et du jeune homme, Mauduit, étudiant l’influence de Ballanche note : « La philosophie palingénésique a trouvé encore d’autres échos à Lyon dans la pensée de Fabre d’Olivet, de Blanc de Saint-Bonnet et de Pezzani » (p. 12). E. Faguet rendant compte des Hiérophantes de Fabre des Essarts (et ceci prouve avec quelle attention l’éminent critique lisait les ouvrages dont il rendait compte) : « En 1856, à l’âge comme j’ai dit par avance, de 85 ans, Fabre d’Olivet mourut à Jersey devant l’autel de ses dieux. » (La Revue, septembre-octobre 1912, p. 483). Dans le Dictionnaire apologétique de la Foi catholique, Van der Elst (art. occultisme) nous apprend « qu’au xvme siècle Fabre d’Olivet et surtout Cagliostro font éclore une épidémie d’occultisme, sous le nom de mesmérisme, puis de spiritisme. »

[7Cf. par exemple : l’Histoire de la littérature française de 1789 à nos jours, d’A. Thibaudet, et l’Histoire de la littérature française, Tome II, de R. Jasinski, où la génération de Napoléon reçoit la place qui lui est due.

[8C’est la même raison qui m’a fait renoncer à présenter au début de ce travail un tableau d’ensemble des courants d’idées : théosophie, linguistique, herméneutique, parmi lesquels se situent l’œuvre et le système de Fabre d’Olivet. E. Susini exposant la philosophie de Baader, s’est heurté au même problème, et il l’a résolu de la même manière, renonçant à l’étude des sources, pour réserver à l’analyse de la pensée de son auteur la première place. I<es « sources de Fabre d’Olivet » n’ont pas été négligées, cela va de soi ; mais ce qui aurait exigé d’amples développements a été réduit aux indications essentielles. La présente recherche m’a fait découvrir quelques sujets inexplorés, que je signale à l’attention des étudiants. Citons en particulier : la linguistique mystique, le renouveau du pythagorisme entre 1750 et 1850, le triomphe du magnétisme, le mythe de la sagesse égyptienne. Peut-être Delisle de Sales et Court de Gébelin méritent-ils mieux qu’un article ? Et il est un auteur qui attend qu’on lui rende la place qui lui est due, Saint-Martin. Non seulement les ouvrages de Caro, de Matter, de Franck sont à refaire ; mais surtout personne n’a étudié le rayonnement de Saint-Martin. En général, les sources françaises du romantisme ont été trop négligées.

[9Op. cit. Avertissement, p. 11-12.

[10R.C.C., 1928-1929, Tome XXX, 2e série, p. 10.

[11Dans son étude récente sur Louis Lambert, H. Evans note avec une parfaite lucidité : « La philosophie de l’histoire constitue l’apport véritablement original du romantisme dans l’histoire des idées », p. 179.